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AFFECTIONS NERVEUSES DITES ESSENTIELLES

Hystérie,

L’hystérie présente différents symptômes dont les prineipaux, au point de vue du traitement électrique, consistent : È À, dans des troubles de sensibilité ; B, dans des troubles de 1 motricité. |

À. Les troubles de sensibilité sont d'un côté les hyperesthésies et de l’autre les anesthésies. | 1

Les hyperesthésies consistent surtout en dermalgie, c’est- M à-dire en une susceptibilité telle de la peau, que le moindre « contact, l'impression même de l’air, deviennent pénibles et douloureux. ; L'hystérie, qui sous tant de rapports a été proclamée un 1 protée insaisissable, présente également des bizarreries trèsremarquables sous le rapport de l’action des courants électriques, Ainsi, dans certains cas d'hyperesthésie, les malades M supportent parfaitement des courants électriques très-forts, tandis que d’autres ne peuvent endurer la plus légère électrisation. Un courant tellement faible qu'il est à peine senti sur la langue, détermine chez certains malades une douleur ä insupportable, Les uns ont une répugnance invincible pour M les courants induits; les autres, sans trouver ce mode d’électrisation trop douloureux, éprouvent, dit M. Duchenne, É. « une sensation toute spéciale qui occasionne des tournoiements, des éblouissements, ét un malaise général bientôt M

; HYSTÉRIE. 300 suivi d’une crise nerveuse ». Chez les uns, la faradisation musculaire à courant rapide amène un spasme nerveux, tandis que la faradisation de la peau avec un courant rapide et une sensation de douleur trés-violente, ne provoque pas le momdre accès DEL VEUX.

Pour les courants Continus, quelques malades les supportent très-facilement; d'autres, au contraire, témoi- gnent pendant leur application une sensation des plus désagréables, non de douleur, mais d’agacement. Chez ces … malades, 1! faut alors employer un courant très-faible, - et pour qu'il soit mieux supporté, nous usons souvent du procédé suivant, surtout lorsque l'affection est assez étendue - et qu'elle atteint par exemple tout un côté du corps ou les . deux membres. Nous plaçons les pieds dans un baim de - pieds, et les mains dans une cuvette remplie d’eau, et nous mettons un des pôles dans chaque masse d’eau. Pour lhystérie, à moins de conditions bien rares, nous placons le pôle . positif du côté des mains et le pôle négatif du côté des is È On commence par établir un courant très-faible, qu'on anginente peu à peu, mais qu’on ne laisse jamais assez intense pour être par trop désagréable. Dans ces conditions, les séances doivent être longues et il faut éviter toute - espèce d'interruptions. Mais encore une fois, ce ne sont pas . là des bains électriques, car l’eau dans ce cas remplace un - large tampon et n’agit que sur une région limitée. Plus la urface par laquelle pénétre un courant est grande, moins il LE d’excitation ; mais cependant il y a dans cette proposition même une certaine limite, car si l’on augmentait beauvup la surface électrisée, le courant non-seulement per- … drait de son action sous è rapport de son intensité, mais à agissant sur un grabd nombre de nerfs périphériques, il

déterminerait une excitation générale, ce qui serait tout le

contraire de ce que l’on veut obtenir.

Enfin, ce procédé a encore quelquefois l'avantage d'éviter toute pression des rhéophores sur la peau, et c'est une conditign dont il faut tenir compte lorsque la peau est tellement hyperesthésiée que le moindre contact provoque des douleurs.

B. Les troubles de la motilité sont tres-nombreux dans l’hystérie, et c’est surtout contre eux que sont dirigés le plus souvent les traitements hystériques.

« La fréquence des paralysies hystériques, dit M. Axa feld (1), est grande, puisque, dans les relevés de M. Briquet, 1l s’en trouve 120 cas sur 430 malades; elles se montrent pour la plupart dans lhystérie déjà ancienne. Comparées au point de vue de leur fréquence, les paralysies hystériques doivent être rangées comme 1l suit : d’abord l'hémiplégie, ou plutôt la paralysie simultanée des extrémités supérieure et inférieure du même côté (le plus souvent du côté gauche); puis la paraplégie, la paralysie d’un seul membre ou d'une portion de membre, la paralysie de la face, celle-là assez rare et étant presque toujours l'accompagnement de l'hémiplégie; la paralysie du larynx (aphonie), du pharynx et de l'æsophage, du diaphragme. »

La marche et le degré de la paralysie présente également de grandes variétés.

