ATROPHIE DU NERF OPTIQUE ; OBSERVATIONS
quentes céphalalgies. Sans cela, bien portant. Le professeur 0. Becker me l'envoie pour un traitement galvanique, avec le diagnostic oculaire suivant : CEil droit : vue= 6/6(i (avec 1,0 vue plus nette), — Œil gauche : vue = 6/60 (avec 1,5, vue plus nette). Binoculairement, J n^ 13, à 7 pieds. Tension normale des bulbes ; réaction normale pupillaire ; les milieux réfringents sont clairs. — Les papilles des deux côtés plus claires qu'à l'état normal, sans contours nettement définis ; vaisseaux encore assez bien remplis. Champ visuel et couleur bons. — Traitement galvanique : 8-10 éléments, transversalement, parles tempes et les processus mastoïdes ; 8-10 éléments, nuque, paupières, avec commutation du courant. — Au bout de peu de jours déjà, le patient accuse une amélioration considérable ; la tête est plus libre, la douleur a disparu, la faculté visuelle est notablement améliorée. — Après un traitement de quatorze jours, l'exploration indique: œil droit: vue= 6/18; — œil gauche : vue = 6/18 ; binoculairement, J n" 6. — Des indications ultérieures me font malheureusement défaut.
147° Obs. de Dor. Atrophie blanche des optiques. Dame du midi de la France. La patiente ne peut plus sortir seule ; elle aperçoit de tout près avec la plus grande difficulté quelques lettres alphabétiques du n° LXX ; depuis deux ans elle a été affectée d'abord à droite, ensuite à gauche. Des deux côtés atrophie blanche du nerf optique . Céphalalgies fréquentes. Des ventouses et de l'iodure de potassium amenèrent une amélioration telle que la patiente pouvait lire avec le n° '20 ; mais ultérieurement, en dépit du mercure et de l'iodure susdit, plus de résultat. — Alors, application du courant faradique: au bout de huit jours, n" 15 ; après quatorze jours, un alphabet de 8 ; de trois semaines, de 6 ; l'amélioration n'alla pas plus loin. — Sept ans plus tard, la patiente se représenta ; l'acuité de la vue a derechef un peu diminué, mais seulement jusqu'à 1/XX. Alors, application du courant galvanique (6 octobre 1871) ; le 14 octobre, vue = I/XV ; le 17 octobre, I/Xll ; le 21, 1/X,,et le 24, 1/VllI ; la patiente ne put rester plus longtemps, mais le résultat resta acquis.
148° Obs. de Dor. Atrophie blanche du nerf optique droit. Homme de 46 ans, œil droit, malade depuis six semaines, montre l'image de l'atrophie blanche. Vue = 20/C ; champ visuel très rétréci. — Traitement galvanique: au bout de huit jours, vue = 20/C, mais champ visuel notablement agrandi ; quatorze jours après, vue = 17/LXX ; le champ visuel a encore augmenté. Le patient se retire mais continue le traitement à domicile et il annonce par lettre que son œil continue à s'améliorer, de manière que, finalement, 11 cesse le traitement.
Après la lecture de ces cas, et particulièrement celle des observations très méticuleuses et nombreuses de Dor, on ne saurait douter le moins du monde qu'une vertu curative très notable doive être attribuée au courant galvanique, dans ces affections si désespérantes du nerf optique, qui se présentent sous la forme de l'atrophie dite blanche. Dor, s'appuyant sur une série d'observations déjà fort imposantes, assure que le nombre des améliorations réelles et sérieuses s'élève au moins à 40-30 0/0 du nombre des cas, et c'est là, en vérité, un résultat très satisfaisant. A vrai dire, souvent vous n'obtiendrez qu'une
S74 AFFECTIONS DES OIIGANES OES SENS
guérison partielle, une amélioration de la vue. une extension du champ visuel ; mais si vous songez à l'importance qu'ont souvent des progrès, môme modérés, pour ces infortunés malades, vous ne regretterez ni le temps ni la peine que vous emploierez ù une tentative de traitement galvanique.
Comme rnétiiode de traitement, c'est exactement le procédé que je vous ai ci-dessus décrit pour l'atrophie secondaire, qui se recommande à vous. On pourrait aussi recommander ici, lors d'une alTection augmentant progressivement à mesure qu'elle vieillit, une action, sur l'œil, de la Ka augmentant progressivement d'intensité.
Dans les amblyopies et les arnauroses sans substralum anatomique, le courant électrique semble aussi pouvoir être d'un effet favorable ; pourtant les savants s'expriment à ce sujet, en particulier, d'une façon très divergente ; Driver prétend n'avoir obtenu presque aucun résultat, tandis que Boucheron, Secondi, Arcoleo, Seely, etc. signalaient beaucoup de faits favorables. On manque encore ici évidemment, et sous beaucoup de rapports, d'observations et d'expériences, et le traitement par la strychnine, qui a été rapidement en faveur, a fait obstacle à l'utilisation des courants galvaniques.
