HYPERHÉMIE ET ANÉMIE
guère de chances de succès, vu la persistance des causes primitives du mal. Tout ce qu'on peut tenter rationnellement, c'est de modifier par une irritation directe et passagère la circulation du tégument des paupières. Dans ce but, on essayera Fapplication de compresses imbibées d'acétate de plomb (4 grammes pour 300 grammes), ou l'on cautérisera, de temps à autre, la peau avec une solution de nitrate d'argent au vingtième. Si ces moyens ne réussissent pas, on enduira les paupières d'une couche imperméable, au moyen du collodion riciné ou de l'huile de cade, pure ou mêlée, à parties égales, d'esprit-de-vin. Il est indispensable de laisser ces applications en place un certain temps, en les renouvelant plus ou moins souvent, selon l'urgence des cas. L'usage nocturne du bandeau compressif est encore un moyen de traitement auquel on peut recourir contre cette affection rebelle.
Nous croyons devoir nous arrêter ici un instant à un état qui présente avec celui dont nous venons de nous occuper une analogie assez marquée : nous voulons parler de la teinte plombée que les paupières de certaines personnes, et notamment les paupières inférieures, présentent quelquefois, surtout après une fatigue physique ou morale.
Cette teinte, d'un bleu sale, occupe de préférence la région située audessus du repli palpébro-malaire : elle est surtout manifeste chez les personnes' à peau fiiîe et chez celles qui souffrent des troubles circulatoires ci-dessus indiqués. Cette coloration particulière, qui parfois occupe tout le pourtour de l'orbite, se montre et se dissipe fréquemment avec tant de rapidité qu'elle peut éclairer un observateur attentif sur l'état actuel des forces du sujet. A quoi donc attribuer ce changement de couleur? Ici, comme dans le cas précédent, les altérations anatomiques paraissent faire défaut, et l'on ne peut constater qu'un élargissement des veinules sous-cutanées, dépendant, selon toute apparence, de l'atonie ou du relâchement du muscle orbiculaire. Grâce à cette explication du phénomène en question, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'il soit, dans certains cas, si passager; car il ne fait que suivre dans ses mutations souvent si rapides l'état général des forces {voy. Waldeyer, Anatomie, p. 3 de ce volume).
Hypcrhémîe daa bord des paupières. — L'hyperhémie du bord ciliaire des paupières est une affection bien plus commune que l'affection susdécrite. Elle se rencontre presque constamment dans les inflammations chroniques de la conjonctive ; mais elle peut aussi se manifester avec le type de l'idiopathie et donner lieu elle-même à l'irritation des parties voisines. Elle est caractérisée par une rougeur du bord des paupières dont les vaisseaux, principalement les veinules, sont gonflés et dilatés: cette rougeur est sujette à s'accroître notablement quand les yeux sont exposés à l'action d'un air vicié, d'un froid vif, d'un vent violent, etc. Il s'y ajoute alors un gonflement léger du bord ciliaire, surtout de la partie de ce bord où les cils sont implantés. L'examen direct, quelque attention qu'on y mette, ne décèle ni accumulation de petites plaques de sébum, ni vésicules, ni excoriations : l'aspect luisant
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des parties malades, qu'on a souvent occasion de constater, dépend de l'hypersécrétion des différentes i^landes qui y siègent.
Celle affection ne mériterait réellement pas de fixer l'attention du praticien, si, assez souvent, elle n'était le signe précurseur d'une altération plus sérieuse, la blépliarite ciliaire, et si, par elle-même, elle ne constituait une affection assez gênante, soit par les changements qu'elle produit dans la physionomie, soit par la susceptibilité qu'elle donne aux yeux de subir l'influence des moindres causes d'irritation. En outre, l'état dont nous nous occupons offre parfois une persistance extrême et se montre rebelle aux divers traitements qu'on dirige contre lui.
Mille causes peuvent être invoquées pour rendre raison de l'hyperhémie du bord ciliaire. Le plus souvent, elle provient d'une hypersécrétion des glandes sébacées, très-abondantes, on le sait, dans cet endroit. D'autres fois, elle résulte d'un retard survenu dans la chute des cils; car il est bien connu depuis les recherches de MM. MoU (1) et Donders, que ces poils s'éliminent environ tous les trois ou quatre mois et que, à l'époque où l'un d'eux est près de tomber, il en naît à côté de lui un autre qui le chasse pour ainsi dire hors de la gaine du follicule. Si la chute et la reproduction des cils se font irrégulièrement, ce fait peut avoir pour conséquence l'irritation des follicules et, partant, de leur champ d'implantation.
Une troisième cause occasionnelle de l'hyperhémie du bord ciliaire doit être recherchée dans une anomalie de sécrétion des glandes de Meibomius, à la suite de laquelle le contenu de ces glandes augmente outre mesure de densité, éprouve alors de la difficulté à s'écouler au dehors et irrite ainsi la paroi des glandes et les parties du derme voisines. On trouve fréquemment des individus atteints d'hyperhémie chronique du bord palpébral, chez lesquels les * glandes de Meibomius sont remplies de masses calcaires. Il est vrai que l'hyperhémie a pu aussi déterminer, à elle seule, cette transformation des glandes, en rétrécissant par compression les conduits glandulaires excréteurs.
Nous devons encore citer ici l'hyperhémie du bord libre des paupières qu'il faut rattacher à d'anciennes conjonctivites chroniques, surtout à celles résultant des obstacles apportés à l'élimination des larmes. En outre, elles se rencontrent, ainsi que l'hyperhémie conjonctivale, chez les personnes qui, à cause d'une anomalie de réfraction (hypermétropie, astigmatisme), sont contraintes de faire des efforts continuels d'accommodation.
La marche de cette maladie est presque toujours chronique, ce qu'on s'explique facilement en considérant que la cause dont elle dépend est généralement persistante. Quant au traitement, nous renvoyons à l'article Séborrhée ou à celui de la Blépharite.
L anémie des paupières ne se rencontre qu'en compagnie d'un état général anémique, et ne peut guère faire le sujet d'une étude spéciale. La diapha-
(1) Archiv fur Ophthahnologie, t. VI, A 1, p. 286.