PHÉNOMÈNES DE COALESCENCE
Insectes; mais, tandis que chez les Araignées les segments divers du corps sont distincts chez l’embryon (fig. 83), il est impossible de les mettre en évidence, même aux phases les plus précoces du développement dans la tête des Insectes; c’est seulement par le nombre des appendices et la constitution des masses cérébroïdes qu’on arrive à les dénombrer chez ces Arthropodes.
Les Vers présentent des phénomènes analogues de coalescence. Les segments du corps s’effacent déjà chez les Sangsues, dont l’élude a cependant suggéré à Moquin-Tandon sa théorie des zoonites.
Ils sont à peine reconnaissables chez les Clepsines (fig. 84). Ils ne se montrent que pendant la période
Fi,?. 83. — Embryon d’Araignée à segments abdominaux encore distincts.
AF, rudimenls des pattes (d’après Balfour).
Fig. Si. — Appareil vu par transparence et dont les segments du corps sont a peine distincts. Jeune individu de Clepsine marginata (d’après C. O. Whitman). — P, pharynx; o, œsophage; c, c, cæcum de l’estomac; int, intestin; cg, ganglions cérébraux; SEgo, néphridie; Ea, son orifice externe; vt, vaisseau ventral; dt, vaisseau dorsal; Pb, branche pharyngienne; ms, sinus sanguin marginal ou latéral; MEdS, sinus médian.
embryonnaire chez les Bïnophilus, qui prennent ensuite l’aspect ordinaire des Turbellariés et des Trématodes (fig. 85), dont les segments n’arrivent jamais à se distinguer. Ces derniers Vers peuvent, en conséquence, être considérés comme des Annelés à segments coalescents,car partout où on constate la segmentation du corps elle se montre comme un caractère primitif et non comme un caractère de perfectionnement, ainsi qu’on le suppose souvent. Cette proposition est bien établie par l’bistoire de la classe des Géphyriens. Ces animaux se divisent en Géphyriens armés, pourvus de crochets (fig. 86), et en Géphyriens inermes, qui n’en ont pas. Les uns et les autres ne montrent à l’âge adulte aucune trace de segments. Or les embryons de Géphyriens armés sont segmentés (fig. 87), mais cette dernière indication de la métamérisation disparaît chez les Géphyriens inermes, qui ne présentent de segments à aucune époque de leur vie.
Cette disparition totale de segments, analogue à celle que nous avons déjà signalée chez les Araignées et les Dinophilus, au cours de leur développement, est un fait particulièrement intéres-
Fig. 85. — Distomum haematobium. Le mâle porte la femelle dans le canal gynécophore. S, ventouse.
MORPHOLOGIE EXTERNE
sant, car il autorise à se demander si les Mollusques, dont l’organisation présente tant de rapports avec celle des Vers annelés, ne doivent pas être considérés comme des Vers annelés dont les segments peu nombreux seraient complètement confondus. La même question se pose pour les Brachiopodes, et un assez grand nombre d’auteurs y ont répondu par rafflrmative.
Il est hors de doute enfin — la constitution de la colonne vertébrale et la similitude des deux paires de membres suffiraient cà elles seules à le faire supposer
Fig. SO. — • Jeune Géphyrien armé (Echiurus), vu Fig. 87. — Larve iVEchiurm, vue par la faee ventrale par la face ventrale (d’après Hatsclick). — O, bon- (d'après Hatscbek). — SP, pla([ue apicale; Prw, couche à la base de la trompe; SC, commissure ronne ciliée préorale ; Poie, couronne ciliée post-orale;
œsophagienne; BS, cordon ventral; A, anus; A'iV, néphridie céphalique ; VG, cordon ganglionnaire
ff, crochets. ventral réuni à la plaque apicale par de longues com¬
missures œsophagiennes; A5, sac anal.
— que le corps des V^ertébrés est formé, comme celui des Vers annelés, de segments placés bout à bout. Ici tous les segments céphaliques sont absolument confondus avant môme que le squelette commence à se constituer, et ne se montrent jamais bien distincts. Au contraire les segments du corps, très apparents durant la période embryonnaire, se confondent bientôt, et la répétition régulière des vertèbres est le plus saillant des caractères qui accuse chez l’adulte leur présence antérieure. Les Vertèbres osseuses alternent d’ailleurs avec les véritables segments du corps, ou myotomes, au lieu de leur correspondre exactement; elles se disposent comme si elles tenaient la place des cloisons qui séparent les uns des autres les segments des Vers annelés.
L’étude des modifications qui peuvent subir les organes internes va nous révéler pour les parties constitutives des organes des faits entièrement analogues.