Il s'agit ici d'amblyopies consécutives à l'intoxication de la nicotine, l'alcool et le plomb, de l'anesthésie spontanée et traumatique de la rétine, d'une partie des amauroses et amblyopies hystériques, de l'amblyopie par anopsie et de l'héméralopie. Quelques essais favorables se présentent à nous :
149° Obs. de Boucheron. Scolome central. Un bijoutier remarque, un matin, à son réveil, un trouble de la vision de l'œil droit, trouble qui a augmenté de jour en jour. Il existe un scotome central ; le patient ne lit que le J, n" 19. — Rien à l'ophtalmoscope (Siebel jeune). — Au bout de huit jours, application de courants galvaniques permanents faibles, deux éléments Trouvé, six heures durant ; le patient déchiffre le J, n" 8. — Reprise quotidienne de l'application ; au bout de quatre jours, lecture du J, n" i, k V6 centimètres. — Guérison complète.
150° Obs. de Boucheron. Strabisme convergent ; amblyopie à haut degré d'un œil. Homme, 17 ans, a été atteint, en janvier 1873, de strabisme convergent à haut degré et de nystagmus, il a été opéré avec un bon résultat des deux côtés. En février 1875, il existe encore une amblyopie à haut degré de Vœil gauche ; le patient lit avec peine SnL à 10 centimètres. — Application de courants faibles continus de deux éléments Trouvé, An au front, Ka à la nuque; et cela durant toute la nuit, et maintes fois aussi le jour pendant quelques heures. Au bout de dix jours, le patient lit Su n° 30 ; de huit jours encore, le n" 20 ; quatre jours après, le n» d;j. — Arrêt du traitement jusqu'au 2 mars : lit encore le no i'6, — Reprise du traitement: le 8 mars, n" 12 et môme n» 10. Il est renvoyé.
UÉAIUNOl'lE. — SALADIES DES MUSCLES DES YEUX 575
151 » 06s. de Secondi {dans Boucheron). Anesthésîe traumatique de la réline. Jeune fille de 16 ans ; contusion de l'œil par un corps dur ; à part une ecchymose de la conjonctive oculaire, on ne trouve pas de lésion dans l'œil ; vue = 1/4 ; la vue avait diminué aussitôt après l'accident ; la pupille est moins mobile que la pupille saine. Traitement galvanique : Ka labile sur les paupières, An à îa nuque. A partir de la première séance, amélioration ; au bout de trois séances, guérîson.
Arcoléo signale des résultats curatifs très favorables dans Vhéméralopie ; il distingue deux forines : une organique, avec modifications anatomiques apparentes, et une fonctionnelle ; c'est surtout pour cette dernière forme que le •courant électrique serait utile ; les résultats en seraient très brillants, pow?' ainsi dire infaillibles ; mais, pour maintes formes organiques aussi, l'amélioration serait notable. Arcoleo utilise exclusivement le courant faradique, Ka sur les paupières fermées, An à la nuque, 5-10 minutes durant ; maintes fois la guérison a lieu déjà après une seule séance, mais le plus souvent, après 2-4 séances, il y a amélioration.
Il existe donc aussi, pour ces formes d'affections, abstraction faite •de tontes considérations théoriques, un stock suffisant d'expériences pour justifier des tentatives ultérieures. Pour la plupart des formes, on pourrait donner la préférence au traitement galvanique dirigé selon les méthodes décrites précédemment ; les expériences d'Arcoléo, dans l'héméralopie, prouvent d'ailleurs avec beaucoup d'évidence, l'importance du courant faradique dans ces formes de maladie.
Lhémianopie, qui a été tout récemment l'objet d'intéressantes discussions pathologiques et physiologiques, peut également devenir l'objet d'un traitement électrique. J'observe en ce moment un cas qui s'est produit à la suite d'une apoplexie conjointement avec une hémiplégie du côté gauche, cas dans lequel l'exploration électrique donne, pour les deux yeux, une image de lumière qui ne représente que la moitié ■d'un disque circulaire répondant exactement à la forme du champ visuel subsistant, — Gomme pour l'hémianopie, du moins pour la forme homonyme latérale, il ne s'agit jamais d'une maladie de l'œil, mais •seulement d'une affection du tractus optique ou du cerveau lui-même, vous laisserez aussi de côté, en règle générale, le traitement électrique direct de l'œil et vous vous bornerez à celui de la maladie fondamentale, suivant les méthodes que vous connaissez.
