CRAMPE DES ÉCRIVAINS
l'un d’eux indifféremment, l’un sur les muscles, et l’autre sur le plexus brachial. Nous n'avons pas aggravé le mal; mais nous n’avons obtenu aucun résultat, malgré un traitement assez long. |
Chez un des malades, nous avons essayé les injections de curare sans aucun succés ; des frictions opiacées ont un instant amené un peu d'amélioration. Ce résultat semblerait plaider en faveur de l'hypothèse d’une névrose réflective et démontrer l'avantage de diminuer l’excitabilité des nerfs sensitifs. Dans deux cas que nous avons eu à traiter récemment, et surtout dans l’un d'eux, nous avons obtenu des résultats avantageux. Dans l’un, l'affection cependant est loin d’être guérie, mais 1l y a eu de l'amélioration; dans l’autre cas, les crampes ont complétement disparu, ou du moins n'apparaissent jamais, si le travail manuel ne va pas jusqu'à la fatigue. Ce cas se rapporte à un graveur qui se plaignait de crampes lorsqu'il gravait ou lorsqu'il écrivait. M. Duchenne, consulté en premier lieu, avait méconseillé l'emploi de tout traitement électrique. Ce malade ne pouvait plus faire de traits fins et réguliers, et dès qu'il voulait travailler ou écrire, ses doigts se raidissaient sur la plume ou sur le burin. Nous lui fimes passer un courant descendant pendant près de dix minutes, sur le bras malade, en mettant le pôle positif sur la nuque et le pôle négatif sur les muscles de l’avant-bras, surtout sur ceux du pouce, et l’électrisation fut continuée pendant deux mois (trois séances par semaine), et aujourd'hui, plus d’un an après ce traitement, nous avons eu l’occasion de constater que l’amélioration s’était maintenue.
Dans le moment même, nous traitons un malade attemt de cette affection, et nous avons observé chez lui que pen-
dant l’électrisation, il pouvait mieux écrire, et sentait sa main moins roide.
Tic convulsif des muscles du cou. — C'est ordinairement le trapèze et le sterno-cléido-mastoïdien, et souvent ce dernier muscle seul, qui sont affectés de spasmes. Ceux-ci sont le plus*souvent toniques et limités à un seul côté. Ce début de la maladie est en général lent, et les contractions disparaissent pendant quelque temps à différents intervalles avant de devenir persistantes.
Nous avons traité un seul cas de ce genre et sans résultat ni avec les courants induits, ni avec les courants continus. En général, les guérisons de ces cas par les courants électriques sont rares. Meyer (de Berlin) cite un cas de spasmes cloniques des muscles du cou, chez un soldat, guéri en cinq séances, en faradisant isolément chacun des muscles. Benedikt cite quelques cas de spasmes toniques, avec hypertrophie musculaire, qui ont été heureusement modifiés par les courants continus employés simultanément avec des injections d’atropine ou un traitement hydrothérapique.
Paralysies périphériques.
Les paralysies périphériques sont produites chaque fois que les nerfs moteurs sont séparés des centres par une cause traumatique ou par une modification de texture qui leur fait perdre leur excitabilité.
Les paralysies traumatiques, à la suite de la section d un
nerf, et les paralysies du nerf facial, offrant un intérêt tout particulier sous le rapport de la contractihité des museles paralysés, nous renvoyons leur étude au chapitre consacré à l'influence des courants électriques sur le système mus
js) RS HORS
culaire. Il ne nous reste donc à considérer que les cas de paralysie périphérique à la suite d’une contusion ou d’une pression exercée sur les troncs nerveux et certains cas de paralysies rhumatismales.
Paralysies à la suite de compression ou de contusion. — Les paralysies sont produites à la suite de la compression d'un nerf par des tumeurs de diverses natures, par la destruction des nerfs compris dans des foyers de suppuration, des eschares, des appareils de bandage, ou des tumeurs siégeant dans les nerfs eux-mêmes. Dans tous ces cas, le traitement électrique ne peut être employé que lorsque la cause de la compression est enlevée; 1l est complétement inutile lorsque la cause subsiste. Lorsqu'on peut, soit exürper la tumeur, soit guérir la carie, etc., le traitement électrique est simple et à moins que le nerf ne soit complétement altéré, les résultats en sont toujours très-satisfaisants. Dans ces cas, 1l y a toujours une atrophie musculaire plus ou moins grande, et il faut donc diriger le traitement sur les neris et sur les muscles, et employer en même temps les courants continus et les courants induits : les couranis continus pour agir sur la nutrition générale et surtout pour ramener l’excitabilité des nerfs ; les courants induits pour agir sur le fonctionnement des muscles.
