DE WECKER.— MALADIES DES PAUPIÈRES
du crâne; mais à part cela, nous avons observé des ecchymoses palpébrales, sur le mode de production desquelles nous ne saurions donner aucune explication.
A plusieurs reprises, des malades, chez lesquels on avait pratiqué l'énucléation de l'œil, ont présenté, le lendemain, sur le côté opposé, près des angles interne et externe, des ecchymoses très-étendues, et qui ne fusaient pas sous la conjonctive. Chez plusieurs malades, opérés sans le concours d'anesthésiques, il fallait bien renoncer à l'explication qu'une pression violente (des efforts de vomissement) avait été la cause de ces épanchements. Il résulte de ce fait que tout n'est pas encore dit sur le mode de production de ces extravasations et leur répartition, car comment expliquer qu'une opération pratiquée dans une orbite donne lieu à des épanchements susaponévrotiques du côté opposé.
La valeur relative des ecchymoses palpébrales survenant simultanément avec des épanchements sous la conjonctive (car sans ces dernières elles ne présentent guère d'importance) ressort du fait que dans 23 cas de fracture de la voûte de l'orbite, il n'y en eut que 8 où ces ecchymoses manquèrent [Prescott (1)].
Les épanchements sanguins des paupières sont très-rarement spontanés [Ghavannes (2), Desmarres (3)], ils ont, en pareil cas, été signalés comme un prodrome des apoplexies cérébrales.
Encore moins fréquentes sont les ecchymoses symptomatiqucs, telles qu'on les rencontre à la suite du scorbut, maladie de Werlhof (Purpura). On les a vues alors, conjointement avec un œdème considérable des paupières (Thielmann), apparaître dans la profondeur du derme, du côté de la conjonctive.
Nous avons avancé que, même dans les cas où l'épanchement sanguin a été très-considérable, il ne laisse une tumeur, connue sous le nom dliematoma, que très-exceptionnellement. Si cependant cette terminaison survient, on observe, au centre d'une paroi mince constituée par du tissu cellulaire condensé, une sérosité sanguinolente où l'on retrouve pendant très-longtemps des globules sanguins inaltérés. Ces kystes sanguins, fassent-ils de date assez ancienne, offrent cette particularité qu'ils disparaissent assez souvent d'eux-mêmes, ce en quoi ils diffèrent d'autres collections sanguines de même cause, de l'hématome de l'oreille, par exemple, tumeur dont la difformité est bien plus persistante et qu'on trouve représentée sur des statues antiques d'Hercule, où elle figure l'emblème du pugilat (Winkelmann).
Pour ce qui est du traitement, nous devons avouer que nous n'avons qu'un seul moyen propre à accélérer la résorption du sang, c'est la compression
(1) Pitha et Billroth, Handbuch der speciell en Chirurgie, 1873, t. III, p. 140.
(2) Gazette médicale de Lyon, 1855, p. 45.
(3) Traité, 1. 1, p. 585.
ÉPANCHEMENTS SOMS-CUT/VNÉS.
méthodique. Il faut s'abstenir de l'évacuer, alors même qu'il serait épanché depuis peu et en grande abondance. Velpeau cite, à cet égard, une observation instructive (1) : « Chez un homme dont les paupières avaient ainsi acquis une épaisseur vraiment énorme, un bandage compressif méthodiquement appliqué produisit un dégorgement si rapide, que les élèves de l'hôpital osaient k peine en croire leurs yeux. » En général, la compression (l'emploi nocturne du bandeau compressif) est bien plus efficace que les diverses fomentations aromatiques réputées résolutives (arnica, sceau de Salomon, eic).