BELLE-DAME, MORELLE FURIEUSE
Belladona majoribus soiiis et [loribus (T.) Atropa heUadona (L )
Cette plante , commune dans les climats chauds et tempérés, croîlsurles moniagnes, dans les fossés ombrages, le long des haies , dans les bois taillis, etc. Elle est cultivée dans les jardins. Les racines , les feuilles et les fruits sont usités.
FréparïûtioBîS el rtos**!».
A L'iîvTÉRiEUR ri.fusio» , de 40 à 60 cent, pour m gram. d'eau lioiiillanle, dont oti prend par jour 50 à ;>0 g' aui. Teintvie de leuilles fnnrh'S ( \ sur l d"alcool à 30' ).5 a oO cent.,
en poiion. , ./^ > ^/v ♦
Teiniure de feitUles sèches {\ sur 8 d'alcool a -22"), 10 a 50 cent.,
en potion , . v,^ ♦
Teiniure pthérée (1 de feuilles sèches sur 8 d elher), 10 a 50 cent.,
en potion. , Sirop (! d'extrait sur 50 d'eau et 7S de sucre), \o aoOgram., en potion.
Ejirail uqnevx , de S cent, à l gram,, en potion, pilules, progressivement.
ExUu t de uc clarifié, par inspissation , de 5 à 20 cent., en
potion, pilules , progressivemf m .
ExintU de suc non dè, xuè , de 5 cent, à \ gram., progressivement. ExUnii alcoolique ( \ de suc sur 4 d'alcool ù 55 ou 2 de feuilles
sècliessur 7 d'alcool à 21"). i à lOcent., progressivement. Poudre , 5 à GO cent., progressivement. A i/EXTÉiUEun : Itiffisiou, 4 à 45 gram. par kilog. d'eau , pour
lotions, fomentai ions, bains, etc. de 50 à 60 cent, par 200
gram. d'eau , pour lavements.
JîxIntU. de5j\50 gram. ,en lavemenis:— de < sur 8 d'axonse,
en pommade.
Poudre, en topique, rarement.
Feuilles sèches, fnmées en cigarettes.
Propriclé».
La belladone est un poison narcolico-âcre. [A la dose de 40 cent, à 1 gram., cette plante irrite vivement lestomac et tout le tube intestinal, cause des vomissements, des déjections fréquentes, le lénesme; la circulation devient irrégulière , l'action des reins et de la peau est augmentée , et il survient des sueurs ou une diurèse ; le système nerveux est atteint; la vue se trouble, des vertiges et des éblouissements ont lieu, et le malade éprouve un sentiment particulier de gène dans les tempes et les paupières, de la pesanteur de tête, de la faiblesse musculaire prononcée, de la somnolence troublée par des allucinations fantastiques, enfin tous les symptômes d'une congestion cérébrale Ces accidents disparaissent peu à peu après trois ou quatre heures; mais la pupille reste dilatée quelquefois pendant plusieurs jours. Si la dose de la belladone est plus considérable , elle cause l'empoisonnement caractérisé par les mêmes symptômes, mais beaucoup plus intenses. Les médecins de campagiie qui cultivent la belladone doivent prendre des précautions contre les dangers qu'offre cette plante aux enfants, qui se laissent séduire par la couleur de ses baies, dont le goût n'a rien de désagréable. ]
A petite dose elle est narcotique, stupéfiante et calmante d'une manière toute spéciale. Elle paraît agir principalement sur le système nerveux, tant ganglionaire que de la vie animale, en émoussant leur sensibilité. On l'emploie à l'intérieur dans les névroses, les névralgies, la coqueluche, la toux convulsive , le croup , l'asthme , les cancers, l'ictère spasmodique . la dyssenterie avec tenesme, etc. Elle est regardée comme un préservatif de la scarlatine. A l'exlérieur on s'en sert avec avantage comme calmant contre certaines inflammations aiguës et chroniques de la peau , les tumeurs blanches articulaires , le rhumatisme , la sciatique. Unie à l'oi guent mercuriel , elle est utile dans l'irilis, la rctinile, la sclérolile et quelques ophtalmies.
La belladone est utilisée encore contre les douleurs aiguës des fissures, les contractions spasmodiques, les irritations de l'anus et les hémorroïdes. Elle jouit aussi de la propriété de combattre le spasme de divers organes, tels que l'anus , l'urélre, Tutérus , l'anneau inguinal, etc., e\ de dilater la
pupille. On s'en sert dans ce dei nier cas pour rendre plus facile l'opération de la cataracte, et pour explorer le cristallin et ses annexes.
