SABINE
SAVINIER, GENÉVRIER SABINE.
Sabina folio cupressi (T.) Juniperus sabina {L.}
La Sabine croît naturellement sur les montagnes de nos départements méridionaux, dans les Alpes; on la cultive dans les jardins. Les feuilles de cet arbrisseau sont usitées.
Préparations et doses.
A l'intériedr : Infusion , de I à 8 gram. par kilog. d'eau bouillante, à prendre par petite qualité à la fois.
Poudre, de 25 cent, à \ grani. 50 centig. en bols, pilules ou dans un véhicule nuicilagineiix.
Teinture { 4 sur 4 d'alcool à 32"), de 1 à 4 gram. en potion.
Exilait alcoolique ( 2 de sabine sèche sur 7 d'alcool à 21"), de 30 cent, à 1 gramme.
Extrait aqueux ( \ sur 6 d'eau), de SO cent, à i gramme.
Huile volatile, de 4 à 40 gouttes, en potion, pilules, oléo-sacchar
Huile par infusion (6 de sabine sur SO d'huile d'olive), de 10 à 50 centigrammes. A l'extérieur : Pommade (2 parties de poudre sur S d'axonge ou de céral), pour cataplasme rubéfiant ou vésicant.
Poudre , comme cathérétique pour détruire les excroissances vénériennes, sur les ulcères de mauvaise nature, sur les fongosités, les os cariés, les dents gâtées, pour calmer la douleur odontalgique , etc.
Teinture, eu frictions. — Décoclion , en lotions antipsonques.
Propriétés*
rLcs feuilles de sabinc exhalent une odeur très- forte, irès-pénélrante, à la fois aromatique et fétide ; leur saveur est chaude, acre, résineuse et amcre. En contact prolonge avec la peau, elles Tirrilent. l'cnnamment; ajDphquees sur une surLe saignante ou ulcérée , la poudre de ces feuilles produit une impression irritante et presque caustique. M. Orfila ( Trait des pois., 3° édit., t. i, p. 724) ayant saupoudré avec 8 gram. de celle poudre une plaie taile a la partie interne de la cuisse d'un chien, y a vu survenir une inflammation violente, et l'animal est mort au bout de vingtqualre heures. Des traces d'inflammation et des taches livides se remarquaient sur quelques parties du tube intestinal , le duodénum et le rectum en particulier. Cet organe, de même que l'estomac , était sensiblement phlogose dans d'autres chiens, moins douze ou seize heures après avoir avalé, l'un 15 gram. et l'autre 24 gram. de sabine en poudre.
La Sabine, à dose élevée, cause un sentiment de chaleur à l'épigaslre. le hoquet, des vomissements, des coliques, des déjections sanguinolentes. Bientôt celle irritation se transmet avec plus ou moins d'énergie au système circulatoire, aux poumons, à l'utérus, elc, et produit l'hémoptysie, des hémorrhagies utérines, des congestions sanguines sur divers points du corps. A dose modérée, c'est un excitant énergique ayant une action spéciale sur l'utérus, et dont l'emploi doit être dirigé avec beaucoup de circonspection. ] Ce que j'ai dit de la rue s'applique avec plus de raison encore à la sabine. Cette plante, administrée à l'intérieur, peut déterminer l'inflammation ou des hémorrhagies redoutables de la matrice, provoquer l'expulsion du fœtus, et donner lieu à des accidents qui mettent la vie de la mère en danger (i). Il est donc bien essentiel , comme pour l'usage de la rue, de s'assurer de l'état de l'ulérus , avant d'administrer la sabine comme emménagogue. On sait combien les causes de l'aménorrhée sont variées. Celle qui est caractérisée par l'atonie générale peut seule en indiquer l'emploi.
Bulliard conseille , contre la suppression des règles , la simple infusion des feuilles de sabine dans le vin : « On prendra , dit cet auteur, une bonne pincée de ces feuilles;
(1) Murray rapporte qirunc femme de trenle ans , dans l'espoir de sauver sa réputation , prit une infusion de cette planle , qui causa des vomissements affreux et continuels, suivis, au bout de qnelques jours, de douleurs violentes et d"avorlement avec hemorrhagic utérine inorlelle. A l'ouverlurc du corps, on trouva la vésicule du (iel rompue, une cfius!on de bile dans l'abdomen et l'inflammation des inteslesluis.
on les fora infuser dans deux verres de vin rouge ou blanc, dont on avalera un verre avec du sucre en se couchant, pendant deux jours de suite , et l'on se tiendra chaudement au lit. Si la malade est d'une complexion faible, un demi-verre suffira. » {Hist. des plant, véncn.)
