‹ Trait√à complet d'ophthalmologie (volume 3)Chapitre 35 sur 136 · DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

DES PAUPIÈRES

Les anomalies congénitales qui portent sur la position des paupières sont extrêmement rares, et les formes d'entropion ou d'ectropion qu'on a observées étaient en quelque sorte la simple conséquence d'une réduction ou d'une aufi^mentation exagérée du globe oculaire, concordant avec une microphthalmie ou une triphthalmie.

Une déviation particulière de la paupière en dehors a été rencontrée deux fois (par Blasius et Fleischmann, voyez Cornaz) ; elle était occasionnée par une sorte d'ectopie du tarse qui, étant placé entre le globe oculaire et le derme dans un repli de la muqueuse, se présentait en quelque sorte comme une paupière supplémentaire.

Ce que certains auteurs [Dubois (4), Fano (2)] ont décrit comme quatrième paupière n'était autre chose qu'un épaississement, sous forme de replis de la conjonctive, qui siégeait soit du côté de l'angle externe (Dubois), soit sur la paupière inférieure; mais elle ne peut être regardée comme une paupière supplémentaire, précisément parce qu'elle ne renferme pas tous les éléments d'une quatrième paupière, en particulier pas de tarse.

L'observation qui suit se rapporte à un cas à'anophthalmiisc avec kystes congénitaux des paupières inférieures simulant une ectopie des yeux.

Au commencement de juin 1876, on amena à la Clinique un enfant, François Laudouar, né, le 7 décembre 1875, à Carnot (canton de Cellac), dans le but de rechercher si, au moyen d'une opération, il était possible d'ouvrir les yeux de ce petit garçon. L'enfant, très-vigoureux et, sauf une hernie inguinale, très-bien portant, serait venu au monde avec des yeux qu'il n'aurait jamais pu ouvrir. Depuis la naissance, on n'avait rien observé de particulier du côté des yeux, qui avaient cependant toujours présenté une sécrétion un peu exagérée, mais sans pourtant jamais offrir un état de purulence.

Les paupières inférieures de l'enfant sont le siège (comme le rend fort bien un dessin fait par le docteur Masselon, fig. 93) d'une tumeur de coloration bleuâtre, et la conjonctive se montre en ce point un peu renversée, particulièrement lorsque l'enfant pousse des cris. Dans ce dernier cas, ces tumeurs arrondies paraissent former une plus grande saillie et acquièrent une teinte bleuâtre plus accusée, ce qui résulte non de la distension des vaisseaux, mais de la transparence même des tumeurs. Au toucher, ces tumeurs donnent l'impression de vésicules mollasses, fluctuantes, à parois minces. La conjonctive fournit en petite quantité une sécrétion muco-catarrhale, mais ne montre, alors même que l'enfant pleure d'une façon prolongée, aucune trace de larmes.

^ On examine avec le plus grand soin les cavités orbitaires, en se servant, à cet effet, d élévateurs pleins. Du côté droit, on trouve entre les paupières, qui renferment un tarse bien conformé, un sac conjonctival profond, en infundibulum, ne contenant pas trace d'un organe qu'on puisse regarder comme un globe oculaire mal formé ou atrophié. La conjonctive est un peu injectée, légèrement tuméliée, mais ne montrant nulle part d'autre changement morbide. Le doigt ne permet non plus de découvrir aucune partie résistante.

(1) Annales d'oculistique, t. XXXIV, 1855, p. 259.

(2) Ibidem, t. XLIX, p. 21.

DE WECKER. — MALADIES DES PAUPIÈRES

En explorant l'œil gauche, il s'échappe des paupières une grande quantité d'une masse sébacée, d'une odeur fétide, qui se trouvait surtout accumulée sous la paupière supérieure. Après avoir nettoyé ce profond sac conjonctival infundibuliforme, on n'y trouve non plus rien qu'on puisse regarder comme correspondant à un globe oculaire. On prescrit des compresses avec une faible solution d'acide carbolique (5 pour 500), qui font bientôt tarir toute sécrétion morbide du côté de la conjonctive. Naturellement, )non attention se porta tout spécialement vers les tumeurs vésiculeuses renfermées dans les paupières inférieures, et je cherchai, autant que possible, à reconnaître si elles communiquaient avec la partie postérieure des orbites. Cette exploration, assez difficile, me permit de me convaincre qu'il s'agissait de tumeurs arrondies, qui n'envoyaient en arrière aucun appendice perceptible au toucher, et qui faisaient, lorsque l'enfant criait, une saillie beaucoup plus accusée sous la peau que sous la conjonctive.

Afin de m'assurer si je n'avais pas affaire à des yeux rudimentaires, je renversai, à gauche, fortement la paupière inférieure en dehors, et je mis à nu derrière le bord, pos-

térieur du tarse la tumeur en question. Après avoir détaché la conjonctive, cette tumeur fit voir une paroi tellement mince, que la plus légère section eût ouvert cette vésicule transparente et bleuâtre, ce que je ne voulais faire, me trouvant dans l'incertitude de savoir s'il s'agissait d'un œil ou d'une tumeur en communication avec la cavité crânienne (céphalocèle). Je préférai donc évacuer avec la seringue de Pravaz une partie du contenu de la vésicule et laisser à l'analyse chimique le soin de trancher cette question. J'obtins très-facilement, à gauche, en faisant pénétrer la seringue par la conjonctive, un liquide parfaitement limpide et très-fluide. Du côté droit, je fis entrer la canule de la seringue à travers la peau, et retirai l'instrument rempli d'un liquide faiblement jaunâtre et très-limpide. Quoique du côté gauche je n'eusse rempli la seringue qu'au tiers, la tumeur s'affaissa bien plus qu'à droite, ce que j'attribuai à la filtration à travers la plaie, pratiquée ici du côté de la conjonctive dénudée. Le lendemain, la vésicule de la paupière droite était de nouveau remplie comme auparavant, tandis qu'à gauche elle se trouvait moins tendue; mais des deux côtés il existait moins de tendance à l'ectropion lorsque l'enfant se mettait à crier.

L'examen microscopique, fait de suite par M. Poncet, montra que le liquide ne renfermait aucun élément histologique. L'analyse chimique du liquide retiré fut faite à la Sorbonne par M. Robinet, à qui on avait demandé de rechercher si ce liquide correspondait,

Fig. 93.

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