Il me reste encore à dire quelques mots des maladies des muscles des yeux et de leurs nerfs. Les plus importantes et les plus fréquentes d'entre elles, les paralysies, ont été examinées explicitement dans une précédente leçon (23« leçon, p. 396). Je ne veux dire ici que quelques mots sur des états de faiblesse de quelques muscles et appareils musculaires qui sont presque exclusivement du domaine des ocuhstes.
AFFECTIONS DES ORGANES DES SENS
Avant tout, nous parlerons de l'aslhénopie musculaire, si fréquente, déterminée par une insuffisance du droit interne et contre laquelle Landsberg et Driver ainsi que Seely ont obtenu de très favorables résultats, au moyen du courant électrique. 11 s'agit ici d'une méthode de traitement convenable de la parésie des internes, pour laquelle je recommande la méthode ci-dessus indiquée (p. 399) ; mes expériences personnelles, relatives à cette affection, ne sont pas particulièrement favorables, mais il est vrai de dire qu'elles sont peu nombreuses.
Contre Vasthénopie accommodativc, l'électricité est également recommandée de divers côtés (Arcoléo, Driver), de même que contre la mydriase ; toutefois les guérîsons se font souvent ici attendre fort longtemps (Erb).
Les troubles dans les réflexes pupillaires (raideur pupillaire d'origine réflexe, Erb), ont été, comme je l'ai déjà dit ci-dessus, jusqu'ici, toujours traités sans succès par la galvanisation.
Il n'y a pas beaucoup à dire ici des affections spasmodtques qui atteignent les yeux ; j'ai déjà indiqué plus haut le nécessaire au sujet du blépharospasme (p. 503). — Contre les nystagmus acquis, Soetlin et Nieden ont appliqué avec succès le courant galvanique (stable depuis l'apophyse mastoïde jusqu'à l'oeil, 1-2 minutes quotidiennement). — Contre le nystagmus congénital, de même que contre celui de la sclérose multiple, de l'ataxie héréditaire, etc., il n'y a pas grand'chose à faire.
Il ressort de l'ensemble de cette exposition, Messieurs, que le courant électrique peut être considéré comme un moyen curatif important et certainement d'un grand avenir pour toutes les affections des yeux; des recherches ultérieures dans ce sens ne seraient pas faites uniquement dans l'intérêt de l'ophtalmologie, mais elles sont tout particulièrement désirables dans l'intérêt aussi de l'électrothérapie, parce que nous avons ici l'heureuse possibilité de constater ainsi directement et d'une façon immédiate les modifications anatomiques et leurs anstrformations par le moyen curatif, d'établir les troubles fonctionnels de la manière la plus exacte, de contrôler très rigoureusement leur amélioration et de rassembler ainsi des expériences électrothérapeutiques, dont l'exactitude ne pourrait guère être atteinte sur aucun autre terrain de la pathologie. Il serait certainement désirable que, dans les grandes cliniques de maladies des yeux qui maintenant existent partout, sont abondamment fournies de matériel et disposent de puissantes ressources, déjeunes chercheurs entreprissent une étude systématique de l'électrothérapie dans les maladies des yeux. A côté de l'élaboration de l'électro-diagnostic, dont j'ai précédemment déjà indiqué l'importance, ce seraient surtout, à mon avis, les formes diverses de névrite
AFFECTIONS DE l'APPAREIL AUDITIF 377
optique et de névro-rétinile, de l'atrophie des nerfs optiques, les obscurcissements de l'humeur vitrée et même la cataracte commençante qu'il faudrait étudier sur l'œil môme, de même que ces formes d'afl'ection qui tout à la fois promettent, d'après les recherches faites jusqu'à ce jour, la plus abondante moisson et méritent une considération toute particulière, par leur fréquence et leur gravité. Puisse-t-il bientôt se rencontrer des travailleurs qui chercheront à résoudre ces questions.
TRENTB-PATRIÈME LEÇON
Sommaire : Affections de L'appareil auditif. — Introduclion. — Sécheresse du coti-" duit auditif ; épaississement de la membrane du tympan. — Affections de l'appareille nevveuo: de l'ouïe :Le bourdonneme^il d'oreille nerveux \ ses rapports avecla réaction galvanique ; électro-diagnostic. Indications thérapeutiques; établissement de la méthode de traitement. — Cas divers. — Bases du traitement. — Procédés spéciaux pour les cas particuliers. — Règles générales et remarques techniques. — Résultats. — Surdité incomplète d'origine nerveuse ; cas divers ; méthode de traitement. — Surdi-mutité. — Maladie de Meniôre.
Névroses des nerfs du goût : ageusis. — Névroses des Jierfs de l'odorat : l'anosmie et son traitement.
