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DES PHÉNOMÈNES PHYSIQUES DE L'ÉLECTRICITÉ | DANS LES CORPS VIVANTS

Du corps considéré comme conducteur de l’électrité.

Avant de considérer le corps comme composé de malière organique vivante, réagissant dans ses fonctions essentiellement vitales sous l'influence de l'électricité, nous devons d’abord le considérer au seul point de vue de ses propriétés physiques comme conducteur de l'électricité.

Or, le corps des animaux est formé de plusieurs substances, ou imieux de différents tissus qui sont loin de présenter les mêmes caractères physiques ; nous sommes donc obligés d'examiner successivement chacun de ces tissus.

L'expérience la plus simple démontre combien l’épiderme sec, les poils, les ongles et en général toute substance cornée, sont mauvais conducteurs de l'électricité. Ce fait est important à retenir, à cause de l’épiderme, sur lequel on applique constamment les rhéophores. Nous reviendrons plus loin sur ce point.

Matteucei (1) atrouvé que la conductibilité des muscles était, comparativement à celle du cerveau ou des nerfs périphériques, comme 4 est à 1.

(1) Traité des phénomènes électro-physiologiques des animaux. Paris,

Schlesinger (1), d’après ses recherches, donna comme proportion 8 :: à, et remarqua en même temps que la conductibilité des os était égale à celle des nerfs.

Eckhardt et Ziemssen reprirent cette question et employèrent des procédés plus exacts. Eckhardt (2), en comparant les résistances que donnent au passage de l'électricité les différents tissus, trouva qu'il n'existe entre eux aucune proportion bien constante, mais qu’elle dépend surtout de la richesse des issus en liquides. En représentant la résistance des muscles par 1, les autres tissus donnent les chiffres suivants :

Les tendons, ...:..., de 1,8 à 2,5 Les neige in ut . de 1,9 à 2,4 Les cartilages...... de 1,8 à 2,3 1 1 0 APR RER de 16 à 22

Si l’on compare à ces chiffres ceux que donne l'analyse chimique, au point de vue de la quantité de liquides que renferment ces différents tissus, on trouve pour le muscle : 72 à 80 pour 100 d’eau, pour les tendons 62 pour 100, pour les cartilages 50 à 75 pour 100, pour les nerfs 39 à 66 pour 100, et enfin pour les os, 3 à 7 pour 100.

On voit donc qu’il y a une relation très-réelle et directe entre la résistance des tissus au passage de l'électricité et la quantité de liquide qu’ils renferment. |

Il est très-facile, dans tous les cas, à l’aide d’un galvanomètre très-ordinaire, de s'assurer que le muscle est relati-

ment bon conducteur de l'électricité et que le nerf est trèsmauvais conducteur de cet agent.

(A) Zeitschrift der Wiener Aerzte, 1859.

(2) Eckhardt, Beitrüge zur Anatomie und Physiologie. Giessen, 1856. (3) Ziemssen, Die Electricität in der Medicin. 1866.

Conséquences pratiques des résistances des différents tissus au passage de l'électricité,

De l'épiderme. — Nous venons de voir que l'épiderme sec offre une très-grande résistance aux courants électri- | ques; il est done important, si l’on veut agir profondément, | ou si les courants que l’on emploie ne possèdent pas unie | haute tension, de mouiller l’épiderme, afin que le fluide | électrique puisse pénétrer dans l’intérieur des tissus, l’eau | lui servant de conducteur de dehors en dedans. C'est pour la même raison, qu’au lieu d’eau simple on emploie souvent, dans ce cas, de l’eau salée ou de l’eau acidulée, cellesci conduisant mieux l'électricité que l’eau simple.

Chaque fois également que l’on emploiera des courants continus, il sera absolument nécessaire d'humecter l'épi- | derme, car ces courants n’ont jamais une tension suffisante | pour vaincre facilement la résistance de l’épiderme sec ; ou bien lorsqu'ils ont cette force, 1ls sont très-mntenses, et dé- | terminent profondément des décompositions chimiques. L’épiderme devra également être humecté, chaque fois | qu’avec des courants d’induction on voudra agir profondé- | ment. Ces courants possèdent en général une tension assez | forte pour se reconstituer à travers l’épiderme, mais

lorsque celui-ci est sec, ils restent limités à la partie super- | ficielle du corps. Les différences signalées par M. Duchenne | dans ces conditions dépendent uniquement de cette plus | ou moins grande conductibilité de l’épiderme; on com- | prend, en effet, facilement qu’en humectant l'épiderme on | agit sur les muscles, tandis que lorsque l’épiderme est sec, | ou qu’il est très-épais, l'électricité reste à la superficie et | ne peut agir que sur les nerfs cutanés.

