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DES DIFFÉRENCES D EXCITABILITÉ

ce même membre, produira l'excitation des nerfs sensitifs et pourra donner lieu à des actions réflexes ; l’action des courants sur les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs est donc en grande partie indépendante l’une de l’autre.

Tout changement dans l'intensité d'un courant produit dans le nerf une excitation d'autant plus forte que le changement est plus rapide (Du Bois-Reymond). On peut done, en n’augmentant le courant qu'avec une extrème lenteur, faire agir sur les nerfs un courant assez intense sans qu’il y ait de contraction. Pour cela, il faut, sans déterminer la moindre interruption, ajouter peu à peu laction d’un nouvel élément. On évile ainsi la secousse initiale qui est toujours désagréable et qui effraye quelquefois les malades. Ce procédé est surtout utile lorsqu'on électrise la tête ou les régions cervicales, car on ne détermine ainsi ni phosphène, ni ébranlement. À l'ouverture du courant, il se forme un courant en sens inverse, et ce courant est d'autant plus fort que le courant employé a eu plus d'intensité; 1l est donc également nécessaire, au lieu d’enlever brusquement les rhéophores, de diminuer le courant peu à peu. On évite ainsi la secousse de rupture du courant et le courant de polarisation. On peut, dans ce cas, ou faire glisser lentement le rhéophore sur des parties avoisinantes où l’épiderme n’est pas humecté, ce qui affaiblit la force du courant; ou diminuer le nombre d'éléments sans produire d’interruptions au moment où l’on élimine un ou plusieurs éléments. Cette dernière méthode s'obtient au moyen d’un artifice de construction que nous avons sigualé dans les appareils à courant continu.

Pour la tête surtout, il est important de ne jamais cesser brusquement l’électrisation : car le malade éprouve, lors-

qu’on ne tient pas compte de cette précaution, une secousse et un vertige souvent assez forts. C'est surtout le vertige qu'il faut éviter; pour cela, il est toujours bon de diminuer peu à peu le courant, quoique le malade n’accuse aucun phénomène de ce genre pendant l’électrisation ; ou ne peut, en effet, se guider d’après ce qui se passe pendant le momént de l'électrisation, le vertige n’apparaissant la plupart du temps qu'au moment de la rupturé du courant.

$S 9, — Des différentes opinions émises sur l'influence de la direction

des courants.

Nous ne pouvons mentionner et discuter dans ce chapitre toutes les opinions qui ont été émises sur l'influence des courants électriques lorsqu'ils agissent directement sur les nerfs ; nous n’étudierons que les plus récentes et celles qui ont été soutenues par des savants dont l'autorité est justement considérable.

M. Claude Bernard, dans ses Leçons sur la physiologie et :

la pathologie du système nerveux, donne les conclusions suivantes (1) :

«<a. Un nerf placé dans les conditions organiques normales, apte à transmettre les excitations volontaires, ne donne jamais, lorsqu'on l’excite par le galvanisme, qu’une seule contraction, contraction qui a lieu an moment où l’on ferme le courant, quelle que soit sa direction.

» bd. Le nerf, dans ces conditions, ressemble au muscle qui ne se contracte jamais qu’à l'entrée du courant, quel que soit le sens de celui-ci.

» c. De sorte que les actions des courants dérivés, si im-

(1) Page 185.

RSA Re. Ni — De 2." = : de

portantes à considérer sur les nerfs séparés de l'individu, sont sans action sur le nerf à l’état physiologique. »

Quelques pages plus loin (1), M. Claude Bernard ajoute encore les conclusions suivantes, qui ne sont, pour ainsi dire, que le corollaire des propositions ci-dessus. |

» d. Les phénomènes que le nerf présente sous l'influence d’un excitant diffèrent beaucoup selon qu'il est contus, lésé, coupé, ou selon qu'il est frais et dans des rapports normaux.

» e. Tout ce que l’on a dit des différents sens dans lesquels peut se faire la contraction ne s’applique pas au nerf sain, qui offre toujours les mêmes réactions, quel que soit l’excitant auquel on le soumette et de quelque facon qu’on applique cet excitant. »

Nos propres expériences confirment plusieurs des conclusions de M. Claude Bernard ; et dès le commencement, nous avons tenu compte de la proposition d, qui est trèsimportante et qui explique la plupart des contradictions qui existent entre différents expérimentateurs.

