‹ Traité de l'amaurose ou De la goutte-sereine ouvrage [electronic resource]Chapitre 16 sur 35 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES AMAUROSES STHÉNIQUE ET ASTHÉNIQUE , ET DE QUEL- QUES UNES DE LEURS COMPLICATIONS. DE L'AMAUROSE NERVEUSE.

ARTICLE PREMIER

Amauroses stbénique et asthonlque

Une classification importante des amauroses, envisagées eu égard à leur essence intime ou à leur nature, consiste à les diviser en sthéniques , hypersthéniques , hypérémiques , vasculaires ou congestives , et en asthéniques, hyposthéniques, adynamiques, torpides ou paralytiques. Au point de vue du traitement surtout, cette distinction est capitale et doit dominer la médication. Nous ne saurions assez insister sur une erreur si répandue , qu'une amaurose est une paralysie , dont les stimulants seuls peuvent triompher. S'il est des cas où ils sont impérieusement indiqués , il en est d'autres où ils sont éminemment nuisibles ; l'une des causes principales des insuccès réside dans l'inobservation de ces principes.

Il y a, dans V amaurose par sthénie , congestion franche ou sourde, vers le cerveau ou vers l'œil; fluxion active ou concentration sanguine passive vers l'organe affecté , plénitude vasculaire qui, en engendrant une compression mécanique sur l'élément nerveux chargé de l'acte de la vision, doit nécessairement troubler cette fonction. Bien certainement, dans beaucoup de cas, une phlegmasie chronique existe dans la membrane sensitive et dans les

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lissus limitrophes, phlegmasie créant des matériaux morbides qui viennent contribuer à contrarier l'impression que produit le contact de la lumière.

L'amaurose par asthénie, au eoniraire, est caractérisée par un état de faiblesse , d'inertie , de langueur de l'appareil sensitif spécial de l'œil, état associé à toute absence appréciable de polysémie cérébro-oculaire.

L'amaurose asthénique peut succéder à l'amaurose congestive, après que celle-ci a duré pendant un laps de temps généralement long. On admet aussi que la gouttesereine torpide est susceptible de remplacer tôt ou tard l'amaurose par irritation nerveuse ou éréthistique. La forme paralytique s'établit dans d'autres cas, d'emblée, et, d'ordinaire alors , sous l'empire d'influences qui n'agissent pas sur l'œil seul, mais sévissent, par défaut de stimulus , sur le corps tout entier. Nous signalerons la décrépitude , l'état chloro-anémique de la constitution, l'action prolongée du mercure , l'épuisement par des pertes des liquides de l'économie, par des diarrhées colliquatives, par une maladie de longue durée, par la misère et l'abstinence , etc.

Une amaurose qui s'est longtemps perpétuée peut se transformer, c'est-à-dire , aboutir à des désordres de tout genre : c'est ce qu'on a appelé amaurose organique. Parfois encore celle-ci est primitive, quelques amauroses congénitales , par exemple, soit que la cause prochaine de la cécité réside dans l'œil, soit que son point de départ existe dans le nerf optique ou dans l'encéphale.

Examinons , en les rapprochant les uns des autres, les caractères des formes sthérifrjuè et asthénique de la goutte-sereine ; ils seront ainsi mieux saisis du lecteur.

L'aspect extérieur du sujet nous met quelquefois.

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à priori, sur la voie de l'espèce à laquelle nous avons affaire. Est-il puissant et robuste , ofl're-t-il le col court, un teint coloré , les divers attributs du tempérament sanguin, il y a probabilité pour une amaurose hyperstbénique. Le pouls est fort, vibrant, accéléré, chez beaucoup de ces malades ; leur sang est plastique , riche en cruorine; ils ont la fibre tendue, pour me servir de l'expression de Boerhaave , par opposition à celle de fibre lâche, qu'on rencontre chez des gens organisés en sens opposé. Souvent leur ventre est proéminent; ils aiment la bonne chère ; ils sont disposés à la constipation ; leur urine est foncée ; ils sont parfois arthritiques. L'individu est-il blême, étiolé, cachectique, on pourra plutôt songer à la forme asthénique, bien que ce caractère seul ne suffira jamais pour l'établissement définitif du diagnostic.

Dans l'amaurose congestive , les malades fuient la lumière, qui stimule par trop leur rétine déjà irritée. Il en est qui sont pris de vertiges quand ils contemplent dès corps très brillants, et conservent la sensation de leur éclat après avoir fermé les yeux. Comme leur vue est meilleure à un demi-jour, ils le recherchent, tournent le dos aux fenêtres, et garantissent leurs globes à l'aide de visières , de conserves colorées ou avec la main. Ils présentent, sous ce rapport , mais pour des motifs qui di lièrent, de l'analogie avec les cataractés, lesquels voient plus distinctement, quand un jour modéré permet à la pupille de se dilater et de laisser pénétrer les rayons lumineux à travers des couches moins épaisses , et quelquefois moins opaques de la lentille. Le mal art-il envahi les deux yeux, les paupières sont à demi écartées et souvent clignotantes, conditions qui ne régnent que d'un

yb TRAITÉ DE L'aMADRO'SE.

côté, si l'amaurose est uni-oculaire. Dans la forme torpide, au contraire, la rétine perçoit d'autant mieux le fluide lumineux qu'elle en est plus saturée. C'est pour cette raison que le malade montre du penchant pour cet agent ; et même , quand l'affection est arrivée à son apogée, les amaurotiques , dont les yeux sont mornes et privés de toute expression, marchent la tête haute, presque renversée en arrière, et la face tournée vers le ciel. Ils s'avancent en levant les pieds, de manière à franchir, sans y toucher, les obstacles de petite dimension qu'ils rencontrent sur leur chemin. Les cataractés, au contraire, traînent plutôt les pieds à terre. L'air d'hébétude et de stupeur que l'amauro tique au dernier degré porte avec lui , et une sorte de fixité dans son maintien , le font reconnaître à une grande distance : il ressemble , dit Walther, à une statue de marbre dans laquelle les veux ne sont qu'ébauchés.

Les excitants de tout genre , vins généreux , liqueurs alcooliques, remèdes stimulants, exaspèrent les symptômes de l'amaurose sthénique , et amendent ceux de l'amaurose asthénique. « Je vous voyais mieux à la dernière » consultation, me disait le menuisier Champagne ; mais » je dois ajouter que j'étais en ribote . » Nous avons connu beaucoup de gens amaurotiques par congestion, et chez lesquels la vue subissait un grand trouble quand ils baissaient fortement la tête. D'autres étaient incommodés par le moindre bruit; chez tous, les yeux s'injectaient rapidement et se fatiguaient par un travail assidu, surtout aux lumières artificielles. Les influences débilitantes, défaut d'aliments, évacuations copieuses, augmentent l'affaiblissement des perceptions visuelles dans l'amaurose torpide. Maintes fois nous les avons observées

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