On emploie la belladone par la méthode endermique contre le tic douloureux de la face, la sciaiique et les névralgies en général. Dans ces cas, et surtout dans les affections spasmodiques des organes respiratoires, les feuilles de belladone, fumées seules ou mêlées à du tabac, à de la sauge, etc., réussissent très-bien.
J'ai quelquefois employé les feuilles fraîches de belladone dans les engorgements des mamelles. Je les mêlais avec du saindoux où du beurre frais. C'était une pommade de belladone extamporanée. Elles m'ont servi, ainsi préparées, dans tous les cas où la pommade de belladone est indiquée. [Cuites sous la cendre dans une feuille de chou , et mêlées avec autant de saindoux, elles sont appliquées en cataplasme sur les tumeurs glanduleuses, shirreuses, etc.]
Je traite toujours la coqueluche avec la poudre de racine de belladone, à la dose de 1 à 5 centig., répétée de quatre heures en quatre heures, et mêlée avec une certaine quantité de sucre blanc pulvérisé. Je l'administre aussitôt que la période catarrhale ou inflammatoire est dissipée. J'applique en même temps, tous les soirs, à la plante des pieds, le mélange d'ail, de feuilles de jusquiane et d'axonge. Ce traitement modère et éloigne promptement les quintes de toux; les symptômes se dissipent ordinairement dans l'espace de vingt-cinq à trente-cinq jours.
Dans tous les cas où la douleur névralgique ou le spasme local existent, l'usage de la belladone produit toujours de bons effets. J'ai deux fois rendu facile la réduction d'une hernie inguinale étranglée par l'application du suc de belladone mêlé avec autant d'eau chaude, ou employé pur en - frictions. L'effet est plus prompt qu'en usant de la pommade composée avec cette plante.
[W^^ Debette , de Calais , âgée de trente-trois ans , d'une grande taille, d'une constitution grêle, d'un tempérament nervoso-sanguin, enceinte de cinq mois, fut prise au mois d'août 1811 d'un resserrement spasmodique des mâchoires, qui, d'abord peu prononcé, augmenta dans l'espace de cinq à six jours au point de tenir la bouche constamment fermée. Le contact sur les lèvres et les gencives de boissons ayant une saveur quelconque, et surtout acide, augmentait le spasme et la constriction jusqu'à faire saigner les gencives. Il y avait absence complète de douleur. Une saignée de 7 à 800
«raiiinics lut priili(|tiéc cl ii'amciia aucun soulageinenl. Je pi'Cîscrivis des demi lavciinenls avec l'extrait gouimeux d'opium, lin linimenl camphré cl opiacé, sans obtenir plus de succès. La malade était dans le même étal depuis six jours, (juand il me vint à l'idée d'employer des onctions de pommade de belladone sur les mâchoires. Celle pommade, dans la proporlion de 4 grammes d'exlrail sur 30 gi-ammcs d'axonge, élail appliquée à la dose de 4 grammes toutes les trois heures. Dès le second jour de l'emploi de ce moyen, la malade commença à desseri'er les dénis ; sa bouche s'ouvrit pou à peu, et au boul de six à huit jours la guérison de ce trismus était complète. Il est à remarquer que pendanl plus de quinze jours une tension spasmodique élail toujours provoquée par la présence des boissons acides dans la bouche.
Ne pourrail-on pas obtenir quelque succès dans le tétanos en frictionnant la région rachidienne avec la pommadede belladone? La veriu'^anticoniractile de celle plante semble l'annoncer.
M™e Hanson, demeurant à Calais, âgée de 26 ans , d'un tempérament lymphatique , me fil appeler le 15 juin 1818. JEUe élail prise d'un violent accès de colique néphrétique. J'avais inutilement employé la saignée el le bain de longue durée, quand, attribuant les symptômes au spasme local, je fis frictionner de demi-heure en demi-heure , avec la pommade de belladone (4 grammes d'extrait pour 30 grammes d'axonge) ,1a région correspondante au rein, siège dedouleurs lancinantes très-vives. Dès la seconde friction la douleur s'apaisa. La malade s'endormit après la troisième friction. Le lendemain les douleurs étaient entièrement dissipées, et cinq petits calculs avaient été rendus avec quelque dinfîculté pendant leur passage dans l'urètre. Deux de ces calculs étaient de la grosse\ir d'un pois. Je suis convaincu que, dans la plupart des cas, les douleurs néphrétiques sont dues au spasme déterminé, par la présence des calculs dans les uretères.
