LAURIER AU LAIT
Lminis ceriisus (T.) Pruuus lauro cerasus [L .)
Cet arbre, originaire des bords de la Mer Noire, est culiivé dans les jardins. Les feuilles fraîches sont employées.
Préparations et doses.
A l'IlNTÉrieuh : Eau disliUécJimpidc ( 1 sur 4 d'eau) de 43 à 400 et beaucoup plus.
Huile essenticUe, S à 40 cent, en plusieurs fois, olcosacharum , potion.
Conserve, de 4 à 50 gram. en plusieurs fois. A l'extérieur: Huile esseniiellc , SO cent, à \ gram. mêlée à 43 gram. d'huile d'olives, d'amandes douces ou d'œilletle , pour frictions.
Infusion des feuilles récentes, à vase clos, 425 gram. par kilog. d'eau, avec addition de 423 gram. de miel, en lotions.
Propriétés.
Les feuilles de ce laurier sont irès-amères et légèrement slypliques. Les noyaux de son fruit, d'une amertume analogue à celle des feuilles, sont de la nature de celle des amandes amères. Toutes les propriétés toxiques et médicales de cette plante paraissent dues, en grande partie du moins, à la présence de l'acide hydrocyanique qu'elles contiennent. L'empoisonnement par les différents produits de cet arbre se manifeste par une aclion prompte et énergique sur les divers centres nerveux. Quand la mort n'a pas lieu immédiaiement après l'ingestion du poison, on observe, en général, des douleurs à l'épigaslre et à la partie aniérieure de la lêie, des envies de vomir, des coliques, des engourdissements , des picotements et des fourmillements dans toutes les pariics du corps, une sorte d'ivresse, des elourdissemenls, de l'accablement, de la difficulté de respirer, l'abolition partielle des mouvements musculaire ou des con-
Tulsions également parliellcs, le resserremcnl lelai.iqiie des m' cl^o îcs! la fixité des yeux. etc. On ne trouve à louverture u corps aucune altération organique ; on observe seu emenl. comme après rempoisonnenient par les narcouques les vaisseaux du cerveau injectés par un sang liquide. Cependant Fodéré trouva l'estomac légèrement ennamme chez un houv me et une femme que l'eau distillée de laurier cerise avait fait périr dans les conn.lsions. L'acide hydrocyanique-anliydie le plus actif des poisons connus , cause si promptemem^^^^ mort, que tout secours est ordinairement mutile . la moifc arrive en une ou deux minutes et comme par asphyxie lien est de même de l'acide hydrocyanique de Scheele, d une dose plus forte ; l'eau distillée et l'huile de laurier cerise agissent aussi comme ces derniers.
Si l'on en croit quelques praticiens, 1 eau distillée de laurier cerise est toxique au point de donner la mort a un animal de forte taille, à la dose de 4 à 8 ou 15 grammes, u Néanmoins , dit M. Richard, d'autres faits , et en assez a-rand nombre, paraîtraient prouver son peu d'action et en quelque sorte son innocuité. Ainsi, M. Robert, pharmacien de Rouen, a fait sur l'eau distillée de laurier cerise des expériences nombreuses dont il a consigné les resullals dans le Recueil de V Académie de Rouen et dans les Annales de cliniques ^octobre 1814. M. Robert dit avoir pris deux cuillerées d'rau distillée de laurier cerise très-odorante sans en avoir éprouvé aucun effet. Il a fait prendre à un chien et a des couleuvres une dose très-forte d'huile volatile de la même plante, sans que ces animaux aient paru en souffrir en aucune manière. Le professeur Fouquier, dans sa clinique à l'hôpital de la Charité, a essayée l'eau distillée de laurier cerise dans les différents cas où son usage avait été recommandé. L'ayant d'abord donnée à la dose de quelques gros étend.ie dans 4 à 6 onces de véhicule, il n'en a retiré aucun effet. Il l'a alors adminisirée pure à la dose de demi once, puis de 1 once, de 2 onces, et ainsi en augmentant rapidement. J'ai vu ce praticien donner ce médicament à la df)se de 12 et même de 16 onces dans les viiigl-fiuairc heures , sans que les malades en éprouvassent d'autres accidents que quelques vomissements, ou parfois un léger embarras gastrique. Un résultat aussi contraire à celui obtenu par le plus grand nombre des autres praticiens a dû éveiller l'attention de M. Fouquier. Il a d'abord pensé que le médicaineni dont il s'était servi pouvait avoir été mal préparé ou avoir perdu son activité. Il a donc prié M. Henri, chef de la pharmacie centrale des hospices civils de Paris, de lui préparer une eau?
