GENIÈVRE
Junipenis ruîgam (T.) Jumpenis communis (L.)
Le genévrier croît dans presque toute la France, et se trouve dans les bois, les terrains incultes, sur les montagnes. On utilise son bois, ses sommités et ses baies.
Préparations et doscii.
A l'intérieur : ïuftision des haies concassées ou des sommilés (à vase clos), ùe iS à 50 gramni. par kilog. d'eau ou de vin blanc. Décoction du bois en copeaux^ 50 à GO f^ram. par kilog. Eau dislillée (\ sur 4 d'eau), de'50 à 125 gram., et pour mas- ([uer l'odeur et la saveur désagréables de diverses préparations purgatives.
Tciuture (i sur 2 d'alcool à 35°), de 2 à 8 gram. en potion ou mélangée à la tisane, à du vin, etc.
Extrait (par infusion I sur 4 d'eau), de 4 à 8 gram. en pilules ou en solution dans un liquide approprié ou seul.
Huile essentielle (I sur 8 d'eau), de 10 à 45 centig. en potion, en oieo-saccharum, pilules, etc.
Foudre, de 2 à 8 gram. en bols, pilules, ou dans un liquide approprié.
Alcoolat, à la même dose et de la même manière que la teinture,
À L'EXTÉRiEun : Infusion des baies, décoction des sommités, en lotions, fomentaiions; bains.
Teiniure, en frictions. Poudre ou haies entières sur des charbons ardents, dans une bassinoire, pour fumigations. Powdre, ea bains. Baies coniuses, en cataplasmes.
Projprâétës*
Les sommités et les baies du genévrier, d'une odeur forte, aromatique, d'une saveur résineuse, sont stimulaïUes, toniques, diurétiques, diaphoréiiques, slomacliiques. On les emploie dans les affociions caiarrhales pulmonaires et vésicales chroniques, la phihisie, la leucorrhée, la blennorrhée, la néphrite calculouse , la chlorose , l'aménorrhée par débilité, l'hydropisie, l'asthniehumide, la bronchorrée, le scorbut, les engorgements des viscères abdominaux, les cachexies, les affections cutanées chroniques, rhumatismales. A l'extérieur, le genévrier est tonique, excitant, détersif, résolutif.
[Les praticiens de tous les temps ont employé avec succès le genévrier dans les diverses maladies que nous venons d'énumérer. On peut lire à ce sujet Van Swieten , Hoffmann , Vogcl, Pvosensiein, Meckcl, Schmidt, Hecker, Lange et Demangeon. Ce dernier a fait insérer dans le journal de médecine (1806) deux observations remarquables constatant l'action particulière des baies de cet arbuste sur l'appareil urinai re : 1° Le fils d'un vigneron , âgé de 18 mois, jette des cris perçants an moment d'uriner ; il porte souvent la main vers l'organe urinaire. Les urines coulent tantôt par jet, tantôt goutte à goutte. Demangeon se détermine à essayer un diurétique qui lui a souvent réussi dans les hydropisies peu anciennes. Il dit à la mère de faire bouillir dans deux pintes d'eau une cuillerée d'orge mondé, et d'ajouter ensuite
line poignée de baies de genièvre bien noires, bien mûres, et aussi fraîchement cueillies que possible. On donne celte décoction froide ou tiède pour tout breuvage, avec un peu de miel ou de sucre. Au bout de deux jours, l'enfant urine sans pleurer. On trouve dans ses langes plusieurs petits calculs ; l'un d'eux était de la grosseur d'une lentille. 2° Un enfant d'Epinal, âgé de trois ans, éprouvait les même symptômes que le précédent ; Demangeon conseille la même boisson, en recommandant bien de ne pas faire bouillir les baies de genièvre, et de les avoir aussi fraîchement cueillies que possible. Au bout de trois jours de l'usage de celle boisson , on s'aperçul d'une pierre engagée dans la fosse naviculajre , dont l'auteur fit l'exlraction en pressant doucement la parlie postérieure du canal. Celte pierre, de la grosseur d'un haricot moyen, hérissée de plusieurs aspérités, pesait environ trois grains. L'enfant n'a pas eu de récidive (i).]
