CHLOROPHYLLE
dérées comme résultant de la transformation des matières colorantes du sang. Il en est de même de la matière colorante de l’urine. L’hématine joue aussi probablement un rôle dans la formation du pigment noir ou mélanine de la choroïde. Tout au moins doit-on considérer l’hématine et la mélanine comme deux substances se formant dans des conditions analogues.
M. de Merejkowski a signalé la grande extension, chez les Invertébrés, d’un pigment rouge spécial, avide d’oxygène, la tétronérythrine. De ce que ce pigment est surtout développé chez les Invertébrés sédentaires et manque chez ceux qui sont abondamment pourvus d’Algues parasites ou Zooxanthelles, dégageant de l’oxygène dans les tissus, ce savant conclut que la tétronérythrine joue un rôle analogue à celui de l’hémoglobine et sert à l’absorption de l’oxygène au travers des téguments.
Chez d’autres Invertébrés {Limulus, Astacus, Cancer, Oclopus, Arion^ Hélix) on rencontre à la place de ces deux substances une troisième substance, Xhémocyaninc (Frédericq), qui bleuit sous l’action de l’oxygène et qui contient du cuivre au lieu de fer. Cette substance paraît jouer, comme l’hémoglobine, un rôle important dans la respiration.
Chlorophylle. — L’hémoglobine, la chlorocruorine et l’hémocyanine sont essentiellement des corps oxydables aptes à abandonner aux tissus l’oxygène dont ils se sont chargés. La chlorophylle décompose au contraire l’acide carbonique produit par les tissus ou absorbé par eux, et met en liberté de l’oxygène. Cette substance est l’un des agents les plus importants de la nutrition des végétaux, et l’on s’est efforcé de la retrouver chez les animaux de couleur verte.
La liste des animaux dans lesquelles on l'a découverte, est assez longue. On trouve parmi eux des Rhizopodes (Rhaphidiophrys viridis, Heterophrys apoda), des Infusoires {Stentor MüUeri, Paramæcium), des Éponges {Sjiongilla fluviatilis), des Polypes {Hydra viridis, Anthea cereus, var. smaragdina), des Turbellariés {Convoluta Schultzü, Vortex Graffii, Hypostomum viride, Typhloplana viridata, Mesostomum viride) et même des Annélides {Chætopterus Valenciennii). Il paraît aujourd’hui probable que la chlorophylle de beaucoup de ces animaux, sinon de tous, est due à la présence d’Algues parasites; il n’est même pas certain que dans le consortium qui en résulte l’animal trouve un réel profit, au point de vue de l’alimentation, car les animaux!' à chlorophylle ne sont pas moins voraces que les autres, f Substances colorantes diverses. — A côté de ces substances colorées qui jouent un rôle si important dans la respiration ou la nutrition d'un assez grand nombre d’animaux, il en est d’autres qui absorbent comme elles des catégories spéciales I de rayons lumineux, qu’on peut, en conséquence, distinguer les unes des autres I de la manière la plus nette par leur spectre d’absorption, mais dont la constitution • chimique et le rôle physiologique sont encore fort obscurs; on doit surtout à Ray ' Lankester et à Moseley d’avoir distingué un assez grand nombre de ces substances L
La polypérythrine est rouge et présente trois bandes d’absorption, une dans le vert, les deux autres dans la partie moins réfrangible du spectre. Elle est insoluble dans l’eau, l’alcool, l’éther, la glycérine, les solutions concentrées de potasse et
1 Moseley, On the colouring matters of varions animais and specially of Deep-Sea forms dradged by H. M. S. Challenger. — Journal of Microscopical Science, vol. XVII
d’ammoniaque; elle se dissout dans les acides azotique, sulfurique et chlorhydrique étendus, et la solution prend par l’addition d’eau ou d’alcool une couleur rouge qui se teinte de vert sous certaines incidences. La polypérythrine a été observée chez divers Coralliaires des genres Ceratotrochus, Flabellum, Fungia, Stcphanophyllia, Actinia, Discosoma. Mais d’autres Coralliaires peuvent être colorés en jaune ou en rouge par des matières qui ont un tout autre spectre d’absorption.
Diverses Comatules et Holothuries contiennent une matière colorante rouge, YAntédonine, soluble dans l’eau douce et l’alcool, insoluble dans la glycérine, et dont le spectre d’absorption présente trois bandes noires dans sa région moyenne; dans les solutions concentrées ces bandes s’étendent beaucoup, et il ne passe plus finalement que du rouge et du jaune. L’acide chlorhydrique fait virer au jaune la solution alcoolique, tandis que l’ammoniaque la fait virer au violet, et détermine un abondant précipité de cette couleur. La matière colorante de YAntedon rosacea paraît différente et ne laisse passer que les rayons rouges.
Au sortir de la mer la plupart des Fentacrinus sont d’un beau vert foncé ; quelques espèces seulement sont rouges. La substance colorante verte ou pentacrinine est soluble dans l’alcool légèrement acide. La solution modérément concentrée absorbe dans le spectre une bande de rayons couvrant la ligne D et s’étendant davantage vers le rouge que vers la région moins réfrangible ; une seconde bande d’absorption est située entre les lignes D et E; une troisième va de 6 à F. Les acides rougissent la solution de pentacrinine, les bases la ramènent au vert. Il existe certainement d’autres matières colorantes chez les Échinodermes. C’est ainsi que les Linckia contiennent une matière colorante bleue, que rougissent les acides. '
La crustacéorubrme paraît très répandue dans la classe des Crustacés {Gnathophausia, Petalojihthalmos, Peniîidæ et Carididæ des grandes profondeurs, nombreux Entomostracés de surface, Pandarus). C’est une substance rouge dont les bandes d’absorption sont dans le vert et le bleu. L’acide chlorhydrique et l’ammoniaque ne modifient pas sa teinte. Quelques Crustacés alpestres sont colorés en rouge par de la Caroline (R. Blanchard).
Les Aplysies émettent en abondance une matière purpurine ou violacée. Une espèce très abondante à Saint-Vincent (Iles du cap Vert) fournit une substance colorante qui absorbe une partie des rayons verts et des rayons bleus, présente une teinte pourpre, qui passe au violet par l’addition d’un acide et peut virer jusqu’au bleu. Ce liquide paraît contenir une matière voisine des couleurs d’aniline. h'Aplysine existe aussi chez certaines Boris.
Les Janthines, Gastéropodes pélagiques à coquille bleue violacée, émettent une matière purpurine qui sature assez rapidement l’alcool ordinaire et se dissout aussi dans l’éther; elle colore la glycérine en violet. La solution est dichroïque, bleuviolacé à la lumière transmise, avec fluorescence d’un beau rouge, rappelant celle de l’Esculine, quand on la regarde obliquement. Le spectre d’absorption présente trois bandes obscures; l’une s’étend du bord le moins réfrangible de la ligne D au tiers de la distance qui sépare cette ligne de la ligne E ; la bande suivante est un peu en dedans du bord le moins réfrangible de la ligne E. Une troisième bande apparaît graduellement et atteint son maximum d’obscurité au voisinage de la ligne F. Les acides font virer au bleu les solutions éthérées. La Janthinine en solution se décolore en une semaine ou deux.