Les femmes de la campagne pensent qu'il suffit d'intro- <3uirç quelques feuilles de sabine dans la chaussure des jeunes filles pour provoquer chez elles la menstruation. Il serait à désirer que l'on se bornât à une pratique aussi innocente. Malheureusement il n'en est pas ainsi. Nous avons vu administrer cette plante , par des sages-femmes ignorantes et cupides, dans l'inlenlion coupable de rappeler les règles lorsque leur suppression était plus que suspecte.
Cependant, on a prescrit la sabine contre la mélrorrhagie, Wideldnd [Hufeland journ., 1810) et Gunter ont préconisé cette médication dans des cas où l'hémorragie était due à l'atonie de l'utérus. Le dernier prescrit la poudre de cette plante à la dose de 1 gram. 2S centigram. quatre fois par jour. Sauter [Mélanrj. de chir. étrcmg., t.i,p. 281) a arrêté et prévenu l'avorlement en donnant 7 à 10 dccigrammes de cette poudre trois fois par jour. Aran [Gazette médic, 1844) l'a aussi employée avec succès dans les mêmes cas. Un antimélrorrhagique pris dans un aussi puissant emménagogue me paraît une chose assez contradictoire pour ne pas l'adopter sans qu'une rigoureuse observation en ait constaté lès effets, ou tout au moins sans s'être assuré préalablement de l'état réellement atonique de l'utérus. On peut admettre que dans les cas d'heniorrhagie par inertie de cet organe, la sabine, comme stimulant spécifique, agit à la manière du seigle orgoté. A ce titre on pourrait, je crois, l'employer avec àvamage dans certains engorgements lymphatiques de
l'utérus. , nr. • •
[La sàbjne a été employée contre les affections vermineuses et surtout contre le ténia. Elle a plutôt réussi contre les ascarides lonibricoïdes que contre le ver solitaire. Ray donnait comme anthelmin tique le suc des feuilles , mêlé avec du lait et un peu de sucre. Bulliard prescrit les feuilles cuites dans du lait. Un cataplasme de son et de décoction de sabine appliqué sur l'abdomen, m'a suffi, chez un enfant de trois ans , pour obtenir l'expulsion de treize lombrics dans l'espace de trois jours.
Bréra a donné avec succès l'extrait de sabine dans le rhumatisme chronique , et Hufeland [journ. 1818 ) prétend avoir guéri, au moyen delà poudre de cette plante a a dose de 60 cent, à 1 gram- 25 cent., ou de l'huile essentielle a Ja dose d'une goutte, des gouttes chroniques qui avaient résiste
,nT remèdes les plus énei-giques. M. Ratier { DicL de Méd. l^^h'Thir wa^ t XVI) failjudicieusemcnl remarquer que, d. c ca? îa guéSon a pi éire le résultat de la purgal.on qui ne manque^.as d'avoir lieu quand ce me^^^^^^^^^ es f^mnlové à dose suOisanle. Sauvan [BuU. clc la soc. loij. ae Si'l 1838 ) a préconisé la décoction de sab.^^^^^ période atonique de la blennorrhagie. Je 1 ^' ^ ^^^^^^ fois en nareil cas sans résultat appréciable. Gi ibei t dit avoir H au moyen de cette plante , des fièvres imerm.ttentes nui «Avaient résisté k beaucoup d'autres remèdes. ] ^ LrSre de sabine, ainsi que nous l'avons du p us haut, esum^plo é^^ à l'extérieur comme cathérétique. La décoction faremp oyée en lotions contre la gale et comme stimiiian te et^délersive contre les ulcères P^^'^'^^J ^^^la^ar^J ' o-an-réneuK. Boerhaave recommande comme tres-efficace, Sonue la teigne et l'ankvlose, un cataplasme compose de Ses âe sabine pilées, d'huile et de sel. On a quelquefois prescrit l'huile volatile de cette plante , amenée a 1 eta de liniment, dans les cas de douleurs névralgiques rhumalismalTs arthritiques, etc. La teinture est employée en frictos dans les mêmes cas. On applique la pommade pour produire la rubéfaction ou la vésication.