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CHAPITRE HE

Les courants électriques, en traversant les tissus vivants, agissent de deux facons bien distinctes. Ils provoquent d’une part des changements dus aux propriétés mêmes des courants électriques, et d’une autre part ils agissent indirectement en mettant en Jeu les propriétés inhérentes aux tissus qu'ils parcourent. La première action est purement physique, elle est le résultat du passage de l'électricité dans un corps quelconque. Sans vouloir nous aventurer dans la discussion de la nature des phénomènes électriques, et rechercher si l'électricité est une forme du mouvement de l’éther, nous pouvons cependant constater que le passage de électricité dans un corps conducteur a pour conséquence

un changement moléculaire de ce corps, qui, sous cette mfluence, acquiert despropriétés nouvelles. Sile corpstraversé ést un corps simple, fun métal, parexemple, les phénomènes consécutifs au passage de l'électricité sont purement physiques; si le corps au contraire est un corps composé, le résultat est déjà plus complexe, le changement moléculaire

déterminé par le passage de l'électricité suscite en même temps des décompositions ou des combinaisons nouvelles, et aux phénomènes physiques viennent s'ajouter des phénomènes chimiques. Dans les tissus vivants, qui ont leur activité propre, l'influence des courants électriques est encore plus compliquée, car non-seulement les changements physiques et Chimiques existent toujours, mais le jeu normal des molécules organiques se trouve modifié.

Nous croyons utile d'étudier séparément ces différentes actions, afin de bien déterminer, dans les phénomènes qui accompagnent le passage de courants électriques dans les tissus vivants, Ceux qui appartiennent aux courants électriques mêmes, et ceux qui résultent de l'excitation qu'éprouvent les tissus.

I. — Les phénomènes physiques de l'électricité sont la lumière, la chaleur et le transport mécanique des corps.

En traversant les tissus vivants, l'électricité ne produit aucun phénomène de lumière, et cela est tellement évident, d'après les lois physiques, qu'il serait oiseux d'insister sur ce point.

Cependant la lumière électrique à quelques applications en médecine. C’est ainsi que M. le docteur Millot a cherché à l’employer pour éclairer, pour ainsi dire, l’intérieur du corps. Ses recherches ne sont point encore terminées, mais dans certaines conditions, comme nousl’avons constaté nousmêmes, on peut par ce procédé distinguer certaines formes des organes internes.

Son appareil consiste dans un tube épais de verre où sont renfermés les deux pôles d’une forte pile. Il introduit ce tube en verre dans les ouvertures naturelles du corps, dans le rectum, par exemple, et l'appareil une fois placé, il fait

circuler le courant qui produit une vive lumière. Dans les cas favorables on peut alors apercevoir la place et la forme des organes, tels que la matrice, les intestins, etc.

M. Miliot a également employé la lumière électrique pour éclairer les régions que l’on examine au moyens de spéculums. C'est surlout pour l'examen de l’arrière-gorge et du larynx que cette lumière offre de grands avantages, et qu’elle sera d’une grande utilité pour les médecins.

IL. — Il se produit un dégagement de chaleur dans tout conducteur qui, tout en transmettant un courant, présente quelque résistance à son passage. Les tissus vivants étant des corps mauvais conducteurs, se trouvent naturellement dans ce cas. Nous avons essayé de constater ces effets, et nous avons d’abord employé pour cette étude un appareil thermo-électrique. Nous espérions, d'après nos premiers essais, avoir trouvé des résultats assez marqués, mais nous reconnümes bientôt notre erreur, car les déviations de l'aiguille du galvanomètre étaient dues à des courants électriques, et non à des changements de température. Cette cause d'erreur étant toujours à craindre dans des expériences de ce genre, malgré toutes les précautions que l’on peut prendre, nous eûmes recours à des thermomètres trèssensibles. M. Walferdin voulut bien mettre à notre disposition des thermomètres qui accusent plus d'un centième de degré; mais, même avec ces appareils, nous n'avons pas pu constater, d’une manière bieu exacte, des différences de température dues au passage de courants électriques (1). Les conditions, d’ailleurs, dans lesquelles on est

(1) Que M. Walferdin nous permette de lui témoigner ici toute notre reconnaissance pour l'extrême obligeance avec laquelle il a bien voulu mettre ses instruments à notre disposition et nous aider ‘dans nos recherches.

ONIMUS ET LEGROS. 9

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