SNFLLEN ET LANDOLT. — TENSION DU GLOBE OCULAIRE
mais avant tout l'élasticité même des membranes oculaires, font varier nonseulement la profondeur, mais encore la largeur et la forme de la dépression ou de l'aplatissement produits par un même poids.
Tous les tonomètres construits jusqu'ici sont susceptibles du reproche de n'indiquer que la profondeur de la dépression ou de l'aplatissement, sans tenir compte des variations possibles qu'ils peuvent présenter. La substitution des deux tiges aux tubes du tonomètre était bien, il est vrai, une amélioration, mais leur distance réciproque est arbitraire. Il nous semble, toutefois, que leur mouvement simultané est encore un grand inconvénient. Ce n'est pas seulement la profondeur, mais aussi la forme et l'étendue de la dépression qui présenteront des différences dans les différents yeux, suivant qu'ils seront durs ou mous, suivant que la sclérotique sera rigide ou élastique. Et de plus, quand on applique les tiges sur un méridien de l'œil, ainsi que l'a fait M. Monnik, la dépression se présentera sous une forme bien différente du côté de la cornée que du côté de l'équateur. Dans ces deux cas, cette différence ne peut être contrôlée avec l'instrument, attendu que les deux tiges se meuvent toujours l'une avec l'autre.
Il nous semble donc nécessaire de déterminer la forme de la dépression dans les différentes circonstances. Pour cela nous enaployons un instrument qui consiste en une tige centrale sur laquelle agit une force de compression connue, tandis qu'à côté de cette tige sont disposées une série d'autres tiges mobiles à frottement extrêmement doux, indépendantes les unes des autres. Pour le premier essai que nous avons entrepris dans ce sens, nous nous sommes servis d'un pèse-lettres muni d'un ressort à boudin (fig. 154), dont l'index était lié à une petite tige terminée par le bouton m. A cette extrémité nous avons assujetti une barre métallique q, dans laquelle étaient pratiquées des ouvertures à des distances égales, contenant chacune une tigelle mobile. Sur FïG. 154. l'échelle S on pouvait lire la valeur de la force avec
laquelle la tige centrale comprimait l'œil, tandis que la situation des différentes tigelles indiquait la forme de la dépression, qui se déterminait ainsi sur la plaque graduée d'après la position des extrémités de ces petites tiges. Il y avait dans cette disposition de l'instrument un inconvénient qui consistait dans la mobilité par trop grande des tigelles; en eifet lorsqu'on retirait l'instrument, l'humidité de la conjonctive les maintenait souvent accolées à cette membrane, et elles étaient ainsi attirées hors de leur place. Nous avons donc cherché à construire un
OPHTHALMOTONOMÉTRIE.
instrument dans lequel les tiges pussent conserver leur situation, dès que la compression avait atteint un certain degré.
a c (il FiG. 155 a,
FiG. 155 h.
Avec l'aide de M. Verlaan, constructeur, nous sommes arrivés à obtenir un mstrument qui, en principe, remplit parfaitement le but que nous nous étions proposé. Cet mstrument Consiste en un tube (fig. 155« et 155^), dans lequel
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peuvent se mouvoir isolément trois tiges (a,c,a). La tige moyenne c est unie à un ressort à boudin p, dont la force de tension augmente d'une façon régulière par la pression. Les deux tiges externes (a, a), indépendantes l'une de l'autre, sont mobiles à frottement doux, et portent chacune une échelle divisée en millimètres, et mobile sur un vernier adapté à la tige centrale. De cette manière on peut lire la position des trois tiges l'une par rapport à l'autre, d'où l'on déduit la profondeur de la dépression scléroticale. Au moyen d'un mécanisme fort simple, les deux tiges externes s'écartent plus ou moins l'une de l'autre, de telle manière qu'après quelques recherches successives, pratiquées avec ces tiges différemment écartées, on peut arriver à en déduire la forme de dépression, absolument comme si l'on s'était servi simultanément de toute une série de tiges.
Dès que le ressort en spirale arrive à un certain degré de compression, un second ressort (ss) est mis en liberté, et fixe les trois tiges dans leur situation réciproque, au moyen d'un crochet (n). Le moment où cet appareil d'arrêt doit fonctionner peut être choisi à volonté, de sorte qu'on peut faire varier la tension de 5 à 30 grammes.
Cet instrument est donc conforme à ce que nous avions voulu réaliser : une dépression est produite sur la sclérotique par une force donnée, et l'on peut mesurer, dans toutes les directions, la profondeur, la largeur et la forme de cette dépression.
En poursuivant ces observations, on arrivera à une mesure exacte du rapport entre la tension des milieux de l'œil par l'élasticité de ses membranes, et une compression exercée de dehors en dedans par une force connue.
Coccius, parlant de l'état actuel de la tonométrie, s'exprime de la façon suivante : (( La détermination exacte de la tension de l'œil malade n'existe pas encore, en tant que science proprement dite; aussi ne la trouve-t-on pas dans les annales de la médecine, désignée sous ce nom(l). » Nous reconnaissons, avec M. Coccius, que pour la tonométrie objective, le dernier mot n'a pas encore été dit. L'usage de l'examen direct avec les doigts, combiné avec l'appréciation des phénomènes physiologiques que détermine l'augmentation ou la diminution de la tension oculaire, suffît dans la plupart des cas de la pratique. Toutefois nous sommes convaincus qu'il est nécessaire de pouvoir faire ces recherches à l'aide d'une méthode plus objective.
Nous nous flattons que notre essai démontre que ce but n'est pas impossible à atteindre; nous pouvons même prétendre que nous venons d'indiquer la voie qui conduira à la solution de ce problème. Aussi avons-nous pensé que dans cet aperçu des procédés d'exploration de l'œil, il n'était pas superflu d'introduire un chapitre relatif à l'histoire naissante de l'ophthalmotonométrie.
(1) Coccius, loc. cit., p. 25.
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