PRIVFE] DES CLIMATS. - DES CLIMATS CHAUDS
les calculs de Thévenot, les quatre cinquièmes de la mortalité annuelle des Européens au Sénégal pèsent sur les deux trimestres qui correspondent à la saison des pluies.
Les saisons intermédiaires de la zone torride, appelées aussi saisons des tempêtes, troublent l'équilibre entre les transpirations cutanée et pulmonaire et les sécrétions des membranes muqueuses; quoique l'abaissement de la température n'excède pas 8 à 12 degrés, l'habitude d'une chaleur presque uniforme pendant le reste de l'année dispose l'indigène à ressentir l'effet des brusques perturbations de l'automne et du printemps ; à la Martinique, suivant l'observation de Rufz(l), deux degrés de refroidissement agissent sur le corps autant et plus peut-être que dix en Europe, parce qu'ils suppriment une transpiration plus abondante; les corps s'échauffent facilement ; sous l'action des vents, ils se refroidissent aussi promptement. C'est pourquoi les refroidissements sont plus redoutés qu'en Europe, et la flanelle y est plus usitée que dans les pays septentrionaux. Au Bengale, pendant la saison la plus chaude, lorsque de violents orages avaient pour effet, vers la fin du jour, d'abaisser le thermomètre de 33 ou 31 à 26 ou 27 degrés, J. Rochard voyait se déclarer brusquement parmi l'équipage de son navire une véritable épidémie de bronchites (2). Aussi voit-on éclater alors les bronchites, les pleurésies, les pneumonies, les angines, les rhumatismes; c'est aussi l'époque des fièvres éruptives, des douleurs névralgiques, des convulsions et du tétanos. Les indigènes et les créoles sont plus exposés aux phlegmasies des voies aériennes que les nouveaux venus ; fréquemment elles entraînent la tuberculisation pulmonaire, qui marche alors avec une effrayante rapidité. Les abcès des poumons ne sont pas très-rares, notamment au Bengale (Twining). La phthisie pulmonaire est-elle plus rare dans les climats chauds que dans les autres climats? Cette question rentre essentiellement dans l'hygiène ; car s'il est établi que les pays chauds ont la propriété d'empêcher ou d'arrêter le développement des tubercules, la prophylaxie cle cette cruelle maladie se trouvera faite. On s'est beaucoup occupé, dans ces derniers temps, de la solution de cet important problème : l'Académie de médecine en a fait la base d'un programme d'études, lequel ne sera peut-être jamais rempli (3). Un fait généralement admis, c'est la fréquence de la phthisie chez les indigènes des zones tropicales, blancs, mulâtres et surtout nègres. Or, les statistiques sanitaires des armées anglaises, publiées sous les auspices du gouvernement anglais, par Tulloch et par Wilson(4), n'indiquent pas de différence en faveur des Euro-
(1) Rufz et de Luppé, Mémoire sur la maison des aliénés de Saint-Pierre-Martinique [Annales d'hygiène et de médecine légale, janvier 1856, p. 181).
(2) Jules Rochard, De Vinfluence de la navigation et des 'pays chauds sur la marche de la phthisie 'Mém. de VAcad. de méd., t. XX, p. 108).
(3) Voyez Bulletin de V Académie royale de médecine. Paris, 1836, t. I, p. 43 et 312
(4) Voyez Gazette médicale du 9 septembre 1843.
m DES MODIFICATEURS. - GIRCUMFUSA. [hygiène
péens : aux Antilles, les troupes noires comptent 9/5 phthisiques sur un effectif de 1000 hommes; les troupes européennes, 9/5; à l'île Maurice, les troupes noires ont 8/5 phthisiques sur 1000; les Européens 7/7; à la Jamaïque et à Sainte-Hélène, l'avantage reste aux noirs, qui y présentent 10,3 et 2 sur 1000, tandis que les Européens fournissent la proportion de 13 sur 1000 pour la Jamaïque, et de 4 pour l'île de Sainte-Hélène. En prenant pour base de ses calculs, non l'effectif des hommes, mais le nombre des malades et des morts, Johnson était arrivé à d'autres résultats : il avait trouvé, dans les Antilles, pour les blancs, 1 phthisique sur 153 malades, et 1 décès par phthisie sur 14; pour les noirs, 1 phthisique sur 66 malades, et 1 décès par phthisie sur 4. A la Martinique, Rufz(l) a compté 1 phthisique sur 16 malades; dans le nombre des phthisiques, il a observé peu de soldats et beaucoup de mulâtresses, dont le genre de vie est fort désordonné; mais sa statistique ne repose que sur un total de 1954 malades. D'après Segond, les affections de poitrine se développent à Sinnamari dans la proportion de 1 sur 7 individus, et à Cayenne, de 1 sur 6. La phthisie se montre rare au Sénégal, et chez les indigènes, et chez les Européens; mais cette appréciation admise par Thévenot, est combattue par Raoul et Fonssagrives, qui ont aussi pratiqué au Sénégal (2). Journée a noté, pour Livourne, 1 phthisique sur 44 malades; pour Florence, 1 sur 28; pour Rome, 1 sur 20; pour Naples, 1 sur 6 : cette dernière proportion paraît trop forte pour le climat de Naples ; aussi a-t-elle été contestée; de Rienzi fait observer que les étrangers, qui affluent clans cette ville, contribuent à y élever le chiffre des tuberculeux; encore ne les portent-ils qu'à 1 sur 12 malades; d'où l'avantage du séjour de Naples sur celui de Paris, où, suivant cet écrivain, il se rencontre 1 phthisique sur 4 malades. Enfin, notre regrettable ami Cas. Broussais, qui a réuni des documents dans un mémoire lu à l'Académie de médecine (4 avril 1843) (3), a fait le dépouillement des résultats numériques obtenus dans les différents services de la médecine militaire en Afrique : la statistique médicale de quatorze principaux points d'occupation dans les provinces d'Alger, de Bône, d'Oran et de Constantine donne 1 décès par phthisie sur 100 morts, et 1 cas de phthisie sur 561 malades : or les recherches de Benoiston de Châteauneuf (4), confirmées par celles que C. Broussais a faites au Val-de-Grâce, et qui portent sur une période de douze ans, prouvent qu'en France l'armée comptait, il y a vingt ans, 1 décès par phthisie sur 13,6 morts. Deux objections se présentent ici, que C. Broussais a prévues, mais auxquelles il n'a pas accordé assez d'importance : 1° les soldats qui sont envoyés en Afrique sont des hommes de choix ; les infirmes, les valétudinaires, les cacochymes, sont laissés aux dépôts, qui
(1) Rufz, Mémoires de V Académie de médecine. Paris, 1843, t. X.
(2) J. Rochârd* Mémoires de V Académie de médecine. Paris, 1856, t. XX, p. 109. - Fonssagrives, Traité d'hygiène namle, 2* édition. Paris, 1877.
(3) C. Broussais, Bulletin de V Académie royale de médecine, t. III, p. 542,
(4) Benoiston de Châteauneuf, Annales d'hygiène publique, lre série, t. X, p. .239.
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restent en France; 2° les dysenteries, les fièvres pernicieuses, emportent avant le temps des sujets qui auraient pu succomber plus tard à la phthisie pulmonaire : il n'y a donc ici que l'échange d'un genre de mortalité contre un autre; la préservation, si elle est réelle pour la phthisie, n'est point démontrée, et reste sans influence sur le chiffre de la mortalité, c'est-à-dire sur les chances de vie. D'un autre côté, toutes ces recherches s'appuient sur le chiffre des malades, chiffre très-variable, et dans lequel entrent des unités factices, le même sujet comptant autant de fois qu'il est entré à l'hôpital : ainsi 1000 soldats européens ont donné, dans les Antilles anglaises, 1903 malades; tandis que le même nombre de soldats de race africaine n'y a fourni que 820 malades. Les calculs de Johnson, Benoiston, C. Broussais, etc., reposent donc sur des éléments non comparables : pour être justes, ils devraient se baser sur le chiffre des hommes présents sur l'effectif des troupes. En suivant cette marche dans les relevés qu'il a faits sur les documents anglais, Genest (1) a démontré : 1° que la phthisie atteint clans les Antilles le même nombre de soldats européens et africains, 1 sur 82, mais qu'elle tue 1 sur 155 des pre* miers, et 1 sur 111 des autres; 2° que cette maladie, par la presque unifor* mité de son chiffre, qui varie de 6 à 9 ou 10 sur 1000, s'attache à l'homme avec une opiniâtreté presque égale sur tous les points où l'on peut l'observer en société. En effet, sur 1000 hommes, la phthisie atteint en :
Angleterre 6,5
Gibraltar Iles Ioniennes, Malte
Antilles.
Jamaïque Cap
Européens Noirs .....
Européens, Noirs 10,3
Canada
Bermudes
Nouvelle-Ecosse
Sainte-Hélène
Ile Maurice .
Européens,
Noirs
Européens.