Des muscles et des nerfs. — Les muscles étant de tous les tissus du corps les meilleurs conducteurs de l'électricité, il en résulte que lorsqu'on place dans ün circuit électrique ælusieurs muscles, ils seront tous traversés par le courant. Cela n'implique pas forcément que tous ces muscles doivent se contracter, car il faut encore une certaine intensité de l’agent électrique pour déterminer la contraction, et en général la contraction n’a lieu que pour les muscles placés aux points de concentration de la transmission électrique, c’est-à-dire à l’entrée et à la sortie du courant.

Les nerfs, considérés comme conducteurs physiques, sont, comparativement à ce que l’on croyait autrefois, de mauvais conducteurs de l'électricité ; ils ne seront donc traversés par les courants électriques que dans les cas où 1is se trouvent au milieu ou au-dessous de tissus de grandes résistances que la force du courant sera parvenue à surmonter. En d’autres termes, 1l faut, pour électriser directement les nerfs, employer des courants à haute tension, et comme nous l’indiquerons tout à l'heure, rapprocher le plus possible les nerfs des électrodes.

Mais, hâtons-nous de le dire, le nerf vivant n’est pas un corps conducteur ordinaire. Ses propriétés physiques Île rendent, 1l est vrai, mauvais conducteur de l'électricité ; ses propriétés vitales, au contraire, le rendent très-sensible aux phénomènes électriques. Il n’a pas besoin d’être traversé dans toute sa longueur par le courant pour réagir et pour être influencé par l'électricité, il lui suffit, pour cela, d’être traversé en un point ou peut-être même d'être rapproché d’un courant électrique. Il possède presque la sensibilité et les propriétés de l'aiguille aimantée, comme semble le

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prouver la sensibilité de la grenouille dite ga/vanoscopique. Nous reviendrons longuement sur ce sujet lorsque nous traiterons de l'influence de l'électricité sur le système nerveux.

De la discussion de la formule des piles à propos de la conductihilité

du corps humain.

Nous avons vu que l'intensité d’un courant qui circule dans uu fil conjonctif homogène de longueur L, peut être

12 ? E ? * représentée par la formule 1=-; en désignant par 7 la

longueur de fil représentant la résistance de la pile ou sa lonqueur réduite, et par E la force électro-motrice. Si les couples sont égaux entre eux et en nombre 7, la formule devient : |

et en divisant par n

L, qui représente la résistance extérieure, représente par conséquent la résistance opposée par le corps. Cette résistance n'est point, pour l'organisme, aussi facile à évaluer que pour un fil homogène, car nous avons, dans ce cas, des courants dérivés. Mais pour plus de simplicité, nous nous en tiendrons à celte formule, qui nous montre que lorsque L est très-grand, ce qui est le cas du corps humain, il faut, pour que Î ait une certain egrandeur, que » soit très-grand ; ce qui démontre qu'il faut employer un grand nombre de couples quand on veut faire passer un courant électrique à travers le corps humain.

Si L restant constant, 2 vient à augmenter, l'intensité ] ONIMUS ET LEGROS. 6

82 CONDUCTIBILIÉ DES TISSUS.

augmentera proportionnellement à l'augmentation de n.

Donc la résistance une fois vaincue, l'intensité du courant sera alors exaciement le double, le triple, etc., avec un nombre d'éléments double, triple, etc.

Si au lieu de réunir plusieurs couples les uns à la suite des autres, On en réunit un nombre »2 par les pôles de même nom, ” manière à former un couple unique, la résistance

sera — x, Puisque la section sera une fois plus grande et la for-

Pre Le hd :

L+Z mm.

On voit par cette formule, que si L est très--grand, l'intensité sera à peine augmentée par la réunion des pôles. Or, la résistance offerte par le corps est considérable, et l’on peut ainsi comprendre combien il est nécessaire, pour les applications de l'électricité à la médecine, de réunir les couples les uns à la suite des autres, c’est-à-dire en tension. Le cas contraire n’est utile que lorsqu'on interpose entre les deux pôles une masse peu volumineuse de matière vivante, comme dans certaines tumeurs. C’est donc uniquement dans les applications chirurgicales qu’il est utile d'augmenter l’étendue des couples.

Du trajet des courants électriques dans l'organisme, Application

à l’électrisation des muscles et des nerfs.