Dans les troubles de motilité qui ne sont pas accompa- « gnés d'hyperesthésie, les courants électriques sont assez M bien tolérés, Cependant, dans quelques cas où les malades. ne peuvent les supporter, Benedick conseille de chloroformer.

‘1) Des névroses, p. 627,

HYSTÉRIE, Fi 397

les malades. Nous n'avons jamais employé ce moyen et nous ne voyons pas les avantages qu'il peut proeurer. En effet, il ne nous paraît guère praticable ni même utile, car si des personnes sont tellement impressionnables qu’elles ne peuvent supporter l’électrisation, même celle par les courants continus, on doit, à Juste raison, cramdre l’emploi réitéré du chloroforme.

Les paralysies hystériques sont toujours dues à une cause générale, et ce sont les centres et non les nerfs périphériques qui sont atteints. Ces considérations seules suffisent pour préférer les courants continus aux courants induits, car ces derniers n’ont d'influence sur les centres que par l’électrisation cutanée. Mais cette influence même est assez - variable, et presque toujours très-excitante; de plus, il est difficile d’en limiter l’action. Il est donc souvent imprudent de les employer, et l’on doit toujours cramdre de les voir agoraver les symptômes morbides. Aussi croyons-nous qu'il est bon de les rejeter chaque fois que les paralysies sont accompagnées de crises nerveuses et de phénomènes qui indiquent une irritation spinale ou cérébrale. Ce n’est que lorsque la paralysie est limitée depuis longtemps dans certaines régions qu’on peut les employer avec quelque . succès, et surtout dans quelques cas de contractures, en employant la méthode préconisée par M. Duchenne, c’esta-dire en électrisant les antagonistes.

M. Duchenne a obtenu un cas de guérison de paralysie

. hystérique au bout d’une seule séance, en employant lexei- {ation électro-cutanée. Quoique cette excitation agisse efficacement sur le système central, par action réflexe, 1 faut avouer que si les paralysies hystériques peuvent ne retirer aucune amélioration de tous les traitements employés,

aussi bien de l’électrothérapie que des autres moyens thérapeutiques, elles peuvent, d’un autre côté, guérir avec toute espèce de médication. L’imagination joue un trop grand rôle dans ces cas pour que nous puissions savoir ce % qui revient de droit à l'influence du traitement. Cependant nous croyons pouvoir donner comme règle générale que l'emplor de l'électricité, qui agit si efficacement dans beaucoup de paralysies hystériques, produit dès les premières séances une amélioration très-notable, lorsqu'elle doit amener la guérison. Cela est vrai surtout pour les courants continus, et d’après les observations que donnent les auteurs; il en est de même pour les courants induits.

Le précepte pratique qui ressort de ces considérations est donc que, dans tous les cas de paralysie hystérique, 11° est bon d'employer les courants électriques. Si au bout de quelques séances on ne voit aucun progrès, il faut suspendre ce traitement pour le reprendre quelques semaines plus tard, et en même temps changer le mode d'électrisation et la nature des courants.

Voici une observation qui montre bien combien il est quelquefois avantageux de changer le mode d’électrisation, et en même temps combien, dans ces cas, 1l est utile d'agir sur les centres, et non-seulement sur les membres paralysés.

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Une jeune fille de onze ans, non réglée, fut prise subitement, en octobre 1866, péndant la nuit, de convulsions cloniques sans perte de connaissance. Les jours suivants, ces convulsions persistent, mais se montrent principalement pendant le jour. Après ces attaques, faiblesse très-grande |

* des membres inférieurs ; il fallait soutenir la jeune malade, qui, sans cela, serait tombée sur le sol. On combattit ces accidents nerveux, d'abord par des bains tièdes aromatisés avec du tilleul, des boissons calmantes, une infusion de tilleul et de fleur d'oranger avec quelques

HYSTÉRIÉ. | 399 gouttes d'éther, puis ensuite par l’hydrothérapie. Vers le milieu de novembre, à la suite d’une crise très-violente, les membres inférieurs et surtout les jambes s’affaiblissent encore. La progression n’est plus possible que sur les genoux, et il faut porter la malade. Trois médecins sont consultés. Ils pensent que ces troubles nerveux ne sont qu'une variété de la danse de Saint-Guy, conseillent l'immersion dans un bain froid, les potions calmantes et les frictions sur le torse et sur les cuisses avec la brosse électrique Brandus. Il n’y à pas d'amélioration constatée à la suite du traitement. Les accès se produisent presque toujours au moment du coucher.