Noirs
Ces données numériques sont loin de confirmer l'opinion qui attribue aux climats chauds une influence favorable sur la diathèse tuberculeuse ; elles montrent la phthisie sévissant avec une intensité presque égale sur des points très-différents du globe ; mais les tableaux dressés par Genest, à l'aide des documents anglais, indiquent un fait qui n'a pas attiré son attention : c'est que partout le nombre des officiers atteints de phthisie est très-inférieur à celui des soldats; on sait aussi que partout les soldats commettent les mêmes excès, violent avec une égale insouciance les règles de l'hygiène, et comme les statistiques anglaises portent exclusivement sur l'armée, la proportion presque uniforme des cas de phthisie se rattache peut-être au genre de vie plus qu a toute autre cause. La question de l'influence du climat resterait donc intacte, par cela même qu'elle est ici dominée par celle du régime : or les médecins
(1) Genest, Gazette médicale du 9 septembre 1843»
496 DES MODIFICATEUR >. — CïRCUMFUSA. [hygiène
qui ont allégué l'action favorable des pays chauds n'ont pas prétendu sans doute qu'elle ne puisse être balancée, annihilée par l'effet d'autres circonstances.
Les conditions d'une statistique péremptoire pour la solution du problème sont nombreuses et difficiles à remplir; celles qui ont été faites ne permettent que des probabilités assez vagues. Il ne suffit pas de a érifier par l'arithmétique la proportion des victimes que fait la phthisie parmi les troupes en garnison! dans les pays chauds : ces pays, que l'on confond sous une seule dénomination, diffèrent souvent par la nature du sol et par les fluctuations de leur météorologie; la spécialité du régime et de la profession ne restreint pas moins la portée des résultats numériques ; ailleurs, la statistique est altérée par l'immigration des phthisiques voyageurs. En observant avec soin deux groupes d'individus malades, ou prédisposés au même degré, et qui, placés, l'un sous un climat de France ou d'Angleterre, l'autre sous un climat équatorial, suivraient exactement les règles d'une hygiène appropriée à leur situation, on serait conduit à des conclusions plus sûres que par la manipulation de grands nombres, composés d'unités hétérogènes. Là où il est si chanceux de compter, il faut se borner à l'observation. La plupart des médecins qui ont pratiqué dans les climats intertropicaux en ont constaté le maléfice pour les personnes affectées cle phthisie naissante, ou simplement prédisposées à cette maladie. Les troupes anglaises stationnées dans l'île Maurice comptent 1 phthisiq ue sur 140 hommes (Mac-Tuiloch) ; Twining assure que la phthisie est plus rapidement fatale au Bengale qu'en Angleterre. Un tel ensemble d'opinions ne devait pas être dédaigné, alors qu'il n'avait pas encore la sanction des données numériques.
Les recherches de J. Bochard sont venues démontrer que sous la zonetorride,la tuberculisation pulmonaire marche avec plus derapidité qu'en Europe, et que l'immigration est fatale aux tuberculeux de cette dernière provenance; elles confirment les observations de beaucoup de médecins éminents de notre marine, tels que Cornuel (Guadeloupe), Dutroulau (Martinique), Segond et Laure (Cayenne), Lepetit (Bourbon), Collas (Inde), etc.; elles coïncident aussi avec les résultats obtenus par Wilsonet par les médecins anglais qui ont écrit sur les maladies des pays équatoriaux; tous s'accordent à signaler, chez les nouveaux venus aux Indes occidentales, l'aggravation rapide des affections tuberculeuses dont ils apportaient le germe; chez les Anglais de la Jamaïque, Fernusson a noté la marche aiguë de la phthisie; la grande chaleur, dit Clark, paraît agir puissamment comme cause prédisposante sur les affections tuberculeuses. Rochard a établi, à l'aide de documents officiels qui embrassent une' période de vingt-six années aux Antilles, que la phthisie fait deux fois plus de ravages dans l'infanterie de marine aux colonies que dans l'infanterie de ligne en France ; celle-ci compte 1 phthisique sur 30,42 décès, celle-là sur 13,6. La phthisie marche plus vite qu'en Europe au Sénégal, à Bourbon; elle est très-commune à Taïti, aux Marquises, dans toute l'Océanie; tous les rapports fc
privée] DES CLIMATS. — DES CLIMATS CHAUDS. 497
des chirurgiens de marine qui ont observé dans les îles de la Société, sont unanimes sur la fréquence de la phthisie, tant parmi les indigènes que parmi les Européens. Segond l'a trouvée aussi meurtrière au Brésil qu'en Europe, et il estime à l/5e de la population le nombre des victimes qu'elle fait annuellement dans les villes maritimes. « Il résulte, en somme, de tout cet examen, qu'en mettant de côté les contrées peu fréquentées par les Européens et à l'égard desquelles nous ne possédons pas de renseignements suffisants, les pays situés sous la zone torride peuvent être divisés en deux classes : les uns, comme le Sénégal, l'Inde, Madagascar, etc., sont d'une telle insalubrité qu'il n'est pas permis de songer à y envoyer des malades ; les autres, qui par la douceur de leur climat, le peu de gravité des affections endémiques, semblent appeler la confiance, sont précisément les points du monde pour lesquels la phthisie semble avoir le plus de prédilection, où elle marche le plus vite. Les îles de la Société, de Maurice et de Bourbon sont dans ce cas. Le Brésil et les Antilles participent de cette double condition : ils sont insalubres et la phthisie les ravage(l). » Il ne faut donc pas attribuer à des régions nombreuses et diverses, parce qu'elles font partie d'un vaste système de climats chauds, un avantage qui semble dépendre, non-seulement de la latitude, mais des conditions topographiques.
C'est pour avoir méconnu l'influence décisive des localités quêtant de phthisiques ont subi la fatigue d'inutiles migrations, et sont allés chercher la mort là où ils espéraient trouver la guérison, ou du moins la prolongation de leurs jours. On voit déjà que le séjour de la plupart des localités comprises dans la zone équatoriale leur doit être sévèrement interdit. Les praticiens savent l'influence fâcheuse des mouvements fébriles chez les sujets prédisposés à la tuberculose; ils savent aussi que toutes les causes qui se traduisent par la débilitation organique impriment un fatal essor à son évolution; or, les deux grands auxiliaires de la phthisie sont en permanence dans les contrées intertropicales; aussi, rien de moins rare, à la côte occidentale d'Afrique, dans l'Inde, à Madagascar, que de la voir achever, par des atteintes accélérées, les constitutions usées par les récidives fébriles, par des hépatites, des dysenteries, des coliques nerveuses, etc. C'est donc hors de la zone tropicale qu'il faut chercher aux phthisiques un refuge. L'exploration de localités de la climatologie tempérée a été faite à ce point de vue par Carrière, Champouillon (2), Buttura, J . Rochard , Bonnet de Malherbe; nous renvoyons à leurs écrits ; disons seulement que si le voyage en Italie réussit rarement aux poitrines compromises, c'est que l'Italie est une agrégation de localités qui diffèrent singulièrement par leurs phénomènes atmosphériques : le tout est de choisir à propos sa résidence. Une courte distance, suivant l'observation d'Hippocrate, change souvent le mérite des localités. Nice ne justifie point la vogue que lui fait la routine; Florence doit être évitée par les phthisiques; à quelques lieues de là,
(1) J. Rochard, Mémoires de V Académie de médecine, t. XX, p. 140.
(2) Champouillon, Gazette des hôpitaux, 1857.
m. lévy. Hygiène, Ge édit. I. — 32
498 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène 1
Piseleur offre une température douce, sans brusques perturbations, Gènes et I
Naples leur sont funestes. Rome, que l'on avait vantée, est dépossédée de son I
prestige par les recherches statistiques de Félix Jacquot (1). Le midi de la I
France leur ouvre peu de retraites abritées : notre littoral méditerranéen est I
en général à redouter par la fréquence du mistral. La ville d'Hyères, préser- 1
vée du vent du nord, jouit d'une réputation qui paraît méritée, d'après la I
topographie de Barth (2) ; Amélie-les-Bains, Menton, Cannes, Ajaccio, Pa- I
lerme, Madère, Alger, paraissent des stations hivernales plus favorables I
encore aux phthisiques. Mais aucune d'elles n'a été l'objet d'une étude assez I prolongée et de relevés statistiques vraiment probatoires.
§ 2. — Climats froids.