J'arrive maintenant à l'appareil auditif. Depuis bien des années déjà, des tentatives multiples ont été instituées pour soulager ceux qui ont une atTection de l'oreille par l'application de courants électriques. Beaucoup de ces essais ne sont évidemment pas restés infructueux, beaucoup des guérisons annoncées sont incontestablement dues à l'application du courant électrique. Mais l'état, tant de la clinique des affections auriculaires^ que de l'électrothérapie n'autorisait pas, dans ce domaine, des progrès vraiment exacts et produits scientifiquement.
Ces progrès datent de l'époque des travaux de Brenner, qui ont conquis au courant galvanique, sur le terrain de la thérapeutique auriculaire, une place importante et désormais acquise. Il paraît toutefois que tous les médecins auristes n'en ont pas encore saisi toute l'importance.
Ce sont d'ailleurs essentiellement et presque exclusivement les affections nerveuses de l'oreille, que l'on a soumises jusqu'ici au traitement électrique ; mais les affections nerveuses de l'ouïe sont fréquentes.
Le limaçon et les nerfs acoustiques sont affectés assez souvent primitivement; des troubles de l'appareil nerveux acoustique s'associent plus fréquemment encore aux maladies de l'appareil conducteur du son. Mais tout particulièrement fréquent est le symptôme pénible et importun du bourdonnement d'oreille, qui, dans bien des cas, aune origine purement nerveuse, et dans d'autres, il est vrai, ne peut être ert rien, ou que partiellement rattaché à des affections nerveuses. Tous Erb. — Électro thérapie. 37
378 AFFECTIONS DES OHGANES I)KS SliNS
les iniliés savonl combien il osl sf)iivent difficile dr; laire disparaître ce symptôme, combien sont impuissants contre lui les moyens curatifs et surtout les méthodes de traitement mécanif/uos ai à la mode. C'est précisément contre ces formes fréquentes et pénibles, que le courant électri(pie et, on particulier, le courant galvanique, se montrent très fréquemment souverains ; ces courants diminuent bien souvent la surdité coexistante, tout en faisant disparaître les bruits subjectifs. Il n'est pas rare que, sur ce terrain, les résultats soient réellement brillants, lorsque tous les autres moyens de guérison sont restés inutiles. Ces résultats ne sont pas purement accidentels mais au contraire ils se produisent sut- la base d'une exploration diagnostique méthodique, et sur une connaissance, basé.e sur elle, des indications thérapeutiques. C'est là ce que démontrent des faits nombreux incontestables.
C'est principalement à Brenner que revient le mérite d'avoir dégagé ces indications, en se basant sur ses propres travaux électrodiagnosliques, relatifs aux nerfs acoustiques, et ses nombreuses et soigneuses observations thérapeutiques, d'avoir fixé les méthodes thérapeutiques particulières, et d'avoir indiqué leur mode d'application ; ce mérite ne peut que paraître plus grand, si l'on tient compte de l'incrédulité et de l'opposition jalouse de certains spécialistes, qui tout coryphées qu'il sont, enterreraient volontiers, s'ils le pouvaient, les faits importants.
Outre les affections nerveuses de l'oreille, quelques autres états pathologiques de l'organe de l'ouïe pourraient être soumis avec succès à Faction des courants électriques ; je ne les mentionnerai que brièvevement.
1 . Sécheresse anormale du conduit auditif externe, Jointe à une sensation pénible de froid, de gène et d'insensibilité de l'oreille entière, et déterminée par une sécrétion défectueuse du cérumen ; cette affection se produit dans beaucoup d'affections anciennes de l'oreille.
L'action des courants galvaniques, sui Lout quand ceux-ci sont introduits au moyen d'une électrode convenable, dans le conduit auditif lui-même rempli d'eau, est propre à faire disparaître très vite et radicalement la maladie en question, s'il faut en croire les expériences de Brenner et Hagen ; cet efl'et se produit vraisemblablement par suite de l'action exercée sur les vaisseaux sanguins et les glandes sécréloires. Le conduit auditif redevieul souple et humide, la sécrétion provenant des follicules sébacées se rétablit et les sensations organiques sont, derecbef normales.
2. Les épaississements de la membrane du tympan, très fréquents comme l'on sait, résultent toujours du dépôt sur elle de [)roduils palbologiques, qui peuvent être de nature très diverse. L'observation fréquemment faite que l'action des courants galvaniques sur l'oreille peut déterminer un état congestif violent de la membrane du tympan, se manifestant par une forte injection dans la région du marteau, adonné à Brenner l'idée d'utiliser ce phéno-
BOURDONNEMENTS NERVEUX d'OREILLE 379
mène pour résorber certains épaississeinenLs de la membrane du tympan. L'expérience a absolument confirmé cette présomption ; Hagen, d'autre . part, a publié une série d'observations analogues. — Le procédé employé consiste aussi ici dans l'introduction d'une électrode de conduit auditif dans ledit conduit externe rempli d'eau, ainsi que dans l'emploi stable de courants galvaniques avec direction alternante de telle sorte que les deux pôles agissent successivement. Naturellement, le plus souvent, la durée du traitement est forcément longue, surtout lorsqu'il s'agit d'épaississements très invétérés. Toutefois, Hagen a vu, dans bien des cas, l'oblitération disparaître après 12-20 séances ou du moins diminuer très notablement ; Hedinger a constaté des résultats analogues.