Les médecins croient généralement que le courant va en ligne droite d’un pôle à l’autre. Cette opinion a donné lieu à plusieurs erreurs, dont une des plus importantes est celle qui fait considérer comme des contractions réflexes celles qui ont lieu en dehors de la ligne directe qui unit les deux pôles.

PHÉNOMÈNES PHYSIQUES DE L'ÉLECTRICITÉ. 83 Le courant électrique se propage par une sorte d'ondulation.

La figure 29 montre à peu près le trajet suivi par le fluide électrique entre les deux pôles placés sur une surface

F6. 29. — Conducteur de forme rectangulaire sur lequel sont appliqués les deux pôles d’une pile et indiquant le trajet suivi par les courants électriques.

plane et régulière. C’est bien sur la ligne droite qui unit les deux pôles que le passage de l'électricité se fait le plus énergiquement, mais les parties avoisinantes sont également

Fi. 30. — Conducteur sphérique. Entre «& et b on voit les courbes suivies par les courants.

parcourues par des courants. Si l’on place les pôles aux extrémités du diamètre d'une sphère (fig. 30), on déterminera une série de ligues courbes se terminant aux points d'applications a et 4.

Des expériences de M. Magrini sur la forme des figures

pe hp, Re as D .

déterminées par des décharges électriques, démontrent que l'électricité se propage par une sorte de mouvement ondulatoire. En mettant une lame de verre en contact avec des lames de métal, d’étain par exemple, qui reçoivent et trans: mettent la décharge électrique, M. Magrini a vu souvent certains rayons électriques, arrivés sur le bord des glaces, se réfléchir en faisant un angle de réflexion égale à l'angle d'incidence. Quelques rayonssubissent même deux réflexions successives, toujours en suivant les lois de la réflexion lumineuse. La marche des rayons électriques est indiquée par la fusion du métal. On peut conclure de ces faits, que le mouvement vibratoire produit par l'électricité se transmet par des ondes qui grandissent en se propageant, et qui peuvent se réfléchir à la surface de séparation de deux métaux.

Des expériences de Nairne, confirmées par celles de M. Becquerel, ont montré que des fils métalliques parcourus par une décharge électrique incapable de les fondre, mais pouvant les rougir, se raccourcissent en même temps que leur diamètre s'accroît. Ces fils, traversés par un certain nombre de décharges électriques, prennent une forme ondulée qui accuse un mouvement des molécules du fil perpendiculairement à sa longueur .

Une expérience faite par l’un de nous (Legros) avec M. Ch. Robin montre également la manière de propagation de l'électricité. Ayant soumis des Noctiluques (Wochcula milaris) à V'influence de courants d’induction, nous avons vu que la phosphorescence se produisait aussitôt avec un vif éclat. Les noctiluques couvraient la surface de l’eau, et l'on voyait aux deux points où plongeaient les pôles une vive lumière. La forme de cet espace lumineux était re-

présentée par deux cercles réunis par une bande intermédiaire. Mais dans ces cercles même la lumière était plus vive en certains points qu'en d’autres, et par conséquent formait des ondulations.

En plaçant donc un courani sur le bras dans toute sa longueur, comme cela est représenté (fig. 31), les courants électriques prennent à peu près le trajet indiqué dans cette figure. Si nous rapprochons les deux pôles, nous obtiendrons les ondulations indiquées dans la fig. 32. Toutes les parties qui se trouveront ainsi au-dessous des deux pôles seront parcourues par des courants électriques, et l'on voit par là combien l’électrisation complétement localisée n'existe pas. Lorsqu'on emploie un courant assez faible, il ne peut déterminer de contraction qu'aux points qui avoisinent les pôles, mais cela ne prouve en aucune façon qu’une partie du courant, peu intense il est vrai, ne parcourt quelques autres muscles sous-jacents, on même les nerfs de cette région.

Si le courant est énergique, et si les pôles sont éloignés l'un de l’autre, comme nous l’avons indiqué fig. 31, tous les muscles du même membre vont entrer en contraction, car ils sont tous parcourus par le courant électrique qui, étant assez intense, fait contracter tous ces muscles. Ce sont là des contractions dues à une action directe sur les muscles et sur les nerfs périphériques, et non à une action réflexe. Nous ne comprenons pas comment M. Duchenne a pu croire que ces contractions sont provoquées par action réflexe, car il dit : « Si au lieu de tenir les deux rhéophores dans une seule main et à la même hauteur, on les éloigne l'un de l’autre sur la partie supérieure du membre, soit en

tenant un rhéophore dans chaque main, on voit alors entrer

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