Les climats de ce nom s'étendent du 55e degré de latitude vers le pôle, et I comprennent le nord de l'Ecosse, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Fin- I lande, la Russie, la Sibérie, la Laponie, l'Islande, le Groenland, le Kamt- I chatka, la Nouvelle-Zemble, le pays des Samoïèdes, celui des Esquimaux, le I Spitzberg, etc. Le point le plus froid du globe, non encore déterminé dans I l'hémisphère austral, correspond, dans l'hémisphère boréal, à 10 degrés du I pôle terrestre, et se trouve au nord du détroit de Behring, qui sépare l'Asie de I l'Amérique, à 80 degrés de latitude et à 170 degrés de longitude ouest de Paris. I La température de ce point est de — 23 degrés ; la moyenne du pôle nord n'est que de — 16 degrés. Entre les latitudes de 64 à 75 degrés, la température moyenne du printemps est de — 16 degrés, celle de l'automne — 12 degrés, celle de l'hiver — 30 degrés, celle de l'été -|~ 2°, 2. Ces résultats ont été calculés par Fuster, d'après les observations journalières des capitaines Ross, Franklin, Parry et Back. Neuf ans d'observations thermométriques ont donné pour Tornéa, situé au-dessus du 66e parallèle, sur le golfe de Bothnie, — 12°,2 en hiver, — 1",2 au printemps, — 0°,9 en automne, de 14 degrés en été, Inkoutsk, en Sibérie par 52 degrés de latitude, à 8 ou 900 mètres au-dessus du niveau de la mer, qui en est fort éloignée, présente, d'après un relevé de dix ans environ : — 14 degrés en hiver, 6 degrés au printemps, 16 degrés en été, — 4°, 5 en automne, et — 0°38 dans l'année. Quoique plus au nord, l'Islande doit à sa position insulaire une température beaucoup plus égale et plus douce ; car elle est, en moyenne, de -(- 0°,83 en hiver, de 4 degrés au printemps, de 14 degrés en été, de 5 degrés en automne, de 5°, 5 dans l'année, Mais les résultats thermométriques ne suffisent pas pour caractériser la marche des saisons dans les régions polaires. Le printemps s'annonce par la chute des neiges molles et floconneuses, suivies de pluies abondantes, par des vents d'ouest ou du sud. Bientôt les glaces éclatent, se détachent des côtes;
(1) Félix Jacquot, Gazette médicale de Paris, 1854, p. 438.
(2) Barth, Archives de médecine . Paris, 1841, t. XIII, p. 161. — E. Carrière, Le climat de V Italie, et les stations du midi de ï 'Europe. 2e édit. Paris. 1876, p. 548 et suiv.
privée] DES CLIMATS. - DES CLIMATS FROIDS. 499
les vents, les courants, les entraînent, et ladébâcle s'opère au milieu d'épaisses vapeurs qui obscurcissent l'atmosphère. La température s'élève de mai jusqu'en juillet, époque où l'on observe quelques rares orages. L'été réel ne dépasse point cette période : sa chaleur moyenne est de 2°, 2, et sa chaleur extrême arrive à 15°, 6; les causes qui réduisent le bienfait de cette saison sont l'obliquité des rayons solaires, la froidure des vents qui soufflent des pôles, et l'évaporation incessante de la masse pélagique. Dès le mois d'août, après quelques pluies, tombent les premières neiges; le thermomètre descend rapidement, et en novembre, l'accumulation des glaces dans les passes et les détroits oppose de nouveau un obstacle insurmontable à la navigation: alors s'appesantit sur ces régions le rude hiver qui les caractérise et dont les météorologistes du dernier siècle ont encore exagéré la rigueur. Avec des instruments mieux con. struits, et par une observation plus exacte, on a constaté de nos jours qu'aux latitudes de 70 à 78 degrés, la température moyenne de l'année est de — 7°, 2 et de — 8°, 3 : mais le maximum du froid atteint jusqu'à 57 degrés (Scoresby). Ces froids extrêmes se font sentir en janvier et en février, époque où l'hiver polaire est à son apogée : alors la neige couvre au loin la terre et la mer; une vapeur glaciale s'en dégage et se mêle à l'air : le soleil, caché sous l'horizon, ne se révèle pendant sa déclinaison australe que par un crépuscule dont l'effet calorifique est nul. Des aurores boréales viennent suppléer à son absence par leur magique illumination ; mais leurs clartés sans chaleur ne sauraient mitiger l'âpreté de cet hiver.
Dans les climats froids, les différences diurnes delà température sont peu marquées; mais les variations annuelles s'exercent sur une grande échelle» Le capitaine Franklin (1820) a observé un minimum de — 50 degrés et un maximum de -j- 31 degrés, ce qui donne une différence de 81 degrés» Les températures moyennes décroissent d'autant plus qu'on se rapproche plus des pôles : ainsi, du 55e de latitude au 75e, elles s'abaissent de 13 degrés à 15°, 5 thermométriques tandis que pour un égal nombre de degrés de latitude vers la ligne, de zéro à 20 degrés, la différence n'est que de 4°, 4 à 4°, 8. Le baromètre suit une marche diamétralement opposée à celle qu'il affecte dans les zones tropicales. Au delà du 60e degré de latitude, plus de variations périodiques; mais ses variations générales augmentent avec la latitude. A 25 degrés du pôle, elles vont jusqu'à 60 millimètres. Excepté les aurores boréales, les phénomènes électriques s'effacent dans les climats froids. Les vents soufflent ordinairement du nord^est et du sud-ouest ; les vents d'est et du nord sont chargés de frimas qu'ils entraînent des pôles. Dans quelques localités, notamment au Spitzberg, ainsi que l'a reconnu l'expédition scientifique de 1838- 1839, les vents du sud sont plus froids en hiver que les vents du nord: au reste, les vents y sautent brusquement d'un point de l'horizon à l'autre. Par l'impulsion qu'ils communiquent à l'atmosphère, ils renforcent lasensationdu froid, en renouvelant rapidement l'air qui est en contact avec les organes; et, par leurs irrégularités, ils produisent fréquemment des tempêtes qui se pro-
500 DES MODIFICATEURS. - CIRCUMFUSA. [hygiène
pagent au loin. La quantité d'eau météorique, qui, de 0° latitude à 30 degrés, s'élève à 826 centimètres, ne dépasse point 98 centimètres entre 60 et 90 degrés de latitude. Plus on se rapproche du pôle, plus ordinairement cette eau tombe àl'état solide sous forme de neige compacte, cristallisée en hiver, moile et humectante au printemps. Souvent cette neige est colorée en rouge par YUïedo. nivalis; la grêle est due dans ces climats à la congélation des gouttes de pluie, et sa chute n'est pas accompagnée, comme dans les zones tempérées, de phénomènes électriques. Enfin la vapeur d'eau, soit qu'elle se forme sur les lieux, soit qu'elle provienne de points éloignés des glaces, donne lieu à ces brumes qui épaiss;ssent l'atmosphère des régions polaires.
Le caractère général des climats polaires est déterminé par la durée et par l'intensité de l'hiver; il commence dès le mois d'octobre, décline de mars en avril, et souvent se prolonge encore sur le mois de mai; les trois autres saisons ensemble s'écoulent en quelques semaines; l'été, neutralisé par les gelées nocturnes et par la médiocrité de sa m jenne thermométrique ; l'automne et le printemps, remarquables par leur humidité, qui aiguise la froidure persistante de l'air. La nature exprime, par les qualités de ses produits, la puissance du froid permanent : la \igne ne franchit pas le 50e degré de latitude; les peupliers s'arrêtent au 60e, les chênes au 62e, les pins et les sapins au 67e ; l'orge et l'avoine sont les seules graminées que l'on rencontre encore sous le 70e parallèle. Dans le domaine des frimas et des glaces, en Laponie, au Spitzberg, dans le Groenland, à l'île Melville, comme sur les cimes des Alpes et des Pyrénées, on ne trouve guère que des cryptogames, une flore chétive et rare, qui se compose surtout de glumacées, de fougères et d'éricinées. En quelques semaines, la végétation parcourt toutes ses phases. Les espèces animales qui appartiennent au sol n'y présentent point cette stature imposante, cet éclat du pelage qu'on admire dans les zones tropicales; elles ont un aspectetune structure caractéristiques ; celles qu'on y importe succombent ou dégénèrent. L'homme n'est pas moins modifié dans sa constitution physique, dans sa fonctionnalité, dans ses manifestations morbides. Toutefois, des différences profondes, dues au genre de vie et surtout à la diversité d'origine, séparententre elles les populations du Nord, sans que la prépondérance des agents climatologiques cesse de se faire sentir. Les Lapons, les Esquimaux, les Grcënlandais ont la taille petite, la tète volumineuse, les pommettes saillantes, les yeux écartés, le nez épaté, la bouche largement fendue, la peau enfumée, la barbe noire, les cheveux noirs, longs et roides. Au contraire, les Norvégiens, les Suédois, lesDanois, etc., sont connus par l'élévation de leur stature, la vigueur j de leur constitution, la blancheur de leur teint, la coloration claire de leur I système pileux. On sait que, par leur développement et par leur beauté, ces ji peuples étaient l'honneur de la race humaine dans l'ancien monde; mais ils I habitent des contrées moins froides, et suivent un régime bien différent de.l celui des populations plus rapprochées du pôle. Le Lapon, l'Esquimau, le j. Samoiède, quand il n'est point excité par le besoin, vit immobile, accroupi |j
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dans sa hutte échauffée à 30 ou 40 degrés, et dans laquelle Pair ni la lumière ne pénètrent point. Au temps de ses excursions à travers glaces et neiges, il souffre la faim et la soif, endure des fatigues inouïes. Aux longs jours d'abstinence forcée succèdent les excès de nourriture grossière et de boissons irritantes; le commerce de pelleterie auquel il se livre ne sert presque qu'à satisfaire sa passion pour les alcooliques. A défaut de ces liqueurs, il arrose, avec l'huile rance de baleine ou le lait de jument fermenté, son festin de chair à moitié crue ou de poisson pourri. Les alternatives d'abondance et de pénurie, de jeûnes et d'excès, de fatigues excessives et de stagnation, engendrent des maladies et usent les forces. L'intensité soutenue du froid, qui sévit au delà du cercle polaire, retarde la croissance et diminue la taille; les végétaux eux-mêmes subissent cette influence : ils n'atteignent pas plus de six pieds; les plus grands, tels que les bouleaux, les aunes, le sapin et le mélèze, propres au sol de ces contrées, y rampent en arbrisseaux.