Ces résultats font naître la pensée, à laquelle on n'a pas donné suite à ma connaissance, de rechercher s'il ne serait également pas possible, par ce moyen, d'agir favorablement sur des concrétions pathologiques dans la caisse du tympan, sur les modifications sclérotiques de sa muqueuse, etc. 11 est certain que l'électrothérapeute ne dispose d'aucunes données à ce sujet.
3. Affections de r appareil nerveux acoustique lui-même. Les plus importantes de ces dernières, et de beaucoup, au point de vue pratique, sont les bruissements d'oreilles subjectifs, pathologiques, bourdonnements nerveux d'oreille .
Ces afl'ections très communes sont extrêmement pénibles et fatigantes pour les malades, elles troublent le sommeil, et le moral, sont accompagnées de sensations désagréables dans la tête et amoindrissent l'ardeur et l'énergie pour le travail ; la plupart du temps elles incommodent le malade bien plus que la demi-surdité ou la surdité qui les accompagnent d'ordinaire. En outre ces états sont souvent inaccessibles à tout traitement auriculaire : douches d'air, cathétérisme, dérivatifs, narcotiques et antispasmodiques, cures par l'air ou les bains, etc., tout cela est vainement employé durant des mois ou des années. Leur grande importance pratique est indubitable et, par suite, nous saluerons, avec une double satisfaction, dans le courant galvanique, un remède très réel contre cette affection rebelle et grave.
J'ai déjà fait suffisamment ressortir la grande importance du courant galvanique pour faire le diagnostic exact de ces sensations subjectives d'audition (12"= leçon, p. 208 et suiv.). Il a été reconnu que, dans les cas de bourdonnements d'oreille subjectifs, l'exploration galvanique pouvait mettre en lumière des résultats très différents : le plus fréquemment on constate une simple hyperesthésie galvanique, qu'il n'est pas rare de voir aller jusqu'au degré dit de réaction paradoxale ; on observe aussi une hyperesthésie avec anomalies variées de la formule normale allant jusqu'au renversement complet de cette dernière, ou bien de simples anomalies de la forme normale sans hyperesthésie, etc. Mais il y a aussi des cas nombreux, dans lesquels l'exploration galvanique ne décèle nulle anomalie de la réaction du nerf acoustique et
5K0 AFFECTIONS DES OHGANKS DKS SKNS
reste pur suile, dans ce sens, absolument sans résultat. — Kn revanche il est ultérieurement apparu que, plus d'une fois, le courant galvanique exerce une influence modificatrice directe sur le sifflement, sur les bruits subjectifs; que, dans une série de cas, le sifflement s'amoindrit sous l'influence (lu courant ou même disparaît complèlemenl, du moins par le fait de certains agents d'excitation tandis qu'il s'accroît par d'autres; ce sont d'ordinaire, les AnF et les AnD, à un degré beaucoup moindre les KaO, qui possèdent, cette action directe modératrice sur le sifflement (il en est de même dans presque tous les cas d'hyperesthésie galvanique simple); mais bien des fois aussi, il arrive que les KaF et KaD agissent sur les bruits d'une manière calmante, surtout par exemple dans les hyperesthésies avec renversement de la formule normale qualitative. D'autre part, il existe une série de cas, dans lesquels le sifflement n'est en aucune manière influencé par le courant et ni augmenté ni diminué ; enfin il n'est pas rare de voir aussi certaines formes mixtes avec deux bourdonnements différents et plus, dans lesquels l'un ou l'autre de ces bruits est amorti ou supprimé par le courant ordinaire, l'AnD, tandis que l'autre ne subit absolument aucune influence. Ce fait témoigne en faveur d'une différence, d'ailleurs depuis longtemps déjà indubitable pour d'autres motifs, dans le mode d'apparition de ces bourdonnements.
Dans la pratique, il est naturellement de la plus grande importance de discerner si ces effets doivent leur origine à une participation de l'appareil nerveux de l'ouïe à l'affection, ou s'ils sont causés d'une autre façon, c'est-à-dire s'ils sont d'origine nerveuse ou non. Malheureusement les documents dont nous disposons jusqu'ici pour la solution des difficiles problèmes qui s'imposent ici, ne sont pas encore nombreux. On peut déjà du moins poser quelques principes qui, provisoirement peuvent servir de fil conducteur et de points de repère pour des investigations ultérieures.
