U(> TRAITÉ DE L AMAUROSE
moins borné; l'intervention de la loupe ne devra point être négligée pour la constatation de ces phénomènes ; des dépôts plastiques de configurations variables pourront exister çà et là, si la phlegmasie est plus avancée (observation h ). La pupille sera fréquemment plus ou moins irrégulière, et se dilatera inégalement par les alternatives de la lumière et de la demi-obscurité , auxquelles elle sera soumise. Les petites languettes séparées par des anfractuosités, qu'on y remarque dans cette circonstance, dépendent de brides, souvent fragiles et faciles à rompre par la belladone, liens qui collent une portion de la marge pupillaire de l'iris au feuillet correspondant de la capsule.
Observation 35. — Louis Roux, âgé de quarante-deux ans, habitant Issoudun (Indre), vint à mon dispensaire , le h octobre 1850. Il souffrait de l'œil gauche depuis plusieurs mois, de l'œil droit depuis six semaines. Cet homme, qui n'avait jamais eu de rhumatismes ni de syphilis , annonça qu*il avait été atteint d'une dermatose dans la moitié inférieure de la figure. C'était, disait-il, de gros boutons qui suppuraient et se couvraient de croûtes jaunes ; quand on tentait de lui faire la barbe, on laissait les trois quarts de celle-ci, et la figure devenait saignante ; la vue était bonne à cette époque.
Mais, chose digne de remarque, dès que la mentagre se fut dissipée , sans qu'on eût employé de dessiccatifs énergiques, la paupière supérieure gauche fut attaquée de prolapsus ; l'œil du même côté se dévia vers la tempe, et une diplopie se manifesta. Nul doute sur l'invasion d'une paralysie de la troisième paire. Ces accidents s'évanouirent à la longue , par des moyens divers; les fumigations sulfureuses, prescrites par le docteur
AMAUROSES STHÉNIQUE ET ASTHÉNlQfE. 101
Surtaux id'lssoudun), parurent avoir ici rendu le plus de services (voy. chap. X). Ce fut peu de temps après que la faculté visuelle subit un grand trouble à gauche, trouble qui s'exaspéra insensiblement depuis lors. Comme l'autre œil fut envahi, Roux se décida à entreprendre le voyage de la capitale.
Entré à la Charité , il y fut saigné et purgé avec six bouteilles d'eau de Sedlitz, dans l'espace de quinze jours ; on lui posa un séton à la nuque. Ces expédients semblent avoir eu pour principal effet de calmer la polysémie cérébrale; car le malade annonça qu'il était exempt de la céphalalgie qui le tourmentait lors de son entrée à l'hôpital.
Je constatai de la photophobie et quelques autres phénomènes de l'amaurose sthénique. Les pupilles avaient perdu leur éclat physiologique. Le trouble qui les occupait était superficiel et placé presque au niveau de l'iris. Quelques médecins, présents à la consultation, reconnurent comme moi que les marges pupillaires ne se prêtaient qu'à des mouvements fort obscurs ; que la pupille gauche offrait des anfractuosités , dont l'une surtout, plus considérable et située en bas et en dedans , avait la forme d'un V ; que la pupille droite était un peu transversalement ovalaire.
Diagnostiquant une amaurose congestive, compliquée d'une double capsulite antérieure, je prescrivis qu'on entretint le séton ; qu'on fit plusieurs fois par jour, sur le front et les tempes, des frictions avec de l'onguent napolitain. Je conseillai la belladone, dans le but surtout de procurer, par la dilatation forcée des pupilles, la rupture des brides. Je joignis à ces moyens les pédiluves irritants et te calomel à l'intérieur.
*"f TRAITÉ Qp LAMAliKOSE.
■<;-{#$> lu pupille gauche eluiL plus dilatée guj la droite; leVdo la première subsistait, malgré la dilatation qui paraissait avoir déchiré beaucoup de fibrille;,. (Continuation <ies mômes remèdes. )
Le 12, Roux affirme que le brouillard est .moins épais ; il voit une plume, qu'il n'aurait pu distinguer le k octobre; il ne reconnaît point plusieurs objets exigus que je lui présente. Les pupilles sont peu irrégulières; la droite est aussi dilatée que la gauche. (Même médication.) .
