‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 100 sur 278 · HÉPATIQUE DES FONTAINES · texte numérisé non relu

HÉPATIQUE DES FONTAINES

Lichen peireus latrifolius, sive hepaiica fontaua (T.) Marchantia pohjmorpha (L.)

Cette plante croît sur les bords des fontaines et des puits ; elle s'allache aussi aux arbres et aux rochers, et forme comme une espèce d'écaillé. Toute la plante est employée.

A l'intérieur : Décociio)}, de 30 à 60 grammes par kilog. d'eau. A L'EXTÉuiiiOR ; Toutc la plante, en cataplasme.

ProprSéfcS.

L'hépatique des fontaines était regardée parles anciens comme propre à combaiire les maladies du foie; de là le nom qu'elle porie. Quoique rarement employée, on la regarde encore aujourd'hui comme diuréticpje, dépuraiive et détersive. Lieuiaud dit que son usage ne paraît pas sans succès dans les embarras du foie et des autres viscères, et même dans la phlhisie. Ce médecin la conseille aussi comme dépuraiive dans les maladies chroniques de la peau.

« M. Short , médecin de l'infirmerie royale d'Édimbourg, assure avoir employé avec beaucoup de succès l'hépathique à l'extérieur pour faire couler les urines, et amener par là la guérison de différentes espèces d'hydropisies. Ce

diurétique ne lui a pas toujours réussi ; mais jamais H n^a déterminé d'accidents fâcheux. Voici la manière dont ii l'emploie; 11 fait bouillir pendant douze heures deux poignées de feuilles d'hépatique dans l'eau ; il les broie ensuite à l'aide d'un pilon, y joint une quantité égale de farine de graine de lin, et en forme un cataplasme qu'il étend sur le ventre des malades. Ce cataplasme est renouvelé deux fois par jour; il produit une abondante transpiration , et augmente considérablement la sécrétion des urines. Si , au bout de quelques jours, on n'en obtient pas d'effet, il est inutile d'en continuer l'usage plus long-temps. Les observations que cite M. Short sont extrêmement remarquables. Le 20 septembre il appliqua un cataplasme semblable sur le ventre d'une femme hydropique. Dès la nuit môme la sécrétion des urines fut considérablement augmentée ; elle rendait chaque jour environ dix livres d'urine, et à la fin du mois de décembre il n'y avait plus de traces d'hydropisie. Dans les autres observations citées par M. Shorl, l'hépatique eut un succès à peu près semblable. Le seul inconvénient qui résulte de l'application de ces cataplasmes est de jeter les malades dans une grande faiblesse , qui force de temps à autre à en suspendre l'emploi. Pendant tout le temps de la cure, ce médecin ne donne aucun médicament à Tinlérieur ; il se borne à soutenir les forces avec des bouillons de bœuf et de poulet [Journ. de méd. et de chir.prat., t. iv, p. 103).»

J'ai employé, dans deux cas d'anasarque, les cataplasmes d'hépatique. Dans le premier cas, il n'a produit aucun effet sensible ; dans le second, la sécrétion urinaire a été considérablement augmentée ; mais cet elîet ne s'est soutenu que pendant cinq à six jours. J'ai alors essayé l'usage interne de celle plante; j'en ai fait broyer et ficfuser 60 gram. dans 1 kilog. de vin blanc. Cent grammes de ce vin, administrés deux 'fois par jour, produisirent un effet diurétique prononcé; au bout de quinze jours l'infdlralion séreuse du lissu cellulaire élait entièrement dissipée. Celle infillralion éiait survenue, chez un manouvrier âgé de SO ans, à la suite d'une fièvre quarte contre laquelle il n'avait employé, à diverses reprises, qu'une forte décoction de café avec addition de suc de citron et d'eau-de-vie. Je ferai observer, à celle occasion, que lorsqu'on supprime les accès des fièvres intermittentes automnales, sans , au préalable, avoir ramené les organes digestifs à un élat favorable, les embarras viscéraux et surtout l'engorgement de la rate, l'œdème et l'hydropisie sont fréquemment la conséquènce de cette pratique irralionnelle.

