‹ Traité de l'amaurose ou De la goutte-sereine ouvrage [electronic resource]Chapitre 15 sur 35 · UO TRAITÉ DE LAMAUROSE · texte numérisé non relu

UO TRAITÉ DE LAMAUROSE

le spectre aqueux (stries transparentes ; filaments fins assez analogues à du verre Blé). Quant aux particules hyaloïdiehnes, qui engendre^ la perception des mouches globulaires, perlées on aqueuses, le profésseur-de'Glascow, tout en reconnaissant là difficulté de la solution de cette Question , se rapproche de l'opinion de David Brèwstèr, qui pense que ces filaments pourraient bien être les débris de tissus organiques, dont les fonctions auraient cessé. Fréquemment , d'ailleurs, la même personne voit plusieurs espèces de mouches volantes.

M. Szokalski en nie la possibilité dans le corps vitré, dont la structure celluleuse s'oppose à ce que ces corpuscules puissent y nager librement (1). L'organe immédiat delà vision est, d'après lui, le siège à peu près unique des mouches, qu'il divise en : 1° scotomes paralytiques, ou paralysie d'une ou de plusieurs des papilles rétiniennes , d'où il suit que la lumière n'a plus de prise sur elles , et que le malade aperçoit des taches noires , fixes par rapport à l'axe de la vision; 2° scotomes inflammatoires, qui, consistant en la vue de corps brillants et lumineux , doivent leur existence à l'irritation partielle de la rétine ; 3° scotomes nerveux, ou névrose de la membrane sensitive ou du nerf optique. Ces derniers varient de couleur et de forme; ils en changent souvent; ils surviennent et disparaissent fréquemment, pour surgir ensuite dans un autre point de la rétine. Cette inconstance dans leur apparition en indique la nature purement nerveuse.

Weller, enfin, n'admet comme engendrant la myo-

(1) Szokalski, Essai sur les sensations des couleurs. Cet excellent travail est inséré dans les tomes II et suivants des Annales d'oattistique.

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désopsie que des globules de sang situés clans La réline ou devant elle, elles vaisseaux qui les contiennent (1).

En réfléchissant que la moindre modification survenue dans l'expansion rétinienne, que le plus petit corpuscule placé dans le champ pupillaire, peuvent occasionner la perception d'un scotome, je me demande si toutes ou à peu près toutes ces influences ne contiennent pas du vrai, et ne contribuent pas, tantôt l'une et tantôt l'autre, à la production des mouches volantes. La première période du développement de la cataracte , dans laquelle le malade voit des fils , des cheveux , des flocons de laine ou de neige, etc., nous démontre que la myodésopsie peut avoir pour siège les milieux réfringents du bulbe. Les modifications fréquentes que subissent les groupes moléculaires opaques, et le mode de transmission de la lumière, tant que la cataracte n'est point arrivée à un plus haut degré de développement, et probablement, dans certains cas, les mouvements de corpuscules blanchâtres dans l'humeur de Morgagni, rendent bien compte de l'inconstance de ces illusions. La myodésopsie des hypochondriaques, des femmes hystériques, nous paraît, au contraire, devoir être plutôt attribuée à une névrose.

Les mouches de la première catégorie, mouches fixes ou amauroliques, ont leur cause prochaine vers l'axe optique, au-dessous ou au-dessus de celui-ci, ou plus ou moins loin sur les parties latérales. Le malade, dans le premier cas, les voit avec netteté, quand la cornée occupe le centre de l'écartement interpalpébral ; il ne les aperçoit bien, dans les autres circonstances , que lorsque l'œil se porte dans un sens ou dans un autre.

(1) Weller, Traité des maladies des yeux (traduction de Riester et Jallat). Paris, 1828, t. II.

^° TRAITÉ DE l'a M A I ROSE.

Mackenzie fait observer que si la source du scotorae a son siège au-dessous de l'axe optique, l'impression qu'il produit semble indiquer qu'il est situé au-dessus du civeau de l'œil, de telle sorte que si le malade dirige cet organe en haut, la mouche lui paraît s'envoler dans ce sens, et vice verscl. Tantôt le sujet n'est tourmenté que par un corps de ce genre; tantôt il en voit deux , trois et plus. La première fois que le phénomène vient contrarier sa vue, il s'imagine que c'est réellement un corps étranger qui s'est fixé à ses paupières, à ses cheveux, à sa coiffure, et il cherche cà l'en éloigner. Les mouches d'ailleurs , n'apparaissent presque jamais dans un endroit peu éclairé ou à la lumière douce du soir ; plus le jour est vif, plus elles se dessinent; c'est à l'éclat d'un soleil intense qu'elles ont leur apogée. J'ai rencontré des malades qui les voyaient quand ils présentaient leurs yeux vers la fenêtre , tandis qu'ils ne les voyaient plus quand ils tournaient le dos à cette dernière. Elles s'évanouissent quand on contemple des objets d'une couleur noire ou sombre; le contraire a lieu lorsqu'il s'agit de la neige, d'une surface blanche bien éclairée. C'est ainsi que des sujets les aperçoivent devant le papier sur lequel ils écrivent et dans la cuvette de couleur blanche dont ils se servent pour leur toilette.

Observatio?ilà. — Madame Miller, qui me consulta le 18 octobre 1850, voyait depuis longues années, de l'œil droit, une mouche fixe, eu égard à l'axe de la vision , et qui, ne se montrant qu'à un jour vif, ne la gênait pas dans son travail. Depuis un mois , la vue avait subi aux deux yeux une détérioration marquée, ce que j'attribuai à une polyœmie cérébro-oculaire, par suite de la ménopause, et à l'usage surtout de lunettes convexes

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trop fortes, le n° 20 adopté sans transition. « Les fibres » de mes yeux sont le siège d'un tiraillement continuel, » me dit-elle; il me semble que des coups de rasoir » viennent entamer ces organes. » La malade avait de la pliotopbobie ; les paupières lui paraissaient pesantes.

Chose remarquable et très explicable cependant, la mouche s'était, pour ainsi dire, évanouie, confondue qu'elle était avec la coloration grisâtre qui couvrait les objets. Sous l'influence de l'aloès, de la crème de tartre, des affusions réfrigérantes et d'un repos absolu , cette femme obtint une guérison parfaite , qui fut constatée le 12 novembre suivant par plusieurs médecins, MM. Hubert et Dugué entre autres. Elle en était revenue au n° 60, avec lequel elle travaillait sans fatigue. Mais la mouche du globe droit s'était reconstituée avec son intensité primitive , par la disparition du voile qui l'avait momentanément effacée, un contraste bien tranché s'étant rétabli entre les parties saines de la rétine et la région très circonscrite , qui n'était plus , depuis longtemps, impressionnée par la lumière.

Les malades décrivent généralement avec netteté , et souvent d'une manière pittoresque ,' les objets de leur illusion. J'en conserve des dessins faits par eux-mêmes.

Observation 15. — Un professeur d'italien, très sujet jadis à des hémorrhoïdes fluentes, aperçut de l'œil droit, au début de son amaurose , un fil aboutissant à une boule blanchâtre. Cette image noircit par l'augmentation de la maladie de cet œil, qui atteignit également son congénère.

Observation 16.-^ Affligée au globe droit d'une gouttesereiiae torpide, avec cécité complète, madame Guénichet. se plaignit de distinguer, de son œil gauche, où la vue

™ TKAITK DE i.'a.m.vi l'.osj;.

baissait depuis trois semaines, des papillons entourés de mouches el souvent d'étincêlli ?:

Obsrrralion 17. — En octobre 1860, Méliarl me disait : « Los objets ont, l'aie de sauter et de danser devant » mes yeux; j'aperçois de l'œil droit, un tourbillon de » matières noires et blanches qui se meut avec rapidité; » l'autre tend à présenter les mômes phénomènes. »

Observation 18. — Sous l'inlluence d'une céphalalgie, qui dura quelques jours, une lingère , attachée à l'institution Loriol , vit tout à coup , étant en course , apparaître un corps noir devant son œil gauche. Elle porta plusieurs fois la main à la tête pour chasser ce qu'elle pensait être un insecte : ce fut en vain. Le docteur Nonat la saigna trois jours après l'accident. Plus tard , des raies , des filandres , pour me servir des expressions de la malade , vinrent s'ajouter au corps précédemment perçu. En août 18/i9, elle m'annonça qu'elle distinguait une sangsue avec une tête rouge. La vue était trouble dans le globe affecté. Cette femme , toutefois , pouvait lire encore de cet œil , bien que péniblement.

Une institutrice de Palaiseau se disait tourmentée par des bêtes noires qui la fatiguaient dans son travail. Choutot comparait ses scotomes cà une fourmilière; Bricout, à des puces , rousses comme ces animaux. Madame Dauverne voyait constamment le n° 6 ; madame Ecoffé, des corps semblables à des petits pois, très marqués surtout quand elle se baissait; Arnaud, invalide, une grosse chenille; Pignolet, des bouquets de violettes; Lhomme , une sorte d'arête de poisson ; Martine , un morceau de bois sec ; un instituteur de province, des ombres chinoises; madame Mellot, des lames d'argent et un point noir entouré d'un cercle blanc; Maquet ,

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des cercles violets, tournant toujours. Le docteur Maïchal a relaté, clans sa thèse, l'exemple d'une femme qu'il rencontra à ma clinique, et qui croyait voir passer devant elle des poissons rouges. « Je distingue sur voire figure un semé d'or », me disait récemment un amauro tique.