Le genévrier doit être placé au premier rang dans le catalogue des substances indigènes. Son bois est diurétique et sudorifique. Je l'ai employé en décoction dans des cas de rhumatisme chronique chez des malades affaiblis par de longues souffrances. Je faisais en même temps pratiquer des frictions sur les parties malades avec une flanelle imprégnée de la vapeur aromatique de baies et de sommités de ce précieux végétal. Ces fumigations m'ont été aussi d'un grand secours dans l'anasarque qui survient à la suite de la fièvre scarlatine, pour rétablir les fonctions de la peau. Dans ce dernier cas, je les fais pratiquer au moyen d'une bassinoire dans le lit des malades. J'ai toujours eu à me louer de l'emploi de ces moyens. On fait quelquefois brûler les branches elles feuilles du genévrier pour désinfecter l'air. Il est réconnu aujourd'hui que ce moyen, ainsi que tous ceux du même genre, au lieu d'atteindre le but qu'on se propose, ne fait que masquer les mauvaises odeurs, et ajoute à l'air des corps étrangers qui en altèrent la pureté.
(I) En employant préalablement ou simnllanément l'infusion de baies de genévrier et les frictions de pommade de belladene, dont rcfTct est de dissiper le spasme et la douleur, on pourrait favoriser l'expulsion des calculs, dans les cas où ces symplûmes, au lien de diminuer, augmenteraient par i'usage des diin cliques. (Voyez Belladone, \ns,e 43.) On sait que les baies de s^enevrier excitent h. tel point les organes sécréteurs de l'unne, que celle-ci devient quelquefois sanguinolente quand on les admuiistre a trop grande dose, qu'on eu fait usage trop long-temps, ou chez des sujets trop irritables. Il < st donc rationnel, dans les affectmns calculeuscs, clc s'assurer du tempérament du malade, et surtout de l'état des voies unnaires, ayant de prescrire ce médicament.
Le bois de genévrier est le meilleur succédané du gayac ; aussi a-t-il été préconisé contre la maladie vénérienne par quelques auteurs. Je regrette de n'avoir aucun fait à citer en faveur de celte assertion, que je crois cependant très-fondée.
[Dans les pays bas et humides, l'usage de l'infusion des baies de genévrier dans l'eau, la bière ou l'eau-de-vie (ratafia), relève les forces, favorise les sécrétions, et peut préserver des fièvres muqueuses et intermittentes qui sévissent annuellement sous l'influence paludéenne. Dans le nord, on distille beaucoup de grains, et l'eau-de-vie qu'on en relire a toujours un goût de feu, un goût acre, empyreumalique; pour remédier à cet inconvénient, et lui communiquer d'autres qualités, on a coutume de mêler des baies de genévrier à la liqueur qu'on veut distiller; l'eau-de-vie en prend le goût et porte le nom de genièvre. Les paysans emploient les baies de genévrier telles qu'elles sont : ils en avalent quinze à vingt pour favoriser la digestion et exciter la sécrétion de l'urine. Les Suédois préparent avec ces baies une espèce de bière qu'ils louent comme anti-scorbutique. Helvélius conseillait une boisson composée de six boisseaux, mesure de Paris (7 décal. i/2), de graines de genièvre concassées et de quatre poignées d'absinthe bien épluchée, jetés dans un tonneau plein d'eau pour laisser infuser dans un lieu frais ou dans une cave pendant un mois. Cetteboisson est salutaire et durable, si on a soin, chaque fois, de remettre autant d'eau qu'on a tiré de liqueur pour l'usage journalier.
C'est surtout dans les affections calarrhales anciennes et les écoulements chroniques muqueux, quej'ai été à même de constater les bons effets des sommités et des baies de genévrier. J'ai vu des leucorrhées anciennes avec délibilé des voies digestives, traitées inutilement par divers moyens, céder à l'usage d'une forte infusion aqueuse ou vineuse de baies de cet arbuste, dont les propriétés me semblent, au reste, tout-à-fait semblables à celles de la térébenthine et des autres substances résineuses. J'associe souvent, à ce médicament, la racine d'année et celle d'angélique. Dans les hydropisies, les engorgements viscéraux et les cachexies qui suivent ou accompagnent les fièvres iniermitlentes, je l'emploie seul ou mêlé avec la gentiane, la bryone, l'absinthe, la petite centaurée, l'eupaloire d'avicenne, le calcilrapc ou la digitale, selon les indications et l'état du malade.]
