AMANDIER COMMUN
Amygâalus communis (L.) Amygdahis saiiva, fructu maiore (T.)
Cet arbre, qui vient spontanément dans la Mauritanie, est naturalisé en Europe. On emploie les fruits que l'on distingue, d'après leur saveur, en amandes douces et en amandes amères.
1» Amandes douces.— On emploie l'eau, l'huile et le sirop
d'amandes douces.
L'eau d'amandes douces étail préparée aiitrefois en farcissant d'amandes entières non écorcées le ventre d'un poulet, et en le faisant bouillir. On obtenait ainsi une boisson mucilagineuse et légèrement nourrissante. Je prescris souvent l'eau de veau et d'amandes douces coupées par morceaux, comme adoucissant et rafraîchissant. On préparait aussi, par la distillation des amandes non écorcées, une eau également mucilagineuse et ayant l'odeur de la fleur d'acacia. De nos jours on emploie le"plus souvent l'émulsion d'amandes douces ou lait d'amandes. On la prépare en pilant, dans un mortier de marbre, les amandes privées de leur épidémie, et en délayant le tout avec une certaine quantité d'eau, qu'on fait passer ensuite à travers un filtre. On y ajoute quelquefois un certain nombre d'amandes amères et on édulcore à volonté. Cette émulsion doit eire plus ou moins chargée suivant l'état des voies digestives ; ordinairement, elle est dans les proportions de 30 grammes d'amandes dépouillées d'épiderme et deux livres d'eau de fontaine.
Dillen propose une boisson analogue au café, en faisant rôtir des amandes douces avec du seigle. Les amandes torréfiées sont prescrites aussi aux convalescenis, soit entières;.
ma igees avec du pain, soii en potages, après avoir été nufve,-.sées Cl mêlées avec de l'orge. On prépare encore une sorle de potage aux amandes.
L'Imlc d'amandes douces est fréquemment emplovée en medecme; elle dissout le camphre et d'autres subSces! elle peut s unir al eau au moyen d'un jaune dœuf. Administrée a 1 inierieur (8à60gram.), elle est lubréfianle et légèrement laxaiive;on la donne aux enfants aiteinlsde coliques, de vers intestinaux, de volvulus, ou même de convulsions. Elle est utile contre les toux sèches et nerveuses la slrangurie, les douleurs néphrétiques, les calculs rénaux' les douleurs qui suivent l'accouchement.
A rexiérieur, on prescrit l'huile d'amandes douces comme emolliente dans les inflammations externes et sur certaines tumeurs; elle est utile en ambrocaiion, dans quelques névralgies ; elle ramollit, adoucit les tissus.
Les parfumeurs vendent, sous le nom de pâle d'amandes, \Q residu des amandes qui ont déjà servi à l'expression de 1 huile .et qui est desséché et réduit en farine. En y ajoutant une certaine proportion d'amandes amères, cette farine est beaucoup plus délersive et pourrait servir comme médicament externe, sous forme de cataplasme, contre certaines phlogoses cutanées et certaines taches du visage.
Le Sirop d'Amandes douces ^sirop d'orgeat) se prépare a l'aide de l'émulsion et de la décoction d'orge. '
2« Amandes amères. — Ces amandes contiennent une huile volatile vénéneuse et une certaine proportion d'acide hydrocyanique qu'on retire principalement de leur épiderme. La quantité de l'huile essentielle qu'on peut en retirer est, d'après Feruger de Rostock, de 4 gros par 2 kilogrammes d'amandes, et la proportion de l'acide hydrocyanique dans l'huile est variable de 8 à 14 pour 180, suivant Chrislison [on Poisons, -p. 718). D'après ce dernier, l'huile essentielle cesse d'être un poison si on la dépouille de son acide hydrocyanique [ouv. cit., p. 719). Le principe vénéneux de celle huile est donc l'acide hydrocyanique.
Prises en petite quantité, les amandes amères sont toniques, tandis qu'à haute dose, elles peuvent empoisonner. Une femme sujette à des palpitations de cœur, fit, par le conseil d'une commère, usage des amandes amères ; elle commença à en manger une par jour et en augmenta ensuite le nombre par degrés. Arrivée au n° 7 par jour, elle éprouva des faiblesses générales, des évanouissements et une anxiété extrême [Ann. clin, de Montp., t. \,p. 297). Une femme a donné à son enfant, âgé de quatre ans, le suc d'une poignée d'amandes amères pour le guérir des vers. A Tins-
tant coliques, gonflement du ventre, vertiges, serrement de mâchoires, écume à la bouche, convulsions, mort dans l'espace de deux heures (CouUon). Un droguiste, éprouvant une vive allaquc de douleurs néphrétiques, boit d'un seul trait, au lieu d'esprit de nilre dulcifié, quinze grammes d'huile essentielle d'amandes amères. Tous les symptômes de l'empoisonnement sont portés au plus haut degré: Syncopes, anxiété, faiblesse générale, pâleur mortelle, abaissement extrême du pouls et du rhythmede toutes les fonctions, refroidissement général.