Il est difficile de fournir une interprétation rigoureuse , et s'appliquant à tous les cas , des sortes de scotomes dont il vient d'être question , et d'une foule de délires visuels que les malades présentent. C'est là, d'ailleurs , un écueil qu'on rencontre dans bien des lésions du système nerveux. Nous signalons des effets , mais nous n'expliquons que rarement le jeu de leur formation. Des troubles surnuméraires de toute espèce, dans les milieux réfringents et dans d'autres points, peuvent se surajouter, en outre, à ceux de la membrane sensitive, d'où des formes complexes , dont il ne nous est point, donné de suivre le mécanisme. On a invoqué une paralysie partielle et des névroses de la rétine, des névrômes de la *pulpe rétinienne (Mackenzie), un état de congestion et de turgescence variqueuse des rameaux de Fartére centrale de la rétine ou de la veine correspondante, unépanchementdesang fourni par quelque vaisseau profond , cause de myodésopsie que Sauvages met en première ligne, une pression, sur un ou plusieurs points de l'expansion rétinienne , par une saillie quelconque de la toile choroïdienne , par une dilatation dé ses vaisseaux ou des productions étrangères en contact mê son tissu. M. Langenbeck a rencontré sur deux cadavres deux points noirs mélanotiques, déposés dans la substance de la rétine: c'était peut-être le résidu d'un cm'llot fcânkuhi

ùl TRAITÉ DE I.'amu IUISK.

desséché i après 3a résorption incomplète'. La rétine, m outre, examinée sur un œil frais , immédiatement après la mort, parait transparent,© ; or c'est le propre des tissus diaphanes de se troubler par l'inflammation : pourquoi n'y aurait-il pas des infiltrations plastiques ou autres dans la rétine , comme il y en a sur la cornée ; des taies rétiniennes, si je puis m'exprimer ainsi, comme des taies kératiques? Travers croit môme qu'il serait possible que la rétine fût , comme la cornée , le siège d'une opacité congénitale, à laquelle serait due, dans quelques cas, l'amaurose de naissance. Demours rapporte qu'un homme de soixante-six ans se plaignit à lui d'apercevoir, de l'œil droit, des mouches noires, fixes par rapport à l'axe de la vision , et qui lui dérobaient tellement la vue des caractères, qu'il pouvait à peine, de cet œil , en discerner quelques uns. M. Mauche trouva, à l'autopsie, l'artère ophthalmique droite ossifiée.

J'ai vu des gens tourmentés de leur position, et qui étaient surtout assaillis par la perception de mouches , lors d'une grande agitation de l'esprit et d'une exacerbation d'inquiétude ( hypochondrie oculaire des Allemands) : c'est ce qui a fait dire à Weller que la myodésopsie augmente quand le sujet arrête ses pensées sur cette affection, et diminue ou disparaît quand il n'a pas le temps d'y songer. Il en est, à cet égard , comme du strabisme, sur lequel les affections morales et toute agitation du système nerveux ont communément une influence marquée. « Je louche horriblement, me disait » une dame, quand je me mets en colère. » L'ennui est l'une des causes les plus puissantes de l'augmentation du strabisme, suivant M. Bonnet. D'après M. Phillips,

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une trop grande chaleur, l'excitation d'un bal exaspèrent un strabisme, qui serait léger dans une température modérée, et dans des conditions calmes.

On suit parfois, avec une grande régularité, les progrès de l'amélioration obtenue, soit que clés portions altérées de la rétine se démasquent complètement , soit qu'elles s'amendent dans leurs conditions.

Observation 19. — Une femme, que tourmentait la vue d'un lézard, vint m' annoncer un jour que cet animal avait perdu sa queue ; plus tard , il perdit ses pattes ; il se convertit enfin en un corps nébuleux , informe, lequel finit par s'évanouir.

Observation 20. — Adèle Pagnole, chlorotique , qui avait beaucoup abusé de ses yeux , dans lesquels la vue baissait graduellement, apercevait, de l'œil droit, un crochet noir, renflé vers l'un de ses bouts. Sous l'influence du repos de ces organes, du fer associé à la valériane et de quelques autres moyens, l'image était dégagée, au bout de cinq semaines, de sa partie la plus volumineuse, équivalant au quart à peu près de sa masse totale. « Le » reste, dit la malade , est comme un nuage qui a l'air » de s'éteindre. »

J'ai vu la myodésopsie avoir pour point de départ une lésion traumatique. Madame Digue t, qui me consulta en 1845 pour une mouche fixe , en rapportait l'invasion à un coup reçu, il y avait une année, à la tempe droite.

La myodésopsie ayant une telle origine n'est pas toujours rétinienne. Elle peut se constituer sous l'empire d'un autre mécanisme qu'il importe de signaler.

Un sujet est atteint d'une contusion sur l'œil, aux environs de cet organe , ou fait une chute. Soudain sa vue se brouille, et il distingue des mouches. Le médecin

nt au k i»k i/ vmai itosi;.

'•insulte ili;i-iK»sli(|in' mie jmil.lyopic et l'ail un Iraite- "u>l|l n>nsé<|ueiwv : :,1(,is, (pelque temps après, Je cristallin s'ohsrurcil, et l'on ronslale, sur si lace ;inleneure, des taches noires. C'est, tpi'ici une j^ i I ui ljai ion est survenue, par le l'ail de la vulnéralion, dans les ronnexions de l'appareil lenticulaire, d'où l'opacité, parfois la vacillation de cet appareil, et les points noirs aperçus par le malade ont pu dépendre de parcelles de pigment qui se sont brusquement détachées de l'uvée, pour se coller à la cristalloïde correspondante. S'il n'a point été donné d'en apprécier l'existence au début, c'est qu'elles se confondaient avec la coloration noire du fond de l'œil. Une surface blanche s'étant placée derrière elles , elles sont devenues visibles.

Observation 21. — Madame Charoyer, que je présentai, le 2 août 1850, à plusieurs médecins, était affectée, à l'œil droit, d'une cataracte qui me parut exempte de lésion rétinienne ; elle était sillonnée de plaques pigmenteuses ; il y en avait même qui, situées périphériquement, ne pouvaient être aperçues au grand jour, quand la pupille était contractée, et devenaient visibles, par sa dilatation, lorsqu'on bouchait l'œil gauche. Or, chez cette femme, la vue s'était pervertie et des mouches s'étaient manifestées immédiatement après qu'elle eut reçu, il y avait trois ans, une contusion violente sur la mâchoire inférieure. Un médecin l'avait longtemps traitée pour une amaurose.

Rien n'empêche, d'ailleurs, qu'à la suite d'une cause vulnérante, le phénomène dont il vient d'être question ne s'associe à des désordres amaurotiques.

p I ! É NOMÈNES S.YM PTOM ATO LO GI Q 11 ES .

ARTICLE III

Vision réticulaire (vlsus rcticulosns ou rcticularis).

Ce symptôme , que Sauvages désigne sous le nom de berlue 'rcdculaire, et que Plenk attribue à l'engorgement des vaisseaux ténus qui sillonnent là rétine (1), s'offre rarement à l'observation. Il se rapproche de la myodésopsie fixe, à laquelle il peut être uni , en ce que les lignes , grises ou noires , qui le constituent , suivent les divers mouvements du globe , et se dessinent surtout quand on regarde une surface blanche, ou quand l'organe est exposé à une lumière éclatante. Samuel Cooper et Mackenzie avancent que le réseau est quelquefois lumineux dans l'obscurité, et prend une couleur d'un blanc bleuâtre, comme celle de l'argent, ou d'un jaune rougeâtre, comme celle de l'or. Cette sensation n'a jamais été accusée par mes malades.

Observation 22. — M. L'Hermuzeau, attaché à une étude d'avoué, à Paris , doit son amaurose à l'abus qu'il a l'ait de ses yeux. Pendant douze ou treize ans , il travaillait en moyenne quatorze heures par jour, et, quand apparaissaient des phénomènes de kopiopie, il cherchait à les dissiper par des affusions froides ; puis il reprenait sa besogne.

Le 21 juillet 1849 , la vision fut abolie subitement, aux deux globes, par un voile noir. Les anticongestifs, à l'usage desquels je soumis le malade , eurent pour résultat de lui rendre assez de vue pour qu'il pût continuer sa profession ; les stimulants locaux la fortifièrent

(1) J.-J. Plknk , Lehre von den Augenkrankheiten. Vienne, 1788, p. 268. •

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plus Lard encore. Nous employons aujourd'hui l'électricité, sous l'empire de laquelle la faculté visuelle a fail des progrès notables.

M. L'Hermuzeau distingue les objets à travers une sorte de fdet ou de treillage : c'est, me disait-il récemment, une toile d'araignée au centre de laquelle celle-ci stationne. Le malade peut lire ; mais il dispose alors son livre ou son papier de telle sorte que les deux mouches se placent au-dessus des caractères qu'il fixe.

ARTICLE IV

Pliolopsie.

La vue d'étincelles, de flammes, de roues de feu, d eclairs, d'aigrettes lumineuses (scotomes inflammatoires, de M. Szokalski; myodésopsie étincelante, de quelques auteurs; berlue étincelante, de Sauvages; pyropsie), dénote généralement un état congestionnel ou inflammatoire de la rétine. Nous avons vu qu'elle pouvait s'associer à d'autres hallucinations, comme la perception de mouches noires. Qui ne sait qu'une simple commotion du bulbe, par une quinte de toux, par un éternument violent, et qu'une contusion , même légère , de l'œil, sont susceptibles de produire une sensation de lumière '/ Le docteur Serre (d'Alais), qui a récemment appelé l'attention des ophtalmologistes sur ce spectre lumineux (phosphène), considéré comme signe direct de la vie fonctionnelle de la rétine, indique, pour l'obtenir le plus apparent possible, de heurter le globe, par saccades, avec un corps dur et un peu anguleux, et de renouveler le choc au moins deux fois dans une seconde. Un malade

PHÉNOMÈNES SYMI'TOM.VTOLOGIOUES. 57

observé par Brewster éprouvait la perception d'un cercle étincelant, par suite de la compression qu'exerçait sur son œil une végétation placée à la lace interne d'une paupière ; le scotome s'évanouit par l'extirpation de la tumeur.

Observation 23. — Un docteur endroit, âgé de trentecinq ans, et qui s'est toujours livré à des travaux assidus, est affligé depuis quelques années d'une double amblyopie congestive, avec photophobie, diplopie momentanée, myodésopsie, sentiment de pesanteur au-dessus des orbites, injection des conjonctives. Or il offre, dans la perception des scotomes étincelants qui le tourmentent, des dispositions curieuses et qui n'ont jamais varié, que l'œil gauche en soit frappé ou que ce soit l'œil droit, ce qui est arrivé le plus souvent. Tout à coup un point lumineux se place sur l'objet ou à côté de l'objet que fixe le malade; ce point grandit peu à peu, et se déroule en zigzag, comme un serpent; puis il forme un grand cercle qui s'évanouit, et la vue redevient lucide. L'accomplissement du phénomène dure de vingt à vingtcinq minutes. Il s'est produit six fois, depuis le 3 octobre 1850 jusqu'au 16 décembre de la même année, jour où j'ai été consulté par ce malade. La profession de commis au ministère de la justice, à laquelle il se livre, le dispose d'autant plus aux congestions rétiniennes qu'il est en proie, depuis son enfance, à une constipation très opiniâtre.