En général, le tempérament sanguin est la forme d'organisation la plus commune dans les climats froids; il exprime l'activité de la chylification et de l'hématose, fonctions qui deviennent prépondérantes sous l'action d'une basse température et sous une forte pression ; ces deux circonstances augmentent l'exhalation d'acide carbonique par les voies pulmonaires : d'où la nécessité de consommer par les aliments une plus forte proportion de carbone. S'il est aisé, sous l'équateur, de supporter une demi-diète et même la faim, la faim et le froid , dans les climats voisins du pôle, épuiseraient promptement les forces de la vie. L'appétit glouton du Kamtchadale et de l'Esquimau, la puissance de leur appareil digestif peuvent étonner celui qui ne réfléchit pas aux conditions différentes de la vie sous des latitudes opposées; mais ce qui semblerait monstrueux dans le midi de la France ou en Italie est très-physiologique en Laponie. C'est de l'hygiène qu'il est vrai de dire": vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà. La nature a pourvu, par ses dispositions, aux besoins inégaux de la consommation du carbone sur les points distants du globe : tan: lis que les fruits des pays méridionaux, pris à l'état récent, n'en renferment pas plus de 12 pour 100, le lard et les huiles de poisson dont se repaît l'indigène des régions polaires en contient de 66 à 80 pour 100 (1). Les repas copieux et répétés des gens du Nord sont en rapport avec la quantité de carbone détruit par la respiration, avec le besoin d'une stimulation incessante, sans laquelle les organes s'engourdiraient par le froid. Les mouvements, les marches, les exercices violents qu'ils font, activent leur circulation. D'après ce que nous avons dit, leur pouvoir calorifique doit augmenter avec l'intensité du froid : en effet, le capitaine Parry a a u la température de plusieurs renards croître avec le froid: Cranz rapporte que les Groenland ais s'habillent légèrement, et sortent sans se couvrir la tète ni le cou ; il en est de même des Samoïèdes, des Ostiakes, etc.; le paysan de la Norvège se livre aux travaux
(1) Liebig, loc. cit., p. 19.
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des champs la poitrine découverte, et pendant que le givre s'attache à ses cheveux, la sueur ruisselle sur sa peau. Les Esquimaux de l'île Mel ville supportent pendant l'hiver un froid de — 25 degrés à — 32 degrés, et qui descend parfois jusqu'à — 46 degrés : leurs abris sont des huttes édifiées par assises avec des blocs de neige taillés et réunis en forme de dôme, dont le sommet est fermé par un fragment de glace diaphane ; ils consomment habituellement 8 kilogrammes par jour de chair crue, contenant un bon tiers de graisse et se régalent en outre de morceaux d'huile de baleine congelée. Le docteur Hayes, chirurgien de la deuxième expédition des États-Unis au pôle arctique, a remarqué que les marins ne réussirent à lutter avec succès contre de tels froids qu'en suivant un régime analogue qu'ils finirent par trouver à leur goût. Les sécrétions urinaire, graisseuse, pulmonaire, etc., sont d'autant plus abondantes que celle de la peau l'est moins; la nutrition s'accomplit avec énergie, et le système musculaire présente un grand développement; mais l'innervation languit. Ici encore les différences se prononcent entre les populations du Nord, suivant les nuances plus ou moins adoucies du climat, suivant leur genre de travail national (pêche, agriculture), et surtout suivant le degré d'isolement que la distance et l'excessive rigueur du froid entretiennent autour d'elles. La civilisation modifie puissamment le rôle du système nerveux. Pourquoi refuser (1) l'imagination et la sensibilité à ces peuples lointains, qui ont leur poésie populaire, leurs légendes naïves, leurs shagas? Récemment les membres de l'expédition française au Spitzberg se sont délectés dans la complaisance hospitalière de leurs foyers, entourés d'affection et de piété. Dans les zones un peu plus éloignées du pôle, dans la patrie de Linné et de Berzelius, l'homme se révèle dans toute la noblesse de ses attributs moraux, dans tout l'éclat de ses facultés intellectuelles.
Ainsi, chez les habitants des climats froids, la physiologie humaine se résume dans la prédominance sanguine ; les organes qui préparent le sang et ceux qui l'élaborent y sont les plus vivants; les fonctions centrales ont le plus d'énergie ; la vie s'accumule en quelque sorte dans ses réceptacles internes. Cette modalité fonctionnelle, jointe à l'action persévérante du froid, explique la pathogénie de ces contrées ; celle-ci se dénote presque exclusivement par la forme inflammatoire; l'automne et le printemps, humides et froids, développent en sous-ordre une complication catarrhale ; les courtes chaleurs de lV'lé font taire l'une et l'autre, et communiquent parfois à la constitution médicale des traits fugaces d'un état bilieux; mais en définitive, les maladies hivernales l'emportent, et le caractère de l'imminence morbide reste phlegmasique pendant la presque totalité de l'année. Les zones polaires sont la terre classique des inflammations de poitrine : Wargentin a calculé qu'en Suède le quart de décès est dù à cette catégorie d'affections (2). Les exceptions éma-
(1) Guérard, Dictionnaire de médecine en 30 vol., 2e édition, t. VIII, p. 144.
(2) D'après les rapports statistiques sur les maladies de l'armée anglaisera proportion
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nent des localités : ainsi, d'après les notes que Gaymard a, adressées à l'Académie de médecine (1), l'Islande, quoique sous le môme parallèle que le Groenland et la Laponie suédoise, est particulièrement exposée à des maladies catarrhales, l'humidité et les brusques mutations de l'air formant le fond de sa constitution météorologique. Indépendamment des maladies dont la succession caractérise l'année médicale, on rencontre dans les climats septentrionaux des affections qui leur sont propres, de même que la zone torride joint à ses phases morbides générales la lèpre et l'éléphantiasis des Arabes, le pian, le scorbut si fréquent aux Antilles, le carreau si meurtrier pour les enfants à Bourbon, à File de France, etc., les névroses, telles que l'hystérie, l'hypochondrie, l'épilepsie, etc. Des causes analogues produisent, sous les climats les plus opposés, les mêmes résultats : la réverbération solaire à la surface des neiges, les vents de la mer Glaciale, le sablon des steppes soulevé dans l'air, déterminent dans le nord de l'Asie, de l'Amérique et de l'Europe, des ophthalmies endémiques qui sont entretenues dans les climats équatoriaux par l'intensité de la lumière réfléchie, par les vents sablonneux du désert, etc. Les Lapons, aux paupières tuméfiées et ulcérées, marchent les jeux abrités par la main contre l'impression des rayons solaires; l'amaurose et la cataracte sont très-répandues parmi eux. L'épiderme, plus rétractile que le derme, se fendille par l'action du froid ; les gerçures, accompagnées d'exhalation sérosanguinolente, occasionnent des douleurs cuisantes : les indigènes des régions polaires cherchent à s'en préserver par des onctions huileuses dont les Africains et les Asiatiques font également usage pour réprimer les flux immodérés de sueur, sans obstruer les pores de la peau (Currie). On trouve encore dans l'archipel Feroë, et sur 1ô3 côtes maritimes de la Suéde, de la Norvège et du Danemark, une espèce de lèpre tuberculeuse qui occasionne des destructions de tissu et des déformations hideuses. La variole exerce de fréquents ravages en Pologne, au Kamtschatka, dans le Groenland : elle n'est pas moins commune parmi les Kirghiz, les Bouriats et les Toungouses. L'affection scrofuleuse est très-répandue dans les différentes classes de la société, en Russie, en Suède, dans le Nord de l'Asie, et jusque chez les peuplades sauvages : elle s'y montre plus fréquente et plus grave depuis l'importation de la syphilis. Celleci, moins intense et plus curable dans les pays chauds, acquiert chez les peuples du Nord une violence et une ténacité qui rendent souvent inutiles les efforts de l'art : cantonnée dans les familles, elle se perpétue parla génération, et engendre, par sa combinaison probable avec les scrofules, les masques variés d'une cachexie héréditaire. L'influence du régime et des habitudes se
annuelle des pleurésies et des pneumonies est pour LOOj : de 42 à Gibraltar, de 34 à Malte, de 33 aux îles Ioniennes, de 37 aux Bermudes, de 35 à Brunswig; d'où il résulte que dans ces colonies, la fréquence des aifections aiguës de poitrine ne paraît liée n^ au degré ni aux variations de la température.
(1) Voyez Bulletin de V Académie de médecine. Paris, 1838, t. III, p. 316. — Pritchard, Histoire naturelle deVhomme. Paris, 1843, t. il, p. 278.