Il peut arriver qu'à côté des bourdonnements d'oreille subjectifs, il existe des anomalies prononcées de l'excitabilité galvanique de l'appareil auditif (hyperesthésie ou variations qualitatives, etc.), avec ou sans modifications plus grossières de l'appareil conducteur du son, on peut alors au moins supposer que le bourdonnement a quelque relation avec la maladie du nerf, qu'il en émane, en tout ou en partie. — Cette prévision deviendra on ne peut plus vraisemblable, s'il se produit un action franchement modifiante du courant galvanique sur le sifflement, si ce dernier s'accroît, ou au contraire s'amortit ou s'arrête complètement par le fait de certains agents excitants surtout quand ceci s'effectue par l'AnD ; ces mêmes cas présentent donc aussi quelques chances pour l'action thérapeutique.
Or d'autre part, la nature nerveuse d'un bruit subjectif deviendra
BOURDONNEMENTS NERVEUX d'OREILLE 581
très incertcaine, lorsqu'on ne constatera aucune anomalie de l'excitation galvanique de l'appareil auditif ou lorsque, par le courant galvanique, on ne pourra d'aucune façon provoquer de modification du sifflement. En ce cas l'origine nerveuse n'est pas encore absolument exclue et bien que de tels cas n'offrent qu'une très faible chance de succès thérapeutique, l'essai thérapeutique seul est, en fin de compte, capable de trancher la question de leur curabilité ou incurabilité par le courant galvanique. C'est là une chose qui n'est pas sans importance pratique.
Ici, comme partout ailleurs, les résultats de l'exploration galvanodiagnostique ne sont pas décisifs pour la thérapeutique de ces affections et ce n'est pas uniquement dans la clarté et l'exactitude avec lesquelles les indications thérapeutiques et les résultats de l'exploration apparaissent qu'on trouve un stimulant particulier, car ce sont surtout les faits constatés qui sont ici d'un intérêt théorique très considérable pour l'éleclrothérapie ; et c'est là principalement que se trouve la grande valeur des recherches de Brenner.
La méthode de traitement s'établit ici tout d'abord et en tout cas, uniquement et simplement sur la base de la formule de réaction galvanique obtenue par l'investigation, en tenant compte des actions calmantes du courant sur le sifflement, que Ton pourrait avoir conjointement observées. Celte proposition concerne en tout cas les cas simples et incomplexes d'hyperesthésie pure avec sifflement d'oreille, presque sans restrictions. — Il est peut-être prématuré de viser, comme but du traitement, le rétabhssement de la formule normale, et de choisir nos procédés thérapeutiques et moyens d'attaque dans ce sens: modérer les agents d'excitation trop faciles à mettre en œuvre, accroître l'action excitante de ceux qui sont amoindris, rétablir ceux qui sont complètement anéantis, faire disparaître ceux qui se produisent à nouveau; si séduisant que tout cela paraisse, si pleins de promesses que se soient montrés les commencements de ce procédé, jusqu'ici cette méthode, dans son ensemble, présente encore pourtan»: trop peu de certitude, pour qu'on puisse en tirer les principes fondamentaux et exclusifs d'une pratique thérapeutique. Ici l'expérience, le résultat obtenu sur les bourdonnements, doit toujours entrer en ligne de compte et concorder avec la disposition de la méthode.
L'expérience s'est montrée d'ailleurs jusqu'ici très favorable à tous les principes posés par Brenner ; les données diagnostiques, les indications thérapeutiques et les résultais concordent avec une exactitude merveilleuse, dans beaucoup de cas, mais pas dans tous ! Que, dans les formes d'afl'ections si graves, si rebelles, et le plus souvent aussi très invétérées il se produise de nombreux insuccès, cela n'étonnera, aucun de ceux qui connaissent la matière, etsurtout les insuccès encore plus nombreux des autres méthodes de traitement.
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Unoi ((u'il en soit, la scionce est déjà mainlorianl si riche en résultats iiidiibitables et merveilleux, que la haute valeur pratique de l'électrothérapeutique est incontestable. Permettez-nrioi de vous en donner de suite quelques preuves.
152° Obs. de Brenncr. — Hypereslhésie simple galvanique avec sifflement d'oreille. — Étudiant, 23 ans, est atteint, ù la suite d'un catarrhe proionf,'»de i'oroiilc moyenne, de dureté d'oreille el d'un sifflement incessant dans les deux oreilles. Par suite, mauvaise humeur très grand r;, interruption de travail. — Une montre entendue à gauche seulement à un pouce, à droite a deux; membrane du tympan engorgée, fortement épaissie, opaque; cône lumineux à droite très petit, à gauche, n'existe pas ; conduit auditif libre des deux côtés; traitement otiatrique répété sans succès.