de laurier cerise double, c'csl-a-dire, en employant une fliinnlilé double de feuilles pour une utênie dose de liquide. Ayant fait usage de cette nouvelle préparation, M. Touquier a obtenu de semblables résultats. » [Diction. deMéd-, 2'^édit., t. xvir, p. 597.)
L'action plus ou moins énergique de l'eau distillée de laurier cerise peut tenir à sa composition, qui varie suivant la nature des Aiuilles employées el le genre de préparation, à son ancienneté et à son mode de conservation. Il convient d'employer les feuilles i-écentes, récoltées en juin. Au printemps, elles n'ont pas encore acquis leur force ; en automne elles l'ont perdue. On doit se servir d'un filtre mouillé, afin de séparer complètement l'huile essentielle qui pourrait rester en suspension. Celle eau sera renouvelée chaque année et conservée dans un flacon recouvert de papier bleu à l'abri du contact de l'air et de la lumière (1).
Il est de la plus haute importance de faire connaître que le calomel, mis en rapport avec l'eau distillée de laurier cerise, produit un poison insoluble, même à petite dose.
L'huile essentielle de laurier cerise, douée d'une excessive âcreté, détermine promplement la mort, même à faible dose. Cependant on l'emploie comme médicament dans les cas où l'eau distillée delà même plante est indiquée. On la donne à la dose d'in)e goutte, divisée et suspendue dans une potion appropriée, que l'on fait prendre par cuillerées dans les vingl-quaire heures : on augmente graduellement la dose suivant les effets obtenus, mais toujours avec circonspection et à mesure que l'on s'aperçoit que son action diminue par l'habitude.
L'utilité du laurier cerise, dans certaines maladies, ne fait point doute. C'est particulièrement dans les affections
(1) CeUc eau a d'autant plus tic force qu'elle esl plus récente, plus trouble, ce qui est causé par l'iiuile esscnlieile qu'elle tient en suspension. Si on la filtre, comme le recommande avec raison le codex, l'huile s'en trouve scparce, et il ne reste p\as qu'un liquide transparent, beaucoup plus (loux que celui qui ne coiilicnt que peu ou point d'huile essontiello, et q i peut sans inconvénient être prescrit par onces. Si, au contraire, on la laisse trouble, elle di vient vénéneuse à la dose de 1 à 2 gros (4 à 8 jimm."»; on ne peut la donner à plus de 20 à 30 i^outlcs, en prenant la précaution de remuer le mélange pour qu'il ne lesle point d'huile cssenliclie en susper.sion ; d'où il résulte que ce niéJicameiit est inégal dans son action, variable suiv;inl les pharmac'cs où on le prépare. Il vaudrait mieux, ainsi que le conseillent iMM. Méral et Delens f Dicf. univers, de Therapeul.) préparer extcmporanément l'eau de laurier cerise en versant une goutte d'huile essentielle par once d'une eau ilisliltcf quelconque, <juc l'on prendrait en quatre doses à deux heures de distance
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où l'irrilabililé est accrue ol où l'indicaiion palcnle est de diminuer celle irrilabililé et d'enrayer conscquemmenl l'action des organes, qu'on l'a employé avec succès. Il semble diminuer la" Irop grande irrilabililé du cœur el favoriser, au contraire, l'aciion des vaisseaux absorbants. Les médecins italiens le considèrent comme un excellent conlro-stimulant, et romploienl dans tous les cas où il s'agil de combattre riiypcrslliénie ( les pblogmasies les plus aiguës , telles que la pneumonie, la pleurésie , l'angine, etc.) Les médecins français sont loin de partager cette opinion , que l'expérience, du reste, n'a pas justifiée.
