‹ Traité d'électricité médicale [electronic resource]Chapitre 65 sur 173 · ATAXIE LOCOMOTRICE · texte numérisé non relu

ATAXIE LOCOMOTRICE

Il se plaint, depuis quelques semaines, de douleurs dans le bras gauche, de fourmillements, et il n’est plus aussi adroit de sesmains. Lorsqu'i tient un objet, 1l craint toujours de le laisser échapper. La force muscu laire da bras est conservée.

Il n’a pas de douleurs dans les jambes. La sensibilité y est bien conservée. Il se tient debout les veux fermés. Rien du côté de la vessie. Érections très-rares.

Au bout de trente séances d’électrisation sur la partie supérieure de la moelle, la diplopie avait presque complétement disparu, car il ne voyait les objets doubles qu’en regardant fortement en bas, tandis qu’evant il voyait double en regardant en haut, en bas et à droite.

Les douleurs de tête ont également disparu, il peut dormir toute la nuit et n’a plus d’étourdissements. Les troubles plus récents du côté du bras gauche restent dans le même état et ne paraissent pas subir d'amélioration.

À côté de cette observation, nous pourrions placer une autre observation où les symptômes sont localisés dans les muscles de l'œil. Malheureusement, nous n’avons pu prendre cette observation que d’une manière très-imcomplète.

M. H... a vécu très-longtemps à l’île Cuba. Depuis quatre ans, il souffre de forts maux de tête, et depuis deux ans il voit double. En même temps, il ne peut pas régler les mouvements de ses paupières supérieures, et ne peut, la plupart du temps, qu’en soulever une seule à la fois, l’une se refermant quand l’autre œil s'ouvre. C’est surtout à droite que la chute de la paupière est plus prononcée ; plusieurs mois auparavant, le ptosis existait plus marqué à gauche.

M. le docteur Liebreich, qui diagnostiqua dans ce cas les symptômes du éabes basilaris, constala en même temps un strabisme convergent avec différence de hauteur, suite de la paralysie de la troisième et de là sixième paire à gauche. A droite, il y avait un peu de paralysie du côté de la sixième paire. Il n’y avait aucun autre symptôme, pis de douleurs fulgurantes, pas d’ataxie des membres.

L'application des courants continus détermina, au bout de fort peu de temps, de la régularité dans les mouvements de la paupière et la disparition de toute difficulté d’élévation. La convergence diminua

k0 RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES ET CLINIQUES,.

également dans une forte proportion, mais ne disparut pas complétement.

Ces effets furent obtenus au bout de trente-cinq séances; l’amélioration, à partir de ce moment, resta stationnaire. Il n’y eut jamais la moindre excitation du côté du cerveau, ni maux de tête, ni étourdissements”

En rapprochant ces deux observations et d’autres où les troubles oculaires sont très-marqués, on est frappé de l'existence presque constante de maux de tête violents, paraissant surtout le soir et changeant facilement de place. On comparerait volontiers ces douleurs aux douleurs lancinantes des jambes, lorsque la sclérose débute par les parties inférieures de la moelle.

Il nous reste à expliquer le mode d'application des courants continus ; nous allons le faire avec quelques détails, afin d'éviter aux médeëmms qui voudraient employer ce traitement, des tâätonnements inévitables ou des modes opératoires défavorables.

Préoccupé dans les commencements de la perte de la sensibilité des membres inférieurs et du siége ordinaire de la lésion organique dans la partie lombaire de la moelle, nous appliquions d’abord les courants sur les jambes et sur la partie inférieure de la moelle. Nous mettions le plus souvent un des pôles sur une des jambes, le long du trajet d'un nerf, et l’autre pôle sur la colonne vertébrale à la région iombaire. Lorsque les bras étaient également atteints, nous mettons un des pôles sur le plexus brachial, et l’autre sur l'avant-bras ou sur la colonne vertébrale à la région cervicale.

Ces procédés ne valent rien; 27 est complétement inutile d'électriser les membres, i faut n’électriser que la moelle.

ATAXIE LOCOMOTRICE. NA Donc, quel que soit le cas, il est nécessaire d’agir directement sur les centres et dans une assez grande étendue. Quand les troubles fonctionnels ne sont manifestes que dans les membres inférieurs, ce qui est assez rare, il faut placer un rhéophore sur la dernière vertébre lombaire, et l'autre sur les vertèbres dorsales. Lorsque la lésion est limitée à la partie supérieure de la moelle, il faut placer un des pôles sur la sixième ou la cinquième vertébre cervi- “cale, et l'autre sur la base du crâne ou plutôt sur l’atlas et l'axis. Dans ce cas, nous avons également, pendant la moitié de la séance, placé un des pôles sur la région du cou qui recouvre le ganglion cervical supérieur. Il est inutile, etil peut devenir dangereux d’électriser directement la tête aux environs des yeux. Lorsque la lésion occupe la partie inférieure et qu’il y a en même temps des troubles oculaires, nous plaçons le pôle positif sur la région lombaire, et le pôle négatif du côté du ganglion cervical supérieur. Le courant, dans ces conditions, doit être moins Intense. Dans la plupart des cas, il faut placer un pôle, le pôle positif, sur la région lombaire, et l’autre, le pôle négatif, sur la région cervicale. | I est important d'employer un courant ascendant, c’esta dire de placer le pôle positif à la parte inférieure et le | pôle négatif à la partie supérieure de la moelle. Si Yon oublie cette règle, on voit souvent les douleurs des membres réapparaître ou même augmenter. Nous en avons fait lob- servation plusieurs fois, et cela nous a d’autant plus étonné, que dans la plupart des autres maladies, de même que dans les expériences physiologiques, nous avons toujours vu le courant ascendant être plus excitant que le courant descendant. Dans l'observation où le malade présente des phé-

h A2 RECHERCHES PHYSIOLOGIQUES ET CLINIQUES.

nomènes nerveux ressemblant à ceux de l’épilepsie spinale, nous avions cru nécessaire d'employer les courants descendants.

Cette application a augmenté les douleurs, que nous avonstcalmées au contraire par l'emploi des courants ascendants. Ce fait paraît, au premier abord, en contradiction avec les expériences physiologiques.

Il semblerait que dans l’électrisation de la moelle chez les ataxiques nous devions avoir de l’augmentation des douleurs par l'emploi des courants ascendants; et cependant le contraire a lieu. Pour expliquer cette action, 1l faut nous reporter aux conditions mêmes des faits physiologiques. Si dans les cas normaux et dans certains cas pathologiques, les courants ascendants agissent si activement, c'est qu'ils influent surtout sur les nerfs sensitifs. Si les nerfs sensitifs sont détruits, l'effet inverse se produit. (Voyez £xpériences physiologiques sur le système nerveux.) Or, dans la sclérose des cordons postérieurs, la sensibilité est en général diminuée, de plus, la lésion matérielle de la moelle: lui enlève de son excitabilité, et nous nous trouvons ainsi dans le cas physiologique où un courant descendant agit plus énergiquement qu'un courant ascendant. Ajoutons, de plus, que l’on peut employer des courants très-forts chez les ataxiques sans produire aucun accident, ni excitation con= sécutive, ni maux de tête, ni troubles gastriques (1); ce qui prouve bien encore combien, malgré certains symptômes. qui paraissent dus à une excitation, la moelle joue un rôle passif dans les symptômes, et que ses fonctions, loin d’être surexcitées, sont au contraire affaiblies. |

(4) Voyez plus loin l'erreur de cette opinion trop exclusive.

Page 1