Les cendres du genévrier, en infusion dans le vin blanc, sont très-diurétiques. J'ai vu des cas de leucophlegmatie, qui avaient résisté aux moyens ordinaires, céder à l'effet de ce vin. Je le prépare en faisant infuser à froid 150 gramme
de ces cendres dans un kilogramme de bon vin blanc de Bordeaux ou du Rhin, ou lout simplement dans le cidre de bonne qualité. Le malade en prend 60 à 100 grammes deux ou irois fois pai- jour, jusqu'à ce qu'il soil complètement désenflé. Je dois faire observer que celle dose, irès-bien supporlée par dos campagnards robustes et peu irritables, serait trop forte pour des sujets faibles, nerveux, ou atteints d'irritation gastrique ou inleslinale.
La décoction de genévrier est employée h. l'extérieur comme résolutive, détersive, tonique, dans le traitement des engorgements froids, œdémateux, les ulcères atoniques et scorbutiques. On emploie aussi les baies de genévrier concassées en cataplasme. J'ai vu des paysans appliquer sur la lêle des enfonts atteints de teigne, des baies de genièvre récentes pilées et mêlées avec du saindoux. J"ai observé de bons effets de ce topique.
Les fruits du genévrier restent verts pendant deux ans; ce n'est qu'à la troisième année qu'ils mûrissent et deviennent d'un brun noirâtre. C'est à cause de la lenteur de leur mâluriié qu'on voit constaniment sur les genévriers des fruits verts et des mûrs. La récolle de ces fruits se fait dans les mois d'octobre et de novembre ; on les sèche facilement en les étendant clair semés dans un grenier, et les remuant souvent. On doit choisir les graines de genièvre grosses, bien nourries, noires, luisantes, pesantes, d'un goût sucré et' un peu Acre. Elles doivent être aussi récentes que possible, parce qu'il est prouvé qu'avec le temps elles perdent leur arôme et leurs vertus.
Huile de Cade, ou huile pyrogénée de genévrier oxicèdre fjimiperus oxicedrus), qui croît dans le midi delà France. Celle huile, produit de la distillation des grosses branches et des racines des vieux genévriers de l'espèce que nous venons de désigner, que l'on coupe par morceaux de 20 à 30 centimètres de long pour les soumettre à l'action du feu dans une vieille marmite percée sur un des côtés et couverte d'une pierre plaie qu'on Iule avec de l'argile; cette huile, dis-je, qui coule par l'ouverture laissée au vase dislillaioire, est un liquide brunâtre, inflammable, d'une odeur forte, résineuse, analogue à èelle du goudron, d'une saveur âcre et caustique.
M. le docteur Serre d'Alais a publié dans le Bulletin de thérapeutique (1846), un mémoire surles bonseffetsdel'huile de cadc, déjà employée depuis long-temps dans la médecine populaire. Nous allons extraire de ce mémoire ce qu'il contient de plus intéressant sous le rapport pratique.
