CHAPITRE V
DE L'AMAUROSE CONSIDÉRÉE SOUS LE RAPPORT DE SON SIÈGE ET DE SON POINT DE DÉPART.
L'oculiste exclusif, qui ne voit dans l'œil qu'un être isolé dans l'économie, qu'un anneau détaché de la chaîne organique, échouera presque toujours dans le diagnostic précis de l'amaurose et dans le traitement le mieux approprié à ses indications. De toutes les affections, eu effet, dont se compose le domaine de l'optithalmologie, la goutte-sereine est celle qui exige les connaissances les plus étendues sur la pathologie et sur la thérapeutique générales.
C'est que l'amaurose est loin d'être toujours une maladie inhérente au bulbe visuel. Bien souvent, la rétine ne souffre que parce que d'autres organes , en corrélation plus ou moins intime avec elle, sont le siège de désordres parfois peu graves. L'homme de l'art s'attachera à les rechercher et à les combattre.
L'expansion rétinienne les lui offrira , dans quelques cas; dans d'autres, il les trouvera dans le nerf optique ou dans le cerveau. L'observation démontre que les lésions de la moelle épinière, par suite de sa continuation avec le dernier viscère, peuvent ne point rester étrangères à la constitution du trouble visuel . L'anatomie nous apprend, en outre, que les racines du nerf optique
1 10 • itAii i; de i ' vm vi hosi:.
sont point éloignées de l'organe rien eux vertébral, deux faisceaux de ce tiérf émanant des tuberenles ïftlâdrijumeaux , l'un plus prononcé , de l'éminence natcs , l'autre de l'éminence testes. Des anatomistes , Burdach entre autres, font môme remonter l'origine du nerf optique jusqu'aux éminences olivaires du bulbe rachidien. L'intervention du nerf grand sympathique , celle du trifacial , devront encore être invoquées. Il peut arriver que la rétine ne soit malade que parce qu'elle participe à des désordres provenant de tissus oculaires limitrophes.
Ce court exposé nous trace la route que nous avons à suivre pour arriver à une détermination précise des différentes classes de l'amaurose, envisagée eu égard à son siège et à son point de départ. Nous en admettons sept, autour desquelles viennent se grouper les phénomènes nombreux que nous avons décrits et que nous avons encore à faire connaître.
1° Àmaurose par altération de la rétine (amaurose rétinienne) .
2° Amaurose par altération du nerf optique (amaurose du nerf optique) .
3° Amaurose par altération du cerveau (amaurose cérébrale).
Amaurose par altération de la moelle épinière (amaurose spinale ou rachialgique).
5° Amaurose par altération clans la cavité abdominale i amaurose ganglionnaire ou abdominale).
6° Amaurose par altération de la cinquième paire cérébrale (amaurose tri faciale).
7° Amaurose par inflammation des parties conslituantCs dC l'œil (amaurose ophthalmique).
Le plus grand nombre des éléments de celle cl.issili-
SIÉUE Èï POINT t)È DÉf ART. 111
cation ont été proposes avant nous par notre savant ami, le docteur Siçhel (1). Si nous les acceptons égalemenl , c'est que rien ne nous a paru plus rationnel et plus conforme a la saine observation clinique.
Nous aurions pu admettre deux classes encore : Y amaurose organique , dont nous avons déjà parlé, et Y amaurose mécanique, qui, adoptée par quelques auteurs, dérive de là compression exercée sur le globe, sur le nerf optique ou sur toute autre partie concourant à l'acte de la vision, par une tumeur, par un obstacle mécanique quelconque. Mais nous avons pensé que les phénomènes qui constituent ces deux formes peuvent parfaitement rentrer dans quelques unes des classes que nous avons mentionnées.
ARTICLE PREMIER
Amaurose rétinienne.
Les développements exposés dans les chapitres qui précèdent nous dispensent de tracer ici les symptômes de l'amblyopie et de l'amaurose rétiniennes. Toute surexcitation de l'appareil sensitif spécial de l'œil peut leur donner lieu. Nous citerons, en première ligne, la fatigue, longtemps prolongée, de l'organe, et son application suides objets dont le petit volume demande des efforts de vision (hyperopsie) , influence surtout pernicieuse chez les presbytes. M. Caffieri , ancien employé des postes, à l'Aigle, qui nous consulta en décembre 1850, attribua la double amaurose dont il était affecté à ce qu'il avait passé une grande partie de sa vie, et les nuits frétTiiemruent, à déchiffrer fies adresses illisibles. Rien n'est fatal
(1) Sichfx, Traité de Vophthalrniey de la cataracte et de V amaurose. Paris, 1837. '■ ■ ■ , . ..
TRAITÉ UK I.V.IAIROSE.
aux yeux comme la lecture assidue d'ouvrages imprimes en très petits caractères. Le nombre des compositeurs d'imprimerie, que nous avons soignés d'amaurose, est fort considérable. Chez les hommes de cabinet, adonnés avec trop d'ardeur à l'étude , il faut joindre à la fatigue incessante des yeux la vie sédentaire qui les dispose aux dyspepsies , à la constipation , aux hémorrhoïdes , aux congestions encéphaliques ; de plus , le cerveau , devenu chez eux un centre d'action , réagit à son tour sur les organes des sens. Le docteur Carron du Villards a rencontré l'amaurose, à Nancy, chez beaucoup de brodeuses, obligées , pour gagner un mince salaire , de commencer leur travail à sept heures du matin et de le prolonger dans la nuit ; la plupart d'entre elles s'y livrent, la tête inclinée, dans des ateliers souvent mal éclairés, et dans lesquels l'air est rarement renouvelé d'une manière convenable.
Si la pupille se contracte instinctivement et se ferme presque entièrement, quand une lumière trop vive vient frapper l'œil, c'est pour préserver la rétine d'un excitant trop énergique pour sa sensibilité. Une grande quantité de ce fluide, réfléchie par un mur blanc, par des rochers élevés , par un sol couvert de neige ou d'un sable fin , fatigue l'appareil de la vision , de même que la lumière qui émane directement du soleil ou d'un foyer incandescent, et ces conditions méritent de figurer dans l'étiologie de la forme amauro tique qui nous occupe. Nul doute que beaucoup d'amauroses , qu'on rencontre surtout dans les grandes cités , ne doivent être attribuées , pour une large part , aux flots de lumière artificielle qui nous inondent, et dontl'éclat est d'autantplus funeste qu'il est puisé dans des matières qui sont pour l'homme des
poisons et des dangers. Ce qui a été appelé cécité de neige, affection fréquente en Laponie et dans des contrées couvertes de neige pendant une grande partie de l'année, n'est autre chose qu'une amaurose rétinienne occasionnée par la longue influence des surfaces qui éblouissent les yeux.
Des sujets ont été frappés de goutte-sereine pour avoir subitement exposé à l'éclat d'un jour vif leurs yeux qui en étaient privés depuis longtemps. On sait, d'ailleurs, que les prisonniers enfermés dans des cachots ténébreux finissent par ressembler, quant à la vue. à certains animaux nocturnes, destinés par la nature à poursuivre leur proie dans les ténèbres, comme la chouette, le ehat-huant ; il leur suffit du petit nombre de rayons épars dans l'obscurité, pour en recevoir des impressions profondes, et distinguer des objets d'un petit volume et invisibles pour toute autre personne. Un aspirant de marine, dont le docteur Pétrequin a relaté l'histoire, naviguait dans le grand Océan, quand, un soir d'orage, le tonnerre tomba près de lui; il fut renversé et frappé de cécité. Revenu de son émotion, il s'aperçut qu'il voyait dans les ténèbres ; à fond de cale, il distinguait les rats et leur faisait la chasse. La faculté visuelle disparaissait pendant le jour, quand il montait sur le pont. Au bout de six semaines, l'héliophobie commença à s'évanouir ; peu à peu la guérison s'établit. Un fait analogue a été publié dans la Lancette anglaise par le docteur Cutler (1). On croit avoir remarqué que de tels effets s'étaient principalement produits , lorsque les éclairs se manifestaient pendant une nuit profonde, le contraste d'une lumière écla-
(1) Annales d'oculislique, t. XXII, p. 34. — Gazette médicale, année 18iU, p. 46-i.
11/1 mura de l'amaurose.
tante et des tènètoes , la brusque transition de l'ùne
aux autres favorisant ce fâcheux résultat.
Galien dit avoir vu des curieux qui devinrent aveugles après avoir fixé avec trop d'assiduité des taches du soleil. M. B..., greffier de la justice de paix de l'un u"es arrondissements de Paris, fut attaqué d'amaurose cà l'œil gauche, il y a quelques années, en contemplant pendant longtemps une éclipse de cet astre. Le trouble de la vision cessa , si ce n'est dans une partie de la rétine. M. B... reconnaît parfaitement aujourd'hui tous les objets qu'on présente à l'œil affecté , si ce n'est quand on les place du côté du nez; ils lui échappent alors ou ne sont aperçus qu'incomplètement.
Dans un travail consigné dans la Gazette médicale de Montpellier, notre ami , le docteur Le Calvé, a attribué la fréquence des affections amauro tiques, dans le midi de la France , au passage subit, et plus ou moins répété dans la journée, de l'obscurité à une lumière éclatante. Cette obscurité ,' qu'on rencontre chez le riche comme chez le pauvre, est constituée surtout par les volets pleins qui garnissent les fenêtres , et qu'on tient constamment fermés, durant le jour, pour se mettre à l'abri de la chaleur.
Maquet , l'un de mes malades , rapporta l'amaurose dont il était atteint à un travail assidu, depuis plusieurs années , sur des plaques de zinc reflétant une vive lumière. Madame Pâris, ouvreuse de loges à l'Opéra, l'attribua à la double influence du gaz de l'éclairage, auquel elle était soumise le soir, et de la blancheur des pièces de linge qu'elle était chargée de plier, pendant le jour, à la lingerie de la liste civile du roi Louis-Philippe. Si une lumière trop éclatante est funestè. à l'œil * fl
ne faut point en conclure que moins elle est intetise, plus elle exerce sur cet organe une influence salutaire. Des occupations exigeant des efforts de vision lui sont très fatales, au contraire, à un jour insuffisant , ce qui s'applique encore au travail, le soir , sur des objets de couleur sombre. Walther avance que l'amaurose torpide peut aussi avoir pour source le défaut d'exercice des yeux (anopsie) , chez les paresseux , par exemple , qui dorment trop longtemps, surtout quand cette habitude existe depuis l'enfance; il ajoute que l'amaurose qui provient du défaut d'usage d'un œil, tandis que l'autre est presque exclusivement affecté à la vision , est également torpide ou paralytique.
Notons encore que l'inégalité du foyer visuel des deux globes, chez un même sujet, a été placée dans la catégorie des causes de la goutte-sereine. M. Siebel fait observer que lorsqu'un œil est myope et l'autre presbyte , complication assez fréquente, dit-il, et souvent négligée, il arrive , dans la majorité des cas , que , pour éviter le trouble qui résulte de l'emploi simultané des deux yeux, le sujet n'use constamment que d'un seul de ces organes, laissant l'autre dans l'inaction , sans le vouloir , sans s'en apercevoir même ; le globe non exercé tombe peu à peu dans une faiblesse qui peut aboutir à une paralysie complète.
Dans notre état de civilisation , l'emploi inconsidéré des instruments d'optique est l'une des causes les plus fréquentes de l'amaurose rétinienne. Si les lunettes amendent les aberrations de la vue, en rectifiant la direction vicieuse des rayons lumineux , qui constitue la myopie et la presbytie, il est une condition sans laquelle elles seraient suscepl iltles d'entraîner des conséquences
110 TRAITÉ DE l'àMAUROSE.
fâcheuses, c'est de ne point les porter trop fortes. Hien n'émousse , à la longue , l'activité vitale de la rétine comme l'action forcée de l'œil par des verres, concaves ou convexes, trop puissants. M. Henry, opticien, me disait que ses observations journalières le portaient à considérer les verres concaves trop forts comme plus nuisibles que les verres convexes. Nous avons été maintes fois consulté par des naturalistes , par des horlogers , par des graveurs , chez qui l'amaurose avait été causée par l'abus des loupes et d'autres instruments grossissants. Galilée, Cassini leur durent la cécité dont ils furent atteints. Les verres convexes, à court foyer, ébranlent, stimulent tellement la rétine, qu'on a tiré un heureux parti de cette propriété, en l'appliquant au traitement de l'amaurose torpicle.
