‹ Traité d'électricité médicale [electronic resource]Chapitre 13 sur 173 · ÉLECTRISATION LOCALISÉE · texte numérisé non relu

ÉLECTRISATION LOCALISÉE

Du moment qu’on emploie un rhéophore métallique sec, il ne peut plus être question d’une action locale. Dans ce cas,sle courant ne pénètre pas profondément dans les tissus, il se combine dans les couches superficielles du corps, et, par son action sur les nerfs de la peau, agit indirectement sur la moelle, et, par conséquent, sur l'organisme entier. On détermine, lorsque l’épiderme est sec, une douleur très-grande et pas de contraction, à moins d'employer un courant énergique. M. Fick attribue cette violente exeitation des nerfs sensitifs à la division du courant principal, en une multitude de petits rayons qui pénétreraient dans la peau, par les glandes sudoripares et les follicules pileux.

Ce procédé est, par ces raisons mêmes, très-avantageux lorsqu'on veut agir sur les nerfs sensitifs, comme dans certains cas d’anesthésie.

b. On obtient une contraction plus énergique et plus étendue d’un muscle, selon les points où l’on applique les rhéophores. Ce sujet a été l’objet de nombreuses discussions entre Remak et M. Duchenne, mais aujourd’hui il ne présente plus grand intérêt. On sait, en effet, que la fibre musculaire se contracte sous l’influence d’excitants, indépendamment de toute excitation nerveuse; il est donc évident que sous l'influence d’un courant électrique, le muscle peut se contracter par irritation directe (1). Mais d’un autre côté, et c’est là surtout ce que Remak voulait démontrer, il est certain que l'excitation du nerf moteur détermine des

(1) Cette question, qui paraissait élucidée par l'influence du curare sur le système nerveux moteur, est de nouveau mise en discussion grâce aux différences de contractilité sous l'influence des courants d’induction et des courants continus sur les muscles privés de leurs nerfs moteurs. (Voyez tous ces détails dans les cas de paralysie faciale et de paralysie traumatique.)

contractions plus énergiques et plus complètes. Il est donc important de chercher les points d’entrée des nerfs musculaires, afin de provoquer des contractions individuelles des muscles. Ces points d'entrée ont été trouvés expérimentalement par M. Duchenne; il ne les a pas indiqués spécialement dans ses écrits, mais il suffit de le voir opérer pour être convaincu que c’est grâce à cette connaissance que M. Duchenne obtient de si belles contractions individuelles des muscles. M. Ziemssen (1) a fait de ce sujet une étude particulière. Il a, sur l’homme vivant, cherché les points où chaque muscle, en étant électrisé, déterminait la contraction la plus forte. Pour bien délimiter ce point, il le marquait au moyen d’un crayon de nitrate d'argent, et disséquant en même temps un cadavre, il cherchait si ces points correspondaient à l'entrée dans les muscles des nerfs moteurs, où plutôt si les nerfs moteurs étaient en ces points les plus superficiels. Il arriva ainsi à vérifier que Îles points de la peau où l’électrisation donne les plus fortes contractions, sont ceux qui correspondent au trajet superficiel des nerfs musculaires. Il a fait plusieurs planches où ces points sont indiqués pour les différentes parties du COrps.

Ouire ces points spéciaux, il en est d’autres où l’électrisation produit aussitôt des phénomènes généraux ; ce sont Ceux qui avoisinent de grands troncs nerveux. Si, par exemple, on vient à électriser la région du triangle de SCarpa, ou le creux poplité, on agira sur des troncs nerveux ImMporlants, et l’on déterminera des contractions dans tous les muscles du membre qui reçoivent leurs filets nerveux de ce tronc principal. De plus, on provoquera un fourmillement

(1) Loc: cût.

dans toute la jambe et une excitation très-grande de la moelle. Ces phénomènes seront d'autant plus marqués qu'on se rapprochera plus des centres.

Des courants dérivés.

Ce que nous venons de dire au sujet de lélectrisation localisée se rapporte surtout aux courants d’induction. Dans l'emploi thérapeutique des courants continus il est difficile de localiser aussi facilement leur action. Certes on peut, comme pour les courants d’induction, ne déterminer des contractions que dans certains muscles, on peut les faire contracter individuellement en mettant les pôles aux points

d'entrée des nerfs musculaires, mais ces courants se répandent bien plus facilement dans les autres parties du corps, el donnent lieu à des courants dérivés, souvent assez énergiques pour être manifestés par les personnes électrisées.

Les courants dérivés sont faciles à expliquer par la figure cijointe (fig. 33). Étant donné un circuit fermé ABCD, le pôle positif.étant placé en A et le pôle négatif en B, le courant principal se fera dans le sens de ACB. Mais en même temps un autre courant se fera de À en B, suivant le trajet ADB ; ce dernier constitue le courant dérivé. On conçoit en même temps que plus A sera éloigné de B, plus le courant dérivé deviendra important ; il en sera encore ainsi si les résistances entre À et B viennent à augmenter.

Nous aurons à nous occuper de l’influence de ces courants dérivés lorsque nous parlerons de l’action de l'électricité sur le système nerveux. Notons seulement à présent qu'ils sont rendus évidents, surtout par les nerfs des sens. C’est ainsi qu’en plaçant un des pôles à la partie supérieure de la moelle, et l’autre sur la région lombaire, on obtient souvent une sensation métallique dans la bouche, des bourdonnements dans les oreilles, des phosphènes dus à l'excitation des nerfs optiques. Ces phénomènes sont dus évidemment à dés courants dérivés qui viennent irriter les nerfs de la langue, de l'oreille et de l'œil. Le galvanomètre indique également très nettement l'existence de ces courants dérivés. Nous les avons constatés plusieurs fois chez différents animaux tant à sang froid qu'à sang chaud. Voulant mesurer les différences de température que déterminent, dans les tissus, le passage des courants électriques, nousavons employé l'appareil thermoélectrique; nous enfoncions une des aiguilles dans le membre droit, l’autre dans le membre gauche. Nôus espérions ainsi, dans les commencements, avoir de bonnes conditions pour mesurer les variations de température qui Fi ia se produire du côté du membre électrisé.

Or, par ce procédé, en électrisant un seul membre, nous

Page 1