SÉLECTION SEXUELLE
exemple, que celles des Insectes. Ainsi dans le seul ordre des Insectes Diptères la femelle du Culex lutescens a les tarses bruns, le mâle les a jaunes; la femelle du C. cantans a les quatre derniers articles des tarses avec un anneau blanc qui manque au mâle; les corps des Corethra flavicans est jaune, mais les côtés du thorax sont blanchâtres dans le mâle; les tarses du Chironomus viridanus sont verdâtres avec les derniers articles obscurs chez les mâles; les Tipiila oleracea sont cendrées, mais les antennes et la région buccale de la femelle sont d’une teinte ferrugineuse; la femelle du Nemoteliis uliginosus a une ligne blanche, interrompue au-dessus des antennes, qui manque au mâle; la Phtiria minuta est noire, mais la femelle a la face et l’écusson jaunes bordés de brun; les tarses intermédiaires du Psilopus platypterus sont jaunes chez les femelles; leur 3® et leur 4® articles sont blancs, le 5® noir chez les mâles ; le dessous de l’abdomen est jaune chez le Syrphus mellarius mâle, noir chez la femelle; la cellule anale des ailes est grande et ouverte chez les Lonchoptera mâles, fermée chez les femelles; le front du mâle est légèrement rétréci chez les Tachina oblongiis, pallipalpis, gagatea^ nana, plus étroit chez les T. cylindrica, borealis, bisignata, larvarum, nitida et autres espèces, semblable â celui de la femelle chez la T. latifrons; de légères différences dans le trajet de quelques nervures des ailes distinguent les mâles des femelles des Lucilia fuscipalpis et L. scutellata-, les côtés du thorax de la Mouche domestique sont un peu plus pâles chez le mâle que chez la femelle et légèrement jaunâtres. Ces exemples suffisent pour montrer combien sont souvent insignifiantes les différences de coloration ou de conformation qui distinguent les mâles des femelles et â quelles difficultés viennent se butter la sélection naturelle comme la sélection sexuelle, lorsqu’elles sont obligées d’expliquer par le menu d’aussi délicates différences.
La corrélation entre les glandes génitales et le reste de l’organisme peut être d’ailleurs établie tout à la fois par des expériences naturelles et des expériences préparées. La castration chez un mâle en voie de développement empêche l’apparition des attributs extérieurs de son sexe. Chez l’homme, en particulier, la voix reste aiguë, la barbe nulle ou rare; en revanche le tissu adipeux se développe beaucoup et la peau glabre demeure longtemps plus lisse et moins colorée que d’habitude.
M. Giard a constaté que le développement des Bopyres dans la cavité branchiale des Palémons, des Rhizocéphales (Sacculina, Phryxus, Peltogaster) , aux dépens des Crabes ou des Pagures et, â un degré moindre, celui des Entonisciens amènent l’avortement des organes génitaux chez ces Crustacés; cette castration parasitaire est accompagnée de changements dans la forme extérieure qui rendent très difficile la distinction des mâles et des femelles. Les Rhizocéphales occupent la place qu’occuperaient normalement les pontes chez les femelles; ils sont fobjet de la part de leur hôte, quel que soit son sexe, des mômes soins que les femelles donnent habituellement â leur progéniture, et l’abdomen des mâles se dilate pour les protéger, de manière â ressembler â un abdomen de femelle.
Il est â remarquer que l’altération produite par les Entonisciens qui se substituent non plus aux pontes, mais aux glandes génitales., au point d’être difficilement reconnaissables, est moins profonde que celte produite par les parasites qui déterminent l’avortement de ces organes, mais ne se substituent pas à eux.
Caractères résultant d’adaptations réciproques entre organismes d’espece différente; caractères secondaires des parasites; migrations des parasites. —
Dans l’étude des caractères sexuels, nous avons rencontré un assez grand nombre de cas où le développement de ces caractères avait pour résultat l’adaptation du mcàle au rôle qu’il doit remplir vis-à-vis de la femelle, d’où il suit que la forme de la femelle commande dans une certaine mesure les caractères sexuels secondaires du mâle et réciproquement. On peut dire qu’ici il y a en quelque sorte adaptation réciproque des individus des deux sexes. Les adaptations réciproques entre animaux d’espèce différente, quel que soit leur sexe, se rencontrent fréquemment dans le règne animal; il en existe même entre animaux et végétaux; elles sont en rapport soit avec l’alimentation, soit avec la respiration, soit avec la locomotion, soit enfin avec la protection de l’individu; elles peuvent être en rapport simultanément avec deux ou plusieurs de ces fonctions. Quelques-unes ont un grand caractère de généralité, en ce sens qu’elles ont trait aux rapports d’une espèce donnée avec tout un groupe d’autres espèces ; d’autres sont, au contraire, si particulières qu’elles lient étroitement deux espèces l’une à l’autre. Ainsi quand on considère les adaptations en vue de l’alimentation, il est d’abord évident qu’il existe chez les animaux libres deux adaptations prédominantes, exclusives l’une de l’autre, l’une qui lie au règne végétal les animaux qui la présentent et les astreint au régime herbivore, l’autre qui est propre, au contraire, aux animaux qui se nourrissent de chair. Ces deux adaptations générales se rencontrent à tous les degrés de complication organique, mais elles ne sont pas toujours de nature à motiver la division en deux autres des grands groupes où on les observe. Il existe déjà des Infusoires ciliés à régime végétal, d’autres qui sont de véritables carnassiers, et ils sont reconnaissables à la constitution de leur armature buccale. Le régime des Éponges est indifférent; tous les Polypes sont carnassiers; mais le régime des Échinodermes est variable : la plupart des Étoiles de mer sont carnassières; les Crinoïdes ont un régime indifférent; les Oursins endocycliques, pourvus d’un appareil masticateur, sont herbivores, les Oursins bilatéraux, dépourvus de mâchoires, ou Spatangoïdes, vivent des détritus de toutes sortes contenus dans le sable dont leur tube digestif est constamment bourré; c’est aussi le régime des Holothuries aspidochirotes, tandis que les Dendrochirotes ont le même mode d’alimentation que les Crinoïdes. Parmi les Crustacés le régime animal est particulièrement fréquent; toutefois les Phyllopodes se nourrissent de particules vaseuses; les Lygies de débris de Zostères; les Oniscides ont probablement aussi un régime végétal et l’on sait que, parmi les Anomoures, les Birgues sont grands mangeurs de noix de coco. Les caractères résultant d’une adaptation à un régime alimentaire donné sont donc peu importants chez les Crustacés. 11 en est de même chez les Arachnides; mais les Myriapodes se divisent en deux grands groupes, l’un carnivore, celui des Chilopodes, l’autre à alimentation végétale, celui des Chilognathes dans lesquels la conformation des pièces buccales est toute différente; il s’y adjoint même chez les Chilopodes une paire de crochets venimeux constitués aux dépens de la première paire de pattes. Les caractères d’adaptation à un régime donné conservent une grande importance dans la classe des Insectes. Ils sont encore peu marqués chez les Névroptères et les Orthoptères, où l’on trouve des familles qui s’accommodent aussi bien du régime végétal que du régime animal (Blattides, Gryllides, Locus-