‹ Trait©♭ de zoologieChapitre 256 sur 347 · I. CLASSE · texte numérisé non relu

I. CLASSE

MÉROSTOMAGÉS

Morphologie externe. — Les Mérostomacés comptent parmi les plus anciens <les animaux dont les restes fossiles nous aient été conservés. Après avoir atteint.

MÉROSTOMACÉS.

durant la période primaire, un développement luxuriant, ils ont presque entièrement disparu, et ne sont plus représentés dans nos mers que par le seul genre Limulus. Tous ces^ animaux, souvent de grande taille, présentent une large région antérieure, en forme de bouclier, où l’on n’aperçoit tout au plus que des traces de

métaméridation et qu’on doit considérer comme un céphalothorax. Une suture en fer à cheval (fig. 702), à concavité postérieure, détache d’ordinaire dans ce céphalothorax

une région moyenne, la glabelle {Gl), bien développée chez les Trilobites, les larves de Limules et reconnaissable, chez ces derniers animaux,

même à l’état adulte.

De chaque côté de la glabelle, mais à quelque distance, sont de gros yeux à facettes (0), ab-

Fig. 702. — • Diagramme du Dalmanites Fig. 703. — Limulus molucca- Hausmannii. — Gl, glabelle ; Sf, grande nus vu par la face dorsale,

suture ; O, yeux ; (7e, joues , ifA, rachis — O, les yeux latéraux sur

(tergum) ; PI, plèvres ; Py, pygidium les bords de la glabelle. — (d’après Picteq. St, aiguillon caudal (d’après

Huxley).

Fig. 704. — Limulus rotundicauda, vu par la face ventrale.

— A, antennes; n, pattes avec, leurs mâchoires coxales ; K, branchies; Op, opercule (d'après Milne-Edwards).

sents chez quelques espèces qui habitaient probablement les mers profondes.

Chez les Trilobites (fig. 702, Sf), une ligne sinueuse, enfoncée, passe au-devant du front de la glabelle, descend en arrière des yeux qu’elle contourne, et dès qu’elle | les a dépassés, se dirige vers l’extérieur en remontant. Toute la région située de i chaque côté, en dedans de cette ligne, est la joue fixe; toute la région située en dehors ; est la joue mobile (Ge). Le céphalothorax est bordé par une région plane, le bord, | présentant sur tout son pourtour une ramure et un filet saillant, le filet margiml. La • partie du bord située en avant de la glabelle est le bord frontal. Les parties qui | correspondent aux joues sont les bords latéraux. Enfin le bouclier présente aussi i| une région postérieure, transversale, analogue au bord, et qui forme l’anneau occi- | •pital. Il existe chez les Limules une suture analogue à la grande suture des Trilobites, mais dont le trajet est plus simple. Outre les gros yeux latéraux, des yeux m plus petits et plus rapprochés de la ligne médiane existent chez les Eurypterid.e | (fig. 705) et chez les Limules. j|

La bouche est située vers le milieu de la face inférieure du bouclier céphalique {| ou même dans sa seconde moitié {Limulus, fig. 704). Elle est entourée par les jf appendices céphalolhoraciques qui ont tous la forme de pattes ambulatoùes, et servent j

MORPHOLOGIE EXTERNE

réellement à la marche. On compte quatre paires d’appendices céphalothoraciques chez les Trilohites, cinq chez les Eurypïeridæ, six chez les Limulidæ. Une de ces paires est toujours située au-devant de l'orifice buccal et, d’après la définition que nous avons admise, p. 869, doit être considérée comme une paire d’antennes ; elle est grande chez les Pterygolus où elle se termine par une assez forte pince analogue à celle des Scorpions; elle est plus petite, au contraire, que les autres appendices, mais également terminée en pince chez les Limulus (fig. 704, A); elle a enfin la forme de palpes chez les Eurypterus (fig. 705, b). L’article basilaire des autres paires se transforme d’ordinaire en une pièce masticatrice plus ou moins puissante, dentée (Trilohites, Eürypteridæ) ou armée de fortes épines (Limulidæ, fig. 704, B). Les cinq paires de pattes sont à peu près semblables entre elles chez les Limulidæ, elles sont formées de sept articles; les pièces masticatrices de la cinquième paire sont séparées par une sorte d’épistome, celles de la dernière paire sont presque lisses, elles comprennent entre elles deux pièces rapprochées de la ligne médiane, indépendantes, épineuses, et constituant une sorte de lèvre inférieure. La deuxième (L.

polyphemus], la deuxième et lalroisième paires d’appendices (L. moluccanus et L. longispinus) sont terminées chez le mâle par une simple griffe; l’avant-dernier article de la dernière paire porte trois petites palettes et le dernier deux, au lieu de la pince habituelle; en outre, sur l’article basilaire de cette paire s’insère extérieurement un long appendice aplati , dirigé en arrière. Chez les Eürypteridæ, la dernière paire est beaucoup

plus* puissante que les 705.— Eurypterus remipes. — a. Face dorsale; O, les yeux. — b. Face , , , „ , ventrale; H, hypostome; St, aiguillon caudal (d’après Nieszkowski).

autres et transformée en

une sorte de rame. Enfin le bouclier est immédiatement suivi, chez les Limulid.e, d’une vaste lame, V opercule (fig. 70b, Op), qui recouvre la face inférieure de l’abdomen et dont la région médiane est simple chez les Limules asiatiques, divisée en deux articles chez les Limules américaines.