Parfois la photopsie dépend d'une affection encéphalique ou d'une cause quelconque, qui a donné lieu à une vive exaltation du système nerveux. On rapporte qu'un moine , furieux par excès de continence , voyait , dans son transport , toutes les femmes lumineuses et

5& TRAITÉ DE l'aMAUHOSK.

comme enveloppées de. leux élednques. Il faut qoBFBJUF, d'ailleurs, «|iu>. , dans L'étîH aclurl de la science, ICx plication des phénomènes pyropsi<pies laisse encore Leaueoup à désirer.

Un oculiste fort distingué, le docteur H. Duval (d'Argentan) a émis sur leur production une théorie ingénieuse, bien que problématique (1). Il se fonde sur des analyses faites sur un grand nombre de cerveaux d'aliénés par M. Couërbe, analyses qui portèrent ce dernier à conclure que la folie dépendait d'une perversion de nutrition de l'encéphale, laquelle consistait notamment en une quantité de phosphore sécrétée en plus forte proportion que ne le comporte l'état normal. Il se fonde , en outre, sur une analyse, entreprise par lui-même, sur le cerveau d'un amaurotique , organe qui ne donna que dans l'appareil optique central une masse de phosphore plus considérable qu'on ne la trouve dans les conditions physiologiques. L'ayant traité par l'éther et par l'alcool bouillant, d'après le mode qu'avait indiqué M. Couërbe, M. Duval obtint, pour les lobes antérieurs, séparés du reste de l'encéphale , des chiffres qui se rapprochent de ceux notés par M. Couërbe. Les couches optiques, en y comprenant la rétine et les nerfs optiques , suivis jusqu'aux tubercules quadrijumeaux, fournirent, toutes proportions de pesanteur gardées, une quantité de phosphore plus grande que celle qu'avait donnée M. Couërbe , comme la plus élevée qu'il eût obtenue. D'après ces faits, M. H. Du val se demande s'il ne paraît pas rationnel de rapporter k un excès de phosphore les phantasmes lumineux qu'avait otVerts le sujet de ses observations nécro-

(1) Annales d'oculistique, t. XX, p. 3.

PHÉNOMÈNES SYMI'TOMAT OLOGIQUES. 59

psiques. Si le phosphore , continue-t-il , est incontestablement , même à l'état inerte, le corps simple le plus extraordinaire qu'on ait encore découvert, que ne doit-il pas advenir de sa présence au milieu de l'organisme, et lorsque ce corps se trouve soumis aux lois de la vie animale, parcouru , par exemple, par des courants électriques ?

ARTICLE V

Pbotopliobie.

Si l'amaurose n'est, dans bien des cas, que la conséquence d'une polysémie cérébro-oculaire ou d'un état congestionnel de la rétine et des tissus vasculaires voisins, il ne faut pas s'étonner d'y rencontrer la photophobie, l'un des signes capitaux de la rétinite. La cinquième paire et la rétine ne sont pas non plus tellement étrangères l'une à l'autre, pour que le premier élément nerveux, doué d'une sensibilité si exquise , ne communique pas au second une part de sa souffrance (1). Ne peut-on pas expliquer ainsi , en partie au moins , l'intolérance de la lumière qui accompagne certaines inflammations de la conjonctive, membrane qui emprunte des

(l)Tïedemann a anuoncé les dispositions suivantes sur l'œil du bœuf et sur celui de l'homme : 1° le ganglion ophthalmique fournit un filet à l'artère centrale, qui pénètre avec elle dans la gaîne du nerf optique; 2° plusieurs ramuscules des nerfs ciliaires accompagnent les artères ciliaires courtes, percent avec elles la sclérotique, la choroïde, et s'étalent sur la face extérieure de la rétine ; 3° là où le nerf optique s'épanouit pour former la rétine, on voit un filet ténu , qui se dirige de la face interne de cette membrane à travers le corps vitré. Ce filet nerveux est accompagné d'un ramuscule de l'artère centrale. M. Ribes dit également avoir vu des branches provenant des nerfs ciliaires, dans leur trajet entre la sclérotique et la choroïde, traverser cette dernière membrane, et se porter sur la rétine.

"U ÏK.VITK DE LAMAUKOSK.

filets nerveux au trijumeau, el dont le corps papillaîra était même considéré par Rie, seh comme composé rie papilles nerveuses, opinion que nous ne saurions partager? Ne peut-on pas surtout interpréter d'après ce mode la photophobie associée à la névralgie trifaciale? Nous devons ajouter encore que la crainte de la lumière, si commune dans les ophthalmies des jeunes sujets, ne dénote pas pour nous une disposition scrofuleuse , mais un autre mouvement pathologique, qui sera mentionné tout à l'heure. Dans quelques cas , il faut admettre que la photophobie est le fruit d'une modification non inflammatoire, d'une condition purement nerveuse. Il est difficile de se rendre compte autrement de celle qu'on rencontre chez quelques femmes hystériques ou en proie à une grande susceptibilité nerveuse , ou chez d'autres sujets, à la suite d'évacuations abondantes.

Un homme d'un tempérament nerveux , dont parle Demours , ne pouvait supporter qu'une demi-obscurité. Dès qu'il s'exposait à l'impression de la lumière naturelle ou artificielle, ou qu'il essayai I de lire , il apercevait soudain, sur tous les objets, une clarté phosphorique. Il était de plus atteint de chrupsie.

M. Mackenzie a dit (1) que les individus qui avaient éprouvé de longues ophthalmies dans leur enfance étaient très prédisposés à devenir amaurotiques, quand ils commençaient à appliquer leurs yeux , h une période plus avancée de la vie. Bien que notre expérience ne nous ait fourni que peu de preuves h l'appui de cette assertion , nous ne sommes pas éloigné de l'admettre. Qu'est, en effet, la photophobie, compagne fidèle de la plupart des

(1) Mackenzie, Traité des maladies des yeux (traduction de MM. Laugier et Richelot). Paris, 18il, p. 6681

PtfÉNO M È M E s s Y M PXOM ATOLOGIQL'ES. 61

ophthalmies appelées scrofuleuses, si ce n'est le résulte! d'un désordre hypersthénique de la rétine? Celle-ci ayant été déjà longtemps affectée, on conçoit aisément qu'elle doive être moins apte à résister aux inlluences morbifiques que des organes qui se trouvent dans des conditions opposées. Sans entrer dans une discussion qui nous entraînerait au delà des bornes que nous nous sommes imposées, nous ajouterons que, de même que M. Jaeger, que M. Stœber (1), nous considérons comme une pure création hypothétique la théorie qui explique la photophobie, dans un grand nombre d'inflammations oculaires, par l'étranglement de la rétine , sous l'influence de la phlogose et de la tuméfaction ;de la sclérotique. Il me paraît plus logique d'admettre que le mouvement pathologique qui siège dans la conjonctive , dans la cornée , dans tout autre tissu de l'œil, est susceptible de se communiquer, comme phénomène de voisinage, à la rétine, d'où la crainte de la lumière, vomie, pour ainsi dire, par ce réseau nerveux, de même qu'il peut se communiquer à la glande lacrymale, d'où l'épiphora. Et si la photophobie complique si fréquemment les inflammations des tissus oculaires superficiels , dans les premières années de la vie, c'est que la coque scléroticale , beaucoup moins dense chez les enfants que chez les adultes , et assez mince souvent, chez les premiers, pour laisser entrevoir la coloration de la choroïde, permet, par cela même, à l'irritation extérieure de retentir avec plus de facilité sur la membrane sensitive de l'œil. Le blépharospasme , uni à la photophobie, est géné-

(1) « Quant à la production de la photophobie, par suite de la compression de la rétine, dans la sclérotite, j'avoue que je n'y crois pas. (Stokber, Gazelle médicale de Paris, année 1838.)

W tuait*: DE l'a.malkosk.

nilemenl attribue à un sentiment instinctif qui porte leé paupières à së fermer 4 pour empêcher la Lumière lie pénétrer dans l'organe. D'après Burlard Ehle , leurs contrariions spasmodiques, dans l'ophthalmiedes nouveauxnés et dans d'autres affections du même genre, reposent sur la sympathie qui existe entre la muqueuse enflammée et le muscle orbieulaire : elles s'expliqueraient de la même manière que la toux dans l'irritation des bronches , l'éternument dans le catarrhe , le vomissement dans les concrétions bilieuses , la rétraction testiculaire dans les calculs de la vessie.

ARTICLE VI

Gbrnpsie.

Il arrive cpielquefoi s, dans le développement de l'amaurose, que le malade ait devant lui une ou plusieurs couleurs,parfois toutes celles de l'arc-en-ciel, etqueles objets qu'il regarde lui semblent autrement colorés qu'ils ne le sont en effet. Des sujets, par exemple , les voient comme teints en rouge, en bleu, en vert, etc. C'est ce qu'on appelle chrupsie , chromopsie, vision colorée; c'est la berlue colorante de Sauvages. Mackenzie fait observer que, dans les conditions physiologiques, le sang, en circulant à travers l'organe de la vision, n'engendre aucune impression visuelle sur cet organe ; la circulation estelle accélérée ou ralentie à travers la rétine et les parties voisines , certaines sensations anormales tendent à se produire. L'observation démontre aussi que la perception des objets fortement colorés en jaune précède ou accompagne quelquefois l'ictère. Bien que la théorie, adoptée par M. Szokalski, et qui localise la vision colorée dans

PHÉNOMÈNES SYMPTOMATOfcOSrQUES. 63

la rétine , me semble devoir être appliquée à bien des cas , il me paraît toutefois probable , à la suite de l'opération de la cataracte, par exemple, que quelques mutations inhérentes aux milieux réfringents de l'œil ne sont point étrangères à sa constitution.

Suivant le docteur Guépin (1) , immédiatement après cette opération , par extraction ou par abaissement, les uns, qui sont les plus nombreux, voient les objets dans la coloration qui leur est propre; d'autres les voient bleus dans un champ bleu, ce que j'ai également rencontré sur beaucoup de malades ; quelques uns les voient rouges dans un champ rouge. Ces trois séries, dit-il, embrassent tous les opérés, et correspondent aux chances de succès que , toutes choses égales d'ailleurs , leurs opérations présentent. M. Guépin ajoute qu'il y a grande probabilité de réussite chez les premiers ; qu'il n'a pas vu que les seconds fussent plus difficiles à guérir , mais que , chez les derniers , le retour de la vision a été presque constamment incomplet.