]Vîmcjj^'^ de Boulogne, âgée de 44 ans, ayant eu des hémorrhoides à la suite des couches, élail atteinte d'une conslriclion douloureuse du sphincter de l'anus. Une constipation habituelle avait lieu ; les excréments étaient comme arrêtés au fondement, et ne pouvaient être expulsés que peu à peu à diverses reprises, et avec douleur et excoriation. Il n'y avait pas de fissure. Cei état durait plus ou moins violemment depuis quinze ans, lorsque je fis pratiquer des onctions îf l'intérieur du rectum, malin et soir, avec la pommade de belladone. Au bout de deux ou trois jours l'effet avan»a§;nix
de ce simple moyen fut très-prononcé. Les selles devinrent plus faciles et moins douloureuses ; la constipation fut combattue avec succès par les lavements d'eau froide. Il suffît, toutes les fois que la constriclion du sphincter dorine la moindre appai-ence de retour, d'employer la même pommade pour la dissiper aussitôt.
La pommade de belladone produit le même soulagement dans les alfeciions liémorrhoïdales, où elle calme la douleur et diminue la constipation.
Je suis parvenu à faire cesser des palpitations de cœur très-violentes chez une jeune fdle de 18 ans, devenue chlorotique par suite de frayeur, en faisant frictionner deux fois par jour la région précordiale avec un Uniment composé d'un jaune d'œuf, de 2 grammes de suc de belladone et de 4 grammes de suc de digitale. Ces palpitations étaient purement nerveuses. J'ai obtenu un soulagement pi-empt dans les palpitations et les douleurs causées par l'hypertrophie du cœur, en employant le même liniment ou la pommade de belladone. 11 est à remarquer que dans ces cas l'usage interne de la belladone ne produit aucun soulagement. J'ai eu deux fois occasion d'employer la pommade de belladone dans le cas de régidité spasmodique du col utérin pendant l'accouchement. L'effet en a été prompt et satisfaisant. Une fois j'ai introduit de cette pommade dans l'utérus pour faire cesser le resserrement partiel de cet organe, produisant l'enchalonnement du placenta ; mais je ne puis assurer que la dilatation n'eût pas eu lieu sans cela , ainsi qu'on l'observe fréquemment quand on attend quelques minutes et que l'on sollicite les contractions générales de la matrice par des frictions sur I hypogastre.
M. de B**^, de Boulogne, âgé de 66 ans, d'un tempérament nerveux, d'une constitution grêle, était atteint d'un engorgement chronique de la prostate, avec difficulté d'uriner, flux muqueux , et surtout douleurs vives pendant l'émission fréquemment répétée des urines. Lorsque je vis le malade, au printemps de 1846, ces douleurs existaient depuis six mois et avaient résisté à l'application réitérée des sangsues, à l'usage journalier des bains et cà un repos absolu dans une position horizontale. Je fis pratiquer matin et soir des frictions avec la pommade de belladone ( 4 grammes d'extrait sur 30 grammes d'axonge) , au périnée et le long du canal de l'urètre, dans lequel je faisais introduire plusieurs fois par jour de cette même pommade au moyen d'une bougie. Dès le premier jour il y eut soulagement; au bout de huit jours les douleurs étaient complètement dis'
sipées ei l'émission des urines plus raie. Il a suffi d'enduire la bougie donl lo malade se sert habiiuellemenl, pour empêcher le retour dos douleurs. L'embonpoint et les forces, que la continuité des souffrances avait fait perdre, se rétablirent peu à peu sous l'irifluence du calme moral , du repos et d'une alimentation analeptique.