Dans l'application des courants continus, on place le pôle positif sur la moelle ou, dans tous les cas, au-dessus du point lésé, et le pôle négatif sur le point lésé ou un peu audessous, afin de comprendre la partie malade du nerf entre les deux pôles.
Comme l’atrophie musculaire est presque toujours simple,
on pourra avec avantage électriser les muscles localement avec des courants induits.
Lorsque l’altération nerveuse où musculaire est due à la compression causée par un appareil ou un bandage, il faut employer le même procédé, et, dans presque tous ces cas, le succès est certain.
À la suite de fractures, il arrive souvent que les troncs nerveux peuvent être contus ou lésés, ce qui entraîne une paralysie et une atrophie des muscles innervés. M. Lejeune (1) a réuni quelques cas de ce genre, dans lesquels il a observé des atrophies musculaires consécutives trèsconsidérables. Il à pesé comparativement Îles muscles du côté sain et ceux du membre lésé. Du côté sain, les trois portions du muscle triceps crural réunies pesaient 14125 grammes, tandis que du côté malade elles ne pesaient que 651 grammes.
M. Ollivier, dans sa thèse d’agrégation, rapporte deux cas de paralvsie de ce genre qui lui ont été communiqués par M. Duchenne.
— Un homme qui s'était brisé le condyle interne de l’humérus à l’âge de onze ans, vit survenir peu à peu un amaigrissement ect une faiblesse progressive de la main droite, On constata, quelques années plus tard, que les muscles de la région hypothénar étaient atrophiés, ainsi que les interosseux. La contractilité électro-musculaire avait disparu.
— Trente jours après une fracture du col de l'humérus, à la levée de lappareil, on s’aperçut qu'il y avait une paralysie des muscles de la face postérieure de l’avant-bras. Pendant que le membre se trouvait dans l'appareil, des douleurs s'étaient manifestées dans l’index et le pouce.
Deux mois plus tard, on reconnut une atrophie des muscles extenseurs de l’avant-bras. La faradisation fut employée et les muscles recouvrèrent peu à peu leurs fonctions.
La simple contusion peut quelquefois amener une paralysie. Chez les enfants nouveau-nés, l'application du forceps
(4) Thèse de doctorat. Paris, 1859.
44 à RRONUIR ur. 0 LÉ RAUTAS
amène quelquefois des paralysies de ce genre, et dans certains cas d’atrophie des bras chez des enfants, M. Guéniot a montré que l’atrophie était due à une contusion du plexus brachial.
« Les phénomènes du premier degré de la contusion brusque d’un nerf sont connus : le blessé éprouve immédiatement une très-vive douleur, qui se propage aux extrémités du nerf, sous forme de picotements ou d’engourdissements; puis la douleur diminue et cesse progressivement. Cependant les choses ne se passent pas toujours d'une façon aussi simple, et l’on a vu, trois ou quatre semaines après une contusion du nerf cubital, qui n'avait pas été trop violente, et alors que toute douleur locale avait depuis longtemps disparu , la force et la sensibilité diminuer dans la main, les mouvements y devenir pémbles et mal assurés, enfin peu à peu une paralysie des interosseux s'établir définitivement (1). »
M. Demarquay a observé une atrophie des muscles de l'épaule et du bras à la suite d’une violente contusion de l'épaule. (Bull. de la Société de chirurg., 1853.)
Les luxations, surtout celles de l’épaule, donnent lieu très-souvent à des paralysies et à des atrophies consécutives des muscles du membre supérieur. Les paralysies à la suite de luxations coxo-fémorales sont très-rares : nous en avons observé un cas que nous relatons ici :
Paralysie de la jambe à la suite d'une luxation coxo-fémorale. — Leguain, âgé de quarante-six ans, ouvrier terrassier, à reçu sur la cuisse gauche un grand bloc de terre mélangée avec de gros cailloux, le 29 mai 1868. Aussitôt, il ne put se tenir debout, et crut être pris d’une crampe
(4) Follin, Traité de pathol. externe, tome IT, p. 227.
dans toute la jambe gauche. Transporté à l'hôpital de Meaux, on constata une luxation du fémur ; le genou était porté en avant et fortement en dedans ; la cuisse était légèrement fléchie sur le bassin, et la jambe sur la cuisse ; le raccourcissement en était très-considérable (la luxation était probablement une luxation ilio-ischiatique).