Le 14, cet homme est contraint, à mon grand regret, de quitter Paris. Il offre l'haleine hydrargyrique et un peu de gonflement de la muqueuse buccale. Il reconnaît une épingle fine.
Observation 36. — Le 20 février 1851 , nous constatâmes chez madame Caban , âgée de quarante-huit ans, une opacité sous forme de treillage, qui occupait le feuillet antérieur de la capsule gauche. La pupille de ce côté était mobile et la vue fort émoussée. Ce trouble datait de. quatre années , époque à laquelle cette femme fut atteinte d'une double amblyopie congés tive. Tout donc nous porta à supposer qu'il était le résultat d'une cristalloïdite , qui s'était associée à la congestion rétinienne , et que les mercuriaux, employés en temps opportun, auraient pu peut-être prévenir.
On a encore observé , phénomène très rare dans l'amaurose, que l'humeur aqueuse contenait parfois des flocons blanchâtres, albumineux, caractère place dans le cadre symptomalologique de l'inflammation delà membrane de Descemet.
Le sujet accuse, dans d'autres cas, un sentiment de tension douloureuse, de propulsion au fond des orbites.
AU.UKOSKS SilIK.Mgili KT ASTHKNIQUK. 10 à
C[ les mmix j.gôftéS ,lalls to;s mouvements , acquièrent une saillie insolite (exophthalmos). On ne découvre d'or* dinaire aucune tumeur, aucune bosselure à la racine des paupières, et il n'y a point de strabisme. Nul doute qu'il n'existe alors une bypérémie, un gonflement vasculaire du tissu eellulo-adipeux de la cavité orbitaire , gonflement qui peut se compliquer d'une certaine infiltratiqn œdémateuse , comme nous l'avons vu à la suite de la scarlatine.
Observation 37. — Madame Maréchal , brodeuse en tapisserie , qui me consulta le 2 septembre 1850, éprouvait, depuis deux mois surtout, un trouble considérable dans la vue , après qu'elle eût abusé de ses yeux ; les couleurs tranchées des objets de son travail fatiguaient beaucoup cette femme, que tourmentaient des scotomes étincelants, des maux de tète , des tintements d'oreilles et le sentiment d'une barre au-dessus des orbites. Ses règles apparaissaient régulières et abondantes. Telle était sa constipation qu'il lui arrivait de n'aller à la garde-robe qu'une l'ois par semaine. Elle avait essayé, quelque temps avant la maladie de ses yeux, de supprimer, par des injections contenant de l'eau de Rabel , une leucorrhée durant depuis son enfance. Elle ajouta qu'elle portait à la face une éruption dont la disparition fut suivie des désordres visuels.
I ne circonstance qui la frappait avant tout, c'était IVlal, existant depuis peu, de proéminence des globes : « Il me semble, dit-elle, que mes yeux sortent de ma tète, » que quelque chose les pousse et va les jeter en face de » moi. »
Le diagnostic ne fut, dans ma pensée, l'objet d'aucun doute. J'ordonnai , outre la suspension absolue du Ira-
10Z* TRAITÉ DE LAMUJItOSIi.
va il, les antieongestifs dont je fais habituellement usage dans les cas de ce genre.
Quel fut mon étonnement , huit jours après , quand madame Maréehal m'annonça que le trouble de sa vue avait disparu, qu'il n'y avait plus de photophobie, qu'elle n'apercevait plus d'étincelles. La saillie des globes s'était évanouie tout à fait ou d'une manière presque complète, ce que constata plus particulièrement le docteur Thomas, qui recueillit l'observation concernant cette malade. Je prescrivis la continuation des purgatifs, des pédiluves,et un collyre de sulfate de zinc, contre un peu de conjonctivite. Il y a lieu de croire que cette femme, que je n'ai plus revue, est aujourd'hui guérie.