En arrière du céphalothorax le corps est nettement segmenté ou métaméridé. Il se divise chez les Trilohites en deux régions, V abdomen et le pygidium (fig. 702, P y). Chez les Eurypterid.e, il s’atténue graduellement en arrière de manière que la forme du corps rappelle un peu celle des Scorpions, et le dernier article porte, en général, un aiguillon. Chez les Limulidæ, tous les articles de l’abdomen sont soudés

MÉROSTOMACÉS.

en une seule région capable de se rabattre sous le céphalothorax et terminée par un long et puissant aiguillon. Le nombre des segments de l’abdomen, constant à l'état adulte, pour une même espèce de Trilobites, varie d’une espèce à l’autre; il descend à deux chez tes Agnostiis et s’élève à vingt-six chez les Harpes. Le pygidium comprend de son côté un nombre très variable de métamérides; chez les Harpes, il rappelait presque exactement la forme du bouclier céphalothoracique. Deux sillons longitudinaux faisant suite à ceux qui délimitaient la glabelle partageaient le corps de ces animaux en trois régions longitudinales ou lobes, d’où leur nom de Trilobites. L’abdomen des Eurypteridæ comptait une douzaine de segments; celui des Limulidæ en compte huit bien distincts chez l’embryon, et dont six sont, malgré leur soudure, immédiatement reconnaissables, chez l’adulte, aux aiguillons mobiles qu’ils portent latéralement, concurremment avec les véritables pattes.

Tous les segments du corps des Trilobites paraissent avoir porté de délicates pattes articulées, très grêles, en même temps que des appendices respiratoires, correspondant à ces pattes et enroulés en tire-bouchon. On n'a pas constaté avec certitude de traces d’appendices sur l’abdomen des Eurypteridæ; certains spécimens de PterygotKs semblent cependant pourvus de lamelles abdominales dont l’existence est d’autant plus probable qu’à ces grands animaux une respiration cutanée nepouvait suffire. Chez les Limules actuels, l’opercule protège cinq paires de larges pattes aplaties en lame et porlant elles-mêmes de nombreux feuillets respiratoires superposés. Ces appendices servent à la fois à la natation et à la respiration.

L’organisation des Mérostomacés n’est connue que par celle des Limules dont l'étude est d'autant plus importante que ces animaux remontent, eux aussi, à la période primaire {Belinurus du carbonifère), et comptent parmi les plus anciens Arthropodes.

Appareil digestif. — La bouche est comprise entre la troisième et la cinquième paire de membres. Le tube digestif se divise en un long œsophage dirigé en avant et en haut qui s’ouvre dans une poche dont la section verticale a la forme d’un fer à cheval et qu’on peut appeler le jaboC ou proventriciile. La branche supérieure de cette poche se prolonge à l’intérieur de l’estomac en une sorte de cône, faisant fonction de valvule. L’estomac pyriforme se continue en un tube presque rectiligne, légèrement conique, qui s’ouvre à l’extérieur en avant de l’aiguillon caudal. Sur toute l’étendue du tube digestif, trois couches de tissus se superposent pour constituer ses parois; ce sont, de dehors en dedans : 1° une couche musculaire; 2° une couche épithéliale; 3“ une couche chitineuse. La couche musculaire est surtout formée de fibres longitudinales striées, au-dessous desquelles se trouvent des faisceaux peu nombreux de fibres annulaires. La couche épithéliale présente, à sa surface interne, des replis longitudinaux creux, formés de cellules columnaires, tandis que les intervalles entre les plis sont essentiellernent constitués par des cellules pavimenteuses. La couche chitineuse se soulève de même dans l’œsophage en huit replis longitudinaux qui se continuent dans le gésier avec sept replis analogues, armés chacun, dans la région supérieure de l’organe, de séries longitudinales de grosses dents chitineusès. Les cinq replis supérieurs présentent chacun trois séries de dents; les replis inférieurs deux seulement. Le proventricule et le cône présentent encore des replis longitudinaux, au nombre de treize, dont cinq plus saillants que les autres, mais le revêtement chitineux disparait dans l’estomac et ne se reconstitue que dans la partie posté-

Page 1