DE LA CONTRACTION DES MUSCLES DE LA VIE VÉGÉTATIVE
Les muscles lisses ont quelques caractères communs avec les muscles striés ; mais tout en reconnaissant que les propriétés générales sont les mêmes, on doil ajouter que la manifestation de ces propriétés diffère notablement.
: Personne n'ignore combien les fibres-cellules sont répandues dans l’organisme ; elles y sont véritablement à l'état de diffusion. En effet, outre les points où elles forment de véritables masses musculaires (utérus, vessie, intestins), on trouve dans les diverses régions du corps des faisceaux et même des éléments isolés ; il est peu de tissus ou d'organes
qui en soient dépourvus: ceux même qui semblent ne point
en avoir en contiennent accessoirement, à cause des vaisseaux dont la tunique musculaire est si riche en fibres lisses. Ces muscles produisent à tous moments une infinité de mouvements dont nous n'avons pas conscience ; la somme de ces mouvements qui sont incessants constitue une force considérable et doit être prise en sérieuse considération
daus l'étude de la production de la chaleur et la dénutrition. Alors même que l'organisme semble dans un repos absolu, pendant le sommeil par exemple, les vaisseaux, les conduits glandulaires, l'estomac, les intestins continuent leurs contractions, 11 y à là un travail continuel s’opérant sans le concours de la volonté. En effet, chez l’homme aucun muscle lisse n’ôbéit à la volonté, tandis que les mouvements des muscles striés peuvent être volontaires ou involontaires, comme ceux du cœur, du diaphragme.
Généralités,
Quelle que soit la disposition des fibres lisses, qu'elles forment des faisceaux isolés, des masses épaisses, ou qu'elles soient disposées en nappe, on ne trouve pas de véritables insertions nettement délimitées comme pour les muscles striés. Si elles sont plongées dans l'épaisseur des tissus, le derme par exemple, leur contraction agit sur ces tissus en les condensant, sans que le mouvement soit dirigé dans un sens plutôt que dans un autre ; c’est ainsi que le dartos se resserre, que la rate diminue de volume.
Dans les organes en forme de poches dont les parois renferment des fibres lisses, la contraction a pour but de chasser les matières contenues avec plus ou moins de force, suivant l'épaisseur des couches musculaires. Ici le mécanisme est plus compliqué : il faut d'abord que la cavité puisse se remplir, et pour cela l’orifice qui sert au déversement doit rester fermé; aussi, au niveau de cet orifice, les muscles sont généralement plus épais et forment une masse annulaire qui, par sa tonicité, empêche la sortie des liquides ou des solides. |
RE Sons
Lorsque la distension dépasse certaines limites variables pour chaque organe, lorsqu'une irritation accidentelle atteint la muqueuse, et surtout lorsque l’orifice de sortie est tiraillé par le gonflement de la poche, la contraction survient. Il est remarquable que presque toujours c’est une irritation qui se passe en dehors et même fort loin de la cavité qui provoque l'action réflexe et l'évacuation. A la vessie, c’est au col et dans la portion membraneuse de l’urèthre que se
trouve le siége de cette irritalion. La vessie étant pleine, la
tension des fibres musculaires et surtout du tissu élastique ne pouvant plus augmenter, il y a besoin d’uriner; si ce besoin n’est pas satisfait, le col cède et laisse passer quelques gouttes d'urme qui déterminent de suite un spasme des muscles du périnée. La contraction de la vessie cesse devant cette résistance pour recommencer quelque temps aprés. Évidemment la muqueuse vésicale peut, lorsqu’elleestirritée, déterminer également la contraction; de même l'impression
. du froid qui s'oppose à la dilatation rend plus fréquent et
plus impérieux les besoins d’uriner : le col cède alors plus vite devant l'impossibilité de la distension. L'irritation de l’urèthre et même du méat suffit quelquefois pour déterminer l’action réflexe et l'expulsion de lPurime ; nous avons pu plusieurs fois constater ce fait chez des lapins que nous voulions sonder : à peine l'instrument avait-il touché le méat qué la vessie se contractait.
L'utérus, immobile pendani une grande partie de la vie, se développe progressivement dans la grossesse; lorsqu'il est arrivé aux dernières limites de l'élasticité, son col s’entr'ouvre et bientôt les mouvements surviennent.
