CONTRACTURES HYSTÉRIQUES
des secousses comme tétaniques ; tout son corps, pour ainsi dire, se soulovait de dessus le lit, et ses mouvements étaient surtout très-marqués lorsqu'elle venait à être touchée ou à irriter d’elle-même la surface du dos hyperesthésiée. Pendant tout ce temps, le hoquet disparaissait, mais il revenait dès que l’accès était terminé ; la jambe restait constamment pliée, et jamais la contracture ne parvenait à cesser ou à diminuer, ni pendant les crises, ni lorsqu'elles avaient disparu.
… Après quelques séances d’électrisation par les courants continus, en employant un courant descendant sur la moelle, quelques-uns de ces phénomènes s’amendèrent. Le hoquet diminua d'intensité ; l'hyperesthésie de la peau fut moins considérable et les crises furent peu à peu moins longues. Au bout d’un mois de traitement, elles ne duraient plus que trois quarts d'heure; mais la contracture de la jambe ne fut nullement modifiée.
Après ce temps, la malade retourna chez elle en province; elle reprit du bromure de potassium à haute dose, du fer, des lavages froids, etc., mais son état restant stationnaire, elle revient nous trouver trois mois äprès. Son état était presque le même que lorsqu'elle avait quitté Paris, le hoquet existait encore, mais assez faible, et les crises duraient toujours près de trois quarts d'heure. Nous recommençèmes le même mode d’électrisation, et peu à peu les crises du soir et du matin devinrent trèsfaibles et ne durèrent plus que dix minutes.
La contracture de la jambe persistant toujours, nous dirigeâmes plus activement le traitement sur ce point, mais ni les courants continus, ni les courants induits sur les muscles antagonistes ne parvinrent à produire le plus léger changement. | …. Nous essayäunes alors l’eimploi de l'extension continue au moyen des “bandes de caoutchouc. Au bout de trois jours, l'extension de la jambe
était complète, mais en même temps les crises réapparurent très-violentes et plus longues, et, dès que l'appareil fut enlevé, la jambe se rétracta ussitôt et reprit sa position vicieuse. On peut donc supposer que, dans ce cas, la contracture qui pendant des mois a résisté à toute espèce de L raitement, et qui reste dans un état stationnaire, est due à une lésion “centrale. Cependant ici, comme dans la plupart des cas de ce genre, la chloroformisation seule peut éclairer le diagnostic, et nous n'avons pu employer ce Inoyen.
Nous avons traité et guéri très-prompiement, au moyen des courants continus, une contracture des muscles de l’ar-
rière-gorge. Comme il y avait de la difficulté à avaler et un » peu de rougeur dans la gorge, on avait pendant des mois « fait subir un traitement pour un cas d’angine chronique ; on avait même enlevé les amygdales. M. Sée consulté reconnut la nature hystérique de cette affection et nous l'adressa. Au bout de six séances, la malade fut complétement débarrassée de cette contracture, et ne ressentit plus . aucune difficulté à avaler. |
Les contractures hystériques, dans plusieurs cas, font croire … à une coxalgie, et nous avons eu l’occasion d'observer plusieurs des faits de ce genre dans le service de M. Verneuil. | Récemment M. Lanelongue nous a également montré un cas du même genre chez une jeune fille qui avait été traitée pendant plusieurs mois pour une coxalgie, tandis que le raccourcissement de la jambe et les autres phénomènes qui ont pu faire croire à une coxalgie étaient produits par la» contraction des muscles qui s’insèrent à la partie supérieure du fémur. Dans tous les cas, le diagnostic ne s'établit bien qu'en mettant les malades dans le collapsus complet, à l'aide W de l’anesthésie chloroformique. F
Nous avons eu l’occasion d'observer deux fois la cessation 4 des contractures de l’æsophage chez des femmes hystéri-W ques à la suite de l’électrisation de la région antérieure du \ cou par les courants continus. Nous avons également fait | cesser ainsi presque instantanément le spasme de la glotte.w Ce sontlà des résultats qui n’ont rien d’extraordinaire si l'on se rappelle l'influence des courants continus sur les contractures de cette nature. Mais il est évident, d’un autre côté, que cette influence n’est que passagère et qu’un trai-\ tement régulier ne doit jamais s'attaquer à ces phéno- | : mèênes locaux. Môme lorsque les contractures sont perma-
: CONTRACTURES HYSTÉRIQUES. 8309 nentes en un pot, 1l faut toujours agir d’une manière générale.
Chez une jeune dame qui, à la suite de plusieurs symptômes hystériques et de crises nerveuses offrant même un peu le caractère épileptiforme, il était survenu, en dernier lieu, une contracture des muscles de la mâchoire et une contracture des fléchisseurs de la main. Plusieurs médicaments avaient été emplovés sans grand succès. Le bromure de potassium avait été donné à assez forte dose sans produire la moindre amélioration, la belladone seule avait un instant fait diminuer les accidents nerveux et éloigner les crises.
Lorsque M. le docteur d’Ancona nous fit appeler pour essayer l’emploi des courants continus, cette dame ne pouvait pas desserrer les dents, la . parole était impossible, et quoique les muscles des lèvres ne fussent pas contracturés, l’ensemble de la figure avait l'air tout crispé. Les doigts étaient complétement fléchis dañs la main et ne pouvaient faire le moindre mouvement, le pouce seul avait conservé sa position normale. L’hyperesthésie de la peau des mains et de l’avant-bras était telle que le - moindre contact était douloureux. R L'application directe d’un pôle sur le trajet des nerfs de l’avant-bras, * Vu sur la main, était impossible à cause de l'hyperesthésie qui existait dans toutes ces régions, et, comme de plus, la malade venait d’avoir ses règles, un courant descendant directement sur la moelle nous parut avoir l'inconvénient de pouvoir ramener les menstrues ou de les exagérer, et nous eûmes recours, les quatre premières séances, au procédé suivant : les mains furent placées dans une cuvette remplie d’eau, et nous y placions le pôle négatif, tandis que le pôle positif était ap-. pliqué directement sur les vertèbres cervicales. Le courant, d’abord d'une force de quatre éléments (de notre appareil au protosulfate de mercure), fut graduellement augmenté d'intensité, jusqu’à dix-huit éléments.