Une heure après l’accident, le malade éprouve des douleurs très-fortes dans toute la jambe. Ces douleurs étaient très-prononcées dans les orteils et surtout dans le gros orteil. La sensibilité était en même temps très-affaiblie. En piquant le pied en différents endroits avec une épingle, le malade ne sentait pas la piqûre. On le chloroforma et l’on remit la luxation douze heures après l'accident.
La luxation remise, le malade n’éprouve plus de douleurs, mais seulement de l’engourdissement ; il ne peut se lever ni marcher.
Six jours après son entrée à l'hôpital, il est pris d’un érysipèle de la face. Cet érysipèle débute par le côté gauche, il s'étend au cuir chevelu et reste limité au côté gauche. Les cheveux ne sont tombés que de ce seul cÔté.
L'érysipèle dure une huitaine de jours ; dès qu’il est en voie de guérison, le malade éprouve dans toute la jambe des douleurs très-fortes, et qui sont tellement violentes qu’elles l’empêchent de dormir. Il reste, dans cet état, un mois à l'hôpital de Meaux, quitte l’hospice après ce laps de temps, et garde le lit pendant un mois chez lui. Il suit, pendant ces deux mois, différents traitements, dont les principaux consistent en bains de vapeur, en fumigations, en frictions avec l'alcool camphré, et enfin, en applications de plaques galvaniques. Il entre, après cette époque, à l'hôpital Lariboisière (service de M. Hérard), ne pouvant toujours pas marcher, mais se plaignant surtout des douleurs violentes qu’il éprouve dans la jambe. On lui fait successivement des injections sous-cutanées avec une solution d’hydrate de morphine et des pulvérisations d’éther sur le mollet. Ce dernier traitement calme ie malade momentanément, mais les douleurs reviennent souvent plus fortes après, et la jambe ne peut plus être réchauffée pendant toute la journée.
Ces douleurs, cependant, finissent par diminuer un peu, et le malade, au bout de vingt jours, est transporté dans le service de chirurgie de M. Verneuil. Il y reste pendant deux mois et demi, et est traité par la noix vomique à l’intérieur et des applications de courants induits sur les muscles atrophiés. Malgré ces traitements, l’état ne parvient point à s'améliorer et l’atrophie musculaire surtout continue à faire des progrès.
C’est alors, c’est-à-dire cinq mois après l’accident, que M. Verneuil nous pria d'essayer l’emploi des courants continus. À ce moment, l'état
du malade était le suivant : la jambe gauche était considérablement amaigrie, elle était, au toucher, sensiblement plus froide que la jambe droite ; il y avait en même temps dans Le pied un peu d'œdème qui était surtout prononcé autour de l'articulation tibio-tarsienne.
Le malade pouvait plier la jambe et la soulever ; mais ces mouvements étaient très-faibles, la flexion surtout était facile à empêcher avec une légère résistance. Il ne pouvait plus soulever le pied, ni étendre les orteils ; Ja flexion des orteils pouvait encore avoir lieu, mais elle était très-limitée.
La sensibilité était en grande partie abolie tant au toucher qu’aux changements de température, mais la pression était douloureuse. Le malade souffrait toujours beaucoup de sa jambe, et ne pouvait s’y appuyer à cause des douleurs que cela lui occasionnait. Il ne pouvait pas marcher et faisait à peine deux ou trois pas en s'appuyant sur des béquilles.
La contractilité électro-musculaire était très-affaiblie dans tous les muscles fléchisseurs de la jambe; elle était un peu mieux conservée dans les muscles extenseurs, surtout dans le droit antérieur. — Les muscles du mollet se contractaient très-faiblement sous l'influence des courants induits, mieux sous l'influence des courants continus.