Nous sommes également arrivés à cette conclusion que l’action des courants dérivés n’est manifeste que lorsque la “partie du nerf parcouru par un courant n’est plus excitable, ce qui se rapproche beaucoup de la conclusion c de M. Claude Bernard : « Les actions des courants dérivés, sl importantes à considérer sur les nerfs séparés de l'individu, sont sans action sur le nerf à l'état physiologique. » Notre conclusion diffère de celle de M. Claude Bernard en ce que nous Croyuns que, lorsque le nerf est frais et très-excitable, les courants dérivés n’ont aucune action bien mani-

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feste, que le nerf suit séparé où non de l'individu. D'un autre côté, il faut reconnaître cependant, comme le prouvent les expériences faites avec. le galvanomètre et comme le démontrent les phénomènes de phosphène et de goût métallique, que les courants dérivés existent réellement et qu'ils ont une influence plus ou moins considérable. Quant aux propositions 4, à et c, nous les croyons incomplètes : car, comme nous l’avons déjà dit, il faut distinguer les cas où l’on agit uniquement sur les nerfs et les cas où l’on agit sur le nerf et sur le muscle. Si, dans ce dernier cas, la contraction a lieu surtout au moment de la fermeture, il n’en est pas moins vrai que la direction des courants offre une influence très-marquée et que, dans certaines conditions, 1l y a une forte contraction à l'ouverture du courant. Nous ne pouvons assez revenir sur ce fait: qu'il est manifeste que la direction des courants à une grande influence sur l’ordre et l’énergie des contractions, et qu'il est important au physiologiste et au médecin d’eu tenir compte. Nous verrons, à mesure que nous étudierons les cas pathologiques, combien cette distinction est capitale, et au point de vue purement physiologique, nous renvoyons

pour ces faits au $ 1 et au $ 2 de ce chapitre, où nous

mentionnons des différences très-marquées dépendant de la direction des courants. Cette différence a été constatée de tout temps depuis Aldini et Volta, et nous nous appuyons, pour poser les lois que nous avonsénoncées, non-seulement sur des faits que nous avons observés, mais encore sur les recherches minutieuses et exactes de Matteucci.

M. Duchenne (1) ne croit pas que la direction des cou-

(1) Loc, ei; p. 107.

rants ait une influence quelconque. « 1] ressort, dit-il, de mes recherches que le courant direct est complétement impuissant contre l'anesthésie musculaire et cutanée, de nièême que j'ai vu ce courant n'exercer dans l’état normal aucune mfluence spéciale appréciabie sur la sensibilité. »

« En résumé, l'action physiologique ou thérapeutique de la direction d'un courant continu dans les nerfs est complétement illusoire chez l'homme. »

Cette proposition de M. Duchenne est plus qu’une erreur, c'est une négation complète des travaux faits par tous les savants qui se sont occupés d'électrothérapie. Les faits que nous avons cités et ceux que nous allons encore mentionner suffisent d’ailleurs pour réfuter complétement l'opinion de M. Duchenne...

Mariant (4), Maiteucei (2), Remak (3) et plusieurs antres auteurs, ont avancé que le courant ascendant agit plus énergiquement sur les nerfs moteurs, et que les nerfs sensitifs sont excités plus fortement par un courant descendant, admettant en même temps que la paralysie des nerfs est un fait analogue à celui qu'on peut produire par les courants constants, ayant toujours la même direction; ils en ont conclu qu'on doit traiter les paralysies de mouvement par les courants ascendants, et les paralysies des nerfs sensitifs par les courants descendants. D'après les expériences que nous avous citées, c'est au contraire la direction opposée qui doit être préférée dans chacun de ces cas.

(4) Mariani, Mémoire lu à l’Athénée de Venise (Annales de chimie et de physique, 1834).

. (2) Traité des phénomènes électro-physiologiques des animaux. 1844, ne 2700 |

(3) Galvanothérapie. Paris, 1866, p. 23.