M. Chavasse est appelé, fait vomir le malade à l'aide du sulfate de zinc qu'il donne jusqu'à la dose de 12 gram. et de l'eau chaude. Il réchaufi'e le corps à l'aide de bouteilles d'eau chaude, de sachets et de linges chauds; il fait prendre un mélange d'eau-de-vie et d'ammoniaque étendus dans de l'eau. L'amélioration est instantanée et le malade passe de la mort à la vie. On fait continuer la potion suivante : ammoniaque, 4 gram. ; teinture de cardamome, 30 gram.; mixture de camphre, 210 gram. Le malade guérit [Gazette, des Hôpit.,2nov. 1839.)
Il est évident que, dans ce genre d'empoisonnement, la mort arrive par excès d'asthénie si l'on n'administre pas de suite de fortes doses de stimulanls diffusibles, tels que l'alcool et l'ammoniaque.
Les anciens considéraient les amandes amères comme un excellent moyen de prévenir et de dissiper l'ivresse (Dioscoride). Plularque raconte que le médecin du fils de Néron se préservait de l'ivresse, et surpassait les buveurs les plus intrépides de son temps, en mangeant cinq ou six amandes amères.
Comme l'acide hydrocyanique et l'eau cohobée de laurier cerise, les amandes amères conviennent, d'après les expériences de Borda, dans toutes les maladies dont le fond est d'excitation. Les anciens les prescrivaient contre les tranchées utérines, les fleurs blanches, la pneumonie, la pleurésie, elc, Boerhaave les recommande dans toutes les alTeclionsphlogistiques indistinctement; P. Franck contre les afl'ections éruptives de la peau; Bateman dans les aff'ections cutanées douloureuses; Thébesius {Ad. nouv. des Cur. de la nature) comme, préservatif de l'hydrophobie (en faisant toutefois appliquer des ventouses scarifiées sur la morsure); Hufeland, pour combattre les fièvres intermitlentes. Bergius conseille une ou deux livres d'émulsion d'amandes amères les jours apyrétiques des fièvres intermittentes, avec addition de miel et de crème de tartre.
On emploie les amandes amères contre les maladies ver-
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mineuses , les loiix nerveuses, la coqueluche, les accès d'asihmc, et à l'exlérieur, sur les ulcères douloureux, le cancer, elc.
On donne les amandes amères entières, au nombre d'une à six par jour; on en diminue le nombre ou on les suspend tout-à-fait quand il survient des vertiges ou des vomissements. Ainsi administrées, elles m'ont souvent réussi dans les fleurs blanches accompagnées d'un étal d'irritabilité de l'estomac qui interdisait l'usage des amers et des ferrugineux L'émulsion est la meilleure préparation. On peut la composer de la manière suivante: amandes amères entières et non dépouillées de leur épidémie, 30 gram.; amandes douces dépouillées deleur épiderme, 4S gram.; eau defonlaine, 750 gram,; faites uneémulsion, ajoutez sirop de fleur d'oranger, 30 gram,, à prendre par cuillerées à soupe toutes les heures.
L'eau distillée se prend à la dose de 4 à 8 gram. par jour dans une potion édulcorée. L'huile essentielle, non purifiée, est à peine employée en thérapeutique; on peut s'en servir avec précaution et à la dose de l à 5 centigram. Cette huile peut être utile, à l'extérieur, dans les inflammations graves de l'oreille, dans le traitement de certaines dartres, en lotions. Uniment, ambrocations, etc. Le tourteau d'amandes amères, que les parfumeurs obtiennent par expression pour faire de la pâte d'amandes, contenant de Thuile essentielle, est vénéneux. « Il a été employé avec un avantage très-marqué sous forme de cataplasme, chez une jeune personne prédisposée à la phlhisie et dont la peau de la pointe et de la base du nez était habituellement rouge, boursouflée et couverte de boutons. » (Dict. des dict. de médecine.)
L'Amygdaline, principe des amandes amères, peut servir à remplacer les eaux distillées de laurier-cerise et d'amandes amères dont les effets sont incertains. 85 centigram. d'amygdaline, dissous dans 30 gram. d'émulsion faite avec 8 gram. d'émulsion d'amandes douces, donnent 30 gram. d'un produit représentant 30 gram. d'eau distillée d'amandes amères saturée, qui contiennent 5 centigram. d'acide cyanhj'drique aiihydre.
ANAGYRE FÉTIDE.