La contractilité électro-musculaire des muscles péroniers, du jambier antérieur et de l’extenseur commun des orteils existait encore il y a six semaines, elle a disparu peu à peu, depuis cette époque. C'est M. Laurent, interne du service, qui nous a donné ce renseignement. Ces muscles se contractent légèrement sous l'influence des courants continus.
Tous ces muscles étaient morts et atrophiés; la sensibilité de la peau, sous l’influcnce des différents courants électriques, était beaucoup diminuée, |
Nous fimes passer chaque fois pendant vingt-cinq à trente minutes un courant descendant sur la jambe malade.
Nous mettions le pôle positif sur la partie lombaire de la moelle et le
pôle négatif, pendant une partie de la séance, était promené sur les muscles et en même temps nous faisions quelques interruptions. Au commencement et à la fin de la séance, nous maintenions le pôle négatif immobile dans le creux poplité ; ou bien, nous le placions dans un vase d’eau dans lequel nous faisions plonger le pied.
Au bout de dix séances, l’œdème de la partie inférieure de la jambe avait presque disparu ; les douleurs que ressentait presque constamment le malade avaient été dissipées ; les nuits étaient bonnes; le malade pouvait facilement se tenir et marchait sans grande fatigue, mais en sc servant toujours de béquilles.
Au bout de vingt séances d’électrisation, l’œdème avait complétement disparu ; plus de douleurs, ni dans le lit, ni en s’appuyant sur la jambe. — Les fourmillements qui, après les premières séances avaient reparus, n’existaient plus.— La contractilité électro-musculaire n’était pas beaucoup augmentée, et les courants induits ne déterminaient toujours aucune contraction sur les muscles extenseurs du pied, et de très-faibles sur la plupart des muscles du mollet. Mais les muscles de la cuisse et du mollet avaient augmenté de volume, et surtout étaient devenus plus fermes et se contractaient avec force par la volonté. Le malade pouvait soulever légèrement le pied, ce qui lui était impossible avant le traitement ; donc les muscles, extenseurs des orteils, jambier antérieur, péronicrs, qui ne se contractaient pas il y a un mois, n1sous l'influence de la volonté, ni sous celle des courants induits, mais qui se contractaient légèrement par les courants continus, se contractent marntenant sous l’influence de la volonté, mais pas encore sous celle des courants induits. Les courants continus seuls produisent la contraction de ces muscles.
Le malade peut maintenant marcher sans béquilles, et même sans canne. Nous le prions de retourner à l'hôpital Lariboisière, où MM. les docteurs Verneuil et Hérard, et leurs élèves, constatent la grande amélioration que le malade a éprouvée depuis que nous avons commencé le traitement. Le malade fait sans canne un chemin assez long et peut monter les escaliers.
Après la vingt-septième séance, l’état s’est encore beaucoup amélioré ; la marche est facile, et les muscles sont, la plupart, revenus à leur état normal. Les muscles de la cuisse sont encore un peu atrophiés, mais ils sont en voie de guérison, et leurs contractions sont énergiques. Les muscles antérieurs de la jambe sont toujours les plus atteints, et leur contraction est toujours faible. — Cependant les courants induits commencent à y déterminer de légères contractions.
Le traitement consiste toujours à appliquer le pôle positif sur la partie inférieure de la moelle et à placer le pôle négatif sur les nerfs de la jambe. — Toujours au commencement et à la fin de la séance nous maintenons le courant sans interruption, et ce n’est que pendant quelque temps que nous promenons, en faisant de légères intermittences, le. pôle négatif sur les muscles atrophiés,
Le malade ne put rester à Paris jusqu’à sa guérison complète, et il retourna dans son pays ; à cette époque, il pouvait marcher, et n'avait plus que des atrophies simples, en voie de guérison.
PARALYSIES PÉRIPHÉRIQUES. 991 Les paralysies atrophiques du membre supérieur, consé- … cutives à une luxation scapulo-humérale, ont été observées
- par plusieurs médecins (Debout, Empis, Le Bret, etc.).
