COMPOSÉS MINÉRAUX
Le nombre des matières colorées produitès par les animaux est évidemment destiné à s’accroître beaucoup. A celles que nous venons de décrire il faut ajouter la stentorine qui est bleue, la touracine et Vaphidine qui sont vertes, V hoplacanthinine qui est garance, la carminé qui est rouge et bien d’autres qui ont été plus ou moins sommairement étudiées et n’ont pas encore reçu de nom.
Composés minéraux. — Lïirée, homologue par sa composition du cyanate d’ammoniaque, C^AzO. AzE^O, se rapproche déjà des composés minéraux. Mais on rencontre aussi dans l’organisme de véritables sels ammoniacaux, des sels alcalins ou terreux parmi lesquels il faut citer le sesquicarbonate et le bicarbonate d’ammoniaque qui existent dans le sang, les ganglions lymphatiques, les glandes vasculaires sanguines, l’urine décomposée, l’air expiré. A ces sels s’ajoutent les sulfate, phosphate et carbonate de potasse (liquide musculaire); le chlorure de potassium; les sulfate, phosphate et carbonate de soude; le chlorure de sodium, répandu dans tout l’organisme; le phosphate et le carbonate de magnésie; le chlorure de magnésium; les phosphates et carbonates de chaux; le chlorure et le fluorure de calcium (émail j des dents); enfin un oxyde, la silice. Le -carbonate et le phosphate de chaux, ainsi !que le silice, prennent part à la formation des parties solides de l’organisme, soit en s’isolant sous forme de spiculés, de dentelle calcaire, de coquilles, de tubes; soit en pénétrant la chitine des Arthropodes et la substance osseuse des Vertébrés.
Ferments solubles; leucomaïnes et ptomaïnes. — D’autres dérivés des substances albuminoïdes sont utilisés par l’organisme : tels sont les divers ferments solubles qui dérivent de la fonte des cellules glandulaires : la piycdine de la salive, la pepsine du suc gastrique, la pancréatine du pancréas, la diastase hépatique du foie, Yinvertine. du suc intestinal qui sont utilisés pour convertir les matières amylacées en sucre, les matières albuminoïdes en peptones solubles et assimilables, pour émulsionner les graisses, transformer le glycogène en glucose, ou intervertir le sucre de canne non assimilable sous sa forme normale.
E paraît probable, d’ailleurs, qu’il existe dans l’organisme bien d’autres ferments solubles qui agissent, soit pendant la vie, soit après la mort, sur les matières albuminoïdes pour les transformer en alcaloïdes dont les uns, désignés sous le nom de ! leucomaïnes par M. Gautier, sont des produits nécessaires de la vie des tissus, tandis
que d’autres, les ptomaïnes^ apparaissent en grande quantité, surtout après la mort. Ces alcaloïdes sont pour la plupart des amines de la série grasse, telles que :
La dimélhylamine . (C2H2)2AzH^
La triméthylamine . . . (C^H^jsAzH^
La triéthylamine . (G^H^pAzH^
L’éthylène diamine . . C^H2(AzH3)2
La névrine . C4H2(H202)(C2H2)3AzH^O.HO i
; Quelques-uns de ces alcaloïdes sont à peu près inoffensifs; telles sont la névrine, la neuridine, la cadavérine, la putrescine, la saprine, la triméthylamine, la mydaléine, extraits par Brieger des cadavres humains. D’autres comme la peptoxine, extraite par ce chimiste de l’alhumine peptonisée, la choline, la muscarine, qui se trouve aussi dans les Champignons {Agaricus muscarinus) sont des poisons violents. C’est à une ptomaïne qu’il faut attribuer les propriétés dangereuses qu’acquièrent, peu de
1 C’est l’hydrate de triméthyloxyéthylénammonium.
temps après la mort, les sucs de l’organisme humain; ce sont aussi des ptomaines produites sous l’influence des bactéries pathogènes qui produisent les violentes intoxications caractéristiques de tant de maladies infectieuses.
A l’état de santé, les leucoraaïnes toxiques sont évacuées par les sécrétions; elles ne sont pas les mêmes durant la veille et durant le sommeil. C’est ainsi que l’urine de nuit contient une leucomaïne convulsivante et l’urine de jour une leucoraaïne narcotique, dont l’accumulation lente pendant la veille contribue peut-être à la production du sommeil.
Urée et ses dérivés. — L’urée est un des produits les plus simples de la décomposition des substances albuminoïdes; elle est exactement isomère du cyanate d'ammoniaque ;
C^AzO,AzHȟ = C202,Az2Il^
mais représente, en réalité, le diamide du carbonate d’ammoniaque :
2AzH»0.C20^ = 2H202 + C^O^Az^H^
C’est une substance blanche, soluble dans l’eau, sans odeur ni couleur, cristallisant en prismes orthorhombiques. Elle se forme dans les muscles, le cerveau et aussi dans
Fig. 392. — Cristaux d’allantoïue (d’après Frey). Fig. 393. — Cristaux de créaline (d’après Frey).
le foie, mais seulement pendant la digestion; elle s’accumule ensuite dans le sang d’où l’extraient les glandes sudoripares et les reins; la salive, la bile, l’humeuri
vitrée contiennent également un peu d’urée. Sous l’action d’un ferment soluble sécrété par le Micrococcus ureæ, l’urée s’hydrate et se transforme en carbonate d’ammoniaque (Van Tieghem); le même ferment dédouble l’acide hippurique en acide benzoïque et glycolamine. En chauffant deux parties d’urée avec une partie d’acide oxyglycoliquè : C‘H20®, on obtientun d\uréiCie,Yallantoîne : C®H®Az*0®, qui existe dans le liquide amniotique des Ruminants (flg. 392). La créatine : C^H^Az^O* est aussi une diuréide qui existe dans le liquide musculaire (fig. 393). Par une longue ébullition la créatine perd deux équivalents d’eau et se change en créatinine : C*H’Az®0* (fig. 394); chauffée avec l’eau de baryte, elle fixe au contraire deux équivalents d’eau et se dédouble en urée et en sarcosine : C®H''AzO^ :
Fig. 394. — Cristaux de créatinine.