. Pour la vésicule biliaire, nous voyons l'excitation de l'orifice du canal cholédoque réagir sur cette poche ; enfin le
siège de l'excitation initiale est encore plus éloigné pour les … vésicules séminales, puisque c’est la verge et surtout le … gland qui transmettent aux centres nerveux l’ébranlement | nécessaire pour l’éjaculation. |
Ainsi le plus souvent ce n’est pas une excitation directe …
des parois qui amène la contraction ; celle-ci peut survenir à la suite d’une action réflexe dont le point de départ est plus ou moins éloigné de l'organe. |
Dès que les muscles de ces organes creux entrent en activité, les faisceaux qui se dirigent de l’orifice au sommet de la cavité ont pour effet principal de tenir cet orifice dilaté ; c’est qu'en effet, en prenant un point d'appui sur le contenu, 1ls tendent à redresser la courbure des parois, et comme, en outre, lorsque l'organe est distendu, les fibres se dirigent obliquement sur le col, celui-ci est dilaté.
C'est dans les tubes ou conduits qu'apparaît le type complet de la contraction péristaltique consistant en ondulations qui se succèdent plus ou moins rapidement : ce mouvement péristaltique est caractéristique des muscles lisses et en rapport avec leur structure. Dans les muscles striés on trouve quelques vestiges de ces ondulations, surtout lorsqu'il ÿ a fatigue ou que la nutrition cesse d'avoir lieu ; l’excitation frappant un faisceau de fibres primitives, le mouvement se propage rapidement aux extrémités, et l'on conçoit que la propagation est plus lente et que les ondes deviennent plus visibles si le muscle est dans un état anormal. Mais si la lenteur et l'évidence des ondulations ne sont jamais aussi nettes que dans les muscles lisses, c’est que les faisceaux de ces muscles ne sont plus constitués par des fibres étendues d’une extrémité à l’autre, mais par une » multitude d'éléments juxtaposés, Le mouvement communi-
ms à.
qué à un ou à plusieurs de ces éléments ne pourra donese transmettre que successivement aux voisins, puis à ceux qui sont plus éloignés; de là cette lenteur de contraction et son type vermiculaire qu'il est si facile de constater sur le dartos de l’homme. Ces mouvements vermiculaires qui existent partout où il y a des fibres lisses ne sont nulle part plus - développés que sur les tubes munis d'éléments musculaires lisses (intestins, vaisseaux, uretéres, canaux glandulaires, ete.) Dans la plupart de ces organes on a découvert des ganglions microscopiques disséminés qui règlent le mouvement ; la contraction partie d'un point s’éteindrait bientôt s'il ne se trouvait des ganglions capables de communiquer une impulsion nouvelle. Le mouvement péristalti- -que devient plus difficile à constater dans les petits canaux comme l’uretère et les divers conduits glandulaires, mais c'est pour les vaisseaux surtout que la difficulté est grande; comme la contraction vasculaire active coïncide avec la diastole artérielle, on a attribué à l’élasticité seule le pouvoir de modifier à chaque impulsion cardiaque le calibre des Vaisseaux.
; Une fonction toute spéciale, mais qui rentre dans les lois 1 générales, existe pour les fibres musculaires de l'iris. Cet organe, véritable diaphragme, présente des fibres lisses en faisceaux circulaires; on croyait également avoir observé des fibres radiées admises surtout pour appuyer des explications physiologiques plus ou moins hypothétiques. La con- traction des fibres de l'iris doit tendre nécessairement à | rétrécir ln pupille, mais il est impossible d'admettre que ce . resserrement et la dilatation soient dus uniquement aux Ë muscles. Que ceux-ci interviennent dans les changements - brusques dans l'exposition vive de l'œil à la lumière, c’est
probable ; mais 11 serait unique de voir un muscle rester en 1 contraction physiologique d’une facon permanente. Les … fibres lisses comme les fibres striées ne peuvent rester lông- | temps contractées ; 1l faut du repos, et d'autant plus de repos Ë que le travail aura été plus considérable. Voit-on jamais la | pupille après un resserrement qui dure depuis plusieurs É heutes se dilater, se reposer enfin? Il faut chercher ailleurs une explication, el nous pensons que la plupart de ces phé- Ë nomènes pupillaires doivent être attribués aux vaisseaux. | Déjà dans un travail publié en 1867 (Des tissus érectiles et de leur phystologu, thèse), lun de nous a insisté sur ce point ; on lit page 39: | « Il faut avouer que des vaisseaux assez volumineux, dis- : » posés en hélice, dans un organe aussi délicat, peuvent » avoir Concurremment avec les fibres musculaires une cer- » taine Imfluence sur les changements de diamètre de la » pupille; mais 1l faut, pour soutenir cette opinion, rejeter » la compression des veines par le muscle ciliaire. M. Th. » Leber a montré, par ses belles injections, que les artères » et non les veines traversent le muscle de Brucke ; ce serait » donc la contraction de ce muscle qui, comprimant les … » artères, amènerait la vacuité des capillaires et par suite la | » dilatation de la pupille, tandis que le relâchement du » muscle permettrait l’afflux du sang et une congestion des » vaisseaux, d'où turgescence et redressement des capillaires, | » d'où rétrécissement. On s'expliquerait ainsi Paetion du » grand sympathique sur la pupille qui se resserre sous » l'influence de la section du nerf, à cause du relâchement ! » du muscle de Brucke, et se dilate lorsqu'on excite le filet 1 » nerveux qui détermine la contraction de ce même muscle Ë » et l'oblitération plus ou moins complète des artérioles. On 4
» comprendrait également l’action de la belladone qui, loin » de paralyser les fibres musculaires lisses, comme on l’a » cru, les excite violemment; les instillations d’atropine dans » l’œil agiraient comme la stimulation du grand sympathi- » que, en amenant la contraction du muscle ciliaire. »
Ainsi, tout en reconnaissant l'influence fort limitée des fibres lisses, nous accordons la plus grande importance, dans les changements de diamètre de la pupille, à la vacuité ou à la turgescence des vaisseaux, mais nous repoussons l’explication de M. Rouget, qui est en désaccord avec la disposition anatomique des artères et des veines.
Conditions nécessaires pour la contractilité des fibres lisses.
Il est une loi en biologie qui ne semble pas avoir d’exceptions, c’est que plus un élément vivant présente d'activité, moins cet élément résiste aux causes de destruction. Cette loi est applicable non-seulementi aux éléments anatomiques, mais aux tissus et même aux organismes complets. Le muscle strié dont l’activité est remarquable perd rapidement ses propriétés lorsqu'il cesse de recevoir du sang ; le musele lisse, au contraire, conserve sa contractilité longtemps après l'arrêt de la circulation. De même l'animal à sang froid résiste à la destruction bien plus longtemps que le mammifère, Chez le premier, on peut enlever tout le sang, le remplacer par du mercure, et la vie ne cesse pas immédiatement, que le cœur s'arrête brusquement chez l'homme, toutes les fonctions animales cessent aussitôt, et les propriétés organiques ne tardent pas à disparaître. On peut même, en poussant les choses à l’extrème, dire qu'il est diflicile de
produire chez certains êtres inférieurs des lésions mortelles; ONIMUS ET LEGROS: 43
on peut hacher les polypes d’eau douce, chaque fragment continue à vivre, bien mieux, il devient l’origine d’un être nouveau. Les éléments anatomiques, qui sont en réalité de petits organismes associés les uns aux autres, peuvent résister énergiquement aux causes ordinaires de destruction quand leur activité est faible, et les fibres lisses, comme nous le disions, en sont un exemple. En empêchant le sang de se rendre dans ces tissus, on voit la contractilité persister longtemps ; bien plus, dans quelques organes à muscles lisses pourvus en outre de ganglions nerveux intra-pariétaux, comme les intestins, les mouvements s’exagèrent par l'excilation qu’apporte un brusque changement dans la nutrition.
Où sait qu'après la mort les muscles de là vie organique conservent leurs propriétés quand les muscles striés sont devenus rebelles à toute excitation. Les ganglions nerveux du grand sympathique parlicipent à cette faculté de résister à la destruction, de sorte que des mouvements coordonnés peuvent encore se montrer quand la vie a cessé; on à vu l'utérus expulser le fœtus après la mort de la mére.
Influence de la température. — Une température de A5 degrés suflit pour anéanür les propriétés de la plupart des tissus de l’économie ; les muscles Jisses ne font pas excepton. Mais, sans arriver à cette température extrême, on constate qu'une chaleur modérée facilite les contractions, surtout celles à type franchement péristaltique ; 1l a élé souvent répété que le froid favorisait la contraction des fibres lisses ; tel n’est pas notre avis, le froid détermine la contracture, mais 1} abolit la contraction physiologique. Nous l’avons montré pour l'intestin, dont le calibre se rétrécit et dont les parois s'immobilisent sous l'influence du refroidis-