(Madame la marquise de B"^*, de Soissons, âgée de 63) ans, d'un tempérament lymphatique, était à Boulogne pour prendre les bains de mer dans l'été de 1846, lorsqu'elle me fil appeler. Cette dame, att<!inte d'une arthrite chronique, était en même iemps en proie, depuis plus de deux ans, à des attaques très-fréquentes de strangurie spasmodique attribuée , par les médecins qu'elle avait consultés à Paris , à l'existence d'une cyslalgie essentielle ayant son siège au col de la vessie. Une extrême irritabilité du tube intestinal et des douleurs arthritiques vagues alternaient avec les accès de cyslalgie, ou les accompagnaient avec plus ou moins d'intensité. Les antispasmodiques, les bains généraux et locaux, un régime anliphlogistique , avaient été employés en vain. Les douleure vésicales, avec émission goutte à goutte et fréquemment répétée des urines, persistaient et épuisaient les forces de la malade, lorsque je prescrivis l'introduction matin et soir dans le rectum d'un suppositoire de beurre de cacao , au centre duquel je faisais mettre 5 centigrammes d'extrait de belladone. L'effet en fut si prononcé dès le premier jour, que je fus obligé, à cause de l'action générale de ce médicament, d'en réduire la dose à 3 centigrammes. Bientôt les douleurs et le spasme diminuèrent graduellement ; la malade put goîiter quelques heures de sommeil non interrompu par l'émission des urines. Ce moyen si simple, continué depuis un an, avec augmentation trèsgraduelle des doses d'extrait de belladone, a toujours produit le même soulagement toutes les fois qu'il y a en apparence de récidive du spasme ou de la douleur (i).
M. Morand, médecin, et l'un des fondateurs de la colonie) agricole de Metlray, combat l'incontinence nocturne d'urine , chez les enfants, par l'administration de la belladone. Sans se montrer toujours infaillible, ce médicament obtient entre ses mains des succès fort nombreux. Voici , du reste, comment ce praticien l'emploie : « Il fait ordinairement confectionner des pilules de 1 centigramme d'extrait de bella-
0) Le suppositoire est introduit assez profoiulti'meut pour resta- eu ])liice et foiKlre peu à peu.
donc ; il en administre d'abord une le malin ei une autre \ë soir aux enfants de 4 à 6 ans. Si au bout de huit jours il n'y a aucun effet produit , il en donne une troisième à midi , au bout de quinze jours une quatrième. Pour les enfants de 12 à 15 ans, on peut commencer par trois pilules, et augmenter en conséquence. Chez les adultes , on peut aller jusqu'à dix , douze et quinze par jour.
» Si la vue vient à se troubler , s'il survient quelques symptômes toxiques > on suspend , pour reprendre plus tard.
» Deux, trois ou quatre mois de l'usage de la belladone suffisent ordinairement pour amener la cure radicale de l'incontinence d'urine. Toutefois > on comprend qu'une des conditions de succès est que cette maladie ne se rattache à aucune lésion des organes génito-urinaires, en un mot, qu'elle soit essentielle. Alors la belladone étend ses bienfaits jusque sur les vieillards , du moins pendant quelque temps. (1) » [Journal de Méd. et de Chirurg. pratiq., lom. XVI, page 199.)
Mme ^ de Boulogne , âgée de 43 ans , brune , d'une taille moyenne , d'une forte constitution , mariée depuis un an, enceinte de trois mois environ, fait un grand effort pour pousser une voiture hors de la remise, et éprouve à l'instant même une douleur au-dessus de la région inguinale gauche. Cette douleur se dissipe presque immédiatement. Trois jours après , le 4 décembre 1847 , vers six heures du matin , des douleurs abdominales se font sentir. Ces douleurs alternent avec des instants de calme, augmentent graduellement, et sont accompagnées d'une perte légère.
Je suis appelé à huit heures du matin. Je trouve la malade en proie à des douleurs utérines d'une violence extrême, presque continues, avec pâleur et contraction de la face, petitesse et fréquence du pouls, en un mot concentralion des forces par l'intensité des souffrances. Le col utérin, allongé, épais , comme dans l'état normal , n'offre point de dilatation ; mais on sent au toucher le produit de la conception s'appliquant au-dessus à chaque douleur ,- les contractions de la matrice sont manifestes.
0) On a obtenu clans l'incontinence iloctiirne d'urine des succès constates de l'emploi de l'extrait de noix vomiquc , dont l'action est opposée à celle de la belladone. Ne pourrait-on pas conclure de ces faits que l'aircct.on dépend tantôt d'un défaut , tantôt d'une augmentation de sî'n^ sibilite du col de la vessie ?
Je prescris la polion suivante :
Eau distillée de fleurs de tilleul ... 125 gram.