. M. Duchenne en cite un cas très-remarquable (1), et sur - lequel nous aurons l’occasion de revenir. Malgaigne et . M. Empis ont étudié ce sujet d'une manière très-étendue, » surtout au point de vue étiologique, Malgaigne, n'ayant ja- + maïs pu, sur le cadavre, produire la déchirure des nerfs du … plexus brachial, quelque traction qu’il eût exercée sur le — membre supérieur, avait attribué cette paralysie à une
- comvnotion du plexus. Il est certain que cette dernière cause suffit à elle seule pour produire une paralysie dans beau- | coup de cas, mais dans la plupart des observations de ce ne peur et surtout dans celle que nous allons relater, nous poor qu’il y a eu plus qu’une commotion et que les nerfs . ontété comprimés pendant tout le temps de la luxation et 4 Bin contus et déchirés.
D'ailleurs, s’ilest vrai que la luxation faite sur les ca- . davres peut difficilement amener la déchirure du plexus brachaal, 1l existe cependant quelques faits dans lesquels on a constaté cette déchirure à la suite de [luxation.
- M. Empis, dans sa thèse (2), cite Flaubert qui a dé- … montré que des efforts violents peuvent amener la rupiure t la déchirure des nerfs du plexus brachial. Un cas de ce genre, dans lequel il y eut simultanément paralysie du membre supérieur et du membre inférieur du même côté, été suivi d’autopsie. On trouva : « Vers les muscles scalènes, les extrémités rompues des nerfs; ces nerfs avaient été rom pus ou plutôt arrachés à leur implantation sur la moelle;
i (A) Loc. cit. p. 179.
(2} Sur la de du membre supérieur à la suite de luxation du bras, ONIMUS ET LEGROS. 22
celle-ci, à ce niveau, est plus grosse que dans l’état nornial et présente un ramollissement tel qu’elle n'offre plus que la consistance d’une bouillie brun-rougeûtre, où la substance grise semble confondue avec la blanche. »
Le cas que nous rapportons plus loin a été observé dans le service de M. Trélat, et la première partie de l'observation nous à été donnée par M. le docteur Championnière, alors interne du service.
. Blin Auguste, ouvrier carreleur, âgé de cinquante-sept ans, est entré à la Pitié, salle Saint-Gabriel, le 3 novembre 1869. Le 2 novembre, il s'était luxé l'épaule droite dans une chute.
La luxation est réduite le À novembre. La luxation était sous-coracoïdienne ; elle fut réduite avec une grande facilité, en exerçant des tractions continues et modérées sur le membre placé horizontalement: Pas de chloroforme. Aucune traction douloureuse,
Une écharpe fut mise et le malade dut rester ainsi six jours sans faire aucun mouvement.
Le sixième jour l’écharpe fut enlevée, et lon fut fort surpris de consteter que le malade ne pouvait faire agir son membre supérieur.
Presque tous les muscles de l’avant-bras étaient paralysés, les fléchisseurs seuls donnent quelques mouvements excessivement légers.
Les muscles du bras (biceps et triceps) étaient également paralysés, ainsi que le deltoïde. Cependant le malade pouvait y déterminer de faïbles contractions. |
Pendant quelques jours on donne des douches, on fait des massages et des frictions sans obtenir la moindre amélioration. Au contraire, le biceps, qui avait encore quelque puissance, la perdait peu à peu. L’électricité sous forme de courants induits fut régulièrement employée sans aucun bénéfice. La sensibilité se perdait progressivement dans la région interne de l’avant-bras, dans le petit doigt et dans l’annulaire.
Sons l'influence des courants induits, on obtient quelques légers mouvements dans les fléchisseurs des doigts ; il en revient également de très-faibles dans le triceps et dans le biceps ; mais peu à peu l'état du membre s’aggrava en ce sens que la main ct l’avant-bras devinrent le … siége d'un gonflement œdémateux.
Re : | . d
Tel était l’état du malade lorsque nous le vîmes, et que M. Trélat voulut bien noüs en confier le traitement. (22 décembre 1869.)
Lorsque nous le vîmes, il y avait une paralysie complète de tout le bras droit. — Les muscles de l'épaule seuls avaient gardé leurs mouvements et n'avaient pas subi d’atrophie.
Le deltoïde avait diminué de volume, ainsi que le triceps et le deltoïde. Cependant on pouvait encore distinguer les formes et les contours de ces muscles, Quant aux muscles de l’avant-bras et de la main, il était impossible d’en distinguer les formes. Ils formaient une masse commune, molle et sans relief. — Les muscles extenseurs surtout étaient atrophiés d’une manière considérable, et la main présentait un œdème tellement prononcé qu’on pouvait y déterminer des creux très-profonds en pressant en un point quelconque. On n'y distinguait le trajet d’aucune veine ; la main était violacée et très-froide au toucher. La peau était lisse et brillante. Le malade y ressentait constamment une sensation de froid, mais il n’accusait aucune douleur. Il existait, de plus, de l’arthrite dans presque toutes les articulations.