Les lunettes ne sont utiles que quand leur foyer est en harmonie avec la portée de la vue ; sans cette condition elles peuvent endommager l'organe. Nous avons constaté , chez beaucoup de gens , que l'amaurose avait été produite par des verres achetés à des colporteurs. La mauvaise qualité de ces objets de pacotille et de rebut, qui offrent des bulles, des rainures, causant des réfractions vicieuses , n'est pas le seul reproche qu'on doive leur adresser : il est rare que leur foyer soit exactement approprié aux divers cas individuels; leur puissance exagérée flatte souvent l'acheteur , qui voit bien à leur aide, mais qui finit par payer cher cette bonification momentanée de sa vue.
Les mutations que l'opération de la cataracte a fait naître dans les milieux réfringents du bulbe donnent lieu à des modifications importantes dans les phénomènes visuels ; il résulte de la soustraction du cristallin que les
SIÈGE HT POififT DE DÉPÂRT. 117
payons île lumière ne sont plus qu'imparfaitement réfractés : le sujet est devenu presbyte. Les myopes, toutes choses égales d'ailleurs , sont ceux qui gagnent le plus par l'opération. Les malades ont besoin qu'un verre convexe remplace, au dehors du globe, la lentille naturelle ravie à cet organe. Nous avons opéré un grand nombre d'individus qui se conduisaient fort bien sans lunettes, et qui ne s'en servaient que pour fixer de près des corps d'un petit volume.
L'un des préceptes les plus importants dans la prescription de ces appareils , c'est de ne les faire prendre au malade que tard, trois ou quatre mois, par exemple, après qu'il a été opéré , et quand sa vue s'est déjà fortiliée par l'exercice. Si l'on y avait recours avant que l'œil fut remis de l'opération et bien habitué à la lumière dont il a été longtemps privé , ils causeraient à la rétine une surexcitation fâcheuse.
Observation 39. — J'ai donné des soins à un homme qui, en 1840 , fut opéré de la cataracte par le docteur Lenoir. Le succès fut complet. Peu de temps après , le malade crut devoir s'adresser à un opticien , qui lui fournit des lunettes qui le séduisirent infiniment et qu'il s'empressa d'adopter. « Ma vue , me dit-il , était telle , » que je pouvais ramasser à lierre une épingle fine. » Elle ne tarda pas à s'altérer, être malheureux devint amaurotique.
La myopie acquise dans le but d'échapper à la conscription, par suite de l'emploi gradué de verres concaves de plus en plus forts , s'est dissipée, chez le plus grand nombre , par la soustraction de la cause qui y avait donné lieu ; on m'a cité des gens qui , au bout de six mois, avaient récupéré leur vision primitive. Mais
'HtAITK DE t'îMJA'UftOSE.
I- expérience démontre que ces kentaftives immorales peuvent aussi avoir pour résultat une détérioration visuelle qui , quoi qu'on lasse, échappe aux ressources de l'art.
Observation hO. — L..., compositeur d'imprimerie , me consulta le premier février 1851. Cet homme, né presbyte, attribua sa mauvaise vue aux elVorts qu'il avait laits jadis pour s'imposer une myopie forcée , afin de se soustraire au service militaire : il avait commencé à exercer ses yeux avec les verres concaves n° 12 ; puis, descendant de plus en plus bas dans l'échelle , il arriva, en trois mois , au n° 3 , avec lequel il lisait très bien , tandis qu'il était devenu incapable de distinguer les objets éloignés. Plus tard, et malgré l'abandon des verres concaves, ses yeux ont toujours laissé beaucoup à désirer. Sa vue se troublait par un travail un peu assidu ; il était tourmenté par des étincelles et par des mouches; les globes étaient sensibles à l'éclat du jour : il prit , à la longue ; des verres convexes qu'il changea maintes fois sans arriver à trouver un numéro qui pût lui procurer un soulagement réel. Je crus devoir conseiller, comme mesure indispensable, l'abandon d'une profession qui, depuis quelques années surtout, lui était devenue de plus en plus nuisible.
Le fait suivant , qui m'a été rapporté par M. Otto Rœhrig, introduit dans l'étiologie de l'amaurose rétinienne une influence que je ne trouve mentionnée nulle part. M. Malalieu , voyageur de commerce , âgé de cinquante-cinq ans environ, attribue l'amblyopie dont il fut atteint, et qui , en s'aggravant , se termina par la perte d'un œil, à son habitude, dès longtemps contractée, de lire dans les voitures, où il passait une partie de l'année par suite des besoins de sa profession. IL avait même
SIEGE Bï l'OliM \)K l»Kl'AUT. I M»
coutume de lire en marchant , sur la voie publique et dans les promenades, 11 s'aperçut, dans le principe, <|ue la vision ne se troublait que quand la lecture avait lieu sous l'influence du mouvement des voitures. Plus tard, le trouble finit par se manifester quand le corps était en repos.
Observa lion M. ■ — Ramel, âgé de dix-neuf ans, attaché à un magasin de nouveautés de Paris, est affligé, depuis longues années, d'amblyopie, avec perception d'étincelles et de mouches, parfois avec diplopie. L'éclat du soleil et de la neige, le gaz de l'éclairage, les couleurs vives des étoffes l'impressionnent très péniblement ; il s'est maintes fois vu dans l'obligation de quitter sa place pour prendre du repos. Or ce jeune homme ne saurait contempler quelques instants un objet, sans que ses yeux , importunés ✓ par son aspect , ne cherchent à en éviter le regard ; ils se meuvent alors , comme spasmodiquement , de droite à gauche et de gauche à droite (nystagmus). Quand je l'invite à me regarder , il me fixe quelque temps ; puis les globes se livrent aux mouvements que nous venons de mentionner.
L'observation démontre que la goutte -sereine est susceptible de contracter une allure intermittente, avec accès qui durent plus ou moins longtemps , et se manifestent soit le soir ( héméralopie ) , soit dans la journée m/ctalopie , visits nocturnus , amblyopia meridiana). L'béméralopie, forme très commune dans certaines contrées, sera l'objet d'un chapitre spécial. Nous n'avons jamais rencontré la nyctalopie , à l'état d'amaurose périodique et épidémique;dont on a cité quelques cas très rares, celui, par exemple, mentionné par Ramazzini, de ces jeunes garçons qui, au mois de mars, cessant de voir
120 TRAITÉ DE l'.\>!aI liOSK.
ou ne voyant que très peu durant le jour, erraient dans les campagnes , comme des aveugles , puis recommençaient, au crépuscule, à jouir de la plénitude des fonctions visuelles , infirmité qui disparaissait vers le milieu d'avril. Il peut arriver, phénomène très exceptionnel également, qu'une amaurose, à type primitivement héméralopique , se convertisse, par l'administration des antipériodiques, en une nyctalopie plus ou moins prolongée. M. Sichel a relaté , d'après le docteur Kuehmrand , un fait très curieux d'amaurose intermittente tierce. En septembre 1826 , une demoiselle, âgée de dix-huit ans, devint tout à coup aveugle; les pupilles étaient dilatées et immobiles ; les conjonctives étaient exemptes de rougeur; les yeux n'étaient nullement douloureux. On attribua la cause du mal à un refroidissement. Le jour où arriva l'accident, la jeune personne avait éprouvé du malaise et des frissons qui furent suivis d'une sensation de chaleur, avec accélération du pouls, soif vive, urines briquetées. C'est pendant la période des frissons que la vision s'éteignit , au point que le jour était à peine distingué des ténèbres. On prescrivit un vésicatoire à la nuque, des pédiluves et une potion contenant de l'acétate d'ammoniaque. Une sueur copieuse ayant surgi , la faculté visuelle revint après dix heures de cécité. Dans le but de constater la nature intermittente de la maladie, M. Kuehlbrand ne conseilla que quelques sudorifiques. Des phénomènes identiques se manifestèrent le troisième jour ; la durée de la cécité fut la même ; comme dans le précédent accès, la vision se réveilla pendant une diaphorèse abondante. La maladie céda à dix doses de sulfate de quinine, d'un grain et demi chacune. Je suis fréquemment consulté pour une sorte de pal-
pitations circonscrites clans l'une ou dans l'autre paupière, dans la supérieure notamment, particularité vulgairement désignée sous le nom de souris, parce que le mouvement qu'on aperçoit sous la peau a quelque ressemblance , dit Demours , avec celui qu'exciterait une souris cachée sous un drap de lit. J'ai plus d'une fois constaté que l'abus de l'organe visuel , surtout aux lumières artificielles, avait engendré ce frémissement passager de quelques fibres de l'orbiculaire. Il accompagne souvent l'anesthésie de la rétine chez les sujets qui ont beaucoup fatigué leurs yeux : tel était le cas d'un de mes malades , Linard , imprimeur , après qu'il eût consacré plusieurs nuits à son travail. Ce tremblement, cette oscillation s'étendent parfois aux muscles de la moitié correspondante de la figure. On a remarqué que l'agitation de l'esprit exaspérait habituellement cette affection. Les pathologistes localisent dans la portion dure de la septième paire tous ces mouvements morbides de la face, aussi bien que ses mouvements normaux, volontaires ou involontaires. Bien que l'idée d'une névrose du nerf facial soit en harmonie avec les données les plus récentes de la physiologie , je puis citer deux faits dans lesquels une lésion de la cinquième paire paraît avoir été le point de départ du tic non douloureux. M. Page, pharmacien fort instruit de Paris , m'adressa , en 1846, un tambour de la hc légion de la garde nationale, en proie, depuis trois années et du côté gauche seulement, à la lésion dont il est ici question , et dont cet homme faisait remonter l'origine à l'avulsion d'une dent molaire de l'arcade supérieure correspondante. Les accès ne se manifestaient que rarement , dans le principe, bien que tous les jours. Le mal avait augmenté au point qu'ils se
TRAITÉ PIS l'am.vi ïtosii.
fWiWsflto jusqu'à vingt «... viig uinq lois àm* la mm$, Mwent davantage. Une fanqu, que j'ai «mcontrée au dispensaire du docteur Siehel, oflVaif a la région droite de laface ee tic, qui, existant depuis quatre mois, fut également attribué par la malade à l'avulsion d'une dent.
L'amaurose rhumatismale est rétinienne, suivant quelques auteurs. Mon ami, le docteur Canstatt, qu'une mon prématurée vient de ravir à la science , pensait que le virus syphilitique pouvait amener une désorganisation spéciale dans le tissu rétinien, d'où une forme de gouttesereine dont nous avons parlé (voyez Observations 2 et 3) et sur laquelle nous reviendrons plus tard. L'amaurose par rétraction musculaire est rétinienne ; la traumatique peut l'être également. Notons toutefois qu'une localisation précise des conditions morbides d'où les phénomènes amaurotiques dérivent ne peut être établie , dans beaucoup de cas la souffrance du nerf optique et du cerveau venant s'associer fréquemment à celle de la membrane sensitive de l'œil. Dans quelques uns (amauroses sénile, mercurielle, chlorotique, par déperdition des liquides de l'économie, etc.), le corps tout entier subit un appauvrissement auquel la rétine ne peut se soustraire.
Bien que nous ne soyons que rarement à même d'étudier l'amaurose rétinienne par l'inspection cadavérique, Fanatomie pathologique de la rétine est aujourd'hui bien connue. Si l'on ne trouve , souvent après la mort , aucune lésion organique appréciable , il est des cas où le tissu malade nous présente des modifications variées.