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mêle intimement avec les effets du climat pour la production des maladies, comme dans la détermination du type physiologique des masses : ainsi la plique, qui est endémique en Pologne, en Lithuanie, les épidémies scorbutiques qui régnent sur les côtes de la Suède et de la Russie, accusent une étiologie complexe. D'autres affections existent à l'état permanent, sans relation probable avec les conditions du climat; le pyrosis et les affections vermineuses qui attaquent les Lapons sont dus à la mauvaise alimentation, et des maladies gastriques se multiplient en Norvège toutes les fois que la disette remet en usage le pain d'écorce.
Les climats froids exercent-ils une action préservatrice contre certaines maladies, ou, du moins, en corrigent-ils la gravité ? Nous avons dit que les fièvres paludiques s'atténuent dans leur expression symptomatique, et finissent par s'éteindre en rétrogradant vers les pôles. D'après Hilclebrand, la propagation du typhus diminue sensiblement dans les climats froids, et finit même par y cesser tout à fait. Malgré l'entassement des Lapons, clés Esquimaux, etc., dans des huttes enfumées et sans aération, les voyageurs n'ont signalé chez eux aucune épidémie de typhus. L'hiver représentant la somme des conditions propres aux climats froids, peut-on en induire que les maladies se distribuent dans les zones climatériques comme elles font entre les saisons? L'observation directe et locale ne peut être suppléée ici par l'analogie; néanmoins la plupart des médecins qui ont observé la fièvre typhoïde dans diverses contrées ont remarqué qu'elle est plus commune pendant les chaleurs de l'été et dans les pays méridionaux (1). Les affections nerveuses sont plus fréquentes dans les climats chauds; mais, nous l'avons dit, les influences de- la civilisation effacent souvent celle du climat; elle multiplie les névroses dans les pays du Nord autant que dans les zones tempérées; on trouve parmi les classes élevées de la Russie des organisations aussi impressionnables que celles des créoles; le Danemark est l'une des contrées de l'Europe où le suicide fait le plus de victimes. Enfin, il serait intéressant de connaître la proportion de phthisiques que présentent les régions les plus septentrionales, surtout celles où domine le froid sec; mais les documents font défaut : celui dont nous avons extrait quelques données statistiques sur la phthisie (page 495) fait voir qu'elle affecte les troupes en garnison depuis vingt ans au Canada dans la même proportion que les troupes de Londres, de Malte, de Gibraltar, et dans une proportion moins forte que les troupes des Antilles, des Bermudes, etc. Si la statistique militaire pouvait suffire pour fixer les rapports de fréquence de la phthisie dans les différents climats, nous serions tenté de répéter encore ici, avec Genest, que les faibles variations du chiffre de cette maladie (de 6 à 9-10 sur 1000) indiquent une cause toujours identique et produisant des effets à peu près analogues sur tous les points du globe habités par l'homme. Cette conclusion en contient une autre, qui confirme une opinion de Louis : la phthisie pulmo-
(1) C. P. Forget, Traité de V entérite folliculeuse {fièvre typhoïde). Paris, 1841, p. 451.
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naire offrant à peu près le même chiffre et dans les pays chauds et dans les pays froids, comme les phlegmasies des voies respiratoires régnent plus dans ceux-ci que dans ceux-là, on ne saisit point le rapport de fréquence tant signalé entre les inflammations pulmonaires et la production du tubercule dans les poumons. Ce raisonnement acquerrait force de loi, s'il était prouvé, comme le professait Laennec, que la phthisie, très-répandue dans les régions tempérées, telles que la France, le nord de l'Espagne, de l'Italie et de la Grèce, se montre relativement plus rare dans les climats très-froids et dans les climats très-chauds; pour ceux-ci, les observations de nos chirurgiens de marine ont démontré l'erreur de Laennec.
§ S. — Les climats tempérés.
Les climats tempérés régnent entre 30, 35 et 55 degrés de latitude australe ou boréale; l'Europe presque entière avec ses iles en fait partie; en Asie, ils embrassent les belles et vastes contrées qui se développent depuis la Méditerranée et la mer Noire, à l'ouest, jusqu'à l'empire du Japon et le grand Océan du Sud, à l'est; en Amérique, la Californie, une partie du Mexique et du Canada; les Etats-Unis, le Chili, laPatagonie. Les traits généraux de la zone tempérée sont les suivants : 1° les saisons sont tranchées, le froid et la chaleur alternent annuellement, mais n'arrivent d'ordinaire à leur apogée que par une gradation intermédiaire; l'observation météorologique de vingt-six stations choisies dans la zone tempérée, dans les conditions différentes de hauteur, de proximité et d'exposition, a fourni pour température moyenne, en hiver, 3°, 3 : en été, 19°, 9 : au printemps, 10°, 7 et en automne, 11°, 8; 2° quoique distinctes, les saisons sont d'une grande variabilité, tandis que l'équateur et les contrées circumpolaires se font remarquer par la stabilité de leurs qualités thermométriques; 3° les oscillations de la température, qui marquent peu d'un jour à l'autre sous la zone torride et vers les pôles, ne manquent ni de fréquence ni d'amplitude, de telle sorte que du matin au soir, d'une semaine à l'autre, de mois en mois, de saison à saison, les mutations de l'atmosphère font éprouver à nos organes des modifications variées qui tournent au profit ou au détriment de notre santé. Il est rare que le thermomètre se maintienne pendant cinq ou six jours au même degré; les vicissitudes qu'il éprouve dans cet intervalle affectent souvent 10, 15 ou 20 degrés; leur échelle totale ne comprend pas moins de 30 à 40 degrés, tandis qu'à l'équateur les oscillations thermométriques ne dépassent point 8 ou 9 degrés.
Lesépoques annuelles où l'on observe principalement la versatilité, et, pour ainsi dire, le tumulte des phénomènes météorologiques, correspondent aux saisons intermédiaires. Vers l'équinoxe de mars, au moment où le soleil franchit la ligne équatoriale, la masse atmosphérique est ébranlée par des vents contraires, qui s'élancent à la fois de tous les points de l'horizon. Le baromètre et le thermomètre subissent de brusques variations ; les météores aqueux se
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répètent, alternent ou se mêlent avec ou sans le concours des vents; le soleil, quand il se montre, est limpide, et manifeste déjà une grande puissance de calorification ; mais soir et matin en plein jour, à l'ombre ou par un ciel couvert, on éprouve encore une vive sensation de froid, le sol émettant avec rapidité le peu de chaleur solaire qu'il a pu absorber jusqu'alors. Aussi la première moitié du printemps participe-t-elle aux qualités de l'hiver; les vents contribuent à refroidir l'atmosphère, même ceux du midi qui se dépouillent de leur tiédeur en passant sur des pays en pleine végétation; les dégels, la fonte des neiges, des ondées fréquentes, l'évaporation de ces eaux météoriques, l'activité du rayonnement nocturne pendant des nuits encore longues et souvent transparentes, la vapeur apportée par les vents d'ouest, et qui, condensée par le froid des régions supérieures de l'air, retombe pendant le jour en pluies, neiges et grêles, et pendant la nuit en brouillards, rosées et gelées blanches, communiquent à la première période du printemps une constitution atmosphérique mobile, humide et froide. L'accroissement progressif de la chaleur solaire améliore la température de la seconde période sans lui ôter son caractère d'hygrométrie et de variabilité. L'été présente trois phases, dont la première se ressent de la turbulence météorologique qui appartient au printemps; la seconde a pour condition l'élévation soutenue de la température, la sécheresse de l'air et la pureté du ciel; la troisième amène des perturbations électriques, fait marcher l'hygromètre vers l'humidité, détermine soir et matin un abaissement notable dans la température. Ces vicissitudes annoncent l'approche de l'équinoxe d'automne, qui renouvelle la lutte des vents contraires, les alternatives de tempêtes et des calmes, le mélange des météores aqueux; l'atmosphère encore chaude et saturée d'eau, s'en débarrasse par des pluies, des brouillards et des rosées. Le printemps et l'automne se ressemblent par le fond humide de leur constitution atmosphérique, parle nombre et l'amplitude de leurs variations; mais, encadrés dans un ordre inverse entre l'hiver et l'été, l'automne est chaud au début et froid sur son déclin, tandis que le printemps commence par le froid et finit par la chaleur. A cette intervention des qualités thermométriques s'ajoute une opposition physique et morale, dont le médecin doit tenir compte; tout être inaugure le printemps par une sensation de renaissance et d'expansion vitale : l'automne jette sur l'horizon un voile brumeux et sur l'âme une involontaire tristesse; la vie commence à restreindre le cercle de ces irridiations; le corps éprouve comme un frisson précurseur de la concentration hivernale. Pendant l'hiver l'atmosphère se régularise : des vents froids, des pluies répétées, des brouillards sons fin, une ascension diurne du thermomètre faible et fugitive entre mid1 et deux heures, des nuits prolongées, des alternatives de neige, de pluies ou de gelées, suivant que le ciel se couvre ou s'éclaircit, telle est la marche de cette saison; comme les autres, elle se nuance par son contact avec la constitution atmosphérique qui précède ou qui suit, humide et médiocrement froide à son début, d'un froid sec et cuisant à son apogée, se mitigeant de nouveau
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à son déclin qui prépare l'état hygrométrique et variable de la période initiale du printemps.