On a recommandé l'usage de l'infusion des feuilles de laurier cerise dans la phthisie pulmonaire {Linné, Bayllies); la mélancolie, l'asllime, le rhumatisme , la lièvre hectique {Bayllies); les engorgements du foie et des autres viscères de l'abdomen {Caineron, Ducdlier, Thomacen) ; l'hystérie, l'hypocondrie {Thilenius). L'eau distillée des feuilles de celte plante a été employée dans la syphilis et la gonorrhée {Mayer); dans les palpitations du cœur , la pneumonie, l'angine, l'entérite, etc. {Cévasco); on a injecté celte eau dans les veines contrôla rage, mais sans succès { Dupuyiren). On en a constaté l'elficacité en vapeur inspirée dans les affections spasmodiques des poumons el des muscles de la poiirine à la dose de 4 à 15 gram., versée sur un vase chaud de manière à s'évaporer en dix ou douze minutes {Krimer).
L'infusion des feuilles ou l'eau distillée de laurier cerise est utile dans les inflammations superficielles ou Iraumaliques de la peau, les brûlures, les contusions douloureuses, les cancères ulcérés, les affections cutanées chroniques avec prurit el douleur, les engorgements laiteux des mamelles. M, Caron-Duvillard {Dnlletin ihérapeut., cinnce 1834) a employé l'eau distillée de laurier cerise avec succès dans ce dernier cas chez une dame qui, ayant été obligée de suspendre subitement l'allaitement, fut prise de symptômes inflammaloiresanx seins. Ce médecin fit faire, sur les parties malades, des embrocations avec cette eau battue avec partie égale d'huile d'amandes amères. Il fit prendre de temps en temps à la malade quelques cuillerées à café d'eau distillée de laurier cerise. Le soulagement fut prompt. On peu! se borner, dans ce cas, à l'emploi extérieur de ce médicament. M. Caron-Duvillard a employé avec succès le même moyen contre le prurit des parties" génitales et de l'anus, les violentes démangeaisons qui accompagnent la dessiccation des boulons de la variole. Dans ce dernier cas , il faisait prendre des bainscomposés de décoction de pieds de veau coupée avec
l'eau distillée de laurier cerise. Je pense que la simple décoction de pieds de veau cl de feuilles de laurier cerise suffirait.
Les feuilles du laurier cerise pulvérisées peuvent se donner comme un puissant sternutatoire à la dose de 20 à 40 centigrammes. Mêlées avec de la farine de graine de lin, ces mêmes feuilles peuvent être employées en cataplasmes sur les cancers, les ulcères douloureux, elc M. Janin, dans les mêmes cas, se sert d'une pommade faite avec l'huile essentielle dans l'axonge (4 gram. pour GO gram. d'axonge.)
Acide hydrocyanique médicinal, ou acide hydrocyanique étendue de six fois son volume d eau distillée, ou mieux d alcool, comme s'évaporant moins prompleinent [Magendie.]
L'inconstance des effets de l'eau de laurier cerise et es inconvénients attachés à sa préparation, ont engage la plupart des médecins à employer de préférence l'acide hydrocyanique étendu d'eau dans les proportions convenables, et connu sous le nom d'acide hydrocyanique médicinal. Un l'emploie dans les maladies sthéniques, la pneumonie et a pleurésie chroniques, l'inflammation des bronches, le catarrhe pulmonaire chronique, l'hômoplysie , les spasmes hémorrhoïdaux, la phthisie tuberculeuse [Mmuoni]; les maladies du cœur et surtout les affections spasmodiques de cet organe, comme sédatif de la circulation (/?m'aj; les toux purement nerveuses, chroniques, pour modérer I expectoration et favoriser le sommeil [Magendie) ; les dyspnées, la coqueluche [Coulon , Grandmlle , Hcmkcn); les ixïïcclions vermineuses, le rhumatisme (5rcm).