L'atrophie de la rétine , c'est-à-dire, une diminution de sa substance nerveuse, a été maintes fois constatée, notamment dans l'amaurose congénitale. On l'a vue asso-
arr a te microphllialmie. Quand un œil a été le siège de désordres intérieurs graves (niégalophthalmie hydropique, cirsophthalmie, etc.), la rétine, en y participant, peut même avoir été détruite complètement ou en partie. C'est ainsi que , dans un globe atteint de staphylôme sclérotical postérieur, qui a été observé par Ammon (1), le bulbe distendu formait en arrière , à côté du nerf optique, une bosselure considérable, qui lui donnait une configuration allongée d'avant en arrière. La sclérotique, amincie, paraissait, en plusieurs endroits, repliée sur elle-même; la choroïde était presque entièrement dégarnie de son pigment; la rétine avait disparu, sauf quelques débris, sous forme d'une couronne annulaire dont la partie postérieure était soudée à la choroïde.
La rétine peut être frappée de ramollissement, disposition qu'on a rencontrée, dit-on, dans quelques amauroses mercurielles , et qui est susceptible de coïncider encore avec un ramollissement du cerveau ou de la moelle épinière, d'après M. Langenbeck. On l'a trouvée pourvue de névrômes , de tumeurs de toute sorte , d'exsudations blanchâtres, jaunâtres, etc. Elle peut être épaissie , opaque , rougeâtre , par suite de la congestion du réseau constitué par les ramifications de son artère centrale. On a rencontré , au sein de la membrane , des suffusions sanguines , parfois résorbées imparfaitement et se montrant sous forme de plaques ou de taches brunâtres, qui semblaient être des caillots desséchés. Chez quelques fœtus retirés morts des parties génitales avec le forceps, après avoir eu la tête longtemps enclavée aux détroits du bassin et fortement comprimée, on a vu des
(1) Ammon, Krankkeilen (les menschlichen Auges. Berlin, 1838 et
l2A TRAITÉ !>]£ c'amaurose.
ecchymoses do la rétine unies à des épanehements de sang entre cette membrane et les tissus limitrophes. Deux enfants dont la tête était déformée et paraissait avoir souffert au passage offrirent, à l'autopsie, faite par le docteur Ribes , le corps vitré coloré en rouge et l'humeur aqueuse teinte de sang.
Un phénomène très curieux de l'anatomie pathologique du globe de l'œil, c'est que l'ossification, la pétrification même des éléments dont il est composé sont plus communes peut-être que celles des autres parties de l'économie. Haller, Morand, M. Magendie et un grand nombre d'auteurs ont relaté des faits de transformation fibreuse, osseuse , pierreuse, de la rétine , phénomènes qu'on n'a guère constatés que dans des yeux dégénérés et atrophiés depuis longtemps. Sur le cadavre d'un mendiant, borgne de l'œil droit , Morgagni trouva cet organe aplati et ressemblant assez à un bouton d'habit ; le cristallin , le corps vitré, étaient résorbés ; la rétine était remplacée par une plaque osseuse, qui s'étendait jusqu'à la cornée.
Portai dit avoir rencontré des hydatides entre la choroïde et la rétine. Dans quelques hydropisies sous-rétiniennes , on a observé la disparition du corps vitré et le refoulement de la rétine par la sérosité , et sous forme d'un sac, jusqu'à l'appareil lenticulaire opaque.
Une dégénérescence que fournit assez fréquemment une pratique étendue, est le fongus médullaire de l'œil, désigné sous le nom de fongus hématodc , par Ch. Bell, Hey, Lawrence, Wardrop et d'autres chirurgiens. Aucun âge n'en est à l'abri; on le rencontre toutefois beaucoup plus souvent chez les enfants. Sur 17 observations rapportées par Wardrop, 10 appartiennent à des filles, dont
la plus âgée avait douze ans cL la plus jeune quinze mois; 5 à des garçons, dont le plus âgé avait treize ans et le plus jeune cinq ; 2 à des femmes de quarante et un à cinquante-huit ans. Bien que le fongus encéphaloïde puisse avoir sa source dans le plus grand nombre des tissus dont se compose le bulbe , son point de départ le plus ordinaire est la rétine et le nerf optique. Nous parlerons plus tard du phénomène appelé œil de chat amaurotique , et qui en est parfois le premier degré (voyez chap. VIII). Si le fongus fait des progrès , il chemine peu à peu vers l'iris , occasionne la résorption du corps vitré et du cristallin , donne lieu à une augmentation considérable des dimensions du globe qu'il remplit, et finit par éroder la cornée , quelquefois la sclérotique , et faire irruption au dehors. Non comprimé dès lors, le champignon morbide croît avec rapidité et atteint le volume du poing et même au delà; il renverse les paupières et se replie au-dessus d'elles ; il se présente sous l'aspect hideux d'une masse mamelonnée, cérébriforme, d'un jaune rougeâtre, élastique, parcourue par de nombreux vaisseaux offrant , dans quelques points , des ulcérations et des fistules qui fournissent du pus et du sang, dans d'autres des croûtes brunâtres. Toutes les fonctions de l'économie sont troublées, et tôt ou tard la mort vient mettre un terme aux souffrances du malade.
ARTICLE II
Amaurose du nérf optique.
Cette amaurose s'établit par un double mécanisme. Tantôt une tumeur, un obstacle quelconque, compriment ou tiraillent le nerf optique; tantôt il a été envahi lui-
120 traité wv, k'mtmom.
mmu par des désordres plus Ou moins graves. L'observation démontre que la compression de cet organe est, toutes choses égales d'ailleurs, plus nuisible au jeu des fonctions visuelles que son simple allongement.
On peut ranger dans la première catégorie les gouttessereines auxquelles est susceptible de donner lieu la classe nombreuse, et d'un diagnostic si épineux, des orbitocèles: kystes; tumeurs fibreuses, graisseuses, etc.; orbitocèles purulentes associées à une carie, plus ou moins bornée , de l'orbite , soit que le travail morbide ait débuté par l'os, soit qu'il ait primitivement envahi les parties molles. Parfois des polypes des fosses nasales ou de leurs appendices , des anévrismes par anastomose, des lésions, en un mot, formées dans les cavités circonvoisines, donnent lieu , par leur développement, aux mêmes accidents, en faisant irruption dans l'enceinte orbitaire , ou en en refoulant les parois vers le globe. Purement mécanique, dans tous ces cas, l'affaiblissement ou la cécité amaurotique peut s'évanouir et la vision récupérer sa netteté , dès qu'on est arrivé à reconstituer le bulbe dans ses limites primitives. C'est ce qui a fait dire à Delpech que , quelque délicate que soit ou que semble être la structure d'un nerf, et notamment celle du nerf optique , son tissu est capable d'éprouver un degré assez élevé d'allongement, qui engendre une suspension momentanée de ses fonctions, sans qu'il en résulte une lésion définitive de sa substance. Qui ne sait que ces tumeurs , quelle que soit leur nature , ont pour caractère spécial et commun, quand elles sont pourvues d'un volume assez considérable , de donner lieu à un exorbitisme, tantôt direct, tantôt, et plus souvent, oblique. La pression continue ci laquelle l'œil est sou-
SIÉGÉ RT POINT UK DKI'AHT. 12/
mis peul occasionner encore un certain c'h&ngëfhênt dans la configuration de cet organe.
,l*ai rencontre des sujets en proie à une extrusion très prononcée des yeux, sans que, pour cela, leur vue ait éprouvé une altération grave.
Obserration h'2. — Chez madame Roger, âgée de trente-trois ans, dont le double exophthalmos paraissait dû à une hypérémie, avec infiltration, du tissu celluloadipeux de l'orbite, la saillie des globes augmentait lorsqu'elle avait de la céphalalgie et qu'elle éprouvait quelque agitation morale ; il n'y avait point de strabisme; de l'empâtement se manifestait souvent à la racine des voiles palpébraux. « Quand les yeux sortent davantage, » me dit-elle, il me semble que je vois tomber la pluie. » Quelques mouches apparaissaient à une lumière vive , fixes par rapport à l'axe de la vision. Madame Roger attribuait la cause de son mal à la disparition d'une infiltration œdémateuse qu'elle avait eue aux extrémités inférieures , et qui était tellement forte , d'après les expressions de la malade , qu'elle crut plusieurs fois que ses jambes allaient s'ouvrir. La médication à laquelle j'eus recours, depuis le h août 1849 jusqu'au 3 mai 1850, et qui se composa d'onctions mercurielles sur le front, de fomentations résolutives sur les organes affectés , de bains sulfureux , de frictions sèches , de pédiluves , de purgations souvent répétées , etc. , eut pour résultat de diminuer considérablement l'exorbitisme , et de donner une liberté plus grande au roulement des globes. Lors de la dernière consultation, la malade se livrait à la lecture, à la couture , bien qu'avec un peu de kopiopie.
Je n'ai jamais diagnostiqué une amaurose scrofuleuse. Je ne la comprends que dans le sens d'une compression
128 TRAITÉ \>ï. fc'îiMAUROSE.
du nerf optique , chez un sujet lymphatique , par un engorgement partiel, par une subinflammation du tissu cellulo-adipeux de l'orbite, dans un point plus ou moins circonscrit , avec ou sans altération osseuse. « J'ai ren- » contré deux fois la goutte-sereine scrofuleuse chez des » enfants écrouelleux , dit Sauvages (1) ; après l'ouver- » ture du cadavre, je trouvai une glande scrofuleuse sur » les nerfs optiques. »
En ce qui concerne la seconde des deux catégories que nous avons admises, nous dirons que toutes ou presque toutes les altérations anatomiques signalées dans la rétine (encéphaloïde, concrétions caleuleuses, etc.), ont été constatées aussi dans la substance du nerf optique.
Malacarne et d'autres praticiens en ont rencontré l'absence chez des aveugles-nés.
Sur un hémicéphale, qui vécut encore dix-huit heures après sa naissance, Panizza trouva les nerfs optiques atrophiés , et leur extrémité postérieure libre de toute adhérence avec le cerveau. L'atrophie de ces nerfs a encore été observée par Santorini, par Ammon, et plus récemment par le docteur Kilgour (2). On ne l'a qu'exceptionnellement rencontrée s'étendant au delà de leur chiasma. Une femme aveugle , qui succomba à l'Hôtel-Dieu dans le service de M. Magendie, offrit, à l'autopsie, des yeux très sains dans toutes leurs parties , si ce n'est dans les nerfs optiques, frappés d'une atrophie d'autant plus prononcée qu'on se rapprochait davantage du chiasma. Là ils représentaient plutôt une bandelette aplatie , rubaniforme, qu'un faisceau cylindrique ; ils semblaient, en quelque sorte, réduits à leur coque membraneuse. L'atrophie
(1) Sauvages, Nosologie méthodique. Paris, 1771, t. II.
(2) Annales à" oculisliqne, l. III, p. 182.
persistait au delà de l'entrecroisement, les nerfs n?étant plus constitués que par une lamelle demi-transparente cl n'atteignant qu'à peine les points qui donnent naissance à leurs racines. Les tubercules quadrijumeaux étaient diminués de volume. On a encore trouvé les nerfs optiques rapetissés, dans des cas de phthisie du globe consécutive à une consomption purulente. Mackenzie avance que l'atrophie de ces nerfs est probablement la cause prochaine de l'amaurose, si les pupilles sont petites et lentes dans leurs mouvements , théorie qui ne me paraît reposer sur aucune preuve clinique de quelque valeur.
L'état de distorsion dans lequel on a rencontré les nerfs optiques , dans quelques gouttes-sereines existant depuis l'enfance , pourrait bien dépendre , d'après Morgagni , des convulsions si communes dans les premières années de la vie.