Le père vint alors à Paris; il consulte MM. G. Sée et Duchenne, qui, tous deux, sont d'accord sur la nature hystérique de la paralysie, malgré l’âge peu avancé de la malade. L’hydrothérapie est écartée, et l’on a recours à Pélectrisation avec un appareil à intermittences. Dix ventouses sont appliquées de chaque côté de la colonne vertébrale. MM. Trousseau et Chauffard sont successivement consultés ; le premier prescrit des bains très-longs, les pilules de térébenthine et l’azotate d'argent à l'intérieur ; le second conseille l'usage des pilules de castoréum et d’une potion arsenicale. Malgré ces différentes médications, la faiblesse persiste, les crises se montrent toujours au moment ordinaire du coucher. Que l’on dépasse cette heure, si, par exemple, l'enfant va au spectacle, les accès ne se montrent pas.

Le 31 décembre, l'attaque est des plus violentes, la parésie augmente, et la jeune malade ne peut même plus se traîner sur les genoux. A la suite d’une nouvelle consultation de M. Sée, le 1° janvier, l’électrisation par les courants continus est prescrite et la malade nous fut adressée.

Voici dans quel état nous la trouvons. Il n’y a pas d’anesthésie. Les mouvements sont conservés pendant le décubitus dorsal, affaiblis, il est vrai. La station debout est impossible, les jambes ploient sous le poids du corps. Cfuchée, l’enfant ne peut soulever avec sés membres inférieurs que treize livres et demie. Nous électrisons la malade avec l’appareil à courant continu de Remak,et employons le courant descendant pour l'électrisation de la moelle. Le pôle positif est placé à la partie supérieure de la colonne vertébrale et le pôle négatif à la région sacrée, ou bien aux pieds, ceux-ci trempant dans un bain d’eau tiède dans laquelle on plonge ce rhéophore. On n’emploie jamais plus de six à huit éléments Remak; ce mode d’électrisation ne paraissait pas douloureux, Mais agaçant. La sensibilité à l'électricité était exagérée, puisque deux éléments de Remak suffisaient à développer l'excitation.

Après la première séance, la crise du soir fut violente, mais de courte durée.

Seconde séance, la malade soulève, avec ses membres inférieurs, quatorze livres au lieu de treize et demie,

La crise du soir est très-légère.

Après la troisième séance, les crises disparaissent complétement, et la malade peut marcher sur ses genoux, mais les jambes sont encore trop faiblés pour la supporter.

Après la quatrième séance, la force est augmentée, et les membres M

inférieurs soulèvent facilement quinze livres. Le soir même, l’enfant est

plus solide sur ses jambes ; elle fait d’abord quelques pas en se tenant {

aux meubles, puis marche bientôt comme à l’état normal, puisque le lendemain elle vient à pied.

L'électrisation fat cependant continuée pendant six séances. La guérison ne s’est pas démentie, puisque chez nous, depuis cette époque, il n’y à eu aucune rechute ; il s’est bien montré de temps en temps de légères crises nerveuses, mais il n’y a plus trace de troubles dans la mobilité (1). ;

Dans ce cas, comme dans tous ceux que nous avons vu guérir par les courants continus, l'amélioration du côté de

la motlité n'arrive Jamais qu'après la cessation des crises.

nerveuses, et c’est toujours là le premier symptôme qui annonce l'efficacité du traitement.

Lorsque la paralysie hystérique est compliquée d'accidents rhbumatismaux, et surtout lorsqu'il existe chez les malades les symptômes que M. Bazm a considérés comme la manifes-

tation de l’arthritisme, les guérisons sont bien plus longues

et plus rares. Nous avons vu un cas de ce genre où, m l’hydrothérapie, n1 l'électrothérapie sous toutes ses formes, ni les bains, etc., n'ont pu apporter d'amélioration et où ce -

pendant la guérison est survenue spontanément deux fois w

en trois ans, mais n'a duré que fort peu de temps.

(1) Cette observation a déjà été publiée dans la thèse de M. Lebreton : Des différentes variétés de la paralysie hystérique,

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