Tous les mouvements volontaires étaient abolis. La contractilité électro-musculaire existait seulement, et très-faible dans le deltoïde, dans le biceps et dans le fléchisseur commun des doigts. — Ni les courants con linus ni ceux fournis par des appareils électro-magnétiques ne déterminaient. de contraction dans tous les autres muscles.
La main était froide au toucher. Le malade n'y ressentait pas souvent l'impression du froid et accusait plutôt, par moment, une sensation de chaleur brûlante qui survenait comme par bouffées. La peau est lisse et luisante.
La sensibilité était presque complétement abolie dans le petit doigt et l’annulaire ; elle était très-émoussée dans les autres doigts et dans la
Main. Elle paraissait normale à l'avant-bras.
Nous commençâmes le traitement par les courants Mode le 99 décembre en ne faisant, les quatre premiers mois, que trois séances par Semaine. Le pôle positif était d’abord placé sur les vertèbres cervicales et le pôle négatif sous l’aisselle, près du plexus brachiel; après quatre où cinq minutes de ce mode d électrisation, on mettait le pôle positif sous l’aisselle et l’on promenait le pôle négatif sur le bras et l’avant-bras,
. en le laissant immobile quelque temps aux places où les nerfs sont plus
superficiels.
La contractilité électro-musculaire des muscles du bras revient un peu ; mais elle est bien plus marquée par les courants continus que par lés
courants induits. Elle est excessivement faible pour ceux-ci. A la fin du mois de janvier, tous les muscles du bras peuvent très-bien se contracter sous l'influence de la volonté ; mais pour les courants continus, comme pour les courants induits, il faut employer un courant très-énergique pour produire des contractions. Pour les courants induits, la contraction est toujourssuperficielle et localisée dans les fibres musculaires en contact direct avec les rhéophores. Pour les courants continus, on n’obtient des contractions qu'en agissant sur les nerfs, surtout en plaçant un des pôles sur les vertèbres cervicales et l’autre sur le plexus brachial.
Le malade ressent à cette même époque une démangeaison très-forte sur la peau de l’avant-bras. Les applications électriques y étaient bien plus sensibles que sur les autres parties du bras ou que sur le bras sain. Cette exaltation de la sensibilité était aussi forte pour les couranfs induits que pour les courants continus. Malgré cela, on continue le traitement ; mais en n’employant plus que les courants continus, et en faisant fort peu d’interruptions.
C’est également à cette époque que nous remarquons que les muscles du bras, qui ne se contractaient pas sous l’influence des courants induits ni de la volonté, commencçaient à se contracter un peu par des courants continus très-intenses. Les fléchisseurs des doigts se contractaient par la volonté et par les différents courants; mais les radiaux et le cubital antérieur ne se contractaient que sous l’influence des courants continus.
Le cubital postérieur et l’extenseur commun des doigts restent complétement inactifs sous l'influence de la volonté et par des courants induits excessivement énergiques. ls se contractent au contraire, mais très-faiblement sous l'influence de forts courants continus ; la contraction, en même temps, est un peu plus lente que sur des muscles sains.
Au moyen du harpon de M. Duchenne, nous extrayons une petite portion de muscle que nous examinons au microscope. La plupart des fibres ont subi la dégénérescence granulo-graisseuse ; on n’y distingue plus les stries, et le contenu est trouble et granuleux. Quelques fibres, cependant, n’ont pas encore subi une altération aussi prononcée, et l’on y observe, quoique moins distinctement qu'à l’état normal, les stries transversales. Nous pouvons donc conclure de cet examen histologique que lorsque des fibres musculaires commencent à subir la dégénérescence
granulo-graisseuse, elles ne se contractent plus sous l'influence des courants induits, mais qu’elles se contractent encore, quoique très-faiblement,
sous l'influence des courants continus. Au bout de douze nouvelles
séances, les muscles du bras ont complétement repris leur volume etleur
ee
de la coniractilité électro-musculaire,-et diverses altérations
Eden utrition.