Ce qui a été appelé hydropisic du nerf optique consiste dans une collection liquide dans la gaine de ce nerf. Op prétend môme y avoir signalé des hydatides. En 1812, un homme de quarante ans mourut d'une fièvre typhoïde à l'Hôtel-Dieu de Paris; il était atteint , depuis six mois, à gauche , d'une cécité qui s'était progressivement établie sous l'influence de céphalalgies attribuées à l'habitude de porter sur la tête de lourds fardeaux. Le docteur Gallereux, fendant la gaine du nerf optique, trouva celui-ci réduit en suppuration , dans une bonne moitié de son étendue. « Je ne doutai pas , dit-il , dans » sa communication à la Société de médecine de Paris » (août 1814), que ce ne fût la cause de la cécité, et que » l'amaurose ne dépendait point ici d'une paralvsie pri- » mitivement formée dans la rétine. »
130 traité uk C^amaurose.
Oti à rencontré, chez quelques amâurotïques, cet organe bcfùrsouflé , hypertrophié, quelquefois pluscônsis- (a ii t que dans l'état habituel. Dans un nerf optiq i ic exploré par Amrnon , un produit plastique fêgHàit ètltré le névrilème et 1a masse nerveuse; eelle-ci était dure et montrait, à son centre, une exsudation sanguine. On a cité des cas d'adhérences morbides entre le nerf et sa gaîne, mutations provenant, sans aucun doute, d'un travail phlegmasique chronique. Chez un enfant , dont le docteur Burnet a publié l'observation dans le Journal hebdomadaire de médecine , les nerfs optiques , depuis leur origine jusqu'à leur entrée dans le globe, ainsi que leur chiasma, avaient la texture du tissu cartilagineux ; ils en présentaient le poli , dit l'auteur , la coupe homogène et presque la dureté.
Nous mentionnerons encore la dilatation anévrismale de leur artère centrale. Une femme observée par Graefe perdit la vue en éprouvant une sensation de pulsation au fond de l'orbite. L'artère centrale était dilatée dans le sein du nerf optique , son diamètre , d'après Graefe , égalant à peu près celui d'un brin d'herbe ; les vaisseaux rétiniens étaient variqueux. Une autre aveugle, que cite Scultet, succomba à un cancer au sein. Les nerfs optiques furent trouvés réduits à la moitié environ de leur volume habituel. L'artère centrale de la rétine était dilatée dans l'un des yeux , disposition qui fut alléguée comme le motif pour lequel cet organe s'enflammait à l'approche de la période menstruelle.
L'amaurose syphilitique peut provenir de la paralysie du nerf optique par obstacle mécanique. L'amaurose traumatique a été attribuée, dans quelques circonstances, à la blessure de ce môme nerf.
SIKCK ET POINT DE DÉPXlRT. 131
BU êgârd aux troubles fonctionnels, il ëst-]3fermis d'êtaMir, en tbë&é générale, et avec ijctëlqtiës protodl)ilité§; qu'où rencontrera les symptômes de l'amaurose rétinienne quand le mal sera localisé dans la portion intraorbitaire du nerf optique ; qu'on observera ceux de l'amaurose cérébrale lorsque sa portion intra-crânienne sera compromise.
ARTICLE ÎÎL
Amaurose cérébrale.
Pour que le trouble de la vision , pour que la cécité même aient lieu , il n'est pas nécessaire que la texture du cerveau ait subi une modification importante. Il suffit, dans un grand nombre de cas, d'une simple turgescence, d'une plénitude anormale des vaisseaux de ce viscère , lesquels peuvent venir alors comprimer les parties nerveuses qui président à l'acte de la vision, d'où une perturbation dans son mécanisme (amaurose cérébrale congestive). L'hypérémie est active ou passive, suivant qu'elle s'établit par un afflux insolite du sang vers la tête, ou par un obstacle qui s'oppose à son libre retour de la tète vers le cœur. Les symptômes sont ceux de l'amblyopie ou de l'amaurose sthénique, unis à ceux de la polysémie ou de la congestion cérébrale. Nous rappellerons, comme se groupant dans la première catégorie, la photopbobie, les photopsies, une sensation de plénitude au sein des globes, etc.; et dans la seconde, la pesanteur de tète, la somnolence, les bourdonnements d'oreilles, les vertiges, l'injection de la face, et les battements pleins, durs, accélérés, des tubes artériels.
J'ai vu maintes fois la surdité coïncider avec la forme morbide qui nous occupe. Tel était le cas d'Asvandy,
TRAIT !•. DE l'aMAUUOSE.
garçon marchand de vin, tourmenté par des mouches, des seo tomes étincelants, de la diplopie et une détérioration assez considérable de la vue pour ne pouvoir lire ; or les objets semblaient infiniment plus confus et la surdité augmentait , quand il buvait des liqueurs excitantes. Chez Alain, tailleur de pierres, amblyopique aux deux yeux et sourd, les maux s'exaspéraient journellement, obligé qu'il était de travailler la tète penchée en avant.
Un grand nombre de variétés amaurotiques, dont plusieurs seront développées plus tard, rentrent dans le cadre des gouttes-sereines cérébrales hypérémiques. Parmi celles qui s'établissent par congestion active, nous citerons les amauroses que sont susceptibles d'engendrer la pléthore, la suppression naturelle ou accidentelle des menstrues, celle de flux hémorrhoïdaux, d'hémorrhagies nasales, l'omission d'une saignée périodique, la répercussion de maladies cutanées, la brusque disparition d'une transpiration fortuite ou habituelle, les émotions morales, l'hypertrophie du ventricule gauche du cœur, une chaleur ou une insolation trop intense, le froid trop vif. Le docteur Grisolle fait observer (1) que les sujets qui succombent après avoir été exposés à une température de 30 à 40° centigrades, ou à un froid de 8 à 15°, offrent surtout, comme désordre cadavérique, une forte injection de la pulpe cérébrale. L'auteur ajoute que le froid exerce peut-être une influence plus marquée sur la circulation cérébrale que la température contraire : des relevés statistiques faits à Paris , à Turin , en Hollande , ont démontré que les congestions encéphaliques
(t) Grisolle, Traité de pathologie interne. Paris, 1848, t. I.
avaient leur maximum de fréquence en hiver. Nous mentionnerons encore les congestions déterminées par l'opium, par l'abus des boissons alcooliques. Les bons médecins ont, de tous temps, regardé l'eau comme une panacée universelle, dit M. Reveillé-Parise, et un ancien a fait remarquer que les buveurs d'eau avaient la vue subtile. Dans la catégorie ayant trait à la stase passive du sang à la tète, se rangent les amauroses par lésions des cavités droites du cœur, par la présence de goitres ou autres tumeurs du cou , qui compriment les veines jugulaires, etc. Atteinte de gibbosité depuis son enfance, madame Métrat, l'une de nos malades, âgée de trente-neuf ans, et en proie à une double amaurose congestive , se plaignait d'étouffements et de palpitations de cœur, accidents auxquels s'associaient fréquemment des infiltrations œdémateuses, notamment aux membres inférieurs. Le docteur Guillié dit avoir connu un juge qui ne pouvait serrer son bonnet de nuit trop fortement, sans éprouver, le lendemain , un obscurcissement de la vue. Nous avons souvent constaté l' amaurose cérébrale congestive, et souvent aussi l'ophthalmie arthritique des Allemands et le glaucome, chez les cordonniers travaillant au globe. A la fatigue que leurs yeux éprouvent, à la position de la tête constamment penchée en avant , il faut joindre, chez eux, la compression continuelle à laquelle la situation demi-courbée soumet les organes abdominaux, le défaut d'exercice, et, très fréquemment, l'habitation dans des logements bas et mal aérés.
L'amaurose ne s'établit, chez plusieurs de mes malades, qu'après qu'ils ont été plus ou moins longtemps tourmentés par de la polyœmie cérébrale.
Observation 43. — Habituellement constipée et privée
ldZ* HIAITK pE i/aMM IlOSK.
du Jlu\ menstruel depuis neuf mois, madame Varbo, âgée de quai'imle-cinq ans, quj se présenta pour la première fois, à mon dispensaire, le 26 avril 1849, avait ressenti, à la suite de cette suppression , une céphalalgie obtuse, qui l'engageait à prendre souvent des bains de pieds ; elle avait fréquemment des bouffées de chaleur, pour me servir de l'expression de la malade. Tout à coup, il y avait sept semaines, la vue fut anéantie à l'œil droit, et subit une forte détérioration dans son congénère. Blandin la fit saigner et ordonna l'application successive, sur le front et les tempes, de \ésicatuires, qui furent pansés avec la strychnine. Je crus devoir exclure de ma médication ces derniers moyens, pour me borner aux anticongestifs de toute sorte.
Observation M. ■ — Sous l'influence d'une congestion vers la tête, accompagnée de forts bourdonnements d'oreilles, madame Himbret , que me fit l'honneur de m'adresser, le 8 août 1850, le docteur Lebrun , médecin a Argenteuil, vit naître soudainement, au globe droit, une amaurose partielle , aucun accident ne se manifestant à l'œil gauche. Le docteur Lebrun ouvrit immédiatement la veine du bras. Les objets placés vis-à-vis du globe et du côté du nez étaient reconnus presque sans trouble; présentés vers la tempe droite, ils échappaient à la malade, obscurcis par un voile noir.
Observation 45. — Chez Martin, invalide, âgé de soixante-dix-sept ans, une amaurose partielle, qui existait à l'œil droit depuis peu, reconnaissait pour cause, d'après cet homme, une libation copieuse.
J'ai vu des épistaxis et d'autres évacuations sanguines , survenues spontanément, amender d'une manière notable des amauroses par congestion cérébro-
Sj&GJS IST l'OhNT DE HÉl'AliT. 1«0
()l.u|aiiv. Scarna, conseillait souvent l'application des sangsues sur la inomhrane de Schneider, îivail, été cmdui, ;1 L'emploi expédient par plusieurs faits de
guérisOD de uowtle-sereine à la suite d'hémorrhagies nasales.
Observa/ion 46. — Léger, ciseleur, me l'ut adressé, le 22 février 1850, par M. Court, pharmacien à Paris. H était affligé d'une amaurose congestive, à la production de laquelle avaient contribué, pour une large part,.l'abus du travail sur des objets minutieux et l'usage de verres convexes trop puissants : sa vue était confuse ; il apercevait des étincelles et des taches noires , grises, etc. ; il disait qu'il distinguait un corps qu'il comparait à une roue d'engrenage; de la diplopie se manifestait de temps à autre. Il lui était arrivé d'être soudainement attaqué d'hémiopie, qui disparut, après avoir surgi deux l'ois dans la même journée.
Les purgatifs salins et aloétiques , les émissions sanguines, un traitement anticongestif, en un mot, avait considérablement amélioré l'état de ce malade , quand , le 30 août de la même année, je constatai une bonification extraordinaire dans les conditions visuelles ; elle était survenue sous l'influence d'une évacuation sanguine parle fondement, qui s'était produite pendant trois jours consécutifs. Le 21 septembre, Léger assura qu'il se croirait guéri, s'il n'était pas dans l'obligation de s'adonner à dos occupations exigeant des efforts de vision. Il annonça, le § janvier 1851, que sa vue lui permettait de travailler six heures par jour; elle n'était traversée, de temps à autre, que |>;ir ce qu'il appelait quelques lilels d'ombre.
L'aûwrerïce cite l'exemple d'une fille de quinze ans
136 TRAITÉ DE LA.MWlsosi;.
non encore réglée, et qui lut frappée damuurose , sous I influence d'une polysémie cérébrale. Sa face était congestionnée ; elle se plaignait de-violentes douleurs de tète. Deux ou trois saignées et des purgations actives n'avaient apporté pendant deux mois aucune amélioration aux yeux, quand les menstrues parurent. La malade dès lors fut rapidement guérie (1).
L'amaurose peut survenir dans une attaque d'hémorrhagie cérébrale (amaurose cérébrale apoplectique), tantôt aux deux yeux, ce qui n'a lieu que dans les épanchements très graves et très étendus, tantôt cà un seul œil , ce qui est le cas le plus commun. Habituellement la pupille est privée de mobilité et tout sentiment de lumière est anéanti. Les couches optiques et les corps striés sont le siège le plus ordinaire de l'hémorrhagie, d'après les faits recueillis par MM. Andral et Rochoux.
