EMBRYOGÉNIE NORMALE
viscérale, cavité générale ou cavité du corps. En raison de son mode de formation par une sorte de déchirement, la cavité générale, lorsqu’elle apparaît ainsi, prend le nom de schizocêle. Il suit de là que, chez la plupart des Artiozoaires, les parois du corps et celles du tube digestif ne sont formées que de deux couches d’origine différente, au lieu de trois, et sont plus simples que chez les Échinodermes.
Marche générale du développement embryogéniqne après la constitution du protoméride. — Embryogénie normale. — Il est nécessaire, si on veut arriver à la claire intelligence des phénomènes embryogéniques qui suivent ces premières phases, de les considérer d’abord dans une série zoologique où les diverses parties constitutives du corps, mérides ou zoïdes, soient nettement caractérisées; où ces parties, relativement simples, aient une grande aptitude à se modifier; où il soit facile de suivre leur mode d’apparition, leurs transformations ultérieures et leurs degrés divers de coalescence. A cet égard, les animaux ramifiés, en général, et, en particulier, les Polypes hydraires, forment une série particulièrement instructive. En comparant les diverses formes de Polypes hydraires, nous avons vu (chapitre II, p. 43) qu’elles étaient entre elles, comme si une forme primitive, l’Hydre par exemple, s’était ramifiée par bourgeonnement, et avait ainsi produit une forme complexe, dont les rameaux, mérides, zoïdes ou dèmes, suivant les cas, primitivement semblables et indépendants, se seraient ensuite différenciés, adaptés à des fonctions particulières et, en conséquence, solidarisés. On peut toujours disposer les diverses formes animales dans un ordre de complication, de différenciation et de solidarisation croissantes; s’il est vrai, que les formes simples des êtres naturels aient apparu les premières, et que les autres en aient dérivé, soit par voie de filiation, soit par tout autre procédé, la disposition ainsi obtenue doit se rapprocher sensiblement de l’ordre d’apparition de ces êtres. Chaque être vivant commençant, d’ailleurs, à l’état de'simple plastide, les phénomènes de complication, de différenciation, de solidarisation, doivent se présenter, dans son évolution embryogénique, suivant un ordre correspondant à celui dans lequel se succèdent les diverses formes qui relient l’être considéré aux formes simples du groupe auquel il appartient. Dans le cas particulier où l’on admet que les êtres vivants sont issus les uns des autres par voie de filiation, cela revient à dire que : dans son développement embryogénique, chaque individu doit revêtir successivement les formes mêmes par lesquelles a passé son espèce pour arriver à son état définitif. C’est la loi de Fritz Millier qui n’est elle-même que l’expression nouvelle d’une idée déjà indiquée par Kielmeyer, qu"on retrouve dans les écrits d’Autenrieth, d’Oken, de Spix, de Goethe, dont E. Geoffroy Saint- Hilaire a fait de brillantes applications, et que Serres a le premier nettement formulée, en attribuant, à la vérité, à l’organisme humain une importance morphologique beaucoup trop grande, lorsqu’il disait : « La série animale n'est qu'une longue chaîne d'embryons, jalonnée d'espace en espace, et arrivant enpi à l'homme ^ ; » ou encore ; « L'organogénie humaine est une anatomie comparée transitoire, comme, à son tour, l'anatomie comparée est l'état fixe et permanent de l'embryogénie humaine »
1 Serres, Précis d'anatomie transcendante appliquée à la physiologie, 1842, fig. 91.
^ Serres, ibid., p. 19.
D’après ces principes, les phases de l’embryogénie d’un Hydraire arrivé au maximum de complication, devraient, par exemple, se succéder dans l’ordre suivant :
1° Transformation de \di.planula en un premier polype om protoméride ^
2° Développement de nouveaux polypes ou mérides par bourgeonnement.
Différenciation des mérides déjà formés.
4° Groupement de certains mérides en rayons.
5° Coalescence de ces mérides pour constituer des Méduses.
6° Différenciation et adaptation des Méduses à des fondions diverses, comportant ou non leur séparation des dèmes dont elles font partie.
1° Formation des éléments génitaux.
Il est toujours permis de considérer ce mode de développement, alors même qu’il ne serait pas strictement réalisé, comme un type, auquel il sera possible de comparer tous les autres, de manière à en mesurer les différences. Nous appelons ce type, type embryogénique normal ou, par abréviation, embryogénie normale, et nous aurons à rechercher dans quelle mesure et de quelle façon en diffèrent les autres modes de développement réellement observés.
Il est clair que la loi de Serres, notamment sous'la forme que lui donnent Fritz Müller et les partisans de la théorie de la descendance, suppose que dans le mode de développement le plus rapproché du type normal, les diverses formes embryonnaires qui se succèdent sont toutes capables de mener une existence indépendante. C’est à ce signe, qui implique, en général, une éclosion précoce de l’embryon, que le type embryogénique normal chaque série organique pourra être pratiquement reconnu, et c’est à ce type que tous les autres devront être comparés.
Les phases successives du développement embryogénique normal sont, à très
peu de chose près, réalisées dans le développement des Hydraires fixés. Les polypes naissent les uns après les autres; chaque polype apparait sous la forme d’un bourgeon qui se complète pour produire, à son tour, des bourgeons se transformant eux-mêmes en polypes. Rien ne distingue, au premier abord, ces bourgeons les uns des autres; toutefois, quand un méride doit se spécialiser, il ne revêt pas d’abord, en général, une forme identique à celle du protoméride : son développement suit, à partir d’un certain moment, une marche particulière, de sorte qu’il arrive d’emblée à sa forme définitive. De même, les bourgeons qui doivent se disposer en
1 M. de Lacaze-Duthiers donne le nom à'oozoïte au premier polype de ce qu’il appelle un zoatithodème de Coralliaires; les polypes qui se forment ensuite sont pour lui des blastozoïtes. Les mots dont nous nous servons ont une acception plus générale puisqu’ils s’appliquent aussi bien aux Artiozoaires qu’aux Phytozoaires, et en même temps plus définie, puisqu’ils représentent des degrés successifs de complication organique dont l’auteur de VHistoire naturelle du Corail n’avait pas à tenir compte. (Voir l’ouvrage cité, p. 23.)
Fig. 265. — Types de Gonophores. — A, Tubidaria indivisa ; B, Syncoryne eximia; a, exothèque; c, endothèque ; d', manubrium ; f, canal gastro-vasculaire circulaire; h, ocelles; O, œufs; P, plasma ovarien dans la Tubidaria (d’après Allman).