Observation 38. — Chez Delaroque, atteint d'amaurose et d'extrusion des globes , par hypérémie probable du tissu cellulo-adipeux de l'orbite, ces accidents me parurent avoir pour source les violentes quintes de toux auxquelles cet homme est sujet depuis dix-huit mois. Il se dit asthmatique et a été affligé de deux pneumonies.
La perception d'étincelles, la photophobie, la contraction et le peu de mobilité des pupilles, le rétrécissement des chambres antérieures ne me laissèrent aucun doute sur le caractère congestif des désordres visuels.
Soupçonne-t-on que l'exophthalmos est un peu plus prononcé d'un côté que de l'autre, invitez le malade à regarder directement devant lui, les yeux immobiles. Vous distinguerez alors, dans l'organe le plus saillant et entre la partie inférieure de la cornée et le bord libre de la paupière correspondante, une bandelette scléroticale plus étendue que dans la région correspondante de l'autre œil.
J'ai quelquefois rencontré, dans les amauroses anciennes, la vacillation d'avant en arriére et d'arrière en avant
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du diaphragme iridien , tremblement connu sous le nom d'iridodonesis. Boulro , atteint , à l'œil droit , d'opacité lenticulaire, de strabisme convergent et d'iridodonesis, était amaurotique, depuis trente années, de cet œil, qui ne distinguait pas le jour de la nuit.
Qui ne sait que c'est à la suite de l'opération de la cataracte qu'on observe le plus fréquemment ce phénomène ? Je l'ai vu se produire immédiatement après la réclinaison, dès que l'aiguille avait été retirée du globe. Dans la très grande majorité des cas, il me paraît uniquement dû à des conditions survenues dans les milieux réfringents intra-oculaires : diminution de quantité de l'humeur aqueuse ; absence , déplacement , déchatonnement de la lentille (cataractes branlante etnatatile) ; fluidification du corps vitré (synchysis) ; décroissance de la masse de celui-ci par son élimination partielle ou par toute autre cause. Il suit de là que l'iris, n'étant plus soutenu comme il l'est dans une coque physiologiquement pleine , éprouve , dans les divers mouvements du bulbe, l'ondulation dont il est question , et telle parfois qu'il vient heurter contre la face postérieure de la cornée.
Est-ce au mécanisme qui vient d'être mentionné que nous devons attribuer l'iridodonesis, assez rare néanmoins, de l'amaurose asthénique, invoquant, avec le professeur Bouisson (de Montpellier) (1) , une atonie de l'œil , en vertu de laquelle ses fonctions nutritives sont devenues languissantes , d'où l'insuffisance de l'humeur aqueuse , par la lenteur avec laquelle la nature en répare la déperdition ? Cette proposition paraît acceptable ; mais il faut ajouter à la condition qu'elle signale un certain état
(I) Journal, delà Société de médecine pratique de Montpellier, année
U)U THA1TK 1H; L'AXAI KOSE.
«l'anoslhésie. du diaphragme oculaire , et l'annulation «l'une grande partie de la vascularité de la trame indienne, devenue flasque, a-t-on dit, à l'instar du pcm,, chez le vieillard, l'aute de congestions actives capables de remplir ses cellules vasculaires. De la turgescence existant souvent, au sein de l'iris, dans l'ainaurose sthénirpje, il est tout naturel de supposer l'effet opposé dans l'amaurosp asthénique. Walther professe ([ne, dans quelques vieilles gouttes-sereines torpides, l'iris se flétrit et devient plus mince et d'une teinte moins foncée. La pupille est quelquefois irrégulière. La cornée elle-même perd souvent son lustre et contracte un aspect légèrement terne.
ARTICLE III
De l'amaurose nerveuse.
Dans la forme hypérémique de la goutte-sereine, nous avons vu l'élément vasculaire de l'appareil sensitif spécial de l'œil remplir un rôle important , soit que les phénomènes morbides aient débuté là, soit qu'il n'ait été que secondairement envahi par suite de conditions nées dans le second élément de la rétine, l'élément nerveux. Tous deux, au demeurant, sont plus ou moins en souffrance, dans l'espèce congestive de la maladie. MM. Jungken, Pétrequin, Stœber et la plupart des oculistes admettent, en outre, une autre forme, qualifiée de nerveuse, d'irritative nerveuse, d'amaurose par irritation nerveuse : c'est elle que Rosas appelle amaurosis erethica (1), et Fabini, amaurose éréthistique ou par éréthisme.