Chez les hydropiques , chez les gens affligés d'ascite ou d'anasarque, une cécité , rapidement établie , avec accidents cérébraux variables (somnolence, délire, résolution des membres, etc.), dénote, avec quelque probabilité, une apoplexie séreuse. Des médecins ont nié l'existence de cette dernière ; le docteur Grisolle, qui l'admet , après l'avoir constatée chez des hydropiques , rappelle que M. Magendie en a rencontré un grand nombre d'exemples à la Salpêtrière , et que M. Lasserre a publié une série de faits démontrant que ces affections séreuses de l'encéphale ne sont pas rares chez les nouvelles accouchées atteintes d'anasarque ou d'œdème aux membres inférieurs.
Observation à/.— Le h mars 1850, Alphonse Zaeharie,
(I) Lawrence, Traite des maladies dos yeux, traduction de Billard. Paris, 1830.
âgé d'une dizaine d'années, vint à mon dispensaire, de la part du docteur Taillefer.il raconta qu'il était occupé, il y avait cinq mois, à cueillir des pommes, quand tout à coup il se sentit s'affaisser sur lui-môme, et tomba sans connaissance. Revenu à lui, sous l'influence des secours qui lui furent portés, il était aveugle.
Je trouvai les pupilles dilatées et immobiles , et les globes saillants. L'enfant prétendit qu'il apercevait, de temps à autre, des corps rouges et des taches bleues. L'ombre des doigts, agités devant lui, fut distinguée. Au grand jour, le regard était dirigé vers le ciel. La tête était fort volumineuse ; les téguments étaient blêmes , flasques, bouffis; ils ballottaient, sous l'influence du choc imprimé par le doigt ( tremblement de gelée ou de confiture de quelques observateurs); le malade était peu solide sur ses jambes ; il avait l'air hébété et ne semblait point d'ailleurs souffrir.
L'existence d'une amaurose hydrocéphalique ne fut point, dans ma pensée, l'objet d'un doute. Il y avait peutêtre eu, dans cette circonstance, une certaine quantité anormale de sérosité dans l'arachnoïde et les ventricules, épanchement qui, lentement formé, ne déterminait aucun symptôme décompression, celle-ci s'étant manifestée soudainement le jour de l'accident par la brusque augmentation du liquide.
Les principaux moyens auxquels j'eus recours furent le séton à la nuque, l'onguent napolitain en frictions sur le Iront et les tempes, les purgatifs et le calomel (l).Les pupilles parurent moins dilatées le 9 mars. Le 22 le malade annonça qu'une table était placée devant une
fl) J'ai vu le professeur Fouquicr ordonner, dans un cas semblable, la tisane de gaiac et les bains sulfureux.
138 TRAITÉ DE I.'aMAUKOSK.
lénôtre; i! dit un tambûUE pour un poêle, un plat blanc pour une cuvette; La personne qui l'aécompagnait ajouta qu'il avait reconnu, dans la matinée , qu'il nv avait pas de cuillère dans sa soupe ; que celle-ci était fort abondante. Il y avait, d'ailleurs, des changements variables, tantôt en bien, tantôt en mal, dans L'état de la vue. L'œdème général avait diminué Manifestement. H quitta Paris le 26 mars, et je n'ai plus eu de ses nouvelles.
Quelques enfants naissent, aveugles, par suite d'une hydrocéphalie ( observation 34). La pupille est généralement dilatée et immobile, dans cette circonstance.
L'existence de tubercules encéphaliques est susceptible encore de donner lieu à la goutte-sereine (amaurose cérébrale tuberculeuse). Le nombre de ces corps morbides est sujet à varier de un à deux jusqu'à huit ou dix et davantage ; on en a compté rarement plus d'une vingtaine. Les hémisphères cérébraux en sont le siège le plus habituel , d'après M. Andral; on en a trouvé dans la couche optique , dans le corps strié , dans le corps pituitaire et dans le cervelet. Dans une observation extraite de la pratique de ce professeur et où la cécité était radicale, une masse' tuberculeuse occupait, dans toute sa hauteur, la moitié interne du lobe gauche du cervelet. De ce fait et de plusieurs autres , M. Andral conclut que si l' amaurose, incomplète ou complète, peut exister au nombre des phénomènes engendrés par plusieurs espèces d'affections du cervelet; que si môme , dans certains cas de goutte-sereine , on ne rencontre d'altérations appréciables que dans le cervelet, on ne saurait néanmoins établir que la perte de la vision soit due à la circonscription des désordres dans un point du cervelet qui soit toujours le môme.
SIÈGE Kl l'OLNT DE DKI'VKT. 139
Le ramollissement et le cancer du cerveau, les kyslrs séreux de ce viscère, indépendants de tout épanchement hémorrhagique antérieur, ce qui est fort rare, les acéphaloeystes des centres nerveux, rentrent encore dans le cadre étiologique de l'amaurose. Nous mentionnerons aussi les fongus delà dure-mère, les exostoses des parois du crâne, les anévrismes de l'artère basilaire et des autres artères intra-crâniennes , si bien étudiés par le docteur Albers (de Bonn). La cécité de l'œil droit coïncide , dans certaines circonstances , avec des désordres du cerveau du côté gauche , et vice versa. C'est ainsi qu'il y a quelques années, un homme, âgé de trente-trois ans, succomba soudainement, dans une nuit, à l' Hôtel- Dieu de Lyon. Il était affecté d'une amaurose complète, à droite , laquelle s'était établie peu à peu , le malade accusant seulement une céphalalgie générale. L'autopsie révéla l'existence d'un noyau cancéreux logé dans la couche optique gauche. J'ai vu, aux consultations publiques de M. Sichel, une jeune fille portant sur la partie gauche du front une tumeur osseuse d'un fort volume, et qui, par son empiétement sur les parois orbitaires du même côté , refoulait l'œil au dehors. La vue de cet organe se rapprochait de ses conditions naturelles ; mais cette fonction était très détériorée dans son congénère, qui conservait sa position normale. Parfois cependant les effets croisés n'ont pas lieu, et l'amaurose unilatérale rsl iuronipagnée de lésions encéphaliques, du même côté. Le docteur Grisolle explique ces variations parla raison que [es nerfs optiques sont tantôt entrecroisés et tantôt simplement accolés (1). Mackenzie l'ait observer que si
[1] Quelques uns ont dit qu'il y avait entrecroisement complet des nerfs optiques ; plusieurs, entrecroisement partiel; d'autres, comme
TRAITÉ 1)1 l'àMAÙROSE.
la goutte-sereine d'un œil est compliquée de surdité et d'engourdissement des muscles de la face du même côté, l'affection peut être attribuée à une tumeur adhérente à la face postérieure de la portion pierreuse de l'os temporal, ou naissant du méat auditif interne.
J'ai été consulté par un employé supérieur d'un de nos ministères , qui , atteint d'amblyopie torpide depuis plusieurs années , avait perdu presque complètement le sens de l'odorat. Le docteur Cazenave avait prescrit un traitement anticlartreux, et le professeur Serre (de Montpellier) un traitement antivénérien. Je constatai un peu d'eczéma; mais je ne découvris aucune trace d'affection syphilitique. Quoi qu'il en soit, l'association de l'amaurose et de la perte de l'odorat peut être rapportée avec quelques probabilités, suivant Mackenzie, à une tumeur située dans la fosse pituitaire ou sur la lame criblée de l'ethmoïde. On a même dit qu'une hypertrophie, qu'une dégénérescence quelconque du corps pituitaire ne pouvaient exister sans amaurose , à cause du contact du corps pituitaire avec le point d'intersection des nerfs optiques. Cette proposition, qui paraît applicable au plus grand nombre des cas, ne doit peut-être pas être acceptée dans tous. Il n'est pas question , par exemple, d'accidents amauro tiques chez une jeune fille de dix-neuf ans, qui , morte d'une pneumonie , offrit au docteur Krimer
Caldani, simple commissure transverse. L'opinion mixte, qui réunit aujourd'hui le plus grand nombre des observateurs (Cruveilhier, Mackenzie, etc.), admet que les fibres internes de ces nerfs passent d'un côté à l'autre, en s'entrecroisant en avant, tandis que leurs fibres externes continuent leur trajet vers l'orbite, sans entrecroisement. Blandin avance que l'inspection directe et des faits d'anatomie pathologiques, qui prouvent que l'atrophie peut se continuer du môme côté, jettent beaucoup d'incertitude sur ce point.
SIÈGE ET POINT l>r. D&PART. ^
une glande pituitaire hyper trbphiée cl dégénérée (1). Dans trois cas de cancer du corps pituitaire, il y avait amaurose, au rapport de M. le professeur Andral.
J'ai vu des lésions cérébrales, permanentes ou établies par récidive , ne donner lieu à des accidents amaurotiques qu'après avoir été précédées d'autres désordres paralytiques dans différentes parties de l'économie.
Observation 48. — Madame Moussier , qui me consulta le 20 mai 1850 , avait éprouvé, il y avait quelques années , une hémiplégie du côté gauche , faible encore , et elle était affligée , depuis un mois et demi , d'une paralysie complète de la troisième paire droite, pour laquelle elle avait usé sans succès de l'eau sédative de M. Raspail. Elle en guérit, au bout de deux mois, par les antiphlogistiques, les purgatifs, les mercuriaux, etc. ; mais cinq semaines après , une amaurose partielle, avec hémiopie, naquit à l'œil de ce côté.
Observation h9. — Joséphine Prinon (de Charleville), âgée de vingt-sept ans, ne fut frappée d'une double amaurose qu'après avoir longtemps éprouvé des migraines et des vomissements, accidents qui furent suivis d'une paralysie de la cinquième paire droite. Le 17 janvier 1851, je constatai une cécité complète, et prescrivis, contre les conditions cérébrales dont elle émanait, les mercuriaux et quelques autres moyens. La malade portait un séton à la nuque. Ne pouvant se soigner convenablement chez elle, elle se décida à entrer à l'hôpital de la Charité, où elle succomba dans le courant de février suivant.
Observation 50. — Lecouteux, âgé de quarante-six ans, homme fort et d'un tempérament sanguin, que je traitai
(1) Bibliothèque médicale, t. LXXVIII, p. 239.
11x1 TRAITK DE l'amAI Itosi:.
avec succès, ôn 1849 ( I ), d'une paralysie dé la troîgifttfië pane gauche, jouissait depuis lors d'une santé parfëite, quand, le (3 février 1851, il se présenta de nouveau union dispensaire, atteint d'une amaurose sthénique, avec vue obtuse,photophobie et perception de scotomes étincelants.
Dans d'autres circonstances , une affection encéphalique crée, d'un côté, une amblyopie ou une amaurose, et de l'autre, une paralysie des organes moteurs du bulbe. Tel était le cas du nommé Tarit, que j'ai traité, cette année, d'une amblyopie droite et d'une paralysie de la sixième paire gauche, accidents qui survinrent instantanément , sous l'empire d'une congestion encéphalique. J'ai vu les causes rhumatismales donner lieu à des phénomènes identiques.
Observation 51. — Le 13 février 1851, M. le docteur Lacroix me fit l'honneur de m'adresser madame Levé , qui se faisait jadis saigner tous les ans, et qui ne l'ayant pas été cette année, éprouvait depuis quelque temps des symptômes de polyœmie cérébro-oculaire. Je trouvai la vue brouillée à l'œil gauche , tandis que son congénère, manifestement plus saillant, offrait une anesthésie occupant les filets de la troisième paire qui se rendent au droit inférieur, au droit supérieur et au droit interne. La diplopie existait pour les objets placés en bas ou en haut, la cornée droite restant alors un peu vers le centre de l'écartement inter-palpébral , pendant que la cornée gauche s'abaissait ou s'élevait normalement ; les corps montrés du côté gauche étaient également aperçus doubles ; la diplopie n'avait pas lieu pour ceux places Cri face de la malade et à sa droite. Il y avait absence de blépharoplégie et de mydriase.
(1) Annales d'oculistique, t. XXIII, p. 158.