Est-il besoin de dire que les saisons ne se comportent point d'une manière uniforme clans l'immensé étendue de la zone tempérée. Elles ne se déroulent dansl'ordre précité que vers le centre de cette zone: vers les pôles, vers les tropiques, elles réfléchissent les effets d'une climatologie extrême. La zone tempérée déploie donc à sa surface des climats moyens ou tempérés par excellence, et des climats qui portent, les uns une empreinte plus australe, les autres une empreinte plus boréale. Fuster (1) a calculé, d'après les valeurs thermométriques rassemblées par Humboldt, des résultats moyens de température qui permettent de spécifier avec quelque précision les catégories de climats comprises dans la zone tempérée. Entre les latitudes 55 à 65 degrés, l'hiver égale — 6 degrés, et l'été 15 degrés seulement; sous les parallèles de 22 à 36 degrés, la température arrive à 27 degrés en été, et ne descend pas en hiver au-dessous de 8 degrés ; d'où l'on voit que, sur la lisière boréale des climats tempérés, l'hiver est plus froid de 21 degrés, et la chaleur de l'été moins forte de moitié que vers leur limite australe : la différence porte nonseulement sur l'intensité de ces deux saisons, mais encore sur leur durée; dans le groupe boréal des climats tempérés, l'hiver occupe cinq à six mois, et l'été, qui commence en juillet, finit en août. Upsal et Stockholm ont des hivers rigoureux de cinq mois, des automnes et des printemps dont la température moyenne donne à peine 4 à 6 degrés, tandis qu'Alger présente encore 18 à 21°, 6 du 1er janvier à la fin de mai; 29, 30 et 31 degrés pendant les quatre mois suivants, et jusqu'à 24 degrés en octobre. Enfin, au voisinage des tropiques, la Havane jouit en janvier d'une chaleur moyenne de 21 degrés, et n'a pas vu en trois ans le thermomètre descendre au-dessous de 16°, 4. Ainsi, vers le nord, hivers longs et rudes, étés courts et peu chauds; vers le sud, hivers modérés, étés ardents ; vers le centre, les saisons tendent à se faire équilibre; sous les latitudes de 45 à 48 degrés, l'hiver et l'été ont chacun environ une durée trimestrielle : là température calculée dans sept stations comprises entre ces deux parallèles, a donné de 1°,4 pour l'hiver, et de 19 degrés pour l'été. A l'extrémité polaire de la zone tempérée, l'automne et le printemps tiennent plus de l'hiver que de l'été, et les vicissitudes atmosphériques surviennent principalement en été et en automne ; à l'extrémité tropicale, elles portent sur le printemps et sur l'hiver; le printemps et l'automne sont sous la domination de l'été. C'est dans les régions centrales de la zone tempérée, là où les influences équatoriales et les influences polaires se rencontrent et se pénètrent que les quatre saisons tendent à une distribution égale et réagissent franchement l'une sur l'autre.
Indépendamment des différences qu'offrent les saisons dans les trois systèmes climatériques de la zone tempérée, leur physionomie propre et la régularité
(1) Fuster, loc. cit., p. 502.
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de leur succession sont altérées par deux ordres de causes perturbatrices : les unes, fixes, ne sont autres que les conditions géologiques, telles que l'élévation ou l'abaissement du terrain, sa nature, sa configuration, son orientation, son étendue continentale ou le voisinage des mers; les autres, accidentelles, sont les intempéries qui impriment aux saisons une allure anormale et remplacent, par une combinaison inusitée des qualités atmosphériques, l'état météorologique qui constitue annuellement l'habitude d'un climat : il y a intempérie, dit Fuster, si l'hiver est moins froid qu'à l'ordinaire, à plus forte raison s'il est fort doux ou même chaud ; il y a intempérie, si le froid de la saison excède la mesure commune, s'il survient prématurément, s'il finit trop tard, si l'hiver pèche par manque d'uniformité, s'il a, par exemple, alternativement de fortes gelées et des dégels subits, etc. Les constitutions insolites de l'atmosphère se prolongent parfois pendant plusieurs années : le vulgaire dit alors que le climat est changé, quoiqu'il n'ait subi en réalité aucune modification directe dans ses éléments. Mais, de même que les circonstances de localité qui font dévier les lignes isothermes ne peuvent rien contre la progression thermométrique de 10 en 10 degrés de latitude, ainsi les intempéries et les individualités géologiques s'effacent dans la considération des différences qui existent entre les extrêmes et entre les moyennes thermométriques, pour chaque saison, dans les divers climats : la différence des extrêmes va en augmentant rapidement de l'équateur au pôle; même décroissance des moyennes, comme l'indique ce tableau :
Bandas Température Température
isothermes de moyenne de l'hiver, moyenne de l'été. Différences. Latitudes.
20 degrés c. 15 degrés c. 27 degrés c. 12 degrés c. 33 degrés.
0 — lu — 12 — 22 — 69 —
La simple inspection de ces résultats montre que, plus on s'éloigne des tropiques, plus les variations de la température d'une saison à l'autre acquièrent d'amplitude; dans la portion australe de la zone tempérée, la température est à la fois et plus élevée et plus égale; au contraire, le groupe septentrional des climats tempérés expose à des froids plus rigoureux, et exige chez ceux qui l'habitent plus d'élasticité organique, puisque les vicissitudes thermoméi Piques y ont plus d'étendue.
L'influence que la latitude, la longitude et la hauteur exercent sur la température moyenne des saisons a été précisée par les calculs à l'aide desquels Guillaume Mahlmann a déterminé la distribution de la chaleur sur le globe dans les deux hémisphères. Nous extrayons du tableau qu'il a dressé, et qui a été publié par Humboldt, la thermométrie comparée de 84 localités situées entre 54° 47' et 5° 30' latitude nord : c'est une source précieuse de renseignements pour la médecine et pour l'hygiène.
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La zone tempérée imprime aux produits du règne organique et du règne inorganique un caractère général qui se diversifie sous l'empire des climats particuliers qu'elle renferme. On y trouve des plantes très-variées et dont les qualités manquent aux mêmes espèces végétales sous les autres zones ; elle offre en foule les labiées, les amentacées, les crucifères et les ombellifères : ces deux dernières familles ne se rencontrent guère avec l'équateur, et les malvacées, si répandues entre les tropiques et dans nos régions tempérées, disparaissent au delà du cercle polaire. Cette zone est habitée par des espèces animales qui font défaut aux climats équatoriaux et polaires, et celles qui leur sont communes ne laissent pas que d'avoir une forme distincte d'organisation. L'économie humaine reçoit l'empreinte des influences générales de cette zone. On ne confondra jamais le type physique des Géorgiens, des Grecs, des Italiens, des Français, avec le nègre de la Guinée ou de l'Abyssinie, avec l'Esquimau à la taille rabougrie. Mais clans l'intérieur même des vastes régions qui appartiennent à la zone tempérée, que de différences dans la stature, dans la coloration des systèmes pileux et cutané, dans le développement musculaire, dans l'évolution plus ou moins aiguë des organes de la reproduction, dans le rhythme des fonctions d'hématose et de nutrition, dans le jeu de l'innervation, et, par suite, dans les manifestations du moral et de l'intellect ! différences qui dépendent, non-seulement de l'action climatérique, mais encore du régime, de l'aisance, des habitudes, du degré de civilisation, des émigrations, etc. Le Maure, l'Arabe, l'Italien, l'Espagnol, le Suédois et le Russe, sont issus de la même race ; ce qui les distingue entre eux est le produit de ces influences combinées et de leur spontanéité vitale. La conformation du sol en plaines, en montagnes, en vallées, en côtes fluviales et maritimes, etc. , agit non-seulement sur la destination sociale de l'homme et sur son genre de vie, mais encore sur la modalité de ses fonctions et sur sa forme générale. L'investigation de ces différences collectives des hommes, lesquelles ressortent des localités et des climats, appartient à, l'hygiène publique, et plus encore à l'histoire naturelle; remarquons seulement que les modifications que subit l'organisation humaine dans l'étendue de la zone tempérée sont parallèles aux différences que la météorologie annuelle présente dans les stations très-éloignées, mais comprises dans cette même zone. Là où celle-ci revêt une nuance équatoriale, le type général des masses rappelle celui des nations groupées entre les tropiques; et chez l'individu, la prédominance physiologique tend à s'établir vers la peau et le foie; l'état des forces se révèle par la brusque alternative de la jactance nerveuse et de l'épuisement. À l'extrémité boréale, la lenteur de la puberté permet à la taille de s'allonger; les cheveux, l'iris et la peau s'étiolent comme chez les peuples hyperboréens ; chez l'individu, les appareils digestif et respiratoire se suractivent, tandis qu'une sorte d'hivernation commençante atteint les fonctions périphériques. Dans les climats moyens de notre zone, les tempéraments sont plus variés, plus mélangés; les appareils organiques tendent à se faire équilibre par leur proportion matérielle et leur jeu. Sans décerner,
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avec Motard, à ceux qui habitent ces régions tempérées par excellence, la plus heureuse harmonie dans le développement de leurs organes (1), on peut caractériser leur état physiologique en disant qu'il exprime une tendance à l'harmonie; non par le balancement des fonctions, mais par la compensation totale de leurs excitations alternatives suivant les saisons. Ainsi, tandis qu'à l'équateur ou près des pôles, certains organes sont les centres permanents des mouvements vitaux, sous la zone tempérée l'été confère la prééminence à l'enveloppe cutanée et à l'appareil hépathique ; l'hiver, aux instruments de l'hématose et de la chylification; l'automne et le printemps secouent pour ainsi dire tous les systèmes et toutes les fonctions ; suivant la nuance plus hivernale ou plus estivale de leurs périodes, ils provoquent une rapide succession de prédominances opposées; par leurs vicissitudes atmosphériques, ils font osciller dans une latitude proportionnelle la réaction des solides et des fluides de l'économie ; l'action nerveuse suit ces phases : tour à tour impétueuse et déprimée pendant les chaleurs de l'été, refoulée par le froid et l'hiver, versatile pendant les saisons équinoxiales, elle n'est jamais dominée d'une manière absolue par les influences atmosphériques, et c'est dans les climats tempérés que l'homme conserve le plus d'indépendance tant au physique qu'au moral : la puberté, la menstruation, ne sont ni précoces, ni tardives ; en un mot, les actes de la vie ne sont ni précipités comme dans la zone torride, ni ralentis comme au voisinage des pôles ; ils ne sont pas non plus asservis à une allure uniforme. Dans ces régions évidemment privilégiées, la nature a réuni les conditions qui font l'équilibre de la santé et la plénitude de la vie : on les appelle tempérées, et elles le sont sans monotomie par l'effet total des contrastes atmosphériques de leurs saisons ; de même la vie humaine y est tempérée, non dans la succession de ces phénomènes, mais par l'ensemble et les résultats de ses phases annuelles.