Un malade, âgé de soixante-cinq ans et d'un tempérament sanguin, qui avait subi depuis peu l'extraction, écrivait à Demours :

« Je suis parti de Paris et j'étais en diligence : quelle » fut ma surprise, lorsque le jour fut venu, de voir tous » les objets se représenter à mes yeux sous la couleur » rose, ce qui a lieu les matins et les soirs. Dans la » journée, j'y vois comme à mon départ. Chaque jour, » la teinte rose devenait moins foncée, et ce n'est que » depuis hier qu'elle a presque tout à fait disparu. »

« Ces sortes de phénomènes ne durent que peu réy> pondit Demours; il n'y a rien à faire. » (1) Annales d'oculistique, t. VI, p. 12.

TRAITÉ 1)K l'am.U'ROSE.

ARTICLE VII

Diplopie.

Le développement de l'amaurose a été accompagné de vue double , chez un grand nombre de nos malades. Sauf peu d'exceptions, c'est la diplopie bi-oculaire que nous avons rencontrée, celle dans laquelle le sujet aperçoit un objet double, quand les deux yeux sont ouverts, tandis qu'il le voit simple, lorsque l'un d'eux est fermé. Dans cette circonstance , et en supposant que les rétines jouissent de leurs propriétés physiologiques, les deux images fournies par le corps fixé ne sont pas également nettes et tranchées. L'une, qui en est la représentation fidèle , est distincte , tandis que l'autre, qui n'est, pour ainsi dire , que l'ombre de la première , est obscure et vague. Il paraît toutefois que quelques malades percevaient à un égal degré la sensation des deux images, de telle sorte qu'ils se trouvaient dans l'embarras, eu égard à la détermination de celle qui représentait réellement l'objet.

Schmucker, ayant eu à traiter plusieurs sujets amblyopiques atteints de diplopie bi - oculaire , un major de hussards entre autres , qui voyait doubles les lignes de son escadron, émit l'idée que ce résultat était probablement dû à une turgescence des vaisseaux choroïdiens , d'où une pression sur la pulpe rétinienne, et, par suite, une impression vicieuse des rayons lumineux. Dans l'opinion de Beer , qui me paraît applicable à la plupart des cas , la double vue bi-oculaire proviendrait plutôt du défaut d'harmonie des axes optiques , par suite d'un certain degré de strabisme , si commun dans les amau-

PHÉNOMIÈ N E S SY.M PTOMATOLQGIQUES. 6 5

roses, dans l'amblyopie unilutérale stu?totitj circonstance dans laquelle c'est l'organe compromis qui en est frappé, sa déviation étant fréquemment très faible et à marche plus ou moins inconstante. Le professeur de Vienne admet tantôt une simple irrégularité dans l'action d'un ou de plusieurs des muscles chargés de la motilité du bulbe, tantôt une anesthésie véritable. On conçoit, d'ailleurs, que , dans un grand nombre d'affections amaurotiques , la cause morbifîque peut simultanément frapper et le nerf optique , et d'autres éléments nerveux du voisinage. Au rapport de Boyer, Hermann Cummius a connu un sujet affligé d'ulcères syphilitiques , et chez lequel survint une diplopie. Le traitement antivénérien, auquel il était soumis, ne fut point modifié, et la diplopie s'évanouit graduellement.

Observation 24.— J'ai été consulté, en 18/i9, par un homme atteint à l'œil droit de cataracte, à la suite d'un coup qui avait frappé cet organe; il n'y avait que peu d'inflammation; le cristallin me parut en voie de résolution; je conseillai d'en attendre l'accomplissement, ce qui eut lieu dans l'espace de quatre mois, sous l'influence des mercuriaux et de quelques autres moyens que j'ordonnai. Je fis essayer, du côté droit, l'autre œil restant libre, un verre à cataracte; les objets furent perçus plus lucidement, mais doubles. Après l'ablation du verre, l'œil gauche étant ouvert ou fermé, la diplopie disparaissait. Or le globe droit, attentivement exploré , m'offrit une pupille assez fortement déplacée vers la racine du nez, et pourvue d'une anfractuosité triangulaire dans le môme sens (dyscorie), modifications qui n'étaient survenues que depuis la lésion traumatique. L explication do la diplopie fut facile dès lors. Si les ob-

P0 TKAITK p l/AMAUKOSK.

jets étaient distingués simples quand le sujet les tixait aYec les deux yeux, et sans que l'un d'eux lut arméd'un verre, c'est que la puissance visuelle du globe normal anéantissait et absorbait, pour ainsi dire, la faible perception de l'œil affecté. Yenait-on a accioitre celle-ci par nu appareil ayant la l'acuité de remédier an double désavantage de la corectopie et de la soustraction de la lentille, l'image était sentie trop vivement pour qu'elle pût être effacée par la capacité visuelle de l'œil gauche ; une diplopie se produisait à cause du manque de parallélisme des axes optiques .

Rien n'est rare, dans le cortège symptomatique de la goutte-sereine, comme la diplopie uni-oculaire, qui consiste à voir un objet double , quand l'un des yeux est soustrait à la lumière. On a même nié la possibilité de cette variété diplopique , considérée comme émanation d'une simple lésion rétinienne. Tel est le sentiment du docteur Szokalski, qui n'attribue cette anomalie qu'à un dérangement de l'appareil réfringent, dérangement en vertu duquel les rayons lumineux forment sur la rétine deux foyers distincts , au lieu de converger en un seul foyer. C'est ainsi qu'on a constaté la vue double monoculaire, dans quelques cas de luxation de la lentille, dans ceux d'érosions transparentes de la cornée, dans le staphylôme pellucide de cette membrane, circonstances dans lesquelles les objets peuvent même être aperçus triples, quadruples, etc. Chelius cite un malade atteint d'hyperkératosis,etqui voyait cinquante ou soixante fois une lumière placée devant son œil : cette multiplicité des images a été expliquée par la disposition polyédrique qu'imprime à la surface du cône corneal la présence d'inégalités ou de facettes. M. H. Durai se demande si

PHÉNOMÈNES SYMP.TÔM ^TOLQGIQUES. b7

la ç^iplQpie uni-oculaire, dans l'amaurose,, que les deux images perçues s'offrent droites, ou que l'une d'elles soit droite et l'autre renversée, ne tiendrait pas à la transfiguration du corps hyaloïdien, et à la composition chimique variable de l'humeur dont ce corps est formé. MM. Pravaz, Stœber et d'autres auteurs ont cru devoir admettre, au contraire, et d'après l'observation de quelques faits, une diplopie monoculaire purement rétinienne, c'est-à-dire, étant le résultat d'une condition inhérente à la membrane sensitive. Il reste à savoir s'il nous est toujours donné d'apprécier exactement les modifications susceptibles de se manifester dans les différentes pièces réfringentes du bulbe; s'il s'agissait surtout d'une diplopie de ce genre, associée à une amaurose d'origine trauinatique, il y aurait de grandes probabilités, dans notre pensée, pour que ce cas -rentrât dans la théorie formulée par M. Szokalski.

Madame Gerly, atteinte d'amblyopie, dontil sera question plus tard, accusa une diplopie uni-oculaire au globe droit, où nous ne pûmes découvrir aucune des anomalies des milieux réfringents précédemment signalées.

Observation 25. — Darcy, de l'hospice de Bicêtre, est privé de l'œil droit, réduit en un moignon exigu , à la suite d'une opération de cataracte par abaissement qu'y pratiqua le docteur Blandin. Celle qu'effectua le même chirurgien au globe gauche , il y a quinze ans, fut couronnée d'une réussite complète ; car, pendant dix années, cet organe permit au malade de vaquer à ses occupations et de s'adonner même, aidé de verres appropriés, à des travaux demandant des efforts de vision. Il y a cinqans, cette fonction commença à subir un peu de trouble, qui a graduellement augmenté depuis lofs,

TRAITÉ DE l'aMAI ROSE.

Le 2/i octobre 1850, époque où Darcy vint, pour Ja ppemière fois, à mon dispensaire, il était en état de se conduire, si ce n'est le soir, à moins qu'il ne se trouvât alors dans des localités qui lui fussent familières ; à cette héméralopie, symptomatique del'amblyopietorpide dont il était atteint, étaient associées la perception de mouches et, une diplopie uni-oculaire constante. Ayant présenté mon doigt à l'œil affecté, à deux mètres environ de distance, il fut aperçu double , l'image nette étant placée à la droite du malade, la fausse image à sa gauche, un peu plus bas que la première. Il annonça que, quand il voulait saisir un objet un peu volumineux, il y arrivait habituellement sans hésitation; le soir seulement, il était sujet à se tromper, plaçant souvent la main à côté du corps qu'il se proposait d'atteindre. Il n'y avait, d'ailleurs, ni photopsie ni photophobie. La flamme d'une bougie paraissait déchirée et entourée de croissants étincelants. Je constatai quelques lambeaux capsulaires opaques.

A la suite de travaux assidus à la lumière artificielle et de veilles prolongées , un cordonnier, que le docteur Rognetta a rencontré à la consultation de Boyer, fut attaqué de faiblesse de vue, avec diplopie uni-oculaire. Les pupilles étaient contractées. Boyer conseilla l'éloignement de la cause et un séton à la nuque. Cet homme était amaurotique deux mois après.

M. Heyfelder a inséré, dans le journal d'Ammon, l'histoire de deux horlogers atteints de diplopie monoculaire, qui paraissait dépendre de l'usage prolongé de la loupe. Les deux images étaient superposées chez l'un d'eux'; elles étaient juxtaposées chez l'autre. L'image inférieure paraissait d'une coloration plus foncée chêz le pne-

PHÉNOMÈNES SVMPT0MAT0LOÇ1QUES. OW

mier, malade depuis huit mois; ce phénomène existait chez le second, attaqué depuis un an et demi, pour l'image placée à gauche. L'exercice, le repos absolu des veux, lespédiluves, les affusions réfrigérantes, les eaux de Marienbad paraissent avoir été couronnés de succès

dans les deux cas.

