‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 196 sur 278 · RUE · texte numérisé non relu

RUE

RUE DES JARDINS, RUE OEFIClNALE, HERBE DE GRACE.

Uuta horteusis latifolin (T).

Ruta cjraveolens (L).

La rue croît spontanément dans les déparlements du Midi et se trouve dans presque tous les jardins. On emploie les feuilles et la semence.

Préparations et doses*

A L'intérieur: iufusion, de 2 à 40grara. parkil. d'eau, à prendre par tasses avec un sirop approprié.

Sirop (2 de teinture sur 7 d'eau dislillée de rue et ib de sucre)

de 45 à 50 gram. , , ..^ . x

Extrait alcoolique (2 sur 7 d'alcool à 22°), de 50 cent, à 2 gram. Kr^rai/ aqueux, par infusion (i de feuilles sèches sur 4 d eau chaude), de 60 cent à 2 gram. „ . . ,

id. par décoction (\ sur 8 d eau), même dose.

Conserve (1 de rue fraîche sur 5 de sucre), de 4 à5 gram. Jluilc essentielle, de tO à 50 cent.

Poudre, de 50 cent, à 3 gram. en hols, pillules, etc. A l'extérieur: ififw.sioH, de 40 à 50 gram. par kil. d'eau, pour lotions, fomentations, fimiigalions, injections, etc. Poudre, pour saupoudrer les ulcères.

Propriétés*

La rue, d'une odeur fétide et pénétrante, d'une sayeur amère et acre, est tellement stimulante, qu'étant appliquée sur la peau elle y détermine la rubéfaction ; introduite dans le canal digestif, elle y exerce une vive excitation qui se transmet bientôt à tous les organes et donne lieu à divers phénomènes consécutifs dont la thérapeutique a su tirer partie. Elle a toujours élé considérée, en outre, comme agissant puissamment sur le système nerveux en général et sur l'utérus en particulier, ce qui l'a fait employer contre l'épilepsie, la chorée l'hystérie, et comme emménagogue dans l'aménorrhée et les désordres de la menstruation. Dans ces derniers cas, il est bien essentiel d'apprécier l'élat de la malade avant de lui administrer un tel médicament. Si l'aménorrhée, par exemple, était dû à un excès de sensibilité de l'utérus, à un élat de pléthore, soit locale, soit générale, il est bien certain que l'usage de la rue ne pourrait être que très-dangereux. J'ai vu une métrorrhagie active, avec douleurs violentes à l'utérus causées par l'emploi imprudent de cette plante, chez une jeune femme d'un tempéramment sanguin avec prédominance utérine. Une forte saignée du

hras, def> bains licdes, des boissons uilrcuscs et cmulsives, lies lavcmciils do décoction de mauve et de laitue, siiiïirent pour dissiper ces accidents. Je suis convaincu que si l'hémorrhagie n'avait pas eu lieu, l'indammalion de l'utérus eut été la funeste conséquence de l'ingestion de la rue.

[L'iulliience que celte plante exerce sur la matrice se manifeste évidemment par une congestion sanguine et une stimulation des fibres musculaires de cet organe. Les observations recueillies par le docteur Hélie {DuU. de thérap., i. 12, p. 77), elles ftiits assez nombreux qui se sont présentés à ma pratique, ne me laissent aucun doute sur la propriété abortive qui lui a été attribuée. Les anciens connaissaient celle propriété; Pline (/îwi. ?2a^. lib. 20) en défend l'emploi aux femmes enceintes. Les modernes la préconisent comme emménagogue ; Desbois de Rochefort employait comme un des meilleurs médicaments de ce genre, l'huile essentielle de rue à la dose de 12, 15 et 20 gouttes.

Comme anli-spasmodique,la rue aélé recommandée contre l'hystérie ell'épilepsie par Alexandre de Tralles, Valeriola, Boerhaave, CuUen, etc. Haller la comparaît à l'assa-ftiida <3t l'administrait en lavement dans l'hystérie. Bodart l'a proposée comme succédanée de celte dernière substance.

Elle est utile dans l'hypocondrie résultant de l'atonie des viscères, et surtout de la faiblesse du canal alimenlaire, dans les coliques avec flatulence, lorsque, toutefois, elles ne sont pas dues à un état d'irrilation de l'intestin, comme cela a lieu le plus souvent.

La rue est un anlhelmintique trop négligé. Wauters propose, d'après Carlheuser, de substituer sa semence au semencontra. Je l'ai employée avec succès dans trois cas d'affection vermineuse. Je suis parvenu, au moyen de lavements de décoction de feuilles fraîches de rue, à détruire de nombreux ascarides vermiculaires qui causaient depuis dix ans un prurit anal insupportable. L'huile d'olive, de noix ou d'œilletie, dans laquelle on a fait infuser les feuilles de rue, peut servir en embrocations sur le bas-ventre, comme vermifuge chez les enfants.