La malade prend successivement trois cuillerées à bouche de celle polion , et ensuite une cuillerée de dix minutes en dix minutes. Au bout d'un quart d'heure les douleurs se ralentissent sans diminuer d'intensité , le pouls se développe peu à peu, les traits reprennent leur expression naturelle ; bref, la réaction a lieu et est complète vers deux heures de l'après-midi. Néanmoins les contractions ulérines continuent, deviennent plus fortes, et sont toujours suivies d'un écoulement sanguin peu abondant. L'orifice utérin esl un peu moins allongé et légèrement entrouvert. Une saignée du bras de 6 à 700 grammes est pratiquée. Dès ce moment les douleurs laissent plus d'intervalle, et la perle diminue peu à peu. A sept heures du soir les douleurs ont cessé, et il ne reste plus qu'un léger écoulement sanguin. Une transpiration abondante s'établit et dure toute la nuit. Le 5 au matin, le pouls est presque dans son état normal ; l'écoulement de sang est encore diminué ; la malade a dormi deux heures et n'a éprouvé aucune douleur. Je recommande le repos le plus absolu. Le 6 au matin, le mieux encore plus prononcé, sommeil durant quatre à cinq heures ; le sang ne coule plus qu'en très-petite quantité ; la malade a de l'appétit et prend deux soupes dans la journée. Mais vers deux heures de l'après-midi les douleurs reviennent après un lavement pris sans mon ordonnance et quelques efforts pour aller à la garde-robe. D'abord légères, ces douleurs augmentent et sont tellement vives vers sept heures , que la concentration de la vitalité se manifeste de nouveau par la petitesse du pouls, la pâleur de la face , l'agilaliou et l'anxiété portées au plus haut degré. Quelques cuillerées de la potion éthérée produisent, cette fois, un effet beaucoup plus prompt : la réaction s'opère en moins d'une demi -heure; mais les douleurs persistent , alternent avec des intervalles de calme plus prononcés, et sont décidément expullrices; le col utérin s'efface, l'orifice se dilate peu à peu , s'amincit et présente, à huit heures et demie , une ouverture d'environ 1 1/2 centimètre, et sur laquelle l'œuf s'applique à chaque contraction de l'utérus.
Dans cet état de choses, où, regardant comme inévitable l'avortement, il ne s'agit plus, suivant tous les accoucheurs,
Lther sulfurique. . . .
Laudanum liquide . . .
Sirop d'écorce d'orange
2 gram.
1 gram.
30 gram.
nue d'aider la femme h se débarrasser du produit de la coiicepiion de la manière la plus Aicile et la moins dangereuse, je saisis néanmoins l'occasion qui se présente d'essayer l'application de la pommade de belladone (2 gram. d'extrait sur i5 gram. d'axonge), sans espérer pouvoir enrayer un travail aussi avancé. J'en introduis environ 3 grammes , dont une partie reste dans le vagin et l'autre est employée en frictions légères sur le bord de l'orifice de la matrice^ Après dix minutes, les contractions utérines semblent moins violentes et moins longues. Je réitère l'emploi de la pommade à la même dose et de la même manière. L'effet cette fois en est plus appréciable ; une troisième application a lieu une demi-heure après, et fait graduellement diminuer et enfin cesser complètement les douleurs dans l'espace de quarante minutes. L'orifice utérin reste dilaté et plus souple. Je laisse la malade vers minuit dans un état de calme parfait, mais fatiguée et disposée à se livrer au sommeil.
Le lendemain 7 , la nuit a été tranquille, quoiqu'il y ait eu peu de sommeil; l'écoulement sanguin est diminué des trois quarts et n'excède pas celui des règles. L'appétit est bon , le pouls dans son état normal : l'orifice est moins dilaté, mais encore souple.
Les jours suivants le mieux se prononce de plus en plus ; l'écoulement sanguin disparaît peu à peu , les mamelles ne sont point affaissées, la face reprend son état d'épanouissement habituel. Une constipation qui existe depuis dix jours, et contre laquelle je n'ai rien employé, de crainte de rappeler l'irritation de la matrice , cesse sans inconvénient au moyen de 25 grammes d'huile de ricin. Malgré quelques coliques pour l'expulsion de matières fécales durcies et volumineuses, aucun retour de symptômes pouvant faire craindre de nouveaux accidents n'a lieu , et la malade , après avoir tenu le lit pendant quinze jours , se livre avec prudence aux occupations ordinaires du ménage ; elle se trouve aujourd'hui ; 8 janvier 1848 , tout aussi bien qu'avant l'accident qui a amené les symptômes généralement regardés comme précurseurs d'un avortement inévitable. Le col utérin est revenu à son état naturel.