M Magendie administre ordinairement 1 acide hydrocyanique ainsi qu'il suit : 1" acideprussique-médicma 4 gram., eau distillée 500 gram., sucre pur 45 gram.— dose : une cuillerée à bouche le malin et une le soir en se couchant ; on peut élever la dose de ce mélange jusqu a six et même huit cuillerées en vingt-quatre heures. 2« Infusion f J'erre terrestre 60 gram., acide hydrocyanique médicinal 15 goultes, sirop de gSimauve 30 gram., pour une pouon a Prendre pai cuillerée à bouche de trois heures en trois heures. Chaque fois "on fait usage de ces mélanges, il f-^^-^-^Jutl^'; teille, sinon l'acide, s'accumulant a la f '^f^^^^^.' P^"^ ,^ pris en trop grande quantité et causer des accidents plus
ou moins graves. , nrnnripip
J'ai été plusieurs fois à même de ^o/'Staier la pr^^ sédative de l'acide hydrocyanique dans les palpi a^ sm
nerveuses, soit symptomatiques des Z^T lT^ cJ de
employé ce médicament avec avantage dans les tas ae
ûléthore pulmonaire accompagnant les premiers degrés de la phlhisie. On l'a beaucoup trop vante contre cette maladie, où il ne convient que comme palliatif. Je m en suis bien trouvé dans tous les cas de palpitations et de dyspnées soit essentielles ou nerveuses, soit symptomatiques de lésions organiques. Seulement, dans ces derniers cas , la maladie étant incurable, il ne pouvait procurer qu'un soulagement momentané. Je Vai vu réussir quand ^^^dig'uale avait echot^^^^ M. Laîné, directeur des messageries a Calais, ^JS^ flc l? entehuit ans, d'un tempérament sanguin . d une haute taille et d'une forie constitution , ayant eu de légères attaques de o-outte aux gros orteils depuis deux à trois ans , livre a un Senre de vie excitant , fut pris , vers huit heures du malin, après un sommeil fort agité et une violente palpitation, d une grande difficulté derespirer.avecunsenlimentd'anxieteel de
constriction précordiale inexprimable, yeux étincelants, tace animée, pouls accéléré, plein. Le malade, se refusant obstinément à une saignée du bras, malgré mes instances, je^ lui prescrivis une potion composée d'eau distillée de laitue 125 gram., teinture de digitale 1 gram. 50 centigr., nitrate de potasse 2 gram., sirop de ihridace 30 gram. Cette potion, prise par cuillerée à bouche de demi-heure en demi-heure dans l'espace de deux à trois heures, n'apporta aucun soulagement. J'administrai alors l'acide hydrocyanique médicinal à la dose de 12 gouttes dans quatre onces d'eau de laitue. Les deux premières cuillerées, données à dix minutes d'intervalle. diminuèrent la fréquence du pouls; une troisième cuillerée,administrée presque immédiatement, amena un soulagement marqué. Le mieux se prononçant de plus en plus, j'éloignai les doses du médicament. L'application répétée de sangsues à l'anus, et despédiluves sinapisés qui provoquèrent l'apparition de la goutte, prévinrent le retour de nouveaux accès de dyspnée. , .
J'ai toujours observé que l'acide hydrocyanique était nuisible dans les phlegmasies aiguës , dans les irritations vasculaircs gastro-intestinales, et dans les cas où il fallait l'employer long-temps et en augmenter progressivement les doses. Dans ces dernières circonstances, j ai pu bien rarement en continuer l'usago, h cause des accidents qu'il déterminait. On doit tout aîi moins, quand on le croit indiqué, en suspendre de temps en temps l'administration, afin de pouvoir le reprendre à doses plus légères ; enfin, c'est un de ces médicaments qu'il ne faut employer qu'avec une extrême prudence.
On se sert, à l'extérieur, de l'acide hydrocyanique dans
les névralgies faciales, et pour calmer les douleurs el retarder la fnneslc terminaison du cancer des mamelles, des testicules, de l'utérus, etc., où il agit à la fois comme calmant et comme antiseptique. Il convient aussi dans les dartres, le prurit de la vulve, la couperose, etc. On emploie dans ces cas, pour lotions et pour injections , d'après la formule de M. Magendie, un mélange de 4 à 8 grammes d'acide liydrocyanique médicinal, et de 2 kilog. d'eau de laitue. On peut augmenter la dose de l'acide de 8 à 16 grammes.