(1) Rosas, Handbuch der theorelischen und practischen Augenheilkunde. Vienne, 1830, t. II.
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(I laiil convenir que les dilfenMiles dcsiTiptions qui s'y rattachent ne- nous oll'rent guère de caractères bien tranchés , capables de nous la faire distinguer de la l'orme sthénique. La photophobie, la photopsie, la chrupsie, la eonstriction pupillaire (l\ippus pupillœ) , qui lui ont été attribuées, ne se rencontrent-elles pas aussi dans la forme sanguine ? L'oxyopie, sensation qu'on a comparée à celle qu'on éprouve quand on fait usage de lunettes trop fortes, a encore été placée dans son cortège symptomatologique par M. Pétrequin et d'autres. L'amaurose nerveuse serait plus commune, d'après Jungken, dans les yeux à iris bleu ou gris que dans les yeux bruns.
Frappé du vague des caractères attribués à l'amaurose éréthistique, M. Rognetta tranche nettement la question, en l'expulsant des cadres nosologiques. Il y a erreur, d'après lui (1) , dans l'admission d'une simple irritation nerveuse , sans congestion et sans phlogose ; les prétendues gouttes-sereines nerveuses ne sont que des gouttessereines hypersthéniques , qui réclament la médication antiphlogistique. Les recherches des meilleurs pathqlogistes, ajoute- 1- il, ont démontré que les. lésions, qualifiées faussement d'irritations nerveuses , n'étaient que de véritables névrites ou des névrilémites.
Tout en n'allant pas aussi loin que l'auteur qui vient d'être cité, nous conviendrons que la névrose rétinienne est infiniment plus rare que les formes sthénique et asthéniquede l'amaurose. Ayant assisté pendant des années a des consultations laites par des praticiens qui avaient décrit dans ^eurs ouvrages l'amaurose nerveuse irritative, nous sommes en mesure d'affirmer que nous ne l'avons
,T) RofiNKTTA, Traité d'ophthalmologie. Paris, 1844.
1Ub TRAITÉ JJK I-'àMAUBOSK.
presque jamais va diagnostiquer par eux, chez les malades, il n'était généralement question que d'amblyopies ou d'amauroses, congestives ou torpides.
La névrose oculaire qui nous occupe nous a paru surgir de préférence chez les femmes nerveuses et hvstériques. Elle est accompagnée, chez elles, d'une grande variabilité dans la production des troubles fonctionnels, auxquels la cinquième paire prend toujours une part plus ou moins grande. Nous donnons, dans ce moment, des soins à une dame américaine, femme très nerveuse, et qui attribue l'amblyopie dont elle est affligée à une lactation prolongée, à des hémorrhagies utérines abondantes, survenues après les couches, et à des émotions vives. Les purgatifs, le fer, la valériane, le cyanure de potassium, la vératrine, l'électricité, tous les moyens , en un mot, employés soit par nous, soit par d'autres, se sont jusqu'ici montrés stériles. La vue , chez elle , est tantôt bonne et tantôt mauvaise; les yeux sont sensibles à l'éclat du jour. Dès que la malade tente de les appliquer à la lecture ou à toute autre occupation demandant quelques efforts de vision, ils sont, d'après ses expressions, comme attirés par les objets qu'elle fixe ; des douleurs surgissent dans les globes et dans la région sourcilière; force est de suspendre.
C'est dans l'étiologie de l'amaurose nerveuse que le docteur Pétrequin place l'action de la foudre. Telle est , encore l'opinion qu'a émise le professeur Fouquier, dans la discussion de la thèse, déjà citée, de M. Marchai. Certaines gouttes-sereines , cà type intermittent , nous paraissent être un phénomène purement nerveux. Notons enfin que ce qui a été appelé amaurose nerveuse n'est souvent que l'émanation d'une affection cérébrale ou
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autre, et se trouve fréquemment lié à des perturbations dans l'ensemble du système nerveux.