‹ Trait√à complet d'ophthalmologie (volume 3)Chapitre 41 sur 136 · i DE WECKEil. — MAi.ADîES DE LA CONJONCTIVE · texte numérisé non relu

i DE WECKEil. — MAi.ADîES DE LA CONJONCTIVE

avancée, que l'on ne parvient pas, même avec les [compresses chaudes, à ranimer la vascularisation, et qu'il faut avoir recours à un moyen plus énergique. Fr. Jaeger et Piringer (1) ont recommandé, dans ces cas, où un pannus I complet recouvre la cornée, d'inoculer le pus d'une ophtlialmie purulente, pour transformer l'ophtlialmie granulaire (ou plutôt les résidus de cette maladie) en ophtlialmie purulente, dans le but de faire disparaître le pannus consécutif.

Ce procédé a été, depuis, bien souvent employé, et jouit encore, en quelques pays (Belgique, Angleterre) d'une grande vogue. Récemment il a encore trouvé de chauds parti- I sans (Warlomont, Briere). Il est certain qu'une purulence assez prononcée, consécutive à l'inoculation du pus d'une ophtlialmie purulente aiguë, peut non-seulement faire disparaître les granulations, mais, en môme temps, faire cesser le pannus; ces inoculations ont mallieureusemcnt le grand inconvénient de ne pas permettre de limiter l'inflammation qu'on veut produire. Dans des pays où les maladies diphthéritiques sont fréquentes, ou bien à l'époque d'une épidémie de diphthérite, il peut facilement arriver que l'inflam- [ mation consécutive à cette inoculation prenne tous les caractères de la diphthérite, et ! devienne funeste pour l'organe qu'on voulait débarrasser d'une maladie moins dangereuse. I Du reste il ne sera permis de tenter l'inoculation du pus blennorrhagique que lorsqu'un '< pannus couvrira la cornée toutentière etgarantira cette membrane de complications ulcéreuses graves. On aura bien soin de s'abstenir de l'inoculation d'une ophtlialmie purulente, dans | les cas de granulations, si un seul œil est atteint de pannus, tandis que l'autre, quoique présentant des granulations, est sans complications du coté de la cornée. Comme il est } très-difficile de bien garantir l'œil non inoculé d'une inoculation spontanée, et qu'il n'est 1 pas possible de faire porter un bandeau compressif, pour préserver cet organe, pendant des semaines entières, on fera mieux de renoncer à un remède qui offre tant de dangers pour l'œil le moins atteint.

Lorsqu'on a à traiter des malades chez lesquels la cicatrisation est déjà fort avancée et où la sécheresse de la muqueuse est manifeste, on ne peut agir I que peu efficacement. Il faut se contenter de faire laver fréquemment les | yeux avec du lait, d'ordonner de temps en temps des compresses chaudes, ' pour ranimer un peu la vascularisation de la muqueuse, et cautériser, dans \ ce but, à de fréquents intervalles, avec le sulfate de cuivre. Malheureuse- .> ment, nous sommes alors (out à fait impuissants à maîtriser le mal; car le ' frottement continuel des cicatrices et la sécheresse des yeux sont une source ; intarissable de tourment pour le malade. On s'efforcera d'atténuer la douleur par des opérations qui ont pour effet d'enlever l'excès de pression | que les paupières déformées exercent sur le globe, et de faire disparaître | le frottement des cils sur la cornée prise de pannus ou présentant un aspect calleux.

Nous ne croyons pas qu'on puisse traiter convenablement les affections des muqueuses sans une médication générale, et nous sommes convaincu qu'en faisant disparaître des états maladifs généraux, on exerce une heureuse influence sur la marche de la maladie. C'est dans ce but que nous combattons les scrofules, les symptômes de tubercules, de syphilis, là où ils se présentent, et que nous tâchons surtout de placer les malades dans de bonnes conditions hygiéniques. En même temps que la constitution du malade s'améliore, on

(Ij Die Dlennorrlioe am Menschencmge. Gratz, 1851.

CONJONCTIVITE GRANULAIRE. 383

voit l'alfection oculaire prendre, sous l'influence du traitement direct, une tournure plus favorable et marcher plus rapidement vers la guérison. Ainsi on a très-souvent l'occasion d'observer que le déplacement d'un malade dans un autre pays, sous un autre climat, exerce un heureux effet sur l'état morbide de la conjonctive.

Avant de terminer ce chapitre, il faut poser 'encore une question importante. Doit-on laisser les granulés dans une famille? Faut-il congédier les militaires atteints de granulations chroniques? renvoyer les enfants granulés d'un pensionnat chez leurs parents? évacuer un établissement où cette maladie est devenue endémique? réunir les granuleux dans des salles spéciales ?

Nous avons déjà dit que les granulations chroniques, le trachome, sont inoculables. Ils le seront d'autant moins, que la sécrétion sera moins abondante, et l'on peut dire que les granulations chroniques non enflammées, la muqueuse étant presque sèche, ne le sont pas du tout. Pour ces derniers cas, il n'y aurait donc pas d'inconvénients à congédier les malades, s'ils sont militaires, ou à faire rentrer les jeunes gens d'un pensionnat dans leur famille. Mais il y a un point essentiel qu'il ne faudra pas perdre de vue : ces malades peuvent avoir, à une certaine époque, une conjonctive granuleuse non susceptible d'inoculation, mais dont l'état change à un instant donné : la muqueuse se prend alors, spontanément ou à la suite d'un nouveau dépôt de granulations, d'une inflammation vive avec sécrétion purulente, et alors le sujet atteint devient dangereux pour son entourage. Voilà pourquoi des militaires qu'on a congédiés pour leur faire respirer l'air de la campagne et leur procurer des conditions hygiéniques meilleures, deviennent si souvent une source de désastres, non-seulement pour leur propre famille, mais aussi pour toute la contrée dans laquelle ils sont revenus.

Si cette dernière observation a été faite assez souvent pour les militaires, on a lieu de la faire plus fréquemment encore pour des enfants ou des jeunes gens. A l'époque où l'on renvoie ces derniers dans leur famille, ils peuvent être dans un état tel que le manque de sécrétion de la muqueuse rende leur contact tout à fait exempt de danger; mais, chez mx, la tendance à la transformation du trachome en état purulent est plus prononcée que chez les adultes, et ces sujets peuvent infecter toute une famille. Ce sont là des raisons, démontrées par l'expérience journalière, qui nous engagent à déconseiller autant que possible la cohabitation des granulés avec des personnes saines.

Une seconde question bien difficile à traiter, c'est de savoir si l'on fait bien de réunir un grand nombre de granulés dans une même salle. Il est certain qu'il faut isoler les militaires affectés de cette maladie, afin d'éviter par là que le mal ne se propage; mais, sans aucun doute, la réunion de beaucoup de personnes granulées dans une même salle rend le traitement bien plus difficile et donne lieu aux rechutes. Dans la pratique civile, on fera bien, autant que cela se-pourra, d'éviter que plusieurs d'entre eux n'habitent la même

DE WECKKR KT I,.\NDOLT. I 25

386 DE WECIŒR. — MALADIES DE LA CONJONCTIVE

pièce et on répartira les malades dans diverses salles de façon à pouvoir exercer sur eux un meilleur contrôle.

ARTICLE XV

Page 1