SIÉGÉ ET l'oiNT DE DÉPART. 1A3
Je prescrivis une Porte saignée du brâs; deux pilules chaque joiir, avec" là gdmme-gutte , l'aloès suecôtrirj cl [è savon mëdiciiiâl, dé chaque î famine, pour dix pilules; i'ohgiiërit napolitain ëf) frictions sur le Iront; les pédiluves; les cataplasmes sinàpisés aux jambes; les applications réfrigérantes.
Le 20 du même mois, époque à laquelle je présentai de nouveau la malade à MM. Georges, Kosztulski, Peschaud, Visinier, etc., je constatai sa guérison radicale ou presque radicale. L'œil gauche jouissait d'une vue normale ; toute trace de diplopie avait disparu ; il y avait peut-être encore un peu d'exophthalmos à droite. Il faut ajouter que cette femme avait très copieusement ses règles depuis trois jours, ce qui contribua puissamment à seconder la médication. Je ne fis continuer que les fomentations réfrigérantes.
M. Mackenzie fait observer, avec juste raison, que l'apparition soudaine d'une amaurose , associée à une paralysie des muscles de l'œil ou des paupières , peut être, le plus souvent, considérée comme l'émanation d'une compression générale de l'encéphale, laquelle devra probablement céder à une médication énergique. La succession lente, au contraire, des symptômes amaurotif lues et paralytiques dénote, le plus communément, la présence de quelque production incurable dans la tête.
Demours annonce qu'il est habituellement consulté pour des enfants affectés d' amaurose complète, par l'effet de convulsions qui ont lieu, le plus ordinairement, pendant la première dentition. « J'en ai plusieurs à mon » observation, ajoute-t-il, dont aucun ne présente le » moindre espoir de guérison. » J'ai rencontré moi-même un très grand nombre de faits de ce genre. Le docteur
traité iir. l'amalkosk.
Marchai a cité, dans sa thèse, l'exemple d'un enfonl de quatre mois qu'il observa à ma consultation, et dont les yeux, normaux à l'époque de la naissance, furent frappés de cécité par suite de convulsions qui durèrent dixneuf jours.
Prosper Alpin a dit que la cécité durant le délire était un signe de mort prochaine : Si desipientes non videant, ipsis profecto haud longé aberit exitium. Le fait suivant m'a offert une exception heureuse à la proposition ci-dessus énoncée.
Observation 52. — Au commencement de 18/j/i, une petite fille, qui m'est unie par des liens qui me sont chers, et alors âgée de vingt-deux mois, fut attaquée de méningite et devint aveugle. Les pupilles étaient dilatées ; la tète était renversée en arrière; le délire durait depuis plusieurs jours ; l'enfant poussait des cris aigus, ceux que Coindet a qualifiés d'hydrencéplialiques. Baron père fit poser des ventouses scarifiées aux apophyses mastoïdes et un vésicatoire à la nuque; la tète, préalablement rasée, était frictionnée, toutes les deux heures, avec une forte quantité d'onguent mercuriel ; on appliquait des révulsifs aux extrémités inférieures; on administrait le calomel uni à la racine dejalap. La mort semblait imminente, quand, un soir, approchant la flainnie d'une bougie des yeux de l'enfant, je la vis éternuer. Je déduisis de ce phénomène que de l'amélioration survenait, les rétines commençant apercevoir l'influence des rayons de lumière. Le lendemain, en effet, la malade donna quelques signes de connaissance, la cécité avait disparu et la convalescence ne tarda pas à s'établir.
M. Dugué , que sa position d'interne à la Salpetrière a mis à même d'étudier, sur une large échelle, les trou-
SIÈGE ET POINT DE DÉPART; l/|f>
bles visuels susceptibles de s'associer à la paralysie générale des aliénés , a bien voulu me communiquer les documents suivants, qui résultent de ses observations.
L'amaurose est assez rare chez les aliénés atteints de paralysie générale ; c'est chose commune de voir bon nombre de ces malheureux paralytiques arriver à la dernière période de leur maladie, en conservant la vision dans un état d'intégrité parfaite. M. Dugué n'a jamais rencontré une cécité complète, chez aucun d'entre eux, bien qu'il pense qu'elle doive exister quelquefois. L'amaurose sthénique est beaucoup plus commune ici que l'amaurose asthénique , phénomène qui trouve son explication dans la fréquence des congestions encéphaliques chez les paralytiques. La goutte-sereine asthénique s'est surtout montrée dans les cas où la paralysie s'était développée lentement et d'une manière pour ainsi dire insensible. La paralysie, chez quelques uns, s'est accompagnée dès le début de kopiopie ; la vue restait bonne , en ce sens que les objets continuaient à être distingués lucidement et aux mêmes distances , mais elle se troublait par un travail un peu soutenu.
Le docteur Baillarger a remarqué (1) que beaucoup de sujets frappés de paralysie générale avaient l'une des pupilles plus large que l'autre ; parfois cette différence est très considérable. C'est, le plus souvent, à une période avancée de la maladie que ce phénomène se manifeste ; on l'a constaté vers ses débuts; il peut alors, dans certains cas, élucider le diagnostic. M. Baillarger en a donné l'interprétation suivante. La paralysie générale est la conséquence d'une lésion des deux hémisphères ;
(1) Gazette des hôpitaux H Bulletin général de thérapeutique; année 18r.O.
lAft TRAITÉ DE 1 ' ...\IUKOSE.
niais elle ne doit pas constamment, se produire, au même degré, à droite et à gauche simultanément. Lorsque la différence est très tranchée, il y a prédominance de la paralysie d'un côté du corps. Cette différence estelle peu considérable , elle ne devient plus appréciable par une prédominance de la paralysie d'un côté ou de l'autre, mais elle peut encore être reconnue , à la différence de dilatation des pupilles , dont la sensibilité plus vive révèle , plus aisément que les autres organes , les moindres altérations du cerveau. M. Dugué m'a dit avoir rencontré quelques malades , chez lesquels une pupille était un jour dilatée , tandis que , le lendemain , cette dilatation n'existait plus au même œil, mais régnait au contraire dans son congénère. Elle ne s'opposerait pas à quelque mobilité de l'iris , d'après le même observateur.
Les cécités critiques des anciens auteurs n'étaient autre chose que des amauroses cérébrales. Aubry , qui dit en avoir constaté une vingtaine dans le cours de sa pratique, ajoute qu'elles n'arrivent guère qu'à la suite des maladies dangereuses et malignes, principalement après les fièvres ardentes, quand la nature n'a pu, avant les crises, bien achever les codions.
Il y a lieu de penser , d'après le professeur Ammon, que l'amaurose congénitale dérive le plus fréquemment d'anomalies du cerveau troublé dans son développement, conditions dont l'origine est cachée dans les ténèbres de la formation du fœtus. Creux dans les premiers mois de la vie intra-utérine, d'après les recherches de M. Huschke, et ne se remplissant que plus tard de pulpe nerveuse, les nerfs optiques ne sauraient demeurer étrangers aux révolutions cérébrales; la rétine ne peut
SiÉGE KT POINT DE DÉPART. l/|7
non plus s'y soustraire. Outre certaines anomalies susceptibles de se manifester encore dans le cristallin, dans le corps vitré, etc., M. Ammon signale la conicité de la cornée, qu'il parait avoir fréquemment rencontrée chez les aveugles-nés. Ordinairement, d'après lui, elle n'est pas très manifeste dans les premières années de la vie , mais elle augmente rapidement lors de la puberté; il explique l'opacité , qui envahit , à la longue , le sommet du cône kératique , par le frottement que les paupières, excitées par lui, exercent sur le miroir de l'œil en se contractant spasmodiquement. Le front fut trouvé, chez les uns, trop large, trop aplati ou trop étroit ; le sommet du crâne était trop élevé chez les autres.
On peut établir que , quant à la fréquence , les amauroses cérébrales marchent à peu près de pair avec les amauroses rétiniennes.
ARTICLE IV
Amaurose spinale ou rachialgique.
Des phénomènes amaurotiques viennent-ils s'ajouter aux symptômes de la myélite , du ramollissement de la moelle épinière, d'une altération quelconque de celle-ci ou de ses annexes, il y a lieu d'admettre une corrélation possible, par l'intermédiaire du cerveau et du nerf optique, entre les désordres rachialgiques et les troubles fonctionnels de l'œil. La pression sur la continuité du rachis peut, dans des cas, fournir des indices utiles , en provoquant une sensation douloureuse, qui tantôt est locale, tantôt se fait sentir au loin. Dans certaines circonstances où une inflammation sourde régnait dans quelque partie de la moelle, on est parvenu à en doter-
iA8 TRAITÉ DE l'aMAURÛSE.
miner le siège par l'expédient de Copcland, qui a proposé de promener, sur le trajet de la colonne vertébrale, une éponge imbibée d'eau bouillante; parfois alors une douleur, ou tout au moins une impression désagréable, s'est exaspérée dans la région compromise , quand elle existait déjà, ou a surgi, quand elle n'existait pas encore. Un fer cliaud tend au même but. On a môme conseillé, comme moyen d'exploration , de faire cheminer sur le trajet du rachis des eorps très froids. L'âge du sujet, ordinairement jeune, la présence de tubercules dans un autre organe, une disposition héréditaire, pourront militer pour le diagnostic d'une affection tuberculeuse de la moelle. Les protubérances osseuses de la cavité vertébrale sont parfois associées à des tumeurs de même nature au dehors ; l'infection syphilitique sera prise ici en considération. Y a-t-il déviation, carie des vertèbres, on les constatera par la vue et le toucher.
Chez une femme amblyopique , qui accusait de la douleur quand on exerçait une pression sur un point de la région rachidienne, j'ai vu le docteur Sichel diagnostiquer une sub-inflammation de la moelle épinière, et ordonner l'application souvent répétée de sangsues sur le point douloureux ; des frictions, sur cette même région, avec l'onguent napolitain laudanisé; le calomel, combiné avec l'opium, à l'intérieur, et la précaution de se coucher, autant que possible, sur l'une ou sur l'autre des parties latérales du corps.
Il ne faut pas s'exagérer l'importance de l'intervention de la moelle épinière sur la production des phénomènes amaurotiques. Nous avons connu des sujets atteints de lésions bien caractérisées de cet organe , et qui jouissaient, d'ailleurs , d'une excellente vue. Les ,goutlcs-se-
reines occasionnées par la débauche, par la masturbation, par la perte exagérée des liquides de l'économie, et qu'on a considérées comme des amauroses spinales torpides, n'ont pas, dans notre pensée, un point d'origine aussi borné. Le docteur Sichel range dans la même catégorie les perturbations visuelles susceptibles de s'associer à la chorée et à l'épilepsie , qu'il considère , avec certains auteurs, comme dues, le plus souvent, à un état d'irritation ou à quelque autre lésion de la moelle épinière , proposition dont la vérité est loin encore d'être démontrée. Si le docteur Monod a rencontré, dans un cas de chorée, une hypertrophie de la moelle , si , chez deux jeunes filles qui succombèrent en 1834, à l'hôpital des Enfants , le docteur Gendron , aujourd'hui médecin à Chinon, a constaté un ramollissement de cette dernière, au niveau de sa portion cervicale, on a trouvé , dans d'autres circonstances , des lésions localisées dans les tubercules quadri jumeaux ou dans le cerveau; mais il est vrai de dire surtout que, chez la très grande majorité des choréiques , aucune altération patente ne s'est manifestée sur le cadavre , dans un point quelconque de l'encéphale. Au rapport du docteur Georget (1) , M. Esquirol, ayant rencontré, chez une série d'épileptiques , des plaques lenticulaires , cartilagineuses ou osseuses , adhérentes àl'arachnoïde rachidienne, crut quelque temps que ce genre de lésions pouvait avoir quelque rapport avec la cause de l'épilepsie ; mais, d'une part, ces désordres ne se sont plus représentés chez tous les épilep tiques , et de l'autre , on les a observés chez des sujets exempts d'épilepsie. On peut donc établir , ajoute l'au-
(i) Dictionnaire de médecine en 21 volumes, article Épilepsie.
