‹ Trait√à complet d'ophthalmologie (volume 3)Chapitre 43 sur 136 · LÉSIONS SYPHILITIQUES DE LA CONJONCTIVE · texte numérisé non relu

LÉSIONS SYPHILITIQUES DE LA CONJONCTIVE

Généralement la conjonctive n'est attaquée par un ulcère syphilitique que secondairement, celui-ci ayant débuté sur le bord marginal des paupières (voy. p. 69). Pourtant j'ai eu trois fois occasion de rencontrer des chancres de la conjonctive siégeant sur la conjonctive du globe de l'œil mêmCj mais se différenciant si peu d'une large pustule exulcérée et à fond pultacé, que la durée du mal, la coloration violacée du pourtour et la dureté de la petite plaque exulcérée ont pu seulement, en tenant compte des renseignements

(1) Loc. cit., t. II, p. 216.

DE WECKER. — MALADIES DE LA CONJONCTIVE

des malades (il s'agissait, dans les trois cas, de femmes), nous mettre sur la voie du diagnostic.

Dans les cas de chancres indurés que j'ai observés, ils siégeaient tous les trois sur le globe oculaire, en dehors du bord cornéen, M. Desmarres relate un cas d'ulcère syphilitique situé près du cul-de-sac inférieur. Yoici cette observation :

Madame G. . ., sage-femme, âgée de trente ans, d'une constitution lymphatique, d'une bonne santé habituelle, bien réglée, n'a, nous assure-l-elle, jamais été malade. Elle n'est pas sujette aux rhumatismes et ne porte aucune trace de ganglions engorgés ou suppurés. Elle se présente à la Clinique, pour la première fois, le 2 février 1852. Son œil gauche est malade depuis quinze jours. I^a conjonctive palpébrale inférieure est très-gonflée depuis cette époque. Il n'y a pas eu de douleurs, et il n'en existe pas encore aujourd'hui. Sur le milieu de la conjonctive, dans le cul-de-sac inférieur, on voit une tumeur un peu allongée, du volume d'un pois vert environ, et au sommet de laquelle il existe une ulcération à bords déchiquetés et taillés à pic, donnant un peu de pus. Cette tumeur allongée, disons-nous, fait corps avec la conjonctive, sous laquelle elle est couchée en forme de fuseau; elle adhère complètement à la muqueuse. Elle offre absolument l'aspect que présenterait une ulcération spécifique primitive sur la muqueuse préputiale. L'œil est trèsrouge et sécrète un peu, surtout la nuit (conjonctive palpébro-bulbaire). Un ganglion pré-auriculaire volumineux, de la grosseur d'une forte aveline, se fait sentir sous le doigt et vient à l'aide du diagnostic; cependant, comme la malade n'a pas souvenir d'avoir accouché récemment de femmes infectées et qu'elle affirme n'avoir pas eu de rapports suspects, je l'adresse à M. Ricord qui, après un examen attentif, me la renvoie avec le diagnostic suivant : chancre de la conjonctive, avec son adénopathie. Suivant le conseil de notre confrère et ami, je cautérise l'ulcération le 3 février avec le nitrate d'argent; le A, au matin, des sangsues sont appliquées sur le ganglion pré-auriculaire. Dans la soirée, on administre un purgatif salin ; le 5, le ganglion est moins tuméfié ; la tumeur conjonctivale n'a pas éprouvé de diminution. J'ignore comment s'est terminé ce cas, la malade n'étant pas revenue à la Clinique.

Nous signalons, en outre, une observation de M. le docteur A. Després, publiée dans Gazette des hôpitaux (^1 id.m[er 1866, n° 11), et une de M. Alf. Foimiier, relatée dans la thèse de M. Savy (1), que nous reproduisons ici :

Un de nos confrères me fait l'honneur de me consulter, à propos d'une éruption dont il est affecté depuis quelques jours. Cette éruption est très-manifestement une sijphiUde papuleuse, de forme classique ; aucun doute ne peut être élevé à ce sujet. Cependant, les organes génitaux sont sains, et le malade affirme n'avoir jamais eu de chancre. Les ganglions inguinaux sont indemnes. Recherches faites -sur les régions qui sont le plus habituellement le siège des chancres extra-génitaux, ces régions sont trouvées dans l'état le plus normal. 11 devient bientôt évident que c'est à Vœil et sur la conjonctive que s'est produit l'accident primitif. D'abord, notre confrère se rappelle, ou croit bien se rappeler que, cautérisant un malade affecté d'accidents syphilitiques de la gorge, il a reçu dans l'œil droit une gouttelette de salive, projetée par un effort de toux. De plus, quelque temps plus tard (il y a sept semaines environ) il commença à ressentir dans cet œil une légère douleur, laquelle s'accompagna bientôt d'une injection notable de la conjonctive. Ayant examiné à cette époque l'état des parties, il reconnut dans le cul-de-sac oculo-palpébral inférieur l'existence de deux petites érosions rouges, superficielles, encore trèspetites. Ces érosions se sont depuis élargies, se sont réunies, et ont constitué une « plaie », laquelle a persisté plusieurs semaines, et est devenue l'origine de complications ultérieures, à savoir : conjonctivite généralisée, avec kératite et même inflammation de l'iris Combattues par un traitement approprié, les complications ont cédé et sont presque éva-

(1) Contribution à l'étude des éruptions de la conjonctive. Paris, 1876, in-8, p. 86.

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