Matteucei rapporte en même temps que l’on peut, au moyen des courants constants, faire disparaître les contractions tétaniques chez une grenouille empoisonnée par la strychnine, et que, dans ce cas, la mort survient sans qu’aucune contraction ait lieu. Pour remplir le but de cette expérience, lé courant ascendant, dit Matteucci, est préférable au courant descendant, le premier produisant moins de contraclions d'entrée.

Cette dernière phrase nous donne l'explication de l’opinion erronée, à notre avis, de ces différents auteurs. Il est vrai, et nous l'avons indiqué, que le courant ascendant détermine dans certains cas moins de contractions que le courant descendant; mais cette différence n’est exacte que lorsque les actions réflexes sont diminuées ou abolies. Au bout d’un certain temps, dans les cas de tétanos même, le courant ascendant, aussi bien que le courant descendant, doit amener un arrêt des contractions tétaniques ; car l’un comme l’autre maintiennent les nerfs dans un état permanent d'état moléculaire, qui, restant constant, ne peut déterminer aucune contraction musculaire. L’excès d'irritation peut même produire cet effet, mais 1l nous paraît dangereux de chercher, comme le veut Nobili, à émousser le nerf dans le tétanos, et il vaut mieux ne pas agir sur les nerfs sensitifs et employer le courant qui de suite, selon nous, fait cesser les contractions réflexes; or, ce courant est le courant descendant.

En 1838, Matteucci, agissant d’après ces idées théoriques, essaya, avec le docteur Farina, de guérir un tétanos traumatique au moyen d'un courant constant par une pile

de trente à quarante éléments.— Un courant ascendant fut -

dirigé du sacrum à la nuque, Les contractions tétaniques

Pr PRE

cessèrent, mais le malade n’en mourut pas moins. Or, dans cette méthode d’électrisation, loin de diminuer l’excitabilité de la moelle, on l’a encore augmentée, et si la guérison n’a pas eu lieu, cela peut parfaitement tenir à cette excitation permanente de la moelle, excitation qui nous paraît certaine, quoique les contractions tétaniques aient cessé.

Nous reviendrons sur ce sujet dans le paragraphe où nous étudierons l’action des courants électriques sur les actions réflexes; mais, dès maintenant, on peut juger de l'influence en thérapeutique des expériences physiologiques. 1 est d'une importance capitale d'être bien fixé sur les propriétés physiologiques des différents modes d’électrisation, et c’est parce que nous sommes persuadés de la vérité de cette proposition que nous croyons utile d’insister longuement sur ces faits, au risque de nous répéter plusieurs fois.

$ 10. — pe l'influence des courants d'induction sur les nerfs

périphériques.

a. Les courants d’induction ont sur les nerfs périphériques une influence très-différente de celle déterminée par les courants continus. Ici, comme dans l’action des divers courants électriques sur les muscles, nous pouvons nous assurer de l'erreur des médecins qui veulent assimiler les courants d’induction et les courants continus, et ne voir, dans les effets obtenus, qu'une différence d'intensité.

Sur les animaux assez petits (grenouilles, rats, lapins, etc.), les courants d’induction, même très-faibles, déterminent une contraction permanente du muscle et des phénomènes de sensibilité qui durent aussi longlemps que le nerf n'a pas perdu son excitabilité. Il faut remarquer que pour les

courants d’induction, l'extra-courant seul donne un courant dirigé constamment dans le même sens. Sur des animaux trés-forts, et en employant des courants faibles, M. Chauveau est parvenu à distinguer des différences tenant à la direction de ces courants, ou mieux au contact de l'un ou de l'autre des deux pôles. Pour ce physiologiste, c’est toujours le pôle négatif qui seul est excitant.