10U TRMTÉ DE L'à«AUR0j8B;
leur, que les ouvertures des corps n'ont rien appris de satistÏHsnnL sur l'essence de cette maladie, qui est .me affection nerveuse, ce qui signifie, tout simplement, que sa nature organique est inconnue. Telle est encore l'opinion de la plupart des praticiens, de M. le professeur Rostan, entre autres. Les cadavres ont fourni, dit-il (1), une foule de lésions , mais aucune n'est propre à l'épilepsie, dont la cause organique reste fugace et ignorée.
On ne saurait révoquer en doute que les préparations saturnines exercent une influence délétère sur la moelle épinière; mais cette influence ne se borne pas à la moelle vertébrale , elle sévit sur le système nerveux ganglionnaire et sur tous les centres nerveux.
ARTICLE V
Amaiirose ganglionnaire ou abdominale.
C'est avec juste raison que la mutualité des rapports, qui existe entre l'appareil de la vision et lés viscères contenus dans la cavité du ventre , a attiré l'attention des ophtalmologistes. Nous en avons journellement la preuve dans les nausées et dans les vomissements auxquels est susceptible de donner lieu la piqûre de l'œil , dans les opérations de catarac te à l'aiguille, phénomènes attribués à la lésion des nerfs ciliaires. La femme d'un tailleur de Paris , nerveuse et hystérique , ne peut lire trois ou quatre pages de suite , sans être prise d'envies de vomir. Telle était la sympathie qui unissait les yeux et les organes urinaires , chez un homme et chez une femme à qui Jungken donna des soins, que ces malades
(!) Rostan, Médecine clinique. Paris, 1830, t. II, p. 728.
éprouvaient une urgente nécessité d'uriner, l'homme quand il instillait entre ses paupières quelques gouttes d'une solution de sulfate de zinc, et la femme lorsqu'elle pratiquait sur ses yeux des fomentations froides, à cause d'une ophthalmie traumatique. Or, chez l'un comme chez l'autre, le besoin était immédiat; quand même on y avait satisfait peu de temps auparavant , il se faisait de nouveau sentir. Whytt rapporte qu'une femme voyait tous les objets couverts d'un nuage épais, dès que sa digestion subissait quelque trouble.
Les liens anatomiques et physiologiques doivent naturellement engendrer les liens morbides. Aussi est-il aujourd'hui bien constaté que des modifications , survenues dans la cavité du ventre , peuvent retentir sur le bulbe oculaire et donner lieu à l'affaiblissement , à la perte même de la vue. Les amauroses développées sous leur influence ont été nommées ganglionnaires ou abdominales ; les perturbations visuelles de ce genre appartiennent au groupe des amauroses sympathiques de beaucoup d'auteurs.
Bien que les nerfs ganglionnaires de l'abdomen et les ganglions ophthalmiques ou ciliaires soient unis par des connexions anatomiques dont il est superflu de rappeler les dispositions, je crois que les amauroses abdominales des auteurs (amauroses ciliaires d'Andreœ) ne sont, pour la plupart au moins, que des gouttes-sereines sthéniques , par réaction congestive vers le cerveau et vers l'œil. Le lieu d'origine de ces états pathologiques est chose toutefois capitale dans l'espèce ; car, la participa lion de l'encéphale et du globe n'étant alors que secondaire, leur souffrance étant subordonnée à celle des organes abdominaux , ce sont les conditions de ces der-
l0Z TRAITÉ DE L'AMAUROSE.
niers qu'il faut avoir en vue, pour diriger la médication en conséquence.
Jusqu'à ce jour, c'est dans les voies de la digestion , dans le foie et dans l'utérus qu'on a le plus souvent eu l'occasion de localiser le point de départ de l'amaurose dite abdominale.
Un embarras des organes digestifs était invoqué par Scarpa comme cause prochaine de la plupart des troubles amaurotiques de la vision. Le professeur de Pavie fait observer que certains agents vénéneux , mis en contact avec l'estomac , font naître le vertige , l'affaiblissement de la vue, la cécité même. Ce qui démontre, continuet-il , le point de départ de ces phénomènes , c'est qu'ils s'évanouissent quand les substances toxiques ne sont plus en rapport avec le ventricule : or l'expérience a prouvé qu'il peut se développer spontanément, dans le tube alimentaire, des stimulants capables de réagir sur les globes et de susciter les effets dont il s'agit. Fondé sur ces principes empreints, dit le docteur Pétrequin, des idées humorales les plus exclusives , Scarpa préconise , contre la plupart des amauroses , les évacuants , l'émétique surtout , à doses vomitives et souvent répétées. Ayant vu essayer et ayant expérimenté nous-même cette médication , dont Marc- Antoine Petit fait l'éloge, notamment dans l'amaurose commençante chez les jeunes sujets , nous avouerons qu'elle a presque constamment échoué , si ce n'est dans quelques cas qui seront indiqués plus tard. Beer ne paraît pas avoir eu lieu de s'en louer. Lawrence annonce avoir fait l'application de ce traitement chez des malades qui paraissaient y être le mieux disposés , et sans obtenir aucun succès , tandis qu'il réussit par les antiphlogistiques.
Le docteur Garros du Villards avance que la gouttesereine fut très commune en 1817, dans la famine qui contraignit les habitants de quelques contrées à se nourrir de céréales avariées et de mauvais herbages. Qui ne connaît l'histoire de la jeune amaurotique dont parle Wardrop, et qui guérit, suivant ce praticien, après qu'elle eut "rendu une grosse perle, à la faveur d'un vomitif. Au rapport du même chirurgien, un individu fut attaqué de vives douleurs de tête et d'estomac, après avoir mangé une forte portion d'un pâté, et vit tous les objets doubles.
Observation 53. — J'ai été consulté par un de mes amis, M. Féry, qui venait de faire un séjour de plusieurs années en Grèce, en qualité de directeur d'une sucrerie fondée à Kenourio-Khori, bourg situé près des Thermopyles. Homme vigoureux et d'un tempérament sanguin, M. Féry était affligé d'une phlegmasie intestinale dont il attribuait l'invasion et la chronicité à des refroidissements successifs. Obligé , par les exigences de ses fonctions, de se rendre fréquemment de la raffinerie à Athènes, où il n'arrivait que le sixième jour, il voyageait à cheval, et passait, durant ce laps de temps, presque toutes les nuits à la belle étoile, couché sur un sol humide. La maladie des intestins était accompagnée, chez lui, d'une double amblyopie , qui ne lui permettait de lire et d'écrire qu'avec une peine extrême; ce qui l'incommodait surtout était la perception d'une tache noire , au globe gauche , vers lequel il portait instinctivement la main. Au bout de huit mois d'un traitement sévère et presque exclusivement composé de moyens hygiéniques, la lésion abdominale se dissipa graduellement , et avec elle disparurent l'amblyopie et la mouche noire , contre
154 Tli VITK l)K I ' \M\UKOSI .
lesquelles on ne dirigea que fort peu d'agëntfi thérapeutiques locaux. Aujourd'hui la vision esl norm;ile. M y a quelque temps encore, M. Féry me disait qu'il contemplait avec satisfaction, dans les rues, les affiches qu'il ne pouvait lire durant sa maladie, ("est notamment à une vive lumière que la vue éprouvait une détérioration considérable.
Certaines amauroses coïncident avec une hypertrophie, un engorgement, des tubercules au foie. « Dans leur état » chronique , dit M. le professeur Andral (1) , il peut » arriver que les affections du foie , en même temps » qu'elles ne s'annoncent que par des symptômes locaux » très peu tranchés , produisent, par leur action sym- » pathique sur les centres nerveux , une foule de phé- » nomènes morbides dont on a raison de faire des né- » vroses , en ce sens que leur siège est dans le système » nerveux , mais dont l'affection du foie est le véritable » point de départ. »
Lœbenstein-Level prétend avoir observé que, dans l'hépatite , le côté droit du visage était quelquefois plus injecté que le côté gauche, et que l'œil droit voyait moins bien que son congénère (2).
M. Stœber et d'autres auteurs considèrent la présence de calculs dans la vessie comme cause possible d'amaurose ; une lésion des reins ou de la rate est susceptible d'entraîner des conséquences identiques. Dans une observation publiée par le docteur Scherrer , de Baden- Baden (3), une goutte-sereine coïncidait avec une tumeur
(1) Andral, Clinique médicale. Paris, 1831, t. IV. ■ (2) Loebenstein-Level, Séméiologie de l'œil, § lit.
(3) Annales tfoculistique , t. VIII. — Gazette des hôpitaux, année
SIÈGE ET P01ÎST DE DÉPAKT. 155
d'un fort volume, située dans la région de la rate. En lisant avec attention le récit de ce fait , on ne tarde pas à se convaincre que la maladie oculaire était congestive, bien que son auteur la qualifiât d'amaur ose torpide, liée, par voie de sympathie, à l'état pathologique des organes abdominaux. Quoi qu'il en soit, les désordres du ventre et ceux des yeux se dissipèrent par les purgatifs , les fondants et les ventouses scarifiées au front et à la nuque.
Les troubles amaurotiques associés à la présence des vers dans le tube digestif et à l'état de grossesse feront l'objet d'articles spéciaux dans le chapitre suivant.
ARTICLE VI
Amanrose trlfaclale.
Lés expérimentations de M. Magendie l'ont conduit à assigner trois propriétés à la cinquième paire cérébrale :
l°Elle est un nerf de sentiment, et c'est peut-être la partie la plus sensible de tout le système nerveux.
2° Elle préside à la nutrition de l'organe oculaire.
3° Fondant une condition nécessaire à l'action du système nerveux spécial de la vision, elle est, pour l'accomplissement de cette fonction, un auxiliaire indispensable du nerf optique et de la rétine.
L'observation clinique confirme la vérité de la première donnée de la physiologie expérimentale. Nous en avons la preuve dans les douleurs intenses dont est accompagnée l'iritis, douleurs qui s'irradient dans les ramifications ophthalmiques du trifacial, souvent jusque dans les branches maxillaires. Nous les trouvons dans le glaucome, dans la choroïdite, dans toutes les inflammations
THAITK l)K I.'aMAUROSE.
graves du bulbe oculaire, et parfois aussi dans les inflammations les plus bénignes.
La seconde propriété de la cinquième paire cérébrale demande plus de développements, comme se rattachant d'une manière intime à la troisième , et conséquemment à l'espèce d'amaurose qui nous occupe.
Dans sa leçon du 26 avril 1839, au collège de France, M. Magendie coupe le trifacial du côté droit. L'animal fut représenté dans la séance du 3 mai suivant. Voici quelles furent les paroles du professeur touchant le résultat de l'expérience. « La cornée s'est ramollie , s'est » ulcérée et n'adhère presque plus à la sclérotique. Elle » est réduite à quelques lambeaux humides et ternes , » n'ayant plus l'apparence d'un tissu vivant. Devenues » troubles, les humeurs de l'œil sont confondues , au » point que vous ne reconnaîtriez plus l'humeur aqueuse » de l'humeur vitrée. Le cristallin est perdu au milieu » des liquides oculaires ; en partie dissous , opaque en » partie , il ne peut plus livrer passage à la lumière. » Le globe droit est plus petit que son congénère, » par suite de l'écoulement d'une portion de ses hu- » meurs; toute vision y est abolie à jamais. L'œil gau- » che , dans lequel la vue est intacte, n'est point rouge ; » les paupières ne sont pas gonflées. Ce n'est que du » côté qui correspond à la section de la cinquième » paire que les fonctions et la nutrition de l'organe » ont été gravement compromises. »
Je crois devoir rapporter à ce sujet un fait que j'ai été à même de constater dans le service de M. Velpeau, à l'hôpital de la Charité.