J'ai vu l'engorgement spléniqiie, que je considère commeeffct et' non comme cause, subsister long-temps après la cessation des accès de fièvre. ,

L'hépatique des fontaines peut être récoltée dans toutes les saisons, mais préférablement dans l'clé, la plante étant alors mieux nourrie. Après en avoir séparé les feuilles mortes, on la fait sécher à l'étuve ou au soleil, et on la conserve dans un lieu sec, à l'abri du contact de l'air.

Le docteur Levrai-Perrotton a employé avec succès la décoction concentrée du marchaniia dans des cas de gravelle qui avaient résisté à divers traitements. «Le premier malade, à peine âgé de douze ans, souffrait depuis deux ans. Le marchantia fut conseillé en désespoir de cause; le malade en but un litre et demi par jour. Cette simple médication, suivie pendant quelque temps, réussit parfaitement, et aujourd'hui M. N.... qui est âgé de vingt-huit ans environ, n'a plus depuis lors ressenti de douleurs néphrétiques ni rendu de graviers.

Le second malade, âgé de quarante ans, était depuis longtemps atteint d'une dysurie presque continuelle, parfois accompagnée de douleurs atroces et qui ne se calmaient que lorsque les urines avaient amené quelques petits graviers. Après avoir prescrit tout ce que conseillent les livres, et sans le moindre succès, M. Perrotton en vint au marchaniia conica; le malade en but deux litres dans les vingt-qualre heures. Sous l'influence de cette seule médication, les urines devinrent abondantes, sédimenteuses et soulageantes. Au bout de quelques jours, les douleurs avaient cessé. Dans les trois années suivantes, elles sont parfois revenues, quoique très-rares, et la décoction de marchaniia les a prompiement dissipées. Llles n'ont pas reparu depuis un an.

Le troisième malade, âgé de quarante-six ans, a été sujet à des douleurs arthritiques, auxquelles ont ensuite succédé des douleurs néphrétiques avec issue de graviers. Rien ne le soulageait. La décoction de îjiarc/tcm/ia a produit rapidement de si heureux effets, que par précaution le malade en a continué l'usage pendant deux mois. Six mois après, il n'y avait eu aucun retour des douleurs.

Le quatrième malade, âgé de soixante ans environ, rendait depuis plusieurs années de petits graviers en urinant, et éprouvait une dysurie habituelle. Il élait obligé de fuir la société, tant son mal élait incessant. Au bout de trois ou quatre jours de l'emploi de la décoction de marchantia, la dysurie avait cessé. Mais son pharmacien, ayant épuisé sa provision de marchaniia, ce traitement fut forcément aban-

donné, cl tous les sympiômes reparurent avec la même intensité que par le passé. Quelques jours après le malade put reprendre la bienfaisante décoction, qui répondit à son attente. Comme l'auteur rédigeait cet article au moment même où il traitait le malade, il ne peut donner l'observation comme complète j mais on peut espérer que laguérison aura lieu comme dans les trois précédentes.

Le marchantia rampe dans les lieux humides, sur de vieux murs placés aux bords des ruisseaux, ou sur des roches calcaires infdlréesd'eau. Il doit nécessairement contenir certains sels, de ceux pcul-clre qui ont une action dissolvante sur les calculs urinaires. Il a des propriétés diurétiques comme le nitre, la digitale, la scille et la pariétaire ; car i! augmente les urines. Mais il doit avoir aussi quelques principes différents des autres diurétiques, puisque ces derniers sont souvent impuissants dans des cas où il réussit.

Depuis long-temps M. le docteur Gensoul, collèg-iie de l'auteur, emploie le marchantia comme diurétique; il n'a qu'à s'en louer. Cette plante a été connue des anciens. Pollini dit â'eWQ: Apud medicos olim in usu erat (marchantia) m morbis hepatis et vesicm. » Les dictionnaires de médecine modernes l'ont oubliée. (Voire même la Pharmacopée universelle, de Jourdan).

Le marchantia employé par M. Levrat-Perrotton est le conica; le marchantia polymorpha, ayant les mômes habitudes, a les mêmes propriétés médicales. [L'Abeille jnédicale, année iSii, p.

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