Le docteur Valiez (de Bruxelles) a relaté (1) l'observation d'une fille de vingt-quatre ans , qui fut prise de malaise , de lassitude et de chaleur aux yeux , de photophobie, d'embarras dans les mouvements du globe gauche, puis le lendemain d'une paralysie de la sixième paire de ce côté , avec diplopie uni-oculaire au même œil. Celle-ci avait lieu pour les corps éloignés ou rapprochés, quel que fût leur volume. Les deux images rendaient fidèlement les objets ; elles étaient situées l'une à côté de l'autre sur une ligne horizontale.

L'existence d'une diplopie uni-oculaire, purement rétinienne, semble démontrée par les faits que nous venons de rapporter. Dans l'observation quia trait à Darcy, la diplopie se manifestant dix ans au moins après l'opération de la cataracte et s'ajoutant , d'ailleurs , à des symptômes d'amblyopie torpide , il y a lieu de penser que son origine est rétinienne. M. Decondé invoque, pour l'explication du phénomène, le soulèvement d'une portion de la membrane sensitive , sous l'influence d'une congestion , d'une tumeur, d'un désordre quelconque , soulèvement agissant dans le sens de l'intersection qui sépare un miroir k deux facettes.

(1) Journal de médecine , de chirurgie et de pharmacologie, publié par la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles , année

TRAITÉ ÔE L'aAiâUHÔSÈ.

ARTICLE VIII

Métaniorpiiopsie.

Ce phénomène, que Sauvages appelle berlue de métamorphose , consiste clans le changement apparent de la configuration des objets. Dans quelques m, d'après Demours, l'illusion dépend peut-être de gonflements légers qui soulèvent certaines parties de la membrane nerveuse; il \jOUte qu'il croit, d'autres lois, s'apercevoir que le phénomène est dû à une lésion de la circulation dans l'un des corps transparents du globe.

Un amaurotique me disait : « Je sais que ma tabatière » a la l'orme d'un carré long ; je n'avouerai que de l'a- » mélioration est survenue dans mon état que quand je » la distinguerai avec sa configuration régulière. »

J'ai vu des gens pour lesquels les individus qu'ils rencontraient dans les rues paraissaient bossus ou penchés clans un sens ou clans un autre ; j'en ai connu pour qui une assiette ronde semblait ovale, les lignes droites avaient l'air d'être inclinées, brisées ou ondulées. Le renversement apparent des objets est chose plus rare. Un tapissier apercevait, de son œil gauche, les corps défigurés, ce qui le gênait infiniment dans son travail, et le forçait de boucher alors cet organe pour ne se servir que de son congénère.

Observation 26. ■ — Madame Busserole, qui demanda mes conseils le 13 août 1849, ne pouvait lire à cette époque , par suite de la défiguration qui surgissait dans les caractères d'impression et dans les lignes qui en constituaient l'ensemble. Cette femme avait usé ses v<mi\

PHÉNOMÈNES SYMPTOM ATGLOG1QUES . 71

dans dis travaux à la cottluré ; elle n'était menstruëë que depuis sou mariage; elle avait, une leucorrhée abondante et d'autres signes d'une affection chlorotique. Sous l'empire des préparations martiales , de quelques stimulants locaux et du repos des yeux , une grande amélioration fut constatée par nous, le 7 septembre suivant. « Ma vue, dit-elle, est trouble encore, mais les » choses ne me semblent plus disparates. »

Observation 27. — J'ai été consulté par un médecin de Paris, M. le docteur R..., qui fut atteint, il y a quelques années, d'une amaurose congestive, avec cécité complète. De la surdité existe à gauche depuis lors. Quand les yeux redevinrent aptes à percevoir la lumière, une hémiopie subsista à gaucbe , de telle sorte que la partie supérieure des objets était distinguée seule. Ce phénomène disparut peu à peu; mais les objets que l'œil gauche regarde lui semblent aujourd'hui inclinés , bien qu'ils soient aperçus entiers. Cette anomalie trouble les fonctions visuelles de l'organe congénère.

Dans l'amaurose incomplète, la flamme d'une bougie paraît fréquemment allongée et déchirée , quand le malade est un peu éloigné de la lumière. Nous avons eu plus d'une fois l'occasion de vérifier l'exactitude de ce phénomène , indiqué par Beer , qui le considère comme dénotant souvent la présence d'une affection intracrânienne. Quinze jours d'un traitement anticongestif , par les émissions sanguines modérées , par l'aloès, là crème de tartre, les applications réfrigérantes, etc., suflirent pour délivrer de ce symptôme Hiard, imprimeur en caractères, qui me fut adressé par M. le docteur Petit, le 26 août 1847. Le trouble de la vision qui lui était associé avait disparu le 7 octobre suivant, par ta

tlUlTÉ DE l'amaukosk.

«>^uation des moyens destinés à remédiera la p* lyœmie cérébro-oculaire,

Nous connaissons un monsieur atteint depuis Ion*, temps d:amblyopie à un œil; et qui voit, de celui-ci, l tlamme d'une bougie entour-ée d'une auréole sous forme d une cocarde, offrant, fortement tranchées, les couleurs du prisme.

ARTICLE IX

Méropie ou vision partielle.

L'observation clinique démontre que l'amaurose peut être circonscrite à une portion de l'organe visuel, soit qu'il y ait annihilation , plus ou moins limitée, de la rétine; soit, comme on l'admet encore, que la paralysie n'ait frappé que quelques fibres du nerf optique. L'hémiopie ou liémiopsie (visus dimidiatus, amaurosis dimidiata) dérive d'une anesthésie répondant au nez, à la tempe, au front ou à la joue; le visus interruptus de ce même désordre morbide existant vers le centre rétinien. La myodésopsie ne dénote-t-elle pas souvent des Paralysies, disséminées ci et là, dans la membrane sensitive de l'œil?

La rétine est-elle frappée d'inertie du côté du nez, un objet obliquement offert à l'œil du côté de la tempe qui lui correspond n'est point aperçu; il ne l'est pas , situé du côté du nez, si la rétine est atteinte de paralysie en dehors. Dans l'amaurose centrale, un corps placé vis-à-vis du globe n'est pas distingué dans la portion qui correspond au centre de la cornée.

Dans quelques cas , l'altération est localisée franchement dans une région seule de la membrane sensitive,

PHÉNOMÈNES SYÀIPTÔMATOLOG1QUES . 73

le reste percevant les images avec la,plusgraride netteté. Dans d'autres, la paralysie existe à des degrés inégaux, de telle sorte qu'un corps n'est pas vu, présenté à l'œil dans un sens , tandis qu'il est vu , mais d'une manière plus ou moins confuse, s'il est offert dans une autre position à l'organe. Un ancien compositeur d'imprimerie, en traitement aujourd'hui à mon dispensaire, est affligé d'une cataracte complète à droite , et d'une amaurose à l'œil gauche. Présenté à ce dernier, du côté de la tempe qui lui correspond , un objet n'est point aperçu ; il l'est assez nettement , au contraire , mais pourvu de proportions plus fortes que celles qu'il possède en réalité (mégalopie), quand on le place vis-à-vis du globe, quand on le montre surtout du côté du nez.

J'ai rencontré plus souvent l'amaurose centrale et la paralysie latérale , interne ou externe , que celle qui ne règne que dans la moitié supérieure ou la moitié inférieure de la rétine, et dont l'existence a même été niée à tort. La lésion, quel que soit son type, peut atteindre un œil ou les deux yeux. Parfois les deux moitiés internes ou les deux moitiés externes des rétines sont simultanément envahies ; on a observé des cas où la moitié interne de l'une et la moitié externe de l'autre étaient insensibles à la lumière. Dans d'autres, une amaurose , totale au début , guérit imparfaitement et se convertit en une amaurose partielle. Dans quelques uns, une paralysie partielle a fini par dégénérer en une paralysie complète.

Dans l'amaurose centrale , j'ai remarqué que les malades voyaient mieux à un demi-jour qu'à une lumière éclatante, la pupille se dilatant dans le premier cas, et démasquant des régions saines de la rétine. J'ai observé

Tlt.UlK Dfe L'AflAbUMÉi

cette particularité tfiêhié dans des gotittfes-serehtfes à

allure lorpidc.

a ai cbnnu1 un bôrgîiëqui se etënduisàil avec lë secours du seul œil qui lui restait; mais comme ce dernier Itâîl affligé d'une amaurose centrale, le malade, pour reconnaître un objet de petite dimension, était obligé de faire rouler le globe dans l'orbite ; il penchait alors la tète sur le côté , et sa figure exécutait quelques contorsions. Il n'est pas rare qu'un œil amaurotique n'aperçoive certains corps que quand ils sont situés dans rme direction particulière (visus obliquus); le malade, par un mouvement du bulbe ou de la tête, perd-il l'objet de vue, il lui est ensuite difficile de le retrouver. Un bomme dont parle Richter était , sous certains rapports , complètement privé de la vue ; la partie sensible de la rétine était , chez lui , si exiguë , qu'il lui fallait un temps fort long avant de rencontrer sa position ; il distinguait alors non seulement la lumière, mais encore la flèche d'un clocher éloigné.

Observation 28. — Chez M. l'abbé OfFroi, qui me fit l'honneur de me consulter en iSlih , je constatai une amaurose incomplète à droite, et à gauche une cataracte , très probablement compliquée de la lésion rétinienne dont était atteint l'organe congénère. Le malade ne pouvait se conduire seul. Les objets n'étaient perçus avec quelque netteté , de l'œil droit , que quand on les lui présentait du côté de la tempe correspondante. Je dus en conclure que la rétine était inégalement affectée. Une preuve bien évidente, à l'appui de cette assertion, existait dans la situation que contractait le môme globe, lorsqu'il voulait fixer un corps placé devant lui ; il était instinctivement entraîné vers le nez, pour offrir aux

PHÉNOftfcfeNËS s\ Ml'TOMATOLUClyi IES. 75

rayoîfê de lumière 1rs port i ons de la membrane sensitive qui se rapprochaient le plus des conditions physiologiques.