Chez la plupart des animaux et chez l’homme, il est difficile de trouver une différence bien notable dans la direction des courants. Appliqué directement sur un nerf, l’extra- . courant donne toujours lieu à une contraction tétanique du Muscle, que le sens du courant soit ascendant ou descendant. Si les courants induits ne se succèdent pas rapidement, les contractions, au lieu d'être tétaniques, sont successives et n'ont lieu qu'après un relâchement momentané du muscle. Mais que les intermittences soient lentes ou rapides, on obtient toujours le résultat suivant :

L’excitation d'un nerf mixte par un courant induit donne lieu à des contractions des muscles et à des phénomènes de sensibilité. |

La direction des courants d'induction n'a pas en général d'influence bien marquée.

b. En electrisant un nerf avec des courants interrompus, on obtient au galvanomètre une déviation négative de l'ai-

guille du galvanomètre (Du Bois-Reymond). Cette dévia- …

tion, qui a été attribuée à la formation d’un courant de sens inverse, est due plus vraisemblablement à la disparition de tout courant électrique (Du Bois Reymond), car au bout de peu de secondes, l'aiguille, au lieu de se maintenir au delà de zéro dans la direction opposée, revient à zéro et s’y maintient. |

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Ce phénomène se comprend facilement, si l’on admet que les courants électriques ne sont que le résultat des actions chimiques nécessitées par la nutrition. Pendant l'activité d'un organe quelconque, la nutrition est momentanément perturbée, ou mieux, les produits'de la nutrition se trouvent épuisés rapidement, et comme les courants interrompus maintiennent le nerf dans ‘un état d'activité très-intense, on comprend que les phénomènes électriques disparaissent.

Après fort peu de temps, un nerf électrisé par un courant d'induction perd toute excitabilité ; ses fibres motrices ne déterminent plus, sous l'influence d’un excitant, la contraction des muscles, et ses fibres sensitives deviennent complétement Imsensibles.

ce. Nous avons déjà mentionné la loi suivante : Une excilation électrique portée sur un nerf est d'autant plus forte que le changement est plus rapide.

Cetie loi nous explique l’action puissante des courants induits, car ils possèdent au plus haut degré la propriété d'agir rapidement. Eux-mêmes sont produits avec une rapidité étonnante, et par conséquent ils parcourent le nerf avec une grande vitesse et en changeant promptement l'état moléculaire des éléments nerveux.

La valeur excitante momentanée d’un courant dépend de sa rapidité d'action ; si l’on décrit une courbe qui indique la variation de l'énergie des contractions selon le temps employé par le courant pour parcourir une même fibre nerveuse, on obtient le summum de la courbe lorsque celle-ci monte et descend le plus perpendiculairement.

De cette même loi il résulte que l’on peut produire sur

un nerf une excitation très-forte avec une force de cou- ONIMUS ET LEGROS. 18

rant très-faible; il suffit pour cela de le diriger rapidement sur le nerf et de l’en faire sortir avec la même rapidité. Or, les décharges d'électricité par frottement et les courants d'induction se dégagent avec une extrême vitesse et s'éteignent de même.

C'est dans cette loi qu’il faut chercher la cause de l'ex=

citation si énergique des courants d’induction sur les nerfs moteurs et sur les muscles; ils changent rapidement et brusquement l’état moléculaire du nerf, et c’est avec raison que M. Chauveau admet que leur effet physiologique est le résultat d’un ébranlement mécanique imprimé aux molécules placées sur leur passage.

L’excitation du nerf par les courants d’induction est donc produite par un changement brusque et plus ou moins Imtense de son état moléculaire statique; plus, avons-nous dit, ce changement est rapide, plus l'excitation est forte. Cependant, il y a dans cette rapidité même une certame limite, au delà de laquelle l’excitation n’est plus produite, car le changement moléculaire du nerf n’a pas eu le temps de se produire. Cela n’arrive presque jamais avec un nerf sain, quoique l’on puisse parvenir, même dans ces conditions, à ne pas tétaniser le muscle lorsqu'on emploie des courants d’induction à interruptions excessivement rapides. Dans ce cas, 1l n’est pas exact de dire que les interruptions sont tellement rapprochées qu'elles donnent lieu à un courant qui a les mêmes propriétés que les courants continus ; car ceux-ci ont une influence toute différente, comme le prouvent l'expérience et les faits cliniques.

d. Un nerf parcouru pendant quelque temps par des courants d'induchon, perd complétement son excitabilité a la fermeture comme à l'ouverture.

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