Il y a déjà quelques mois que le bourdonnement fut traité avec succès par l'électricité ; maintenant il s'est produit une récidive à la suite de grands elTorts intellectuels et de fortes émotions. L'investigation électrique donna, sur les deux côtés, avec une force de courant très faible :
KaFB" bruit violent.
KaDB oo.
KaO : le sifflement se fait pendant un temps très court, pour redevenir peu à peu plus fort.
AnF : le sifflement disparaît subitement et complètement,
AnD : le sifflement ne revient pas.
AnOB'>, lesifflement reprend àun degré plus fort. '
Pour le traitement, chaque oreille est armée de l'An (Ka dans la main) ; par le fait de l'An avec des forces do courant relativement grandes, le sifflement est amené à disparaître; ensuite, à l'aide du rhéostat, la force de courant est peu à peu diminuée (sorties de traînées de courant) et finalement le circuit est ouvert en éloignant lentement la Ka, de la main ; après cela le sifflement a complètement disparu. — après deux séances ultérieures, " suppression durable du- sifflement ; montre entendue à gauche à 4, à droite à 6 pouces.
153° Obs. de Brenner. — Sifflement d'oreilles à la suite d'emploi de la quinine; hyperesthésie galvanique simple; guérison, — Religieuse, 33 ans, a absorbé, durant plusieurs semaines, de fortes doses de quinine, pour une fièvre tierce rebelle et elle est par suite atteinte d'un sifflement d'oreilles ncessant, extrêmement gênant, persistant depuis 3 mois sans atténuation; aflaiblissement modéré de l'acuité de l'ouïe des deux oreilles. — L'exploration otiatrique donne un résultat absolument négatif; les douches d'air plusieurs fois répétées sont restées sans résultat.
L'investigation galvanique indique une hyperesthésie simple d'un degré modéré et une cessation complète du sifflement lors de l'AnF et de l'AnD. Le pronostic ayant été, après cela, considéré comme favorable, le traitement fut entrepris avec l'AnD et des sorties prudentes de traînées. — A la suite delà première séance, le sifflement disparut pendant deux heures ; à la suite de la seconde, jusqu'au soir ; après la sixième, il ne reprit pas, même après 24 heures, son amplitude antérieure et sa tonalité fut changée; après
BOURDONNRMIiNT iNKliVEUX ; OnSERVATIONS 583
la la malade h\l complèlement gui'rie,]fi tôle était libre, rhimieur bonne, robslruclion de l'ouïe avait disparu.
1540 06s. personnelle. — Ouïe dure et sifflements d'oreille; hijperesthésie bilatérale du nerf acoustique. — Parésie de Pabductcur droit. — Cordonnier, .i9 ans; depuis 0 mois, dureté d'oreille et sifflement, persistant jour et nuit, assez semblables des deux côtés ; tintement ou bruit d'eau qui bout. Depuis 4 semaines, vertiges augmentant; la tête est prise et éprouveiune sensation de tension ;depuis trois semaines, diplopie. Résultat de l'examen, 7 janvier 1870 : parésie de l'abducteur droit. — Résultat de l'examen de l'oreille (professeur Moos) : catarrhe chronique de l'oreille médiane; épaississement diffus de la membrane du tympan des deux côtés avec altération de la tache lumineuse ; ratatinement périphérique de la membrane. Conduits non oblitérés. Conductibilité des osselets faible, meilleure à droite qu'à gauche. Horloge pouvant être (à 30 pieds de distance) entendue à droite à 8, à gauche à ii pouces ; après le cathélérisme, à droite à 12, à gauche à 9 pouces.
L'investigation galvanique indique, aux deux oreilles, la formule typique d' hyper esthésic simple. Pendant l'AnD, le sifflement disparaît complètement. Le traitement (en dehors de celui de la paralysie de l'abducteur) consiste en une action énergique de l'AnD sur chaque oreille, avec sortie de traînées de courant graduelle. Aussitôt après la première séance, le sifflement a tout à fait disparu, la tête est libre et dégagée, le vertige a disparu ; le jour suivant, le sifflement est moindre. — Après dix séances, la parésie de l'abducteur est améliorée : le sifflement d'oreilles a décidément diminué et ne se représente que passagèrement. — Après IQ séances, le sifflement des oreilles est très faible ; le patient se plaint encore seulement du vertige. Lors de l'action de la Ka le sifflement apparaît pour disparaître en un instant par la KaO et être ensuite radicalement supprimé par l'AnD avec sortie de traînées de courant.
