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DE L'ORGANISME CONSIDÉRÉ COMME SOURCE D'ÉLECTRICITÉ

Nous avons dit, dans un des chapitres précédents, que toute action chimique était accompagnée d’un dégagement d'électricité ; il est donc naturel, de supposer, à priori que dans l'organisme vivant, il y a formation constante de courants électriques, puisqu'il est le siége d’un grand nombre de réactions chimiques. L'expérience confirme, en effet, celte déduction logique, et chose remarquable, ce sont même ces courants qui ont été découverts les premiers, et qui ont conduit à toutes les autres recherches sur l’électricité. C’est le courant propre de la grenouille découvert par Galvani, qui a provoqué tous les autres travaux entre pris depuis près d’un siècle, et ce fait est des plus curieux dans l’histoire des sciences, car c’est peut-être la seule fois que l’étude des lois physiques a été le résultat de la découverte de phénomènes physiologiques.

Des poissons électriques. — Nous n'avons pas à nous

étendre sur les phénomènes électriques que présentent cer- ONIMUS ET LEGROS. 7

tains poissons, tels que la torpille, le gymnote, la silure et la raie. Ces animaux possèdent des appareils spéciaux, qui ont pour fonction la formation de courants électriques, dont les décharges sont sous la dépendance de la volonté. Lorsqu'on coupe les nerfs qui se rendent à ces organes, on paralyse la puissance électrique de la portion de l'organe où ses nerfs se rendent. Il en est de même si l’on empèche le sang d'arriver à ces organes.

Le fait important qui ressort de cette propriété de certains poissons, c’est que la substance organisée vivante peut donner lieu à des courants électriques assez énergiques, et que ces phénomènes cessent d’avoir lieu lorsque la circulation est empèchée. Donc, ce sont là des fonctions qui dépendent de conditions essentiellement vitales, et nous insistons sur ce point, que ces organes ne produisent des phé- | nomènes électriques, que tant que la nutrition s'effectue.

L'organe électrique de ces animaux est composé d’un grand nombre de prismes d’une forme hexagonale, rangés parallèlement les uns à côté des autres comme les alvéoles d'un rayon de miel. Chaque prisme est divisé transversalement par des cloisons membraneuses très-rapprochées formant des cellules qui sont remplies d’une substance demifluide composée de gélatine et d’albumine.

« Malgré de grandes différences de position et de configuration extérieure, ces appareils, dit M. Gavarret(1), peuvent être tous ramenés à un même typefondamental. Partout, en effet, nous avons rencontré des lamelles organiques très-

(4) Gavarret, Des poissons électriques (Le Progrès, journal des sciences. Paris, 1858, {. Il, p. 463). Voyez également Robin, De la production d’électricité chez les poissons du genre des Raies. (Séances de l’Académie des sciences. 24 juillet et 7 août 1865.)

L'ORGANISME CONSIDÉRÉ COMME SOURCE D ÉLECTRICITÉ. 99 multipliées, très-minces, gorgées de liquides, accolées de mamère à former une batterie ou une pile membraneuse. Ces assemblages de membranes s’éloignent sans doute beaucoup des piles ordinaires composées de liquides, et de lames métalliques associées dans un ordre déterminé et dans lesquelles le courant électrique est produit par l’action chimique des liquides sur les métaux. Cependant il ne faudrait pas attacher une trop grande importance à ces différences de composition. Déjà Volta avait annoncé qu'avec trois liquides associés il serait possible de faire une véritable pile, et c'est à ce genre d’électro-moteur qu'il assimilait l'organe de la torpille. L’exactitude de cette belle prévision a été mise hors de toute contestation dans ces dernières années. Par une série d'expériences très-remarquables, L. Foucault a démontré qu'on peut former des piles sans métal à grand nombre d'éléments avec tous les liquides conducteurs qui ne se précipitent pas les uns les autres.

» Les appareils spéciaux des poissons électriques sont donc de véritables piles hydro-électriques, dont les éléments actifs sont des liquides hétérogènes mis en présence sur les surfaces des lames membraneuses..….

» Quel est donc le rôle du système nerveux? Son influence n’est pas directe, car le courant développé est le résultat d’une réaction chimique que le système nerveux ne peut produire, et qu’il ne saurait empêcher lorsque les liquides actifs sont en présence. Ici, comme dans toutes les fonctions de la vie organique, le système nerveux agit comme un simple régulateur. Excité d’une manière quelconque, il se conduit dans l'organe électrique comme dans les glandes lacrymales et salivaires; au moment de l’excitation, une sécrétion abondante est produite. Mais dans le

cas actuel, les liquides échangés sont les éléments actifs d’une pile organique, et, une fois la charge produite, le développement d'électricité s'effectue, sans le concours du système nerveux, par le seul fait d’une réaction chimique.

» À l'appui de cette interprétation des phénomènes, il nous serait facile d'invoquer les effets produits par l’ingestion dessels de strychnine et de morphine. Sous l'influence de ces agents, le système nerveux est fortement perturbé et toute action : régulatrice disparaît; cependant le développement d'électricité n’est pas arrêté; mais les organes, au lieu de fournir les décharges régulières et volontaires, donnent des décharges involontaires qui traduisent l’irrégularité de l’action nerveuse, épuisent l'animal, s’affaiblissent elles-mêmes graduellement et cessent quelques secondes après la mort. »

Nous aurons plusieurs fois arevenir sur ces résultats ; notre but pour le moment n’est que de constater qu'il peut y avoir dégagement d'électricité dans l’action chimique déterminée par des substances organiques vivantes. Le fait est d’ailleurs la conséquence logique de ce principe général, que toute action chimique est accompagnée d’un dégagement d'électricité. L'expérience de M. Becquerel que nous avons déjà citée, et qui consiste dans la production de l’électricité par l’action chimique de deux dissolutions salines réunies par une mèche de coton, prouve surabondamment que la présence d’un métal n’est pas nécessaire.

De l'électricité développée dans les actions physiologiques,

Du courant propre de la grenouille. — Galvani est le premier qui ait démontré l'existence de l'électricité animale

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