Au bout des quatre premières séances, les crises avaient disparu, le trismus fut un peu amendé, car là malade commençait à parler et pouvait un peu mieux articuler les mots; la contracture des doigts existait toujours, mais elle était un peu moins énergique, ct la malade pouvait leur imprimer quelques légers mouvements de latéralité.
À partir de la cinquième séance, n'ayant plus à redouter des accidents du côté de la matrice, nous fimes placer les pieds dans de l’eau ainsi que les mains, et nous mettions le pôle positif près des mains et le pôle
négatif aux pieds. Le courant, d’abord de dix-huit éléments, fut, à chaque séance, augmenté de quatre à six éléments jusqu’à quarante-deux, Les séances durèrent en moyenne de vingt-cinq à trente minutes, et chaque fois nous commencions par un courant faible que nous augmentions graduellement. Vers la fin de la séance, le courant était également di-« minué peu à peu, afin d'éviter toute espèce de secousse. «À
Après chaque séance il y eut un progrès sensible ; le trismus disparut d’abogd, la parole revint complétement et les muscles de la face reprirent 1 leur physionomie normale, puis l’hyperesthésie de la peau des mains fut diminuée, et enfin la contracture des doigts cessa en grande partie. |
Après la dixième séance, la malade pouvait ouvrir complétement las main, les dernières phalanges seules restaient fléchies, et même les deux « petits doigts et l’annulaire de la main droite étaient complétement allongés. Ce furent d'abord les premières phalanges, puis les secondes qui cédèrent et purent de nouveau se soulever horizontalement avec l’avant-bras, La contracture avait été tellement forte que, dans la paume de la main, les ongles avaient laissé des marques de leur pression. 3
À la onzième séance, nous essayâmes l’emploi d’un courant ARR ; c'est-à-dire que le pôle positif fut placé près des pieds; le courant ne fut que de trente-six éléments, et malgré tous les soins que nous primes pour M éviter des secousses et toute espèce d’excitation, ce changement de direction amena un résultat défavorable, car le lendemain les doigts étaient plus contractés et la malade s'était plainte d’être plus irritable,
Le courant ascendant ne fut, cela va de soi, plus jamais employé; mais le lendemain, une vive contrariété morale ramena pour quelques « instants le trismus et la contracture des fléchisseurs. Après une nouvelle séance (courant descendant), le trismus disparut pour toujours; la contracture mit plus de temps à disparaître, car il fallut encore cinq « séances pour obtenir l'amélioration qui existait déjà. 3
Cette observation est intéressante non-seulement par les phénomènes qu’elle a présentés et qui sont assez rares, M entre autres le trismus hystérique, mais elle nous montre. encore d’une manière très-nelte ce que nous nous sommes. eflorcés si souvent de démontrer : c’est que le courant as-*
cendant doit toujours être rejeté dans les cas d’hystérie ou d’irritation pe | à
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| PARALYSIES HYSTÉRIQUES. 307 diagnostic des paralysies hystériques. — L'électricité permet-elle de diagnostiquer, d’après certains troubles des propriétés musculaires, si une paralysie est d’origine hystérique ou si elle a une autre cause. Si cela était vrai, ce serait sans doute un des plus beaux avantages de l’électricité, car rien n’est si difficile à diagnostiquer que certaines paralysies hystériques. D'après M. Duchenne :
La contractilité électro-musculaire est normale dans la paralysie hystérique ; la sensibilité électro-musculaire est, au contraire, diminuée ou abolie dans cette même affection.
Malheureusement cette proposition n’est pas rigoureusement exacte, car il y a des cas de paralysie hyslérique où la sensibilité électro-musculaire est loin d’être dimi- .nuée, et des paralysies non hystériques ou cette sensibilité est également abolie. Dans bien des cas d’affections cérébrales, il existe en effet un affaiblissement de la sensibilité électro-musculaire. Cependant, s'il ne faut pas admettre cette proposition avec trop de confiance, il est certain “quelle peut quelquefois éclairer le diagnostie,. comme le
prouve l'observation suivante rapportée par M. Duchenne : 7 | É En 1852, une Foire fille était entrée à la Charité (salle Sainte-Made- Jeine, n° 5), pour s’y faire traiter d’une hémiplégie gauche datant de six mois, et qui était survenue graduellement, Sa paralysie était incomplète, c’est-à-dire qu’elle consistait dans un affaiblissement des mouvements. Elle était habituellement bien portante avant sa paralysie, mais depuis lors elle était mal réglée. On constatait chez elle l'existence d’un soufile carotidien. Bien qu’elle n’eût jamais eu d'accès d hystérie, M. Beau, qui dirigeait alors provisoirement le service, pensa que son Héiniplégie pouvait bien être +ous la dépendance d’un état hystérique, et m'engagea 4 examiner, au point de vue de mes recherches. A l'exploration électro- musculaire, Je conslatai l'intégrité de la contractilité et de la sensibilité “électriques dans les muscles paralysés. Ce dernier phénomène (Pinté- …grité de la sensibilité musculaire) ne me perinit pas de partager l'opinion