Le strabisme convergent qu'affectait, dans cette circonstance , le bulbe non cataracté , était bien un strabisme optique, qui confirme cette proposition du docteur Jules Guérin : « Que l'axe visuel ou optique soit fermé » dans l'un de ses points au passage de la lumière, l'œil » modifié , ne pouvant plus recevoir l'image de l'objet » dans la position où l'œil normal le perçoit , en cher- » chera une qui permettra à la lumière d'arriver direc- » tement. »

La guérison de l'amaurose partielle s'établit d'une manière variable. Le mal surgit, dans certains cas, et s'évanouit avec rapidité. Dans d'autres , la région obscure devient graduellement moins noire , passe au grisâtre, au blanchâtre, et offre enfin une teinte nébuleuse qui, analogue à une fumée légère, finit par disparaître. Dans quelques amauroses centrales , la tache noire s'est éclaircie à son milieu , de manière à livrer passage aux rayons lumineux, la périphérie subsistant sous forme d'une ombre circulaire ou elliptique. J'ai vu des amauroses partielles se perpétuer sans changement notable ; d'autres parvenaient à un degré d'amendement auquel elles s'arrêtaient délinitivement. J'en ai observé dans lesquelles toute l'amélioration obtenue consistait dans la diminution de la portion obscure , non en intensité , mais en étendue.

Observation 29. — L'un de mes malades , encore en traitement, me disait, le 11 novembre 1850: « Mon œil » gauche est comme ombragé par une visière de cas- » quette découpée à son bord, et qui couvre la moitié

76 Tlt.VlTli de i/amaukosk.

» supérieure des objets. » Or cet organe était alors at> teint d'une amaurose torpide, qui avail survécu à une hypérémie oculaire, poui laquelle le consultant avait déjà reçu les soins d'un confrère pendant sept ou huit mois. Sous l'inlluence de frictions et de vaporisations stimulantes, de poudres sternutatoires, etc., le voile noir devint peu à peu moins sombre, puis s'évanouit. Mais Ja vision resta trouble de ce côté et frappée de métamorphopsie, qui a lieu surtout pour les objets éloignés. L'obélisque, par exemple, de la place de la Concorde est vu comme tordu et comme brisé.

Observation 30.— Réol, afficheur, qui me fut adressé, le 23 mai 18/16, par le docteur Delarroque fds , m'offrit cela de particulier, qu'une anesthésie, déjà ancienne, de la portion centrale de la rétine gauche, maladie pour laquelle un médecin avait fait appliquer des vésicatoires sur le front, s'évanouit sous l'influence d'une conjonctivite contre laquelle je conseillai quelques collyres astringents. Le 22 août suivant, je constatai que la vision était tout aussi bonne à gauche qu'à droite. Peut-être estil permis de supposer qu'il y avait là , au fond de l'organe, un obstacle dont la résolution s'est effectuée sous l'empire de la stimulation qu'éprouva l'œil , de môme que nous voyons certaines taies diminuer ou disparaître par une inflammation intercurrente? Peut-être encore la pulpe rétinienne, franchement paralysée dans l'une de ses parties, s'est-elle reconstituée dans ses conditions primitives, sous l'influence de cette même excitation?

L'anatomie pathologique a peu éclairé la question de l'amaurose partielle, à laquelle sont applicables les idées que nous avons émises relativement aux causes prochaines des mouches fixes. Elle s'est parfois montrée au dé-

PHÉNOMÈNES SffMPTOM vTOLuUOl !ES. 77

but du l'onatis médullaire de la rétine. Le doeteur Kubsch, ancien élève de l'École de médecine de Naples, meracontait qu'un homme qui offrait à un œil une amaurose centrale, étant mort à l'hôpital des Incurables de cette ville, le professeur Martino en fit l'autopsie, et trouva au milieu de la rétine des petites ossifications , des espèces de granulations osseuses. Chez le docteur Wollaston, qui succomba , après avoir subi deux attaques d'hémiopie , le côté obscur de l'objet ayant, dans la seconde attaque, changé de place pour chaque œil, on rencontra une altération de la couche optique droite et du corps strié.

Le docteur Guillié rapporte (l)qu'à la suite d'un violent chagrin produit par l'abandon de sa famille et de ses amis, un peintre s'aperçut soudainement que tout ce qui s'offrait à ses regards lui paraissait coupé par moitié , qu'il fermât un œil ou qu'il regardât avec les deux yeux. Le phénomène subsista quelques heures et se dissipa sans remèdes. Une femme hypochondriaque et accablée de chagrins, dont parle Boyer, éprouva une hémiopiequi dura six mois ; son sort changea et la semi-vision disparut. Ces faits semblent démontrer que l'abolition partielle de la sensibilité rétinienne peut se constituer par une influence purement nerveuse.

ARTICLE X

De la myopie et de la presbytie dans l'auiaurose.

Sous l'empire des causes qui président au développement de la goutte-sereine , la qualité d'accommodation des yeux peut changer, et la myopie ou la presbytie sur-

(1) Guillié, Nouvelles recherches sur la cataracte et la goutte-sereine. Paris, 1818.

fl TRAITÉ DE L'AMAUHOSK.

\enir. Le diamètre anléi'o-;,,>>leneiu de l'organe s'allon^cfc-il, dans le premier cas, par une augmentation de quantité de l'humeur aqueuse ou de celle de Morgagni (1), par une turgescence vitale, suite de congeslion sanguine, comme le dit Weller, par un spasme musculaire i Se raccourci t— il , dans le second, par une diminution de quantité de ses humeurs, par une mutation survenue dans le tissu cellulo-adipeux sur lequel il repose , par quelque modification dans ses cordes motrices f lYarriverait-il pas quelque changement de densité dans l'humeur aqueuse, dans celle de Morgagni ou dans l'humeur vitrée? Ce sont, il faut en convenir, toutes choses que nous ignorons, les éléments qui se rattachent à ces questions étant enveloppés d'un profond mystère. Le raisonnement indique que si un excès de contraction des muscles oculaires peut donner lieu à la myopie , en allongeant, par des pressions latérales et opposées,le diamètre antéro-postérieur de l'œil aux dépens de ses diamètres transverses, la presbytie doit résulter de conditions contraires, c'est-à-dire , du relâchement musculaire. C'est ainsi que M. Decondé explique celle qui surgit parfois chez les convalescents de maladies de longue durée. Nous citerons, à ce sujet , l'exemple d'une de nos ma-

(1 ) « Je rencontre de temps à autre, dit Demours [loc. cit. , 1. 1, p. 459), une myopie accidentelle que l'on confond presque toujours avec une amaurose. Elle a très probablement pour cause une augmentation dans le volume du cristallin ; ce qui paraît le prouver, c'est qu'elle est quelquefois suivie de cataracte. Tantôt elle se forme aux deux yeux, tantôt elle ne se manifeste qu'à un seul , qui auparavant n'était point affecté de myopie ; plus souvent elle n'est qu'une augmentation de cette incommodité déjà existante... On peut présumer que la trop grande convexité du cristallin est probablement due, en partie, à une plus grande quantité de l'humeur de Morgagni, par laquelle la capsule est distendue. »

PHÉNOMÈNES SYMI'TOMATOMMÎIQUES. 79

iades, madame Gallois, qui, Happée d'une amblyopie asthénique par l'effet d'hémorrhagies qui suivirent ses rom lu s, et par l'effet aussi de sangsues nombreuses qui lui furent appliquées à la même époque sur les parois abdominales, ne pouvait encore, quatre mois après, distinguer les objets avec quelque netteté que quand elle les éloignait beaucoup de ses yeux , ce qui n'avait pas lieu auparavant. On a même vu , dans ces cas , la myopie se convertir en presbytie. M. Frestel dit avoir observé des plitbisiques qui, à leur entrée à l'hôpital, se servaient de lunettes concaves d'un fort numéro ; à mesure que le mal faisait des progrès et que les forces musculaires diminuaient, ils employaient des numéros de moins en moins forts. La presbytie, associée à la paralysie de l'oculo-moteur, trouve dans ce qui vient d'être dit une interprétation facile. Si l'on acceptait, entin, en ce qui a trait à la myopie, la théorie de M Reveillé- Parise, pour qui cette aberration de la vision ne dépend pas de conditions inhérentes aux milieux réfringents , mais n'est qu'une anomalie rétinienne, on en concevrait davantage l'invasion dans l'amaurose ; ce serait là un délire visuel de plus à ajouter à tant d'autres que cette maladie présente. Mais l'opinion de M. Reveillé-Parise est, à cet égard, en contradiction avec toutes les idées reçues , à moins qu'elle ne forme exception dans l'espèce. Le docteur Pétrequin avance (1) qu'il ne croit pas qu'il soit logique d'admettre que la myopie se lie seulement ici à une différence des propriétés réfringentes des milieux de l'œil ; c'est, dans sa pensée, à une cause toute vitale qu'il faut attribuer le phénomène, le sens optique,

(i) Pétreqtjin, Traité (te l'amaurose. Paris et Lyon, 1841, p. 1 1 l .

SU TRAITÉ DE L.'aMAIJROSE.

semblable a celui du toucher, n'étant plus-, pour ainsi dire, apte à agir qu'au contact. L'observation démontée aussi que la myopie acquise peut se manifester, et se compliquer d'amblyopie chez les presbytes qui ont longtemps travaillé sur des corps vétilleux et rapprochés des yeux, surtout quand ils ont négligé de sortir de temps à autre en plein air, et d'exercer ces organes à la perception d'objets distants. Ils deviennent myopes alors, par habitude , de même que des sujets s'accoutument à voir avec un verre concave très fort, s'ils s'y sont soumis pendant un temps assez long. C'est ainsi que des jeunes gens ont contracté la myopie pour se soustraire au service militaire.

Ce qui vient d'être dit au sujet de l'apparition de la myopie, dans l'amaurose, peut s'appliquer , d'ailleurs , au même phénomène survenant dans le cours d'autres maladies. M. Desmarres rapporte (1) que tel était le degré de presbytie chez une dame, qu'elle ne distinguait les dessins de ses vêtements qu'avec des verres convexes n° 9 ; sa vue , pour les objets éloignés, était parfaite. Contractant une conjonctivite aiguë , elle put lire sans lunettes les caractères ordinaires d'un journal, mais perdit la faculté de voir de loin; son ophthalmie disparue, elle redevint presbyte. Une femme, traitée par Tyrrell d'une conjonctivite granuleuse, guérit au bout de vingt mois, mais resta myope. Un officier fut pris de myopie à la suite d'une fièvre quarte rebelle (Reveillé-Parise). Un sujet dont parle Buffon en fut atteint soudainement en sortant d'un bain froid. J'ai été consulté par un menuisier de Saint-Leu-ïaverny, qui , devenu myope , il y

fl) Desmarhf.s, Traité des maladies des yeu.v. Paris, 1 8-47, p. 8 m.

