INFLAMMATION DU TARSE
gommeuse (voy. p. 72) et laisse aussi une induration prolongée qui fait apparaître les bords palpébraux comme deux épais bourrelets bosselés en divers points. Mais à part cette tarsite transmise en quelque sorte par le tégument externe, on peut chez des sujets qui ont passé par la série des manifestations secondaires de la syphilis, rencontrer un épaississement indolent des tarses qui acquiert parfois des proportions effrayantes. Ainsi M. Magaw]y(l) ci te quatre observations de ce genre. Deux de ses malades présentaient un développement de la paupière inférieure du volume d'un petit œuf de pigeon. A part un léger œdème conjonctival, la paupière n'offrait aucune autre altération. Une semblable observation a été rapportée par M. Yogel (2). L'épaississement considérable des tarses du côté gauche disparut sans laisser de traces après une cure d'iodure de potassium pendant huit semaines. Dans un des cas de M. Magawly, la disparition de la tuméfaction du tarse supérieur fit voir par le toucher une véritable usure.
A la suite des formes de tarsite chronique (scrofuleuse, spécifique), nous devons encore ranger une variété de dégénérescence amyloide qui n'a été jusqu'à présent observée que très-rarement.
Un pareil cas, observé à la clinique de M. Saemisch, se trouve relaté dans la thèse sus -mentionnée de M. Vogel. Un homme de 33 ans est affecté d'un épaississement considérable des paupières (principalement des inférieures) datant depuis deux ans et qu'il rapporte à un refroidissement. Le tégument externe est parfaitement intact et le toucher montre que l'épaississement des paupières doit être mis sur le compte de l'accroissement de volume des tarses, qui ont aussi subi une légère incurvation ayant eu pour effet de diriger le bord ciliaire un peu en arrière. La surface interne de la paupière est lisse, rouge pâle et traversée par des stries jaunâtres.
L'excision d'une bandelette de 4""° de largeur pratiquée sur le tarse inférieur pour obvier à l'entropion permit la constatation histologique suivante : Il s'était formé à Tentour du tarse dans le tissu cellulaire lâche ambiant un tissu granuleux très-abondant montrant des cellules de nouvelle formation très-larges qui rappelaient le sarcome à cellules rondes. Les fibres du tarse &e montraient sur divers points dissociées par la pénétration de ce tissu nouveau; elles étaient considérablement imbibées de sérosité et épaissies. Les parois vasculaires avaient surtout subi un épaississement considérable au détriment de leur calibre. La masse granuleuse formait sur certains points des excroissances qui traversaient de part en part le tarse atrophié en ces mêmes endroits. Le tissu feutré du tarse avait sur d'autres points complètement changé d'aspect, les fibres enlacées ayant disparu, on trouvait une substance homogène. La réaction au moyen de l'acide sulfurique et de l'iodure de potassium montrait que ces parties altérées du tarse avaient subi une dégénérescence amyloïde.
(1) Petersburger med. Zeit, t. XII, H. 4.
(2) Uebcr Pcrichondritis des Tarsalknorpcls. Inaug. Diss. Bonn, in-8", p. 23.
DE WECKER. — MALADIES DES PAUPIÈRES
Après l'opération, la guérison s'effectua par suite de la disparition spontanée du reste de l'épaississement.
Nous ne saurions abandonner les changements morbides du tarse sans jeter un coup d'œil rapide sur les transformations que subit le tarse par suite de la désorganisation de son revêtement conjonctival. C'est principalement à la période de transformation en tissu cicatriciel des granulations que le tarse éprouve une atrophie consécutive. Le tarse s'incurve et se ratatine. Parfois il subit une absorption telle, qu'il n'est plus représenté que par une mince bandelette occupant seulement le tiers moyen de la paupière; il apparaît alors comme une trame cicatricielle blanchâtre. Le tissu du tarse semble, par suite de cette rétraclion en tout sens, s'être condensé, et les glandes
qu'il renferme sont réduites à un état rudimentaire.
M. Michel (1), auquel nous empruntons le dessin d'une pareille atrophie tarsienne, donne sur ces modifications les renseignements suivants : « Sur des préparations par isolement d'un tarse ainsi altéré, les fibrilles de tissu cellulaire donnent l'impression d'une rigidité très-accusée. Elles sont en outre très-fortement enlacées et difficiles à isoler. Entre les faisceaux de tissu fibrillaire et entre les fibrilles même, on rencontre une quantité modérée de corpuscules de pus, et cela seulement au début de l'altération ; plus tard ces corpuscules disparaissent graduellement. Par contre on voit des plaques de cellules entassées de façon à former en quelque sorte des nids qui se présentent en groupes d'étendue variable et se montrent accumulés çà et là en telle abon-
quantité considérable de noyaux. Coloration dailCC qu'ils SOUt à pcluC séparés par d'é-
FiG. 35. — Portion excisée d'un tarse de la paupière supérieure atteint de trachome. Section verticale.
a). Accumulation de plaques de cellules. — b). Vaisseaux de nouvelle formation. — c), Gaîne endothéliale avec distension variqueuse en divers points, où se trouve amassée une
à l'hématoxyline. Préparation au baume de Canada. Hartnack VII, oculaire 3.
troites travées de fibrilles de tissu cellulaire (voy. fig. 35, a).
« Les autres changements se rapportent d'une part aux vaisseaux, d'autre part aux glandes de Meibomius. La gaîne endothéliale des vaisseaux montre d'une manière saisissante des excroissances et des élargissements variqueux (fig. 35, c). En ces endroits on trouve des entassements de noyaux (souvent 5 à 8, voy. fig. 35 c) qui ressemblent comme forme tout à fait aux noyaux de la gaîne endothéliale normale. Ces noyaux sont généralement elliptiques et fortement granulés, se rapprochant rarement de la forme ronde. La gaîne endothéliale semble en totalité gonflée, mais surtout là où ces agglomérations
(1) Giaefe Saemisch., p. 445,