Progression lente de l'amélioration ; le 31 mars (après 44 séances), le patient est congédié et le résultat de l'examen est le suivant: diplopie presque complètement disparue. — Sifflement d'oreilles a pour ainsi dire absoluraeni disparu et ne réapparaît à gauche que passagèrement ; l'amplitude de l'ouïe est quelque peu améliorée ; à l'oreille gauche persiste encore un degré modéré d'hyperesthésie ; à l'oreille droite plus d'hyperesthésie prononcée.
l.');)" 06s. de Hagen Sifflements d'oreille et dureté de l'ouïe : hyperesthésie
simple des deux acoustiques. — Domestique, 42 ans, a été atteint, il y a six ans, à la suite d'un refroidissement, d'un sifflement d'oreilles bilatéral eldela dureté de l'ouïe à gauche, puis, il y a 4 ans, à droite également. Depuis, aggravation croissante. Oreille droite : membrane du tympan épaissie et opaque, cône lumineux fait défaut ; à distance de l'oreille de 20 pieds, une pendule n'est entendue qu'à 9 pouces. — Oreille gauche : membrane du tympan striée de rayons gris blanchâtres, cône lumineux fait défaut, etc. — Un diapason placé sur le vertex est entendu, des deux côtés, avec une égale force, catarrhe pharyngé. — Conduits non oblitérés, l'air pénètre des deux côtés en mince fllet. — Un traitement otiatrique prolongé porte, à droite,
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à 1 pied, à gauche, à 1 pied 7 ponces, l'amplilude de l'ouïe, mais on ne parvioiiL pus à alt.iissor les seiisalions siihjocLives de l'ouïe.
L'investigation i/alvanique indiqiui, aux deux oreilles, la formule de l'hyperesthésie simple. — Le Irailemenlavec AnU el sortie de traînées de courant a fait disparaître aussitôt les bourdonnements bilatéraux. Après cinq séances déjà, le sifflement était durablement adouci ; après seize séances il avait complCicmcnl cl durablement disparu. L'amplitude de l'audition était élevée à droite à A, à gauche à 2 pieds. Les épaississements de la membrane du tympan avaient disparu, le cône do lumière était nettement visible.
il\ù° Obs. de lla<jen. — Sifflements d'oreille. — Hypere&lhésie simple de l'acoustique. — Kemme ."it) ans, est atteinte de triples sensations auditives subjectives, à l'oreille droite ; ce sont des voix chantantes, des sifflements et des bourdonnements. — A droite très dure d'oreille ; membrane du tympan d'une coloration jaune intense, opaque, sans cône de lumière ; gargouillement modéré de mucosités, lors de la douche d'air. — Insuccès. Le cathétérisme, la douche d'air et les injections de strychnine ne donnent pas de résultat. — A l'examen galvanique on observe la formule de l'Iiyperesthcsie simple. — Dans l'ÂnU, le bourdonnement et le sifflement disparaissent, le tintement persiste, en revanche, d'une façon invariable en face de toutes les forces de courant. — Au bout d'un petit nombre de séance (AnD avec sortie de traînées), le bourdonnement et le sifflement disparaissent durablement, le tintement reste invariable ; il n'y a donc eu que deux bruits subjectifs d'éliminés ici. — L'emploi méthodiqu^ de l'An est resté absolument sans action.
1.^7° 06s. de Hagen. — Sifflement d'oreille et dureté de l'ouïe des deux côtés ; hyperesthésie simple: guérison très prompte. — Cordonnier, 34 ans, affecté à droite depuis 3 ans, à gauche depuis dix-huit mois de bruissement el de dureté de l'ouïe. Constatation ; à droite épaississement très modéré de la membrane du tympan, cône lumineux terne, la longue branche du marteau n'est pas visible. — A gauche, dans le quart postérieur, la membrane du tympan présente un épaississement de couleur gris blanchâtre, cône lumineux terne, le manubrium est très raccourci. — Une montre n'est pas entendue des deux côtés ; la voix très forte l'est à 1 pied. — La conductibilité des os de la tête à partir du pariétal est meilleure à droite qu'à gauche. — Conduits non oblitérés. Le cathétérisme n'influe ni sur la surdité ni sur le sifflement. — A l'examen galvanique, des deux côtés, hyperesthésie simple 'a assez haut degré. — Par l'action de l'AnD et la sortie avec traînées, on réussit à faire disparaître tout de suite le sifflement dans les deux oreilles, et cela si complètement qu'un deuxième traitement ne fut point nécessaire ; celte guérison du sifflement persistait encore au bout de quelques semaines.
\'68° Obs. de Brenner. — Bourdonnement ancien de latéte et sifflements d'o^ reille avec dweté de l'ouïe ; hyperesthésie à formule paradoxale. — Médecin, nO ans, souffre depuis son enfance d'une surdité à haut degré et de sensations subjectives de l'ouïe. Une montre est entendue à droite, quand on la place tout contre l'oreille ; à gauche elle ne l'est pas du tout; la conductibilité des os, le passage des conduits est libre. Les deux membranes sont fortement épaissies, etc. — Le malade distingue à côté du bruissement d'oreilles un