PHÉNOMÈNES SYMPTOMATOLQG1QUES . Si avait siv ans , dans l'espace de huit jours et sans cause appréciable , fut obligé , depuis lors , de faire usage de verres concaves.

Observation 31. — Une dame, âgée d'une cinquantaine d'années , et qui jouissait autrefois d'une excellente vue, devint graduellement amblyopique et myope. Voulait-elle lire, elle rapprochait le livre de ses yeux, à cinq pouces environ de distance. Les corps un peu éloignés n'étaient perçus que confusément , à l'œil nu ; les verres concaves n° 18 donnaient de la netteté à la vision et en augmentaient la portée. Or elle était sujette, depuis longues années, à une névralgie de la cinquième paire ; les accès , depuis l'époque de la ménopause , avaient perdu beaucoup de leur intensité , et ne se manifestaient plus que rarement. A tort ou à raison, c'est aux accidents névralgiques que la malade attribuait les désordres visuels survenus chez elle.

Observation 32. — Madame Ricard, couturière, avait abusé du travail. A l'époque où elle demanda mes conseils (9 mai 1850), elle était affligée, depuis quinze jours, d'une amblyopie congestive, que je trouvai compliquée de presbytie. Pour coudre , pour lire, ce qui avait lieu avec de la difficulté, elle était contrainte d'éloigner beaucoup les objets ; ils semblaient confus , examinés à la portée visuelle, où la malade les apercevait naguère distinctement.

Observation 33. — Le 27 août 1849, M. B..., habitant Metz, m'amena son fils, âgé d'une dizaine d'années, élève du collège de cette ville. Cet enfant, d'une complexion assez délicate, était, me dit-on, depuis longtemps sujet à des ophthalmies ; il avait les yeux habituellement rouges et sensibles à l'éclat du jour et des lumières

88 TKAITK HE l'aMaUHOSK.

artificielles. Il avait pris, dans le courant de juillet do l;i même année, des préparations martiales. Quinze jours après le commencement de leur emploi , que les phénomènes qui s'accomplirent en dépendissent ou y fussent étrangers, l'inflammation oculaire s'évanouit comme par enchantement ; mais cette disparition se lit au détriment de la faculté visuelle. Celle-ci, bonne jusque-là, se troubla ; les yeux devinrent incapables de lire quelques lignes , sans que celles-ci s'embrouillassent bientôt, au point que la lecture ne pouvait être continuée. De la diplopie se manifestait parfois. Je ne constatai rien d'anormal dans la disposition des globes.

Je présentai un livre au jeune malade. Comme il le rapprochait beaucoup de ses yeux, je lui donnai une paire de verres concaves, qui exaltèrent la portée de la vision ; des numéros de plus en plus puissants furent successivement fournis; l'enfant put lire facilement avec leur secours; je descendis graduellement jusqu'au 5 1/2. Je dois ajouter que le père avait fait la même remarque, en livrant fortuitement à son fils des verres concaves appartenant à l'un de ses parents.

Mais , chose digne d'intérêt , les verres convexes bonifiaient également la vue, à un degré moindre, toutefois, que les verres concaves. J'en conclus qu'un œil était myope et l'autre presbyte , tantôt l'un de ces organes et tantôt l'autre s'accommodant à la perception des objets , suivant les conditions des deux verres dont on se servait. Comme le malade était fatigué par ces essais, j'eus le regret de ne pouvoir pousser mes investigations plus loin et de les réitérer suffisamment. Le départ était fixé pour le jour môme.

Diagnostiquant une amblyopie , avec altération de la

PHÉNOMÈNES 8YMPTQM VTQt'ÛGrlQUES .

portée de la vue, en sons opposé dans L'un et L'autre œiL, je crus devoir recommander d'à t tendre quelque temps les effets de la force tnédicatrice de la nature , si puissante à cet âge, en la secondant par quelques mesures hygiéniques. Les désordres étaient récents et d'une essence assez obscure pour qu'on ne risquât rien de différer un peu, avant d'aborder une médication énergique. Comme il n'y avait aucun signe de congestion cérébrooculaire manifeste, je ne prescrivis pas d'émissions sanguines, ce qu'avait fait l'un de mes confrères. Les yeux étant un peu photophobes , je fis adopter des conserves azurées, dont on devait seulement user à un jour vif. Je conseillai quelques pédiluves et des affusions réfrigérantes sur les yeux et les parties voisines. J'insistai sur l'abandon de toutes sortes de lunettes et sur celui du travail. Il fut convenu que l'enfant passerait les vacances à la campagne , qu'il y ferait beaucoup d'exercice en plein air, que des nouvelles me seraient données sur le résultat du plan adopté.

Le 31 octobre de la même année, la tante du malade m'annonça que l'affection, après avoir décru peu à peu, avait fini par disparaître; l'enfant était rentré au collège. Le père, que je revis le 18 décembre suivant, confirma ces assertions. Il ajouta que la lecture, que l'écriture ne suscitaient plus aucune fatigue, même le soir. On avait mis un fusil aux mains de ce jeune homme, qui s'en était servi avec adresse, à de grandes distances. H ne portait point de lunettes, concaves ou convexes, dont il ne sentait pas la nécessité. Un peu d'injection étant revenue aux conjonctives, je prescrivis quelques collyres très faiblement astringents.

SA

TRAITK DF. L'WIAL'HOSE.

ARTICLE XI

Du nystagmc.

Lenystagme(ny*<a0?Mtw, mjslaxis, rtictitatio) consiste dans des contractions alternatives des muscles oculaires, d'où il résulte que le globe change continuellement de position. Si parfois ce phénomène se montre dans des amblyopies où la vision est encore conservée à un certain degré , et notamment , a-t-on dit , dans quelques amblyopies nerveuses ou éréthistiques , on peut établir qu'il est surtout le caractère pathognomonique des cécités congénitales ou anciennement établies , cas dans lesquels les muscles oculaires ne sont plus régularisés dans leur jeu par les besoins delà vision. Chez beaucoup d'amaurotiques , complètement aveugles , les yeux présentent un certain mouvement ondulatoire de droite à gauche et de gauche à droite , mouvement analogue à celui du balancier d'une pendule. Ce balancement proviendrait, dans l'opinion de M. Reveillé-Parise (1), d'un état convulsif du muscle petit oblique, tandis que d'autres en placent la cause dans des contractions cloniques qui affecteraient surtout les muscles droits interne et externe.

Il est aisé de comprendre , d'après ce qui vient d'être dit, combien doit être rare, dans l'amaurose, la disparition du nystagme, parle retour des perceptions visuelles. Un exemple de ce genre est, dans ce moment, soumis à notre observation dans nos consultations cliniques.

Observation 3Zi. — Née avec une hydrocéphalie associée à une cécité complète, avec dilatation des pupilles,

(1) Bulletin de thérapeutique, t. IX, p. 120.

PHÉNOMÈNES SYMI'TOMATOLOGIOL'KS. 85

Octavie Levaut , âgée de sept mois , de la commune de Suresnes, près de Paris, présenta jusqu'à trois mois et demi ou quatre mois un nystagmus à un haut degré. Or, depuis cette époque , l'agitation des globes a cessé. Bien que la tête fût très volumineuse , beaucoup moins cependant qu'elle ne l'était dans le principe, et bien que le toucher constatât de l'écartement entre les os crâniens, la mère annonça, le 18 février 1851, jour de la première consultation , que la vue , qui ne permettait pas encore de distinguer les objets , paraissait avoir de la tendance à revenir. Les paupières se contractent, ajouta-t-elle , quand les yeux sont brusquement exposés à l'éclat du soleil; lorsque l'enfant pousse des cris, la nuit, on n'a qu'à allumer une lampe pour les faire cesser. Les pupilles avaient leur ampleur physiologique ; elles étaient même douées de quelque mobilité.

Les frictions , sur le cuir chevelu , avec l'onguent napolitain stibié , mode de traitement fort efficace dont il sera question plus tard, me parurent d'autant plus indiquées dans l'espèce , que l'absence de parois osseuses , dans des régions assez étendues, mettait l'expédient dérivatif et résolutif presque en contact avec le cerveau. Le 10 mars suivant, la mère, ravie de joie, nous apprit que son enfant souriait à ses caresses et à ses agaceries, ce qui ne lui était jamais arrivé avant le traitement. Le docteur Visinier , explorant avec attention les conditions visuelles, constata que les yeux suivaient quelques corps brillants qu'on leur montrait. La tète était couverte de points en suppuration et de croûtes. Nous conseillâmes de continuer avec persévérance l'emploi des frictions.

Habituellement, une cataracte centrale existant aux deux yeux est également accompagnée d'une oscillation

00 TïtAlTÉ iu«: lVîauuosk.

de ces organes* qui semblent se mouvoir ainsi pour ollrir successivement à la lumière les portions restées saines de l'appareil lenticulaire; les paupières el la tète ellemême sont agitées de mouvements particuliers, qui proviennent des mômes ellbrts instinctifs. J'ai vu, en 1838, à l'Académie Joséphine, à Vienne, ces phénomènes s'amoindrir, puis cesser presque tout à l'ait, à la suite d'une douhle pupille artificielle par échancrure des pupilles naturelles, que pratiqua Jaeger chez un enfant de douze ans, qui portait des cataractes centrales, avec leucomes correspondant aux opacités lenticulaires. Ces accidents reconnaissaient pour cause une ophthalmie des nouveau-nés.

ARTICLE XII

De la persistance de la mobilité pupillalre dans quelques amauroses accompagnées de cécité.

Il y aurait erreur à croire que la pupille est constamment dilatée et immobile dans l'amaurose. Nous verrons plus tard qu'elle peut même être contractée ; souvent nous l'avons trouvée pourvue de mobilité, disposition rare dans la goutte-sereine avec cécité complète, mais susceptible néanmoins d'exister, dans cette circonstance. Au rapport de Lucas, les cinq enfants d'un ministre protestant , tous nés aveugles , sans pouvoir distinguer le jour de la nuit, avaient cependant les iris sensibles à l'-action des rayons lumineux. Nous avons rencontré nous-même , à la clinique de Sanson , un sujet chez lequel les pupilles se dilataient et se rétrécissaient, suivant qu'on exposait les yeux à différents degrés de lumière, bien que la faculté d'apercevoir les objets lut lolalement anéantie. Plusieurs laits du même genre oui

PHÉNOMÈKliS SXMPXOMATOLOGIQUES . »'

été .viiiu- pacManget, Jamin, Richter, Forlenze et d'autres auteurs.