On ne trouve plus dans ces climats la stabilité des formes pathologiques qu'on observe à l'équateur et vers les pôles. La succession tranchée des saisons et l'inconstance habituelle des qualités de l'air ont. pour effet d'imprimer aux affections morbides des phases qui sont en rapport avec le caractère de chaque période de l'année, avec la nature et l'étendue des vicissitudes qu'elle comporte. L'hiver traîne à sa suite le cortège des inflammations; le printemps, sans effacer l'état phlegmasique, développe plus particulièrement des affections catarrhales ; l'es irritations des voies digestives, les ictères, les hypérémies hépathiques, les diarrhées, les dysenteries, les choléras sporadiqucs, se multiplient en été, en même temps que l'intensité de l'action solaire tend à irriter l'encéphale et ses enveloppes. Cet ensemble pathologique fait voir que l'été, parvenu à son apogée, place approximativement les zones tempérées dans les conditions des climats équatoriaux, à savoir : prédominance de l'appareil pistro-hépathique et surexcitation de l'axe cérébro-spinal. L'automne, par son
(1) A. Motard, Traité cVhyrjiène générale, Paris, t868, tome I, p. 412.
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humidité et par ses variations, ramène la forme catarrhale, les phlegmasies qui naissent sous son règne s'enveloppent souvent d'une phénoménalité perfide, et, après avoir marché au début avec une apparente bénignité, elles se démasquent brusquement par l'explosion d'accidents adynamiques ou ataxiques; la tendance à la putridité et à Innervation se généralise souvent, à ce point qu'elle marque de son cachet la constitution médicale de la saison; alors aussi, sous l'influence de l'humidité et des chaleurs qui se prolongent, le dégagement miasmatique atteint son maximum dans les contrées marécageuses. Aux gradations météorologiques qui fondent une saison dans la saison suivante, correspondent des gradations dans les états pathologiques qui caractérisent l'une et l'autre à leur apogée : la prédominance bilieuse de l'été colore pour ainsi dire d'un reflet ictérique les affections initiales de l'automne; celles du printemps trahissent le processus inflammatoire de l'hiver ; plus tard, les maladies régnantes relèvent davantage de la constitution catarrhale qui résulte de l'humidité printanière, et, vers le déclin de la saison, leurs symptômes se compliquent des préludes de l'influence estivale : c'est ce que Sydenham appelait l'entre-deux du printemps et de l'été. En indiquant cette corrélation entre les éléments météorologiques des saisons et l'aspect des maladies régnantes, notre pensée n'est point d'adjuger à l'atmosphère une sorte d'omnipotence sur la pathogénie; nous tenons compte en même temps de la spontanéité organique, qui comprend toutes les conditions de structure individuelle, et des causes occasionnelles qui concourent à la localisation des résultats morbides; mais tout médecin dont le coup d'œil s'est exercé longtemps au milieu de grandes réunions de malades a pu constater sur eux la réaction uniforme, quoique nuancée, des modifications atmosphériques, et vérifier dans une certaine mesure l'intervention des saisons dans la production et dans la forme des affections. Au reste, celles-ci se diversifient dans les trois régions dunord* du midi et du centre dont se compose la zone tempérée ; c'est en France, en Allemagne et en Angleterre, qu'elles accusent avec une certaine netteté l'ac* tion distincte de chaque saison, tout en se subordonnant aux intempéries qui troublent, même au centre des climats tempérés, l'évolution météorologique de l'année. L'influence des localités contre-balance et souvent surpasse celle des saisons : Plymouth, Prague et Copenhague représentent un triangle géographique dont le sommet est occupé par la capitale du Danemark : celle-ci est séparée des deux autres villes par 5 à 6 degrés de latitude. Entre Prague et Plymouth, on compte 19 degrés de longitude; néanmoins les observations des médecins danois et celles deHuxham et de Joseph Plenciz attribuent àces trois localités la prépondérance des maladies catarrhales et muqueuses (1). Le plateau de Madrid doit à sa hauteur, qui dépasse celle de tous les plateaux un peu étendus de l'Europe, les affections inflammatoires qu'on n'observe plus en permanence à Valence, à Naples, dans les îles Baléares et en Grèce, pays situés sous les mêmes latitudes.
(1) Fuster, p. 570.
DES MODIFICATEURS. - CIRCUiMEUSA.
[hygiène
§ 4. — De l'acclimatement.
Le fait le plus général qui résulte de l'examen comparatif des climats et des modifications qu'ils impriment à l'économie, c'est que l'homme est coordonné au milieu qu'il habite ; soit que l'on recherche en lui les signes qui le rattachent à telle ou telle race, soit que l'on se borne à observer le mécanisme de ses fonctions, l'action du climat se révèle par une empreinte profonde. Suivant la différence des conditions extérieures que lui font l'air, les eaux et le sol, l'organisme est forcé d'exalter certains actes, de ralentir certains autres; et soit condition initiale ou conséquence de ces mutations fonctionnelles, l'état du sang et le dynanisme nerveux sont profondément modifiés; de là la nécessité de changer le régime, les habitudes, le genre de vie, pour donner à ses relations avec le monde ambiant Ja stabilité, la régularité et la force qui constituent la santé. Les mutations qu'il opère sur lui-même, et par lesquelles il s'accommode à des influences nouvelles, représentent dans l'œuvre complexe de l'acclimatement la part de la spontanéité humaine ; la manière dont s'accomplissent ces mutations, leur lenteur ou leur acuité, leur étendue, le degré de danger qui les accompagne, expriment les variétés infinies de la réaction individuelle. Dans l'appréciation des phénomènes de l'acclimatement, il faut se tenir également éloigné de deux exagérations, dont l'une consiste à prêter à l'organisation une puissance d'initiative qui lui permette de se jouer des modificateurs externes, et dont l'autre nous livre fatalement, comme un objet inerte, à l'atteinte des forces de la nature. Ce que nous voyons pendant le cours des saisons arrive aussi dans les diverses régions du globe où l'homme se transporte. La succession des saisons éprouve diversement les individus; chez les uns, elle détermine des perturbations passagères; chez les autres, des dérangements profonds et qui portent sur différentes fonctions, suivant l'âge, le sexe, le tempérament, etc.; il en est enfin qui traversent les phases de l'année sans aucune oscillation notable de fonctions et de santé. Telle est aussi l'intervention des dispositions organiques dans la série des phénomènes auxquels donne lieu la transplantation d'une zone dans une autre. Ces dispositions fixent la limite de l'influence des climats et en nuancent les effets ; elles nous font comprendre pourquoi les colons anglais et hollandais qui ont quitté leur froide et brumeuse patrie conservent, sous le ciel brûlant de l'Inde et du cap de Bonne-Espérance, les traits bien reconnaissables de leur structure originaire. La dissémination des Israélites, laquelle a commencé bien avant la mort du Christ, est, pour le médecin, comme une expérience instituée à travers les siècles et l'espace pour la vérification de l'action climatérique : l'Israélite hollandais, gros, spongieux et allongé, porte sur toute sa personne le cachet de la prédominance lymphatique; le Juif de l'Algérie aie corps maigre et bien proportionné, la taille plutôt petite que grande, le teint brunâtre, les cheveux noirs, les mouvements agiles et souples ; en un mot, il ressemble à son com-
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patriote l'Arabe. Or voilà ce qu'a fait le climat. Mais si vous comparez la physionomie du Juif hollandais et du Juif africain, la parenté vous frappe ; les mêmes traits déclarent une origine commune, et c'est ce qui témoigne de l'efficacité des dispositions organiques contre l'action réunie et prolongée des influences du dehors.