Tous les accoucheurs reconnaîtront facilement les cas où la belladone est indiquée, et apprécieront les immenses services qu'elle est appelé à rendre à l'humanité.
L'action préservalive de la belladone contre la scarlatine ne fait plus doute. Des faits nombreux l'ont conslatée. On prépare pour cela une solution de 15 cent, d'extrait dans 30 gram. d'eau distillée. On en donne aux enfants d'un an et
au-dessous , 2 ou 3 goullcs ; aux enfaiiis de deux ans , 3 ou 4 goulles ; et on augmente suivant l'âge sans dépasser 15 gouttes.
Dans une observation communiquée au Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques (1833, art. 674) , on trouve le fait suivant :
« M. Carré, chirurgien en chef de l'hôpital militaire de Briançon, avait inutilement employé la saignée et les bains sans pouvoir réduire une hernie étranglée et volumineuse qu'il était sur le point d'opérer. Une bougie enduite de pommade de belladone fut introduite dans l'urètre, et à peine une demi-heure s'était écoulée que ce chirurgien put opérer facilement la réduction. »
M. B^'^^, directeur des postes, âgé de 47 ans, d'un tempérament bilioso-sanguin , d'une forte constitution , était atteint depuis plusieurs mois d'une douleur fixe et continue à la région hypogastrique, sans cause connue, et n'apporianl aucun changement dans les fonctions intestinales ni dans celles des organes urinaires. Celte douleur, plus incommode que vive, avait résisté à l'usage des bains, à l'application des sangsues à l'anus, aux cataplasmes et aux liniments opiacés. Je prescrivis un suppositoire de beurre de cacao avec 5 centigrammes d'extrait de belladone, à introduire malin et soir. Dès le second jour de l'emploi de ce moyen, la douleur diminua. J'augmentai la dose d'extrait de belladone graduellement jusqu'à celle de 12 centigrammes. Dèslors la douleur disparut complètement. Depuis deux mois que le malade a cessé l'emploi du suppositoire belladoné , aucun symptôme de récidive n'a eu lieu.
« Un homme âgé de 60 ans, d'un tempérament nerveux, éprouvait depuis quelques jours des douleurs abdominales aiguës. Chez lui le pouls était petit, précipité, la face pâle, grippée, couverte de sueur froide ; narines contractées, respiration anxieuse, ardeur à l'estomac, vomissements, ventre rétracté, dur, constipation opiniâtre, extrémités froides; tout annonçait la fin prochaine de ce malheureux. Des moyens en apparence très-rationnels , tels que des potions laudanisées, des lavements huileux , des cataplasmes, etc. , avaient échoué. M. Groenendaels formula un lavement composé avec l'eau chaude, I huile d'olive et 2 grains d'extrait de belladone, dont l'administration dut être répélée de trois heures en trois heures. Un peu de délire et quelques phénomènes cérébraux survenus la nuit suivante firent craindre que la dose de l'extrait ne fût trop élevée. En conséquence, on recomposa des lavements avec un demi-grain au .lieu
de deux grains; puis, au lieu de trois lavemenls, il fui convenu qu'on n'en donnerait que deux, un le malin, l'autre le soir. Deux jours après, les douleurs avaient cessé, le ventre était libre, et bientôt le malade entra en convalescence.
» Au boui de quatre mois, nouvelle attaque: 15 grains d'extrait de belladone injeclés en dix fois, dans l'espace de trois jours, font disparaître tous les symptômes. Enfin ce double succès devait avoir la consécration de la contreépreuve, dans une circonstance malheureusement fatale au malade. Quelques jours à peine s'étaient écoulés que le pauvre homme mourut à la suite d'une attaque semblable aux précédentes, et contre laquelle le médecin appelé persisia à faire administrer les laxatifs, au lieu de lui prescrire les calmants. » [Journal de Médec. et de Chirurg. praiiq., page 197- )
Tout porte à croire, par analogie , que la belladone peut être employée avec succès en lavemenls et en frictions sur l'abdomen dans les coliques nerveuses quelconques , le volvulus, la colique saturnine, l'invagination inlestinale, les épreintes et le lénesme qui accompagnent la dyssenterie, etc. ; ainsi que je l'ai dit, on peut en espérerd'heureux efîels dans le tétanos.
