‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 228 sur 278 · SUREAU · texte numérisé non relu

SUREAU

SUREAU NOIR , SÉU.

5omfewous fnictu in umbella nigro (T.) Sanibucus nigra (L.)

Le sureau croît partout, dans les haies, les terrains gras et frais etc L'écorce intérieure . le liber de la rac.ne . les feuilles'et lès fleurs sont usitées.

Préparations et doses*

A L'iNTÉRiEUU : Comoie purgatif, ilécoct. de 20 à 50 gramm. de liber de baies ou de feuilles, par ôOOgram. d'eau.

?:;t!rSn;^fl^&. comme sudoriMue. de 2 à

40 ffrara. par kil. d'eau.

Eau dïsiillèe des fleurs, de 50 à 400 gram. en potion. Extrait on hh, de 10 à 60 gram.

Vin (m gram. d'écorce intérieure pour 1 kilog. de vin blanc) , 60 à 100 gram. et plus.

A T 'EXTÉRIEUR- Fleurs en infusion pour fomentations, lotions, etc , ou eSets; décoction'de l'écorce ou des feuilles comme re-

solutive. M'

Propriétés.

Toutes les parties du sureau exhalent une odeur forte. Celle des feuilles, lorsqu'on les froisse, est très-desagreable. Les émanaS^^^^ lorsqu'il est en fleur suffisent

quelquefois pour incommoder ceux qui y restent longtemps

""To'u ce que nous avons dit sur l'hièble peut s'appliquer

^^La Seconde écorce de sureau, dont la saveur est douceâtreamère. acre et nauséeuse , est la partie de toute la plante qui a e plus d énergie, à l'état frais Son action sur les voies digestives se manifeste quelquefois par des vomissements. ordinairement par des selles abondantes On a vu la violence de cette action, après l'ingestion d une forte dose, nroduire des accidents, et surtout un état de débilite et de somnolence qu'on a attribué h la vertu prétendue narcotique de cette plante, et qui n'est sans doute que 1 effet secondaire de la concentration de la vitalité sur le tube gaslro-int-es-

^'^La vertu purgative de cette écorce est vulgairement connue depuis longtemps. Tragus l'employait en décoction dans le vin; Dodoens et Peirus Forestus parlent des propriétés

hydragogncs do son sue; Boërhaavc l'adminislrail à la dose de 4 à 15 grammes dans les liydropisies , el Gaiibiiis le préconise conirc ces maladies. Sydenham, qui faisait beaucoup de cas de ce purgatif, prescrivait la décoction suivante dans Icshydropisies : écorce intérieure de sureau, trois poignées; fiiites-les bouillir dans un litre d'eau commune el aillant dé lait, que vous réduirez à une livre ; coulez ensuite la liqueur, dont le malade prendra la moitié le matin et l'autre le soir) elil continuera ainsi tous les jours.jusqu'à sa guérison. Sydenham avertit que ce remède ne guérit l'iiydropisie qu'en purgeant parhautetparbas,etnon poinlparune vertuspécifique.

M. Marlin-Solon {Bullel. de tkérap.) donne le suc exprimé de l'écorce de la racine à la dose de 15 à 60 grammes chaque jour jusqu'à l'évacuation entière des eaux de l'abdomen. Ce médicament jDrocure des selles liquides, faciles, et dont l'effet est terminé, dit-il, au bout de huit à dix heures sans vomissement ni fatigue. Il a vu des cas non-équivoques d'ascite guéris par ce moyen , qu'il préfère aux au:res hydragogues. Toutefois, il ne peut convenir que lorsqu'il n'existe aucune irritation phlegmasique des viscères abdominaux.

Les donneurs de recettes dans nos villages conseillent, contre l'hydropisie, 1 à 3 onces (30 à 90 gram.) de suc de l'écorce intérieure du sureau sur lequel ifs font traire une pareille quantité de lait de vache, en approchant l'animal le plus près possible du lit du malade, afin qu'il puisse avaler ce mélange immédiatement el encore chaud. On met deux jours d'intervalle entre chaque dose, qui, en effet, me paraît assez élevée pour exiger ce ménagement. J'administre ordinairement 32 grammes d'écorce fraîche de sureau en décoction dans un demi-litre d'eau à laquelle j'ajoute autant de lait ; le malade prend cette dose le matin en trois ou quatre fois. Je prépare aussi un vin de sureau, en faisant infuser pendant vingt-quatre heures 120 grammes de son écorce intérieure dans 1 kilogramme de vin blanc. La dose est de GO grammes le premier jour ; on augmente graduellement jusqu'à un demi-litre, en consultant toutefois l'éiai de l'estomac. J'ai vu employer aussi avec avantage le suc de cette écorce mêlé avec le vin blanc.

L'écorce intérieure du sureau perd la plus grande partie de ses propriétés par la dessiccation.

Les feuilles et les fleurs de sureau sont laxatives, purgatives et diurétiques quand elles sont fraîches, diaphoréliques quand elles sont sèches. Les baies sont réellement pm-galives ; Hippocrale les employait, comme drasirques, dans l'hydropisie. Les campagnards les prennent en teinture dans

du o-enièvre (60 à lOOgram. fraîches par litre), à la dose de 15 àaôerani., trois fois par jour, comme diurétiques et purgalives,contre la même maladie. Les médecins emploient le rob qu'on en prépare comme sudorifique.dansle rliumausme,clans les rétrocessions exanthémateuses, la syphilis coTistituiionnelle. Les semences sont regardées comme laxalives. Jilles fournissent une huiie.qui, suivant Eltmuller, cslun emeto-ca- Iharlique excellent, à la dose de quelques gouttes a un gros.

Hippocrate faisait usage des feuilles de sureau fi'aiches dans l'hvdropisie. Wauiers [Repert. remed. indig. p. 294J dit que les paysans flamands emploient souvent, pour se purîïer, une décoction préparée avec le lait de beurre et les feu in es tendres de sureau. Selon Burtin {mém. cour., p. 167), on les mange en salade dans les campagnes des environs de Bruxelles, pour obtenir le même effet. Radeliff, au rapport de Haller, se servait souvent de la décoction des jeunes liges de sureau, pourcombailrerhydropisie (32 gram. parkilog. d'eau,avec addition d'un peu de semence de carotte.)

Les feuilles fraîches et les jeunes pousses de sureau, frites dans du beurre frais ou broyées avec du miel, sont vulgairement employées comme laxalives dans la constipation ; c'est un excellent moyen, il m'a réussi chez les vieillards alleints de constipation par inertie des intestins. Ces mêmes sommités de sureau, infusées dans du pelit-laitbouillanl. agissent comme diurétiques, et conviennent dans les hydropis'ies, certains ictères, les engorgements atoniques des viscères abdominaux , la néphrite chronique , la gravelle, etc.

J ai vu employer avec succès , contre les diarrhées et les dyssenteries chroniques, les feuilles de sureau récoltées au commencement de la floraison , séchées à l'ombre, pulvérisées, et infusées à la dose de 1 à 2 grammes, pendant 12 à 15 heures dans 120 grammes de vin blanc, que l'on administrait chaque matin jusqu'à guérison. Ce remède , que je tiens d'une dame charitable, m'a réussi dans trois cas de diarrhée chronique, dont l'un durait depuis six mois et avait résisté à l'emploi de tous les moyens rationnellement indiqués. La poudre de feuilles de sureau donnée à petite dose aurait-elle sur la muqueuse gastro-intestinale une action analogue à celle de l'ipécacuanha?

Les feuilles fraîches passent pour avoir la propriété de calmer les douleurs des hémorrhoïdes sur lesquelles on les applique. J'ai vu des paysans les employer en suppositoire broyées avec l'huile d'olive ou d'œilleltc , et en éprouver du soulagement. Rudolphi cite un exemple do leur succès dans un cas semblable. Je les ai employées une fois en pareil cas, sans en retirer un avantage appréciable : la décoction de

jusquiame dans le lait m'a mieux réussi. M. le docteur Valiez a publié, dans le Journal de médecine de Bruxelles, une noie sur la composition d'un onguent destiné à arrêter le nux de sang trop abondant fourni par les veines liéniorrhoïdales. Ayant eu plusieurs fois, dit-il. occasion de meure en usage l'onguent résultant de la combinaison ci-dessous décrite, chez des personnes atteintes d'hémorrhoïdes Ilucaies, nous avons toujours observé que son application avait les résultats les plus heureux. Yoici la formule : Extrait de feuilles de sureau , 4 grammes; alun calciné, 2 grammes; onguent populeum, 16 grammes ; mêlez. On doit en oindre l'anus quatre fois par jour, à trois heures d'intervalle, avec gros comme une noisette chaque fois. S'il y a de la constipation, il est prudent d'ordonner un léger purgatif préalablement. Par ce moyen, la spongiosité du tissu muqueux, le grand nombre de vaisseaux sanquins qui sillonnent en tous sens la face interne du rectum , se densifient, se resserrent, et les ouvertures qui livraient passage à la perte de sang se cicatrisent si immédiatement qu'elles résistent dans la suite aux elforls de la défécation.

« L'extrait de feuilles de sureau et l'alun, dit M. Yallez, ne sont pas des moyens nouveaux dans le cas dont il s'agit , car ils ont été indiqués il y a plus de deux siècles, mais ils n'ont été employés que séparément et sous forme de lavement ; c'est ce qui nous a engagé à les combiner pour les utiliser à l'extérieur ; malheureusement aujourd'hui, dans la pratique, ces remèdes ont élé complètement oubliés. »

Lorsqu'il est question de luuieurs hémorrhoidales , c'està-dire d'hémorrhoïdes sécher,, on se trouve très-bien, suivant M. Valiez, d'un topique composé de feuilles de sureau et de persil à demi cuit en applicaiion immédiaie : et lorsque ces tumeurs passeront à l'état d'Héiiîorrhoïdes flueiiies, on aura recours au moyen précité.

Le praticien prudent appréciera les cas où l'on peut, sans danger, employer les moyens pi'oposés par M. Valiez ; il n'oubliera pas que les hémorroïdes sont au nombre des maladies qu'il est souvenî dangereux de guérir.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les fleurs ftaîclics de sureau ont, jusqu'à un certain point, la venu purgative et émélique de l'écorce et des feuilles. Sèches, elles sont diaphorétiques, et leur action sur les exhalants cutanés est indépendante de la température de l'eau qui leur sert de véhicule, bien que prise chaude elle en favorise reiïct. J'en fais un grand usage dans le rhumatisme, les affections catarrhales, et lorsque, dans la variole et la rougeole, l'éruption languit par atonie, ainsi que dans les cas de rétro-

cession subite de ces exanthèmes. Une forte infusion de sureau et un pédilnve chaud, ont rappelé, chez un enfant de dix ans, l'éruption d'une rougeoledont la rétrocession, causée par l'eau froide en boisson, avait donne l.eu a une oppression alarmante. J'ai vu des campagnards faire avorter hJ bronchite, l'angine, la pleurésie et même la pneumonie, par une transpiration provoquée au moyen dune roi te infusion de fleurs de sureau prise abondamment. Lorsque, dans la dernière période des phlegmasies muquejjses, le pouls devient mou, la peau souple, la diaphorèse, favorisée par l'infusion de fleurs de sureau, est très -avantageuse.

Lorsque j'étais attaché, en 1806 , comme chirurgien sous-aide à l'hôpital militaire n« 3 de Boulogne, je suivais le service des fiévreux, partagé entre les docteurs Lienard et Demont. Le premier, médecin de l'ancienne faculté, traitait les fièvres qu'il qualifiait de putrides , de putrides-malignes et ataxiques, par quelques laxatifs au début, et l'mfusion de fleurs de sureau nilrée et acidulée prise en abondance pendant tout le cours de la maladie. Le second, médecin de l'école de Pinel, donnait, dans la première période de ces fièvres, qu'il désignait sous les dénominations d'adynamiques, d'ataxo-adynamiques , le vomitif et les laxatifs acidulés et slibiés ; dans la période caractérisant l'adynamie et l'ataxie, l'eau vineuse, la décoction de quinquina, la potion antiseptique de la pharmacopée des hôpitaux (décoction de quinquina, 128 grammes ; teinture alcoolique de canelle, 8 grammes; acétate d'ammoniaque, 8 grammes ; sirop d'œillet, 32 grammes) ,. et les vésicatoires successivement appliqués et entretenus à la nuque, aux jambes et aux cuisses. La mortalité n'était pas plus grande d'un côté que de l'autre, et les deux médecins attribuaient leurs succès à la médication, sans se douter le moins du monde des efforts de cette bonne nature, qui guérit souvent quand même...

Je fais un fréquent emploi de l'infusion de fleurs de sureau sèches dans l'érysipèle, que je couvre de compresses imbibées de cette infusion tiède. Quoi qu'en disent les partisants des onctions d'onguent mercuriel, de saindoux, des vésicatoires, elc, je me trouve fort bien de ces fomentations ; en calmant les douleurs et l'ardeur qui caractérisent cette affection, elles en favorisent graduellement la résolution. On sait, d'ailleurs, que l'érysipèle est presque toujours sous la dépendance d'un état inflammatoire ou bilieux qu'il faut avant tout combattre par les antiphlogisliques ou les évacuations. Je dois faire remarquer que l'infusion de fleurs de sureau fraîches est trop active appliquée sur l'érysipèle ; elle peut augmenter l'inflammation au lieu de la diminuer ;

mais elle convient beaucoup mieux contre les engorgements œdémateux, les tumeurs froides, etc. En y ajoutant un peu d'acétate de plomb liquide, on en fait un excellent résolutif. J'emploie alors indifl'éremment les feuilles ou les ileurs récemment cueillies.

Les auteui's sont peu d'accord sur les doses auxquelles les difl'érentes parties du sureau doivent être administrées à l'intérieur. Cette divergence vient de l'activité plus ou moins marquée de ce végétal, suivant l'époque de l'année où on l'a récollé, sa préparation avec plus ou moins d'eau ou de quelque autre liquide, son emploi à l'étal de dessiccation ou fraîchement recueilli. Les fleurs doivent être récoltées vers la fin de juin, lorsqu'elles sont bien épanouies ; iî faut les sécher promptement «st à l'abri de l'humidité, afin qu'elles soient d'un beau blanc avec une légère teinte jaune. Elles conti-actent une couleur brune qui en diminue la qualité quand elles sont exposées à l'humidité ou séchées trop lentement.

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