Les propriétés anti-syphililiques attribuées à la rue n'ont pas été confirmées par l'expérience. Ses vertus anti-yénéncuses doivent être reléguées au rang des fables, ainsi que tout ce qu'on a avancé sur son efficacité contre la peste. Le fameux antidote de Mithridate, dont Pompée trouva la formule dans la cassette de ce prince, était composée, dit-on, de vingt feuilles de rue contuses, de deux noix sèches, de deux figues et d'un peu desel. Quand on se représenle,dit Chaumeîon {flor, méd.),le roi de Pont avalant chaque malin un sem-

blable jnélaiige.avcc la ferme coiivicl.on d elrc a abri de ( o U emplomicmenl pendant le jour, pourra.t-on s empécl c do 5 re si l'on ne ré léchissait que l'ignorance et a crédulité figurent honorablement parmi les nobles qual.tes des héros? ^ J'ai vu un curé de campagne employer le topique suivant contrelaphlhisieetleca.arrhepulmonairechronKjue^ deux poignées de rue fraîchement cueillie, vers la hn de na , bouillir dans deux kilogrammes d eau jusqu a réduction à moitié; exprimez la rue et relirez-la , mette/ 15 g aminés d'aloës dans la décoction,et faites-y tremper une serv etie de coton demi usée pendant vingt-quatre heure puis faiies-la sécher à l'ombre dans un appartemen . Cette serviette, plié en huit, doit être appliquée sur la poitrine et portée jusqu'à ce qu'elle tombe en lambeaux. On m a assure ciu'une seule servieite avait souvent suffi pour opérer la iuérison. On doit avoir deux serviettes ainsi préparées, ahn que l'on puisse se servir de l'une pendant quon fait sécher l'autre à l'ombre. Ce moyen populaire, qu'il est bon d essaver, a pu procurer quelque soulagement dans la phthisie pulmonaire- et guérir des catarrhes chroniques que 1 on aura pris pour celte dernière maladie.

On a conseillé la rue dans une multitude d autres maladies. Suivant Martius, on la regarde en Russie comme un excellent remède contre la rage, et on l'emploie aussi, a ce titre, en Autriche, en Wesiphalie et même en Angleterre. L expérience a fait justice de cette prétendue propriété.]

A l'extérieur, la ruepilée peut être employée comme rubéfiante. On a conseillé de l'appliquer en épicarpe contre les fièvres intermillentes. Les lavements de rue peuvent être utiles comme stimulants, dans beaucoup de cas, tels que l'inertie des intestins, la timpanite, la flatulence, l'aménorrhée, etc. On en a fait usage pour déterger les ulcères atoniques et sordides, pour guérir l'ozène, en injectant sa décoction dans les narines ; contre la gale, la teigne, pour tuer les poux (i), pour fortifier la vue, en recevant la vapeur sur les yeux. Garidel traitait les laies de la cornée par la vapeur de la décoction de rue dirigée sur l'œil au moyen d'un entonoir renversé. Le nsuc de cette plante, plus ou moins étendu dans l'eau et introduit dans le conduit auditif, a élé mis aussi en usage, avec quelque apparence de succès, dans la surdité causée par la diminution ou l'aberration de la sensibilité acoustique. La décoction vineuse de rue, eii

(I) J'ai vu une femme de soixanle-cincj ans se débarrasser dii phtbiriasis ou maladie pédiculaire, en portant une chemise qu'on avait fait bouillir dans une décpction aqueuse de rue.

gargai-ismca été employée avecavaniage dans l'engorgement cl les uleères scorbutiques des gencives.

*RuE DE MURAILLE, Sauye-vie. Aspknium nUa murariaL. Plante de la famille des fougôres.qui croît sur les murailles, entre les pierres, dans les lieux ombrageux. Rangée au nombre des capillaires, elle est comme ces derniers employée comme adoucissante, bôchique, légèremenlaromatique dans les affections légères de la poitrine ou de la gorge. Le crédule Chomel considère la rue de muraille, d'après son expérience, comme un remède précieux pour les phthisiques : expcrientia fallax. Cet auteur assure, en outre, avoir fait vider une vomique à une femme mal guérie d'une pleurésie, en lui faisant user pour boisson ordinaire d'une décoction édulcorée de cette plante! J'ai vu plus d'un Chomel attribuer à un remède insignifiant des guérisons dues aux efforts salutaires de la nature.

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