Observation bh. — Unefemme d'une soixantaine d'années fait une chute sur la tète ; fortement contuse , la
SIÉliK ET POINT DE DÉPART. 1.57
région du sourcil gauche s'entame profondément; la malade se fait admettre à l'hôpital. La vision, à cette époque, était, tant à droite qu'à gauche , aussi satisfaisante qu'elle peut l'être à cet âge. Comme le travail de la cicatrisation était languissant, M. Velpeau fit panser la plaie avec le baume d'Arcéus. Tout alla bien d'abord; mais dix ou douze jours après l'accident , la conjonctive de l'œil gauche s'injecta et fournit un liquide puro-muqueux ; la cornée devint nuageuse , puis tout à fait opaque ; le globe fut frappé de cécité , malgré toutes les ressources qui furent mises en œuvre pour conjurer cette issue funeste. Le 24 mai 1849, cette femme succomba à une attaque de choléra. J'examinai le globe gauche à l'amphithéâtre de l'hôpital. La cornée était perforée et comme convertie en putrilage , le bulbe flasque et d'un petit volume. Nous ne saurions mieux établir les caractères qu'il présentait, que de lui assigner la description de M. Magendie précédemment énoncée. L'œil droit conservait ses propriétés normales. On constata un peu de ramollissement au cerveau et un épanchement pleurétique.
Dans quelques observations publiées par M. Serres, par M. Alison et par quelques autres, une perturbation dans la nutrition du bulbe, et, par suite, la désorganisation de ce dernier, se trouvèrent liées à un trouble intra-crânien du trijumeau. La participation de la plaie du sourcil à la production des désordres oculaires du même côté paraît également évidente dans le fait que nous avons relaté. Mais, comment se fait-il que ces mêmes désordres ne surviennent pas toujours, dans des conditions en apparence identiques , dans certaines opérations blépharoplastiques, par exemple, celles de Dieffenbach , de
TRAITÉ DË l'aMACROSÈ.
Jaeger (1) etc., où des rameaux delà cinquième pahv deviennent le siège de vulnérations étendues ? L'opîtiitfh du docteur Snabilié semble, jusqu'à ce jour, répondre à cette question de la manière la plus satisfaisante. « Ce » qu'il y a de plus probable, dit-il (2), c'est que, dans le » cas où le nerf frontal est divisé complètement, les suites » ne se font pour la plupart du temps pas observer. Est-il » comprimé, au contraire, contus, incomplètement » divisé; est-il continuellement irrité par une inflam- » mation consécutive, alors le ganglion de Gasser, qui » est en rapport avec les fibres centrales du nerf frontal, » est affecté , ce qui fait que la nutrition de l'œil doit » souffrir. »
Si les deux propriétés ci-dessus énoncées de la cinquième paire trouvent d'accord tous les physiologistes , il n'en est pas de même de la dernière attribution, celle qui a trait au concours fourni au nerf optique et à la rétine pour le jeu des fonctions visuelles. Le trifacial , d'après Muller , ne préside qu'aux impressions tactiles du bulbe, les impressions visuelles s'opérant par le nerf optique et son expansion rétinienne. Quoi qu'il en soit des opinions qui ont été émises sur ce sujet , je crois qu'admettre la seconde propriété précédemment mentionnée, c'est admettre implicitement la troisième. Comment un œil, en effet, est-il apte à jouir de l'intégrité des perceptions visuelles, si quelque condition vient jeter du trouble dans ses éléments de nutrition? Ainsi peuvent s'expliquer quelques amauroses provenant d'une contusion, d'une dilacération , d'origine traumatique,
(1) Ch. Deval, Chirurgie oculaire. Paris, 1844, p. 479 et 485.
(2) Annales d'oculistique, t. XIX, p. H6.
des nerfs frontaux (1) ou sous-orbitaires ; ainsi s'expliquent encore les quelques cas cités de goutte-sereine produite par l'irritation des filets alvéolaires du trifacial. Beer admet, comme chose très exceptionnelle d'ailleurs, que le mouvement pathologique , ayant pour point de départ la carie d'une dent molaire de la mâchoire supérieure , est susceptible de réagir sur l'œil et d'y engendrer des désordres amaurotiques, opinion partagée par Andrew et par d'autres oculistes. Le professeur Trinchera racontait, en 1846 , dans son cours au collège de médecine de Naples, qu'il avait donné des soins à un homme affligé d'une amaurose uni-oculaire , contre laquelle avaient échoué toutes les ressources. M. Trinchera, ayant découvert une dent molaire supérieure qui était douloureuse, l'arracha et délivra le malade de sa cécité. Cette cure fit grand bruit à Naples. Mon ami, le docteur Hubsch , de qui je tiens le fait , a vu ce sujet qui confirma les assertions du professeur. Au rapport de Mackenzie, un homme privé de la vue à droite consulta le docteur Galenzowski , qui effectua l'avulsion d'une dent cariée de la mâchoire supérieure , afin de donner issue à une collection purulente de l'antre d'Highmore, laquelle s'était déjà frayé une route le long de la portion orbi taire du maxillaire. Grand fut l'étonnement du chirurgien , quand il trouva fixé à la racine de cette dent un long fragment de bois qui en traversait le centre : c'était un reste de cure-dent de bois. Neuf .jours après, le rétablissement de la vision était complet. On a encore relaté quelques rares exemples d'amauroses guéries par
(1) Un homme, dont parle Demours, fut atteint d'une ophthalmie violente à un œil, et d'une amaurose complète dans son congénère, peu de temps après l'extirpation d'une loupe au cuir chevelu.
160 TRACTÉ DE i/'iMAlKOSK.
l'ablation de tumeurs situées sur le trajet de ta branche ophthalmique de Willis. Dans un cas d'amblyopio associée à un ozène non syphilitique , je me suis demandé si les conditions de la membrane de Schneider n'avaient point quelque part dans la détérioration des fonctions visuelles.
Je ne crois pas que , dans le plus grand nombre des amauroses consécutives à une blessure des régions périorbitaires, le trouble de la vision ou la cécité avait pour cause prochaine une irritation, un état pathologique quelconque de la cinquième paire. Dans ma pensée, les accidents provenaient, presque constamment, de désordres que la cause vulnérante avait suscités dans le cerveau, quelquefois même de l'ébranlement de la rétine, avec ou sans déchirure de son tissu , par le fait de la commotion du globe. L'affaiblissement traumatique des perceptions visuelles n'est, dans d'autres cas, que l'effet de l'éblouissement qui accompagne une mydriase , sans qu'il y ait paralysie rétinienne. Nous reviendrons, au chapitre VIII, sur ce phénomène, dont la présence en a si souvent imposé pour une amaurose.
ARTICLE VII
Amaurose nphthalmique.
Si , dans les amauroses congestives , le mouvement fluxionnaire peut ne point se borner à la rétine, mais se propager à d'autres tissus du globe, une congestion , née dans ces mômes tissus , est susceptible aussi d'envahir la membrane sensitive, et d'engendrer des phénomènes amaurotiques.
Observation 55. — Cerf, malade de mon dispensaire,
offre à l'œil droit une teinte olivâtre, par suite de l'usage immodéré qu'il a fait, depuis deux années, des solutions de nitrate d'argent, contre une conjonctivite chronique. Or cet organe est tourmenté, depuis quelque temps, par la perception de mouches fixes par rapport à Taxe de la vision.
Observation 56. — Lépine, dont l'œil gauche fut atteint par une substance corrosive dont il ne put indiquer la nature , n'eut , au début , qu'une phlogose assez intense de la conjonctive et de la cornée. Le 1er juillet 1847, il se plaignit de mouches, d'étincelles, qui surgirent plusieurs mois après l'accident, et le trouble de la vision faisait des progrès notables.
Observation 57. — J'ai été consulté, à la fin d'octobre 1850 , par une demoiselle dont les yeux étaient affectés depuis le commencement de juillet de la même année. Il y eut d'abord une conjonctivite fort aiguë et des ulcérations kératiques remplacées aujourd'hui par des taies. La phlegmasie conjonctivale, qui avait résisté aux collyres de nitrate d'argent, de sulfate de zinc, etc., et à la cautérisation des parois internes des paupières avec le crayon de sulfate de cuivre, décrut comme par enchantement, au rapport de la malade, sous l'influence d'un moyen populaire, dont nous avons maintes fois constaté l'efficacité dans des cas de ce genre, les cataplasmes préparés avec le lait et le persil. [Quoi qu'il en soit, elle accusa de voir voltiger devant elle des corps étincelants qui n'existaient pas au début de son mal, et les perceptions visuelles avaient perdu de leur netteté. Ces conditions et l'irrégularité des pupilles, dépourvues presque de mobilité, démontraient que la congestion avait envahi les tissus internes.
102 TKAITÉ Uli l'aMALHOSI;.
Noua avons maintes l'ois rencontré des sujets affligé», d'irilis, cl qui se plaignaient de seotomes étincelants. C'est, en effet, quand les parties intérieures du bulbe visuel sont atteintes, que le travail lluxionnaire a le plus de tendance à se porter sur le tissu rétinien.
Observation 58. — Maria, âgée de onze ans, eut d'abord une kératite à l'œil droit, laquelle lut suivie de taies, puis une choroïdite antérieure, qui se révèle aujourd'hui par la présence d'un fort bourrelet ardoisé et bosselé, saillant le long du limbe kératique. L'organe est affecté depuis sept années, et rien, jusqu'à ce jour, n'a enrayé les désordres d'une manière notable. Chose remarquable, il permet encore à la malade de lire les gros caractères d'impression. Des douleurs surgissent parfois dans le trajet des rameaux de l'ophtlialinique de Willis, et la jeune fille accuse de voir fréquemment passer devant elle des corps diversement colorés et des étincelles.
Au lieu du staphylôme sclérotical ou choroïdal annulaire dont il vient d'être question, la souffrance de la choroïde se révèle, dans quelques cas, par une tumeur située plus ou moins loin du bord cornéen, tumeur immobile, d'un rouge sombre d'abord, puis violacée, bleuâtre, augmentant peu à peu de volume, et s'entourant de gros vaisseaux variqueux et tortueux, ceux de l'injection arthritique des Allemands. Nous avons vu la portion correspondante du limbe pupillaire entraînée yers cette protubérance. Quand le mal a atteint ce degré de développement, la vision ne manque pas de subir une altération variable.
Les amauroses arthritique et glauconiateuse des auteurs ne sont, à vrai dire, que des am&uroses ophlhalmiques, la souffrance de la réline étant ici liée à des
altérations congestionnelles dos tissus qui lui sont limitrophes, delà choroïde surtout: L'iiydrophthalmie, ou la mégalophthalmie hydropique, est susceptible aussi de léser, à la longue, la trame moléculaire de la rétine. Les collections sous-rétiniennes amèneront bien plus encore ce résultat.
Nous avons rencontré des malades chez lesquels des désordres se développaient dans les rétines, sous l'influence de la congestion produite au sein du globe par le gonflement des débris lenticulaires après l'opération de la cataracte par broiement, laquelle est si souvent suivie d'étranglements internes, l'humeur aqueuse venant pénétrer à la fois toute la masse des fragments de la lentille. Nous lui préférons le mode qui consiste à dégarnir le cristallin de son enveloppe antérieure, pour abandonner ce corps sur place et presque intact à l'action macérante du fluide qui le baigne, et à l'absorption. C'est à ce résultat que tendent deux procédés que nous avons décrits dans notre ouvrage (1) : l'opération de la cataracte par la discision, et celle par la dilacération de la capsule. Jaeger leur doit de beaux succès, et nous pourrions invoquer en leur faveur des résultats tirés de notre pratique. Chez la sœur d'un illustre professeur de médecine de Berlin , que j'ai vu opérer à Vienne, en 1838, par Jaeger, et à l'aide de la discision de la cristalloïde antérieure, six semaines suffirent pour la résorption complète et sans fatigue des deux cristallins.
On peut encore qualifier d'amaurose oplilhalmique celle qui s'associe à l'atrophie de l'œil, par suite d'une inflammation sourde de ses membranes internes.
(1) Ch. Df.val, toc. cit., p. I7!i.
TRAITÉ DE l'àMAUKOSJÏ.