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TRAITÉ DE ^'AMAUROSE

il ne souffrait, de l'œil droit , que depuis une semaine, lin corps filiforme, de couleur noire , était venu se placer tout à coup dans le champ de la vision ; le lendemain, ce corps, qu'il comparait à un cheveu, formait un demicercle ; quelque temps après , le cercle était complet ; l'obstacle s'étala plus lard, à l'instar d'une fumée noire Le malade était tourmenté, le soir notamment, par la perception de scotomes étincelants ; la céphalalgie était légère. Je constatai un trouble considérable de la vision du côté droit. L'œil gauche jouissait de son intégrité normale.

Mathis signala une circonstance utile à connaître. Depuis deux années, il avait la tête farineuse, et une éruption existait au cou et aux oreilles. Je ne pus constater la nature de la dermatose, qui avait complètement disparu depuis un mois. Ce fut, dans ma pensée, à sa répercussion que devaient être attribués les désordres actuels.

Je conseillai 50 grammes de sulfate de soude, à prendre, le lendemain matin, dans du bouillon aux herbes; les poudres de crème de tartre et d'émétique, suivant la formule de Frank ; des bains de pieds irritants, des cataplasmes sinapisés aux extrémités inférieures , des affusions réfrigérantes, des frictions, sur une large étendue, à la nuque et derrière les oreilles, avec la pommade stibiée.

Le 15, état stationnaire ; pustules nombreuses et confluentes.

Le 19, la fumée, qui était noire, a contracté une teinte jaunâtre. Vue un peu plus satisfaisante. (Onctions sur le front avec de l'onguent napolitain. Prendre en trois doses une potion composée d'eau de tilleul,

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125 grammes; eau-de-vie allemande, vin de colchique et sirop de nerprun, de chaque 30 grammes; tartre stibié, 5 centigrammes. Après cette purgation , réitérer les frictions avec la pommade d'Autenrieth.)

Le 25, pas de changement notable. La potion, dont on a favorisé l'action avec du bouillon aux herbes, a donné six selles abondantes.

Le l8r avril, grands progrès. La poussière, qui semblait couvrir tous les objets, a presque disparu. Le malade prétend qu'il voit de l'œil droit comme deux morceaux de papier agités dans une bouteille. (Onctions hydrargyriques, pédiluves, lotions froides ; tous les trois jours, liO grammes de pbosphate de soude dans de la limonade.)

Le 12, la vue a presque conquis ses conditions normales. (Suspendre tout traitement, sauf quelques bains de pieds et les aff usions réfrigérantes.)

Le 16, Mathis annonce que son état ne s'oppose plus à ce qu'il reprenne son travail. Je l'ai perdu de vue depuