‹ Trait√à complet d'ophthalmologie (volume 3)Chapitre 86 sur 136 · NUMÉROTAGE DES LENTII.LES · texte numérisé non relu

NUMÉROTAGE DES LENTII.LES

LE SYSTÈME MÉTRIQUE DANS LA DÉTERMINATION DE LA RÉFRACTION ET DE l'accommodation DE l'œIL.

I. Réfraction. — Rappelons d'abord quelques notions générales et bie connues :

Le punctum remotum de Vœil et son image sur la rétine sont les foyet conjugués de F œil à l'état de repos : la distance du punctum remotum à Vœ et la longueur de Vœil sont, par conséquent, ses distances focales conju guées à F état de repos.

Le punctum proximum et son image sur la rétine sont les foyers conju gués de l'œil à l'état d'accommodation maximum. La distance du punctm proximum à l'œil et la longueur de l'œil sont donc les distances focales con juguées correspondant au maximum d'accommodation.

L'état de réfraction de Vœil est mesuré par la première distance focai

conjuguée; il est Vinversede cette longueur focale. — Ainsi, à l'état de repoj

la première distance focale conjuguée étant la distance R qui sépare l'œil d

punctum remotum, la réfraction de l'œil est r = -.

A l'état d'accommodation maximum, la première distance focale conjugué

est la distance P qui sépare l'œil de son punctum proximum et la réfractio

de l'œil est, dans ce cas, P — p-

Corriger un œil amétrope veut dire : l'adapter aux rayons parallèles ; o plutôt : donner aux rayons parallèles la même direction que s'ils prove naient du punctum remotum de cet œil.

Et en admettant l'égalité du rayon de courbure et de la longueur focale de verres de lunettes de l'ancien système, on déterminait la première distanc focale conjuguée de l'œil, R. Exprimée en pouces, elle donnait la distanc focale et le numéro du verre correcteur, et inversement : le numéro du verr correcteur était à peu de chose près égal à la première distance focale conju guée de l'œil amétrope ; parce que, pour donner aux rayons parallèles L même direction que s'ils provenaient du punctum remotum, le foyer d cette lentille doit coïncider avec celui-ci. C'est pourquoi, pour détermine la mijopie, il suffisait de faire lire l'individu à la plus grande distance pos sible {punctum remotum), et cette distance, exprimée en pouces, donnai directement la distance focale du verre correcteur. Si elle était de 6", \

myopie était ^, et il fallait, pour la corriger, un verre concave de 6" de dis

tance focale, c'est-à-dire à peu près le n° 6 concave, et ainsi de suite (1).

Inversement dans l'hypermétropie. Ici le punctum remotum est situ» derrière l'œil, la distance focale R est donc virtuelle et ne peut pas étn

(1) Il est bien entendu que dans toutes ces évaluations nous négligeons, pour plus de sim plicité, la distance qui sépare le verre correcteur de l'œil.

DIOPTOMÉTRIE.

déterminée directement; mais la distance focale de la lentille convexe qui corrige l'hypermétropie donne alors la première distance focale conjuguée de l'œil, par les raisons que nous venons d'exposer.

Ainsi, le punctum remotum d*un hypermétrope — était situé à 36'' derrière l'œil.

En appelant R la distance entre le punctum remotum et l'œil, on avait

donc, pour l'amétropie, la formule -, ce qui représente en même temps la

force du verre correcteur, R étant sa distance focale et à peu de chose près son numéro. Cette lentille était convexe ou concave, selon que la distance focale de l'œil était négative (hypermétropie) ou positive (myopie).

Dans le nouveau système, nous faisons en somme la même chose, seulement nous l'envisageons autrement, et voici comment, à mon sens, on arrive le mieux à se rendre compte de la détermination de la réfraction au moyen du système des dioptries :

L'œil emmétrope est caractérisé par ce fait que la rétine se trouve juste au foyer des rayons parallèles.

L'œil amétrope est un œil dont la rétine ne se trouve pas au foyer du système dioptrique, mais en avant ou en arrière de celui-ci. L'amétropie consiste donc en un déficit ou en un excès de force réfringente du système dioptrique de l'œil relativement à sa longueur, et elle trouve son expression dans le nombre de dioptries (unités de réfraction) qu'il faut ajouter à l'œil, ou en soustraire, pour ramener les rayons parallèles sur la rétine, ou bien, ce qui revient au même, pour faire de l'œil amétrope un œil emmétrope.

Ainsi, tandis que nous déterminions autrefois la distance focale conjuguée de l'œil amétrope R, nous déterminons aujourd'hui ce déficit ou cet excès de force réfringente {r) qui lui correspond et nous l'exprimons en dioptries.

L'hypermétropie (H) consiste en un déficit relatif de réfraction, et le degré en est représenté par le nombre de dioptries qu'il faut ajouter k l'œil pour l'adapter aux rayons parallèles venant de l'infini, ou pour le rendre emmétrope.

Ainsi, un œil a une hypermétropie 6 D, lorsqu'il est de 6D plus faible que l'œil emmétrope, ou qu'il lui faut le verre convexe n° 6 pour voir à l'infini.

L'inverse a lieu pour la myopie (M). Ici il y a excès relatif de réfraction ; la myopie trouve donc son expression dans le nombre de dioptries dont il faut diminuer la force réfringente de l'œil pour l'adapter à l'infini. La lentille correctrice doit être négative, et sa force (nombre de D) être égale à l'excès de réfraction de l'œil myope.

Un œil qui a besoin d'une lentille concave de 8 D aura donc une myopie M = 8.

Rien n'empêche cependant de déterminer la myopie (M) directement, à j l'aide de la distance du punctum remotum. Seulement, cette distance (R), I exprimée en centimètres, ne donne pas le numéro^ mais la distance focale de

la lentille correctrice. Pour trouver le J numéro, il faut le calculer à l'aide de

1 1 la formule d = -, ou, dans notre cas, r =

Ainsi un myope qui lit jusqu'à une distance de 40 centimètres et pas au delà aura une myopie de ~ = 2,5 D.

II. Accommodation. — L'accommodation est le changement qui se prod jit dans l'œil lorsque celui-ci passe de la vision éloignée à la vision rapprochée.

Il s'effectue, comme tout le monde sait, par une augmentation de la force réfringente du système dioptrique de l'œil. L'accommodation trouve donc naturellement son expression dans le nombre de dioptries (unités de réfraction) qui correspond à cette augmentation de force réfringente.

A l'état de repos l'œil est adapté à son pimctum remotum ; à l'état du maximum d'accommodation, à son punctum proximum.

La totalité d'accommodation dont un œil est susceptible, V amplitude d'accommodation, est la force qui change l'adaptation de l'œil à son punctum remotum en adaptation à son punctum proximum. L'amplitude d'accommodation correspond donc à la plus grande variation de réfraction dont l'œil soit susceptible. Or, la force réfringente d'un œil est, comme nous l'avons dit, l'inverse de la distance à laquelle il est adapté.

A l'état de repos, l'œil est adapté à la distance de soapunctum remotum (R),

et sa force réfringente minima est=~ — r; à l'état de son maximum

d'accommodation, Tœil est adapté à la distance de son punctum proximum (P),

et sa force réfringente maxima est = p = p.

L'amplitude d'accommodation (a), qui change le minimum de réfraction de l'œil en maximum, est nécessairement représentée par la différence de réfraction que représente l'œil à l'état de son maximum et de son minimum d'accommodation :

Or, dans Vemmétropie, la distance du punctum remotum R est infinie: donc r = — = 0.

Dans la myopie, R est positif ; donc r = -|- ^ = + r.

Dans Yhypermétropie,R est négatif; donc r — — - = — r.

La formule de l'amplitude d'accommodation devient donc :

Pour Vemmétropie : a = p — 0; donc a = p',

Pour la myopie : a = p — r ;

Pour V hypermétropie : a = p — ( — r) ; donc a = p r.

(1) C'est la forme que prend, dans le nouveau système, la formule classique de Donders  ~ P R*

UIOPTOMÉTRIE.

Ainsi un œil emmétrope, dont le punctum proximmi se trouve à 20 centimètres (P = 20 centimètres; = ^ = 5 D), a une amplitude d'accommodation a:^p = 5D.

En effet, l'amplitude d'accommodation d'un œil qui, à l'état de repos, est adapté à l'infini (r = 0), peut être représentée par une lentille convexe, dont la distance focale est égale à la distance (P) qui sépare le punctum proximum de l'œil, parce que, pour faire voir à la distance de son punctum proximum l'œil adapté pour l'infini, cette lentille doit rendre parallèles les rayons qui proviennent de ce point. C'est ce qui a lieu lorsque le foyer de la lentille coïncide avec le punctum proximum de l'œil emmétrope.

Au contraire, si l'œil, dont le punctum proximum est situé à 20 centimètres, c'est-à-dire dont le maximum de pouvoir réfringent]) est = 5 D, a une myopie de 2 dioptries, son amplitude d'accommodation sera a = p — r, dans notre exemple a = 5 — 2 = 3 0.

En effet, l'amplitude d'accommodation d'un œil myope, qui voit jusqu'à une distance donnée, est nécessairement moins grande que celle d'un œil emmétrope qui voit à la même distance, parce que, déjà à l'état de repos, le myope est adapté à une distance définie, pour laquelle l'emmétrope a besoin d'un effort d'accommodation. Il faut donc soustraire la force réfringente positive (r), dont l'œil myope dépasse l'emmétropie, de celle (p) qui adapterait l'emmétrope au punctum proximum du myope.

Enfin si un hypermétrope de 2 D peut s'adapter jusqu'à 20 centimètres, son amplitude d'accommodation sera a — p-\-r, ^r=r5-|-2 = 7D.

L'hypermétrope, en effet, a besoin d'un effort d'accommodation déjà pour se rendre emmétrope ; il faut donc évidemment ajouter cet effort à celui qui change l'adaptation à l'infini en adaptation au punctum proximum.

Les formules précédentes nous permettent de trouver avec la plus grande facilité la distance du punctum proximum (P) d'un œil, dont on connaît la réfraction et l'amplitude d'accommodation.

Ainsi le punctum proximum d'un œil emmétrope, qui a une amplitude d'accommodation de 6 D, se trouve à^=: 16 centimètres de l'œil. En effet, nous avons, dans notre exemple, p = a=^^ï). Donc V=~^ = -^=: 0,16 mètres.

Pour un myope de 2D qui dispose de 6D d'amplitude d'accommodation, nous mettrons

donc

Et pour un hypermétrope de 2 D, dont l'amplitude d'accommodation est également de 0 D, notre formule deviendra

yj.= a— r = 6 — 2 = 4D;

donc

li) cm.

INFLUENCE DE l'aGE SUR l'aMPLITUDE d'aCGOMMODATION.

On sait que déjà à partir de l'âge de dix ans l'œil perd de sa force accommodative. Donders, qui a découvert ce fait et qui en a établi les lois, a donné un schéma qui représente la marche du punctum remotum et celle du punctum proximum, par conséquent l'amplitude d'accommodation aux différentes périodes de la vie (1).

Ses recherches ultérieures ont cependant amené le grand physiologiste d'Utrecht à modifier ce schéma et à lui donner la forme qu'il a présentée,

FiG. U5.

en 1875, au Congrès ophthalmologique de Heidelberg. Nous devons à l'extrême obligeance de notre illustre maître le diagramme corrigé, que nous' avons publié pour la première fois dans notre brochure sur V Introduction du système métrique en opiithalmoîogie (fig. 145).

({) L'ancien diagramme de Donders donnai! les dislances R et P en pouces de Paris, le nouveau donne les valeurs r et p, c'est-à-dire le nombre équivalent de dioptries.

DIOPTOMÉTRIE. 665

Les chiffres placés sur le haut de la figure 145 indiquent l'âge; ceux sur la gauche, les dioptries.

La courbe rr correspond à la réfraction de l'œil à l'état de repos. Celle-ci ne change pas, comme on le voit, jusqu'à l'âge de cinquante ans ; mais, à partir de cette époque, elle diminue; l'emmétrope devient hypermétrope, l'hypermétrope voit augmenter son hypermétropie, et le myope diminuer sa myopie qui peut même changer en emmétropie ou en hypermétropie, suivant son degré.

La courbe pp indique la réfraction de l'œil à l'état d'accommodation maximum. Elle diminue graduellement, et devient même, à partir de l'âge de soixante-cinq ans, plus faible que n'étedl pendant les années précédentes la réfraction de l'œil dépourvu d'accommodation. Malgré cela, il y a encore de l'accommodation aussi longtemps que les deux courbes restent séparées l'une de l'autre. Elle ne cesse qu'à l'âge de soixante-quinze ans, moment où les deux courbes se confondent.

L'amplitude d'accommodation trouve son expression, pour chaque âge, dans le nombre des dioptries contenues entre les deux courbes, sur la ligne verlicÊtle correspondant à l'âge ; de cette façon, nous obtenons pour l'amplitude d'accommodation la série suivante :

Amplitude

Années d'.icconimoilatiou

Le diagramme de Donders s'applique à l'œil emmétrope aussi bien qu'à l'œil amétrope.

L amplitude d'accommodation reste absolument la même pour Tamétropie et pour l'emmétropie, et les chiffres de notre série s'appliquent indifféremment à toutes les formes et à tous les degrés d'amétropie. Mais la distance P du punctum proximum change. Elle est la distance focale de p, déduite des formules pour l'amplitude d'accommodation des différents états de réfraction. (Voy. Landolt, U introduction du système métrique dans l'ophthalmologie. Paris, 1876.)

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