L'interprétation du phénomène qui nous occupe a donné Heu à des hypothèses de toute sorte, sans que cette question épineuse eût été résolue définitivement.

Il parait probable, d'après Mackenzie, que dénué, dans c ette, occurrence , de sensibilité pour l'impression de la lumière, le cerveau conserve encore le pouvoir de réagir sur la troisième paire, et de lui fournir l'impulsion nécessaire à la mobilité indienne. Dans sa pensée, une affection qui intéresse les tubercules quadrijumeaux ou une portion quelconque des nerfs optiques, entre le lieu où ils communiquent avec la troisième paire (1) et ces tubercules, doit engendrer la cécité, mais laisser intacte l'influence des nerfs optiques sur la troisième paire. Les gouttes-sereines, au contraire, dans lesquelles les pupilles sont dilatées et immobiles, ne dépendraient-elles pas, d'après le même auteur, d'une lésion intra-crânienne pins étendue, ou localisée de telle sorte qu'elle comprenne la partie du cerveau dans laquelle les nerfs optiques impriment leur influence à la troisième paire?

M. Lusardi attribue la possibilité des mouvements de l'iris, en présence d'une rétine frappée d'inertie, à l'excitation, aux vibrations variables, que reçoivent, de la part des rayons de lumière, les filets nerveux épanouis dans ce diaphragme (2). Lorsque, dans l'amaurose, dit-

! ) (i On peut certainement supposer , sans invraisemblance, que c'est dans le point où ils croisent les pédoncules cérébraux, ou plus probablement dans celui où ils communiquent avec le tuber cinereum, que les nerfs optiques forment, avec la troisième paire, l'anneau de connexion, que l'on admet, généralement qu'ils effectuent, dans une portion ou l'autre de leur trajet. » (Mackenzie). (2) Annales (Voculistique, t. II, p. 11,7.

88 TRAITÉ DE l/aMAUROSE.

^ cette cloison est immobile , c'est que la maladie. a envahi non seulement la rétine et le nerf optique, mais encore les nerfs émanant du ganglion ophthalmique. Ce dernier et les filets qu'il fournit sont-ils dans leurs conditions physiologiques, l'innervation de l'iris n'est plus en souffrance, et il est apte à se mouvoir. Si le contraire a heu, dans la mydriase idiopathique, cas dans lequel la vue est conservée et la motilité indienne abolie, c'est qu'alors la rétine est saine et le système ciliaire aifecté.

On a allégué la persistance de l'intégrité des filets ciliaires répandus dans la rétine et signalés par Tiedernann et Ribes. Dans cette hypothèse, l'impression, engendrée par un corps lumineux, excite les filets ganglionnaires de la membrane sensitive, puis réagit sur les nerfs de l'iris.

L'examen du nerf optique de l'œil gauche, chez un homme qui succomba à une pneumonie, offrit au docteur Gallereux (1) un tubercule d'une grande consistance, surpassant le volume d'un grain de chènevis et existant au centre de ce nerf. Aucune altération ne fut découverte dans le globe. Or la vue avait progressivement baissé dans celui-ci et avait fini par s'éteindre; l'iris avait continué à se mouvoir. M. Gallereux supposa que les phénomènes mécaniques de la vision s'effectuaient ici comme dans l'état naturel, que la rétine était pourvue de sa sensibilité et réagissait sympathiquement sur l'iris, mais que la transmission des images au cerveau était empêchée par l'obstacle logé dans le nerf optique.

Notons, par contre, que chez quelques sujets, les mouvements de l'iris sont à peine appréciables, bien que leur vue ne laisse rien à désirer.

(1) Bibliothèque médicale, t. XLVI.

PHÉNOMÈNES S\ MPTOMATOLOG1QUES . 89

Dans les amauroses uni-oculaires, la pupille de l'œil compromis a parfois les mêmes diamètres que la pupille de l'œil sain, et est tout aussi mobile que celle de ce dernier, tant que les deux globes sont soumis à l'action de la lumière. Mais, vient-on à boucher l'organe non altéré, laissant son congénère seul exposé au grand jour, on y voit l'ouverture pupillaire se dilater, et conserver cet état d'agrandissement, jusqu'à ce que l'œil sain soit découvert; les deux pupilles se contractent et se dilatent alors ensemble. Nul doute, dans cette occurrence, que le mouvement transmis au cerveau par l'intermédiaire du globe non amauro tique ne retentisse dans l'œil lésé, mais seulement eu égard à l'élément nerveux chargé de la mobilité indienne , c'est-à-dire , de la troisième paire demeurée saine. Cette affinité entre les deux yeux est démontrée par bien d'autres faits cliniques, par l'exemple suivant , entre autres , qu'a fait connaître Serre (de Montpellier). Un homme atteint de cataracte à l'œil gauche , et que Delpech avait opéré par abaissement, avait recouvré, de ce côté, la faculté devoir. Trois ans après, il rentra à l'hôpital , cataracté à droite , et amauro tique , depuis six mois, de l'œil gauche, dont la pupille, pure et assez régulière, avait perdu sa contractilité; le malade n'y voyait plus à se conduire. L'opération ayant été exécutée au globe droit, la vision surgit de nouveau dans son congénère, et la pupille de ce dernier devint de plus en plus mobile , à mesure que l'organe, nouvellement opéré, distinguait plus nettement les objets. Ce professeur allègue, pour expliquer le phénomène, que la sensibilité de la rétine n'était, selon toutes les apparences, qu'à demi éteinte; or il a fallu, pour la réveiller, que le bulbe, récemment opéré, perçût

m THAITli DE L'AXAI HOSK .

vivement la lumière, et que cette impression se répétât sympathiquement, et d'une manière assez forte, sur le globe, qui avait déjà, une première l'ois, recouvre La vue.

H arrive parfois encore , dans les amauroses unilatérales , que la pupille de l'œil malade soit pourvue de mobilité, mais d'une mobilité lente, paresseuse et peu étendue, tant que cet organe est seul soumis aux allernatives de lumière et d'obscurité , ses mouvements venant égaler en intensité ceux de l'iris de l'autre globe, quand ce dernier est successivement démasqué ou couvert par le soulèvement ou l'abaissement de la paupière supérieure.

ARTICLE XIII

De la teinte amaurotique du fond des globes.

Le fond des yeux des amaurotiques présente souvent une pâleur insolite , une teinte blanchâtre, phénomène noté déjà par Haller, par Lassus, par Janson (de Lyon), par un grand nombre d'autres auteurs, et qui en impose quelquefois pour un commencement de cataracte. On admet généralement que c'est le tissu rétinien, altéré dans sa texture moléculaire et ayant perdu sa transparence, qui devient visible. On a prétendu que cette lésion commençait fréquemment par une plaque opaline, au point où le nerf optique s'épanouit , et que , de là, elle se propageait peu à peu sur le fond du globe oculaire. Nous n'avons jamais pu, ainsi que le professeur Saison, apprécier l'existence de cette tache primitive, quelle que fût la dilatation de la pupille ; la coloration nous a toujours paru vague et diffuse. On a dit encore, chose fort contestable, que le trouble en question pou-

PHÉNOMÈNES SYMI'TOMATOLOUIUUES. Ol

v=ait être apetfçu davantage dans les yeux à iris bleu ou à teintes* claires, à cause de la coloration moins foncée du pigment. Je ne crois pas , comme semble le penser mon ami le docteur Carron du Villards , que ce symptôme dénote plutôt un commencement de désorganisation de quelques feuillets de l'hyaloïde.

Abstraction faite de certains glaucomes à invasion foudroyante, dont il sera question plus tard, et qui offrent, d'ailleurs , des caractères pathognomoniques , on peut établir qu'une congestion cérébro-oculaire récente ne produit pas de trouble amaurotique au fond des globes. L'amaurose dite congestive, avec existence de cette opacité , n'est plus constituée par une congestion pure et simple ; un travail phlegmasique s'est établi , travail procédant, en général, sourdement et avec lenteur. Aussi l'observation démontre-t-elle que c'est surtout dans la goutte-sereine rétinienne invétérée que la teinte opaline se manifeste. Une femme devenue aveugle depuis peu de temps, par suite d'une amaurose sthénique, étant venue à succomber, Langenbeck en fit l'autopsie, et trouva les rétines frappées d'un baut degré d'hypérémie , bien qu'avant la mort, le fond des globes parût d'un beau noir (1).

Il faut, dans l'appréciation de la teinte, qualifiée d'amaurotique, avoir égard aux particularités suivantes,, qui peuvent s'ajouter à celle-ci ou en simuler l'aspect.

1° Très fréquemment, chez les sujets âgés, phénomène que Beer a encore rencontré chez quelques phthisiques, le fond des yeux se décolore, par suite de la diminution d'action de la choroïde et d'une décroissance dans la sé-

(1) A. Kussmaul, Die Farbcncrscheinungen im Grmde des menschlidien Auges. Hcidelberg, 1845.

92 TRAITÉ DE l'âMAUBOSE.

crétion, peut-être même d'une altération dans la qualité de son enduit pigmenteux, lequel est composé d'une substance muqueuse et d'une matière noire contenant du fer et du carbone. Quandles cheveux blanchissent, dit lilumenbach, l'enduit de la choroïde perd beaucoup de sa teinte foncée. C'est encore à la diminution d'action du système

vasculaire de l'œil qu'il faut attribuer d'autres mutations surgissant à une période avancée de la vie : l'aplatissement du miroir, la presbytie, le cercle sénile, le gérontoxon delà capsule antérieure ou postérieure , ou celui du cristallin lui-même , susceptible de s'associer à une disposition semblable de la cornée , d'après les observations d'Ammon et de Schon. Beer admet que l'amblyopie des vieillards peut être la conséquence du défaut du pigment choroïdien, la rétine étant, dans cette circonstance, trop fortement impressionnée par la lumière.

2° Les cristallins, chez les gens âgés, contractent quelquefois une teinte légèrement louche.

3" Quand la pupille dilatée laisse pénétrer dans l'œil une masse plus considérable de rayons lumineux que dans les conditions physiologiques , le fond de l'organe plus éclairé offre un aspect un peu opalin. Ce que nous constatons dans la mydriase idiopathique et clans quelques cas de pupilles surnuméraires , peut surgir aussi dans la mydriase amaurotique.

AMAUROSES stbénique et asthkniqir.

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