ARTHROPODES
tous leurs autres appendices se ressemblent et sont réduits à de simples tubes coniques terminés par une paire de griffes; on ne peut discerner dans le corps des régions distinctes.
Les Myriapodes ont une paire d’antennes, une paire de mandibules, une paire de mâchoires, une paire de maxilles, caractérisant ensemble une tête dont les métamérides sont fusionnés; tous les autres appendices se répètent sur les divers segments en demeurant presque semblables entre eux, de sorte qu’on ne peut non plus, dans cette classe, distinguer ni thorax ni abdomen. |
Enfin les Insectes présentent une paire d’antennes sensitives, une paire de | mandibules, une paire de mâchoires, une paire de maxilles soudées de manière â 1 constituer une lèvre inférieure et trois paires de pattes ambulatoires; les pléopodes | n’existent que rarement {Machilus, Ccmpodea, etc.), sauf sur les derniers segments. | Le corps des Insectes se trouve ainsi naturellement divisé en trois régions, la tête, 1 le thorax et Vahdomen. I
Détermination de l’homologie des appendices. — Les Conditions générales de I l’organisation des Arthropodes ont été exposées p. 85 et suivantes; celles de leur 1 développement, p. 158, 167 et 179. Avant de passer en revue les modifications parti- 1 culières relatives â chacune des classes, nous nous bornerons, en conséquence, a ■ une seule remarque qui fixe une importante question de méthode morphologique. I Les appendices des Arthropodes et notamment leurs appendices antérieurs présentent* une telle variété de formes et de fonctions qu’on a pu hésiter parfois sur leur véri- Ij table signification. C’est ainsi que la première paire d’appendices des Limules al été considérée tour â tour comme des antennes (Latreille), des palpes (Cuvier), deslj mandihides succédanées (Savigny), des pattes antérieures (Van der Hœven), des appen- 1 dices post-œsophagiens, appartenant par conséquent â la série sternale (Alpli. Milne-I Edwards). De même la première paire d’appendices des Arachnides a été déterminée! tantôt comme une paire d’antennes (Em. Blanchard), tantôt comme une paire de! mandibules (Balfour, Packard, etc.). Ces déterminations ont été appuyées tour â! tour sur l’anatomie comparée et sur l’embryogénie. Les anatomistes ayant constaté! que les antennes si nettement caractérisées des Insectes, des Myriapodes et des' Crustacés supérieurs sont constamment innervées par les ganglions cérébroïdes, en ont conclu qu’il fallait réserver cette dénomination aux appendices qui préscn-' leraient ce mode d’innervation; dès lors, les chélicères des Arachnides devaient être des antennes; mais on ne pouvait voir en elles les équivalents des appendices prébuccaux des Limules qui tirent leurs nerfs du collier œsophagien et qui devaient, être considérées comme représentant morphologiquement des mandibules. L’adop- | tion d’un pareil critérium suppose évidemment que les ganglions cérébroïdes ont I partout la même constitution fondamentale, ce qui n’est pas exact. D’autre part, les Ê embryogénistes attribuant une importance prépondérante au lieu d’apparition des H appendices, voyant les appendices antérieurs des Limules, les chélicères des Arach- ■ nides, apparaître en arrière de la bouche de l’embryon, comme les mandibules des fl Insectes, en ont conclu que ces appendices sont des mandibules. C’était supposer, H sans preuves, qu’il y a des différences fondamentales dans le mode d’apparition des ! appendices des Arthropodes. Les deux méthodes de détermination reposent donc 9 l’une et l’autre sur un à priori. L’embryogénie et la zoologie comparatives ont aujour- ■ d’hui suffisamment établi tout â la fois le mode de constitution de la tête des Arthro- 1
MÉROSTOMAGÉS.
podes et l’origine de leurs ganglions cérébroïdes pour qu’il soit permis de supprimer, pour ainsi dire, le problème de la nature des appendices. On peut, en effet, résumer les résultats acquis dans les cinq propositions suivantes :
1° Tous les appendices des Arthropodes sont morphologiquement équivalents ; tous apparaissent d'abord en arrière de la bouche^ sur la face ventrale du corps et appartiennent par conséquent à la même série ;
2“ A chaque paire d'appendices correspond une paire de ganglions nerveux;
3° Les ganglions cérébroides sont d'abord purement et simplement des ganglions optiques; ce sont les seuls qui soient originairement situés en avant de la bouche, ou, ce qui revient au même, au-dessus de l'œsophage;
Au coursdudévelopqoement un ou deux segments peuvent passer en avant de la bouche, ■entraînant du côté dorsal leurs appendices ainsi que les ganglions qui leur eorrespondent ;
Les ganglions cérébroides des divers groupes d’ Arthropodes résultent de la fusion •des ganglions optiques primitifs avec les ganglions devenus prébuccaux.
Il résulte de ces propositions que le lieu d'apparition des appendices est impuissant à nous renseigner sur leur nature; que le mode d’innervation des appendices de la première et de la deuxième paire dépendra du degré de rapprochement des ganglions qui leur correspondent et des ganglions optiques, enfin que la première paire d’appendices des Limules, par exemple, bien qu’innervée par le collier œsophagien, peut être morphologiquement équivalente aux chélicères des Arachnides et aux antennes des autres Arthropodes quoique ces appendices soient innervés par les ganglions cérébroïdes. Cette différence dans le mode d’innervation tient à ce que chez les Limules la fusion des ganglions des appendices préhuccaux et des ganglions optiques ne s’est pas encore opérée, ce qui est bien d’accord avec l’ancienneté du type des Limules. De même on ne saurait considérer les chélicères des Araignées comme des mandibules en s’appuyant sur ce qu’elles apparaissent eu arrière de la bouche, puisque c’est aussi le véritable mode d’apparition des antennes. Le rang des appendices des Arthropodes doit seul intervenir, en définitive, dans leur détermination; les appendices de la première paire, généralement prébuccaux, devront toujours être considérés comme morphologiquement équivalents, quels que soient leur mode d’innervation, leur mode d’apparition et leurs fonctions, sauf le <ias où il serait établi que, chez f animal adulte, ces appendices n’occupent le premier rang qu’en apparence et ont été précédés d’autres paires frappées d’avortement.
Ainsi se trouvent justifiées les définitions que nous avons adoptées précédemment pour la caractéristique des diverses classes d’Arthropodes.