L'acclimatement est donc un conflit entre l'ensemble des circonstances qui caractérisent une zone, une région, une localité et les dispositions organiques qui forment le fond de l'individualité humaine et le type collectif des familles et des races. Cette lutte entre les forces extérieures et l'homme tend à assimiler ce dernier aux indigènes du pays qu'il vient habiter. En effet, l'organisation la mieux adaptée à un climat quelconque est celle de la population qui s'y trouve implantée de temps immémorial; elle est liée à. son climat par une harmonie parfaite d'actions et de réactions; elle apporte en naissant la constitution la mieux assortie à l'équilibre spécial, qui est la condition de la vie sous des latitudes très-distantes l'une de l'autre; de telle sorte que, dams toutes les grandes divisions du globe, le problème de l'acclimatement est au fond le même. Il s'agit : 1° cle connaître l'organisation et la fonctionnalité des indigènes; 2° d'ordonner sur ce modèle l'activité physiologique des nouveaux venus et de les rapprocher, par une transformation graduelle qui ne s'achève le plus souvent qu'à travers une série de générations, du type organique des indigènes, avec lesquels néanmoins ils ne se confondront jamais.
L'homme a-t-il assez de flexibilité organique pour s'adapter tour à tour à des influences très-prononcées d'un ordre contraire, pour réussir sous presque tous les climats? Ceux qui adoptent cette opinion allèguent la diffusion de l'espèce humaine depuis le 60e degré sud jusqu'au 70e degré nord. L'homme vit sur des hauteurs de 4101 mètres, dans les excavations profondes du sol, sous une pression supérieure à celle du niveau des mers; il a porté passagèrement sa demeure au delà de ces limites. Saussure, dans les Alpes ; Bouguer, dans les Cordillères, ont atteint à des sommités élevées d'environ 6000 mètres; Parry et d'autres se sont frayé une voie à travers les glaces par delà le 82e degré de latitude nord. Ainsi, l'homme subsiste dans un milieu dont la température dépasse celle de son propre sang. Il triomphe d'un froid assez intense pour congeler le mercure; son existence n'est point compromise immédiatement par une pression moindre environ de moitié que celle qu'il supporte à la surface clu sol, à des hauteurs où l'ébullition de l'eau s'obtient à 66° 2,3 centigrades et sous une colonne barométrique de 14 à 16 degrés au lieu de 28 degrés. Ceux qui refusent à l'homme la faculté de vivre et de se perpétuer sous toutes les latitudes, affirment la formation multiple de notre espèce, insistent sur les différences séculairement persistantes entre les races, sur les effets funestes de la translation d'un climat dans un autre. Trois cents Allemands, envoyés à Cayenne, en 1765, furent réduits en moins de deux mois à trois individus, dont un seul avait échappé à toute maladie. Sept cents Français, dirigés sur un canton du Mexique par Laisné de Ville-Lévesque, fournirent en deux ans
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cinq cent trente décès. Suivant Lincl, les nouveaux venus dans les Antilles, même entourés de précautions, succombent dans la proportion d'un cinquième par année. Le docteur Twining, qui a longtemps pratiqué dans l'Inde anglaise, assure que l'influence du climat est telle que, dans la presqu'île du Gange, la troisième génération d'Européens de pure race n'existe point. Cette remarque s'applique aux Anglais et aux Portugais. Les nègres résistent un peu mieux, mais cependant périssent très-rapidement. Il en est de même pour Ceylan (1). De 1730 à 1752, Batavia a vu succomber plus d'un million de nouveaux venus. L'armée anglaise perd, dans sa patrie et en temps de paix, 1,2 sur 100 officiers, et 1,7 sur 100 soldats; dans les Indes, les mêmes troupes éprouvent une mortalité trois fois plus grande, d'après une moyenne de trois ans, établie par Edmondre.Dans les Antilles anglaises, les calculs de Marshall et Tulloch fixent la proportion des décès parmi la troupe à 1 sur 24; elle s'élève, au Sénégal, jusqu'à 1 sur 7 (Thévenot). On peut multiplier des exemples de mortalité excessive observés chez les individus qui se sont transportés dans des contrées lointaines : mais tous les faits de ce genre, accumulés par la statistique, ne prouvent rien contre l'aptitude que l'homme peut avoir à supporter des climats très-différents ; car il faudrait démontrer préalablement que la mortalité doit être attribuée exclusivement à l'action du climat. Quant à l'extinction des immigrants à la deuxième ou troisième génération, a-t-elle été la conséquence certaine de l'essai d'acclimatement dans les localités intertropicales? ou n'at-elle été que l'épisode funèbre de tentatives de colonisation dirigées sans prudence sur des pays dont l'insalubrité était flagrante? Les Européens, dont la postérité s'est desséchée si rapidement au souffle de la zoneéquatoriale, avaientils acquis, avec les signes d'un acclimatement achevé, la prérogative d'engendrer désormais une progéniture assortie au milieu clans lequel elle devait naître? Avant de jeter sur cette terre inéprouvée des existences nouvelles, avaient-ils parcouru la série des transformations qui pouvaient les rendre aptes à vivre eux-mêmes? Les enfants ont-ils reçu les soins et la direction hygiénique que prescrivait le climat? Quelle a été l'hygiène des colons jetés brusquement de l'Europe dans les Antilles? Que peut-on conclure du sort déplorable des émigrants que la misère chasse en foule de leurs campagnes natales, et qui, dès le jour de leur embarquement pour leur destination lointaine, fléchissent sous le poids de la nostalgie, des souffrances passées et des fatigues d'une longue route? Qui ne connaît les excès, les bizarres excentricités, les usages nuisibles qui pèsent sur la vie des Anglais dans les Indes? Johnson retrace le spectacle digne de. pitié qu'ils présentent, quand, emprisonnés par une coutume tyrannique dansl'étau de leurs étroits uniformes, ils sont inondés par des flots de sueur qui coulent à travers les plis de leurs vêtements. Mais tous les Européens n'ont pas subi le même sort dans leurs tentatives d'implantation sous les tropiques. Dans toutes nos colonies, la population présente
(1) Bulletin de V Académie de médecine, t. I, p. 320.
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un élément sédentaire, créole ou créolisé, se propageant depuis la fondation des établissements coloniaux, et, comme le remarque judicieusement Dutroulau (1), la seule existence de cet élément établit la preuve de la propriété que possède la race européenne dans une certaine mesure et par certains moyens, de s'indigéniser dans les pays chauds.
Dans le problème de l'acclimatement entrent des éléments complexes qu'il importe de démêler et de classer : tout climat a des conditions fondamentales qui dépendent de ses quantités extrêmes et moyennes de température, de pression, d'hygrométrie, d'électricité, de la composition du sol, de la proportion et de l'orientation de ses masses continentales ou solides, etc. Il est donné à l'homme de s'exercer à ces influences combinées, de lutter contre leurs variations; là où elles sont excessives, il payera d'abord un tribut parfois trèsrude, mais la tolérance du milieu finit par s'acquérir au prix de certaines précautions.
Il est d'ailleurs, même dans la zone intertropicale, des climats ou des localités salubres par eux-mêmes, comme Taïti où la mortalité sur une période de huit ans, accidents de guerre et d'installation compris, n'a point dépassé 0,98 pour 100 de l'effectif des Européens et, dans les bonnes années, 0,39 pour 100, comme Bourbon (1,72 p. 100), comme la Nouvelle-Calédonie, où, du 15 août 1856 au 15 août 1858, la mortalité de la garnison de Port-de- France a été de 1,14 pour 100 (2); Gorée, que Thévenot lui-même recommande aux arrivants et aux convalescents de Saint- Louis, le groupe des Saintes à la Guadeloupe, les quartiers du Nord à la Martinique, Gueymas en Sonora, qui, malgré l'absence des pluies et sa température cle 36° à 40° c. à l'ombre, est, d'après Celle, un des lieux les plus sains de la terre. Les navires, dit Dutroulau (3), qui se transportent sur tous les points des mers tropicales, sans voir se modifier leur état sanitaire, à la condition de ne point aborder les terres insalubres, ne sont-ils pas aussi la preuve de l'innocuité du climat sidéral sous ces latitudes ?
La température moyenne du littoral de l'Algérie est d'environ 17°, 5 ; or dans les tierras templedas du Mexique, où la moyenne est de 20 à 21 degrés, « on rencontre, dit Humboldt, le beau climat de Xalappa, de Tasco et de Thilpanzingo, trois villes célèbres par l'extrême salubrité de leur climat ». Pour cet illustre voyageur, nul cloute sur la réalité de l'acclimatement et sur l'efficacité du séjour prolongé pour l'acquérir; les chances de longévité paraissent même plus favorables aux acclimatés qu'aux indigènes, Humboldt cite les données suivantes :
(1) Dutroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, 2^ édition 1868, p. 169.
2 , Essai sur la topographie hygiénique et médicale de la Nouvelle-Calédonie, thèse Éë Victor de Rochas. Paris, 1860, n° 250, p. 16. ^3) Dutroulau, loc. cil.