4ppliciuée sur la peau saine, l'huile de cade ne provoque ni douleur ni démangeaison. Sur les muqueuses non enflammées, l'irrilalion esL irès-peu prononcée; sur la peau et les muqueuses enflammées, son application est quelquefois accompagnée d'une cuisson légère et de courte durée; sur ks parties ulcérées, cette cuisson est un peu plus forte, mais elle ne dure pas davantage : environ un quart ou une demi minute. Elle ne détermine pas de réaction paihogenique sensible chez les enfants atteints d'affection vermineuse, auxquels on la donne à l'intérieur. ^ , . -,
Les premiers essais de M. Serre ont porte sur la gale, et U a si constamment réussi qu'il n'emploie plus d'autre moyen dans le traitement de cette affection. Trois ou quatre frictions suffisent le plus ordinairement pour faire disparaître la gale lorsqu'elle est récente. Lorsque celte maladie est invétérée et qu'il s'y joint un étal eczémateux avec suintement, M. Serre réussit encore à la guérir par l'huile de cade, quand tous les traitements ont échoué. Il cite à ce sujet le fait suivant : M. H..., âgé de soixante ans, était tourmenté depuis plus de six mois d'une gale qui avait résisté à tous les movens. Il présentait en outre un écoulement eczémalique des^plus abondants aux deux jambes et au dos. La quantité de linge sali était énorme. Les anliphlogisliques, les bains émollients, les cataplasmes, les dépuratifs, les bains sulfureux, avaient été sans nul effet contre ce prodigieux écoulement. M. Serre appliqua, avec les barbes d'une plume, une couche d'huile de cade pure sur toutes les parties malades. La cuisson qui s'ensuivit fui courte et fort supportable. Dès la seconde application, ily avait déjà une modification avantageuse. Le cinquième jour, le suintement était réduit des quatre cinquièmes ; la guérison fut complète le vingtième jour. Ainsi quatre ou cinq jours d'onctions faites sur les parties malades, et souvent seulement sur les bras et les jambes, ont suffi pour amener la guérison. M. Serre a eu aussi à traiter un homme qui portait à la main une dartre lichénoïde que les remèdes les plus actifs n'avaient pu détruire, quoique employés avec persévérance pendant plus d'une année : il a été guéri en six semaines par les seules onctions d'huile de cade. Ce médecin est convaincu de la réussite de ce traitement contre toute maladie dartreuse, quelle que soit sa forme. Dans les cas où l'on a fait précéder un traitement interne et rationnel sans succès, il ne reste plus, pour obtenir la guérison, que la peine de faire des onctions tous les deux jours sur les parties malades. M. Serre signale, comme particularité remarquable, la fo!'
niaiion d'une pellicule analogue à l'épiderme parl'aciion de l'huile de cade. Celle pellicule se l'orme, du quairième au cinquièmejour, sur les parties eczémateuses ointes d'huile ; elle est lisse et presque transparente. Du cinquième au sixième jour, cette pellicule se casse, et tombe du neuvième au dixième jour, laissant voir la surface malade guérie ou en voie rapide de guérison.
C'est surtout contre l'ophtalmie scrofuleusc que M. Serre a obtenu de bons effets de l'huile de cade. Chez les adultes, il applique cette huile pure sur la paupière inférieure tous les deux jours. Chez les enfants, il n'a jamais eu besoin de porter le remède sur l'œil ou sur les paupières pour guérir les ophtalmies les plîis opiniâtres ; de simples onctions sur le front, les tempes, les pommettes, et extérieurement sur les paupières, ont le plus souvent suffi pour amener la guérison. Dans quelques cas, les résultats ont été activés par l'introduction d'une goutte d'huile de cade dans chaque narine.
Si la guérison, ou une amélioration tellement notable qu'on puisse l'espérer prochaine, n'est pas obtenue au bout du cinquième ou sixième jour, on ne doit plus, selon M, Serre, compter sur l'huile de cade, soit qu'on ait affaire à une affection eczémateuse, soit qu'il s'agisse d'une ophtalmie. Dans ce cas, M. Serre a recours aux bains de sublimé. Il ailesle que dans ces ophtalmies anciennes qui ont résisté aux traitements les mieux entendus, lorsqu'il a échoué encore avec l'huile de cade, il a toujours réussi avec le bain de sublimé; et lorsqu'il a eu recours, d'abord sans succès, au bain de sublimé avant les onctions d'huile de cade, il a toujours triomphé en employant celle-ci : « Les bains de sublimé sont préparés, pour les adultes, avec 4 grammes de deuiochlorure de mercure, et 2 grammes pour les enfants, pour l'eau nécessaire à un bain. Les malades doivent y séjourner deux heures, et se laver continuellement la figure avec l'eau du bain. Cinq ou six bains, un par jour, suffisent pour la guérison. »
Dans le Languedoc, les commères donnent l'huile de cade contre les affections vermineuses. La dose varie depuis vingt gouttes dans l'eau sucrée, jusqu'à une cuillerée à café, selon l'âge de l'enfant. M. Serre n'a jamais mis en usage cette huile comme anthelmintique, mais il pense qu'elle a dû être aussi utile pour remplir cette indication que la décoction de suie employée de temps immémorial par les gens du peuple. Ce sont encore les bonnes femmes qui appliquent l'huile de cade i\ l'odontalgie. M. Serre dit avoir vu souvent des dou-
leurs de dents intolérables calmées par rintroduciion d'une goutte de celte huile dans le trou de la dent cariée.