Le docteur Magistel [Gazette Médicale, décembre 1834, page 817) préconise l'emploi des fumigations- de feuilles de belladone dans le traitement de l'asthme. Sur cinq malades traiiés par ce moyen , quatre ont guéri , et le cinquième , vieillard âgé de 75 ans, a éprouvé de l'amélioration.
J'ai apaisé comme par enchantement des migraines trèsintenses en menant da.ns l'oreille du coton imbibé de teinture de belladone , et en frictionnant à diverses reprises la partie douloureuse avec cette même teinture. On peut aussi dans ce cas appliquer l'extrait de cette plante. M. Piorri , qui attribue la migraine à une névrose de l'iris, fait faire des frictions sur les paupières avec l'extrait de belladone mêlé avec une suffisante quantité d'eau pour lui donner une consistance sirupeuse. Je l'ai employé une fois de celle manière avec succès.
D'après les faits que nous venons de rapporter, il sera facile au praticien de juger de tous les cas qui réclament l'emploi de la belladone. Il est une foule de circonstances où ce précieux médicament peut être de la plus grande utilité. (Voy. Supplément, page 609.)
BENQITE,
BENOÎTE CAIIY0P1[IYLLÉE, IIEIIBE CE SAINT-BENOÎT.
Caryophillata vulgaris (T.) Geum urbanum (L.)
On trouve communément la benoîte dans les bois, le long des chemins , dans les lieux ombragés. La racine seule est usitée.
Préparations et doNcs*
A L'iNTÉRiEDR : liifusion ou décoction, de 30 à GO gram. par kilog. d'eau.
Teinture {\ sur 8 d'alcool), de 15 à 30 gram,, en potion. Vin H sur \2 de vin), de 30 à 60 gram. Poudre, 1 à 8 gram., en substance, pilules, etc. Extrait, 2 à 4 gram., en pilules ou dans du vin.
Propriétés.
La racine de benoîte, astringente, tonique, d'une odeur agréable, d'une saveur chaude, aromatique et un peu amère et âpre , a été employée contre les diarrhées chroniques , la dyssenterie atonique, les métrorrhagies passives, les catarrhes, les leucorrhées et quelques fièvres intermittentes.
Entre l'enthousiasme de Buchlave, médecin danois ; do Weber, de Gilibert, et le dédain de Brandelius et de beaucoup d'autres médecins , il n'y avait qu'un parti à prendre , celui de l'expérimentation. Je déclare ici avoir employé la racine de benoîte comme fébrifuge sans succès ; mais je l'ai quelquefois associée à i'écorce de saule, à cause de ses qualités aromatiques et astringentes. Voici la formule que j'emploie, d'après Bouillon-Lagrange :
Racine de benoîte j 30 grammes.
Ecorcc de saule blanc. . ) ^ Faites bouillir dans 1 litre 1/2 d'eau réduite à 400 gram. Ajoutez : Hydrochlorate d'ammoniaque, de 1 à 2 gram.
Sirop d'écorces d'orange, 50 gram.
A donner en deux fois au malade , à une heure de distance : ce mélange m'a réussi.
BÉTOINE.
Betonica purpurea (T.) Betonica officinalis (L.):
On trouve celle plante dans les endroits ombragés, les taillis, les prairies. Elle est vivace. Les racines, les feuilles, et les fleurs sont usitées.
Préparations et doses.
A l'intéuieur : Infusion, de 5 à 20 grain, par kilog. d'eau.
Eau distillée, 30 à 400 gram.
Poudre, \ à 3 gram.
A l'extérieuu : Comme sternutatoire»
Propriétés.
La bétoine est excitante. La racine, plus particulièrement émélique et purgative, est peu employée. Les feuilles et les fleurs le sont davantage, comme sternutatoires et à la manière du tabac, dans la céphalalgie , l'hémiplégie , etc. Je n'ai jamais essayé l'emploi de la bétoine à l'intérieur. Elle a, dit-on, été administrée comme fébrifuge dans les fièvres intermittentes automnales, à la dose de 3 à 6 gram. de feuilles en poudre, dans un jaune d'œuf, quatre heures après la fin de l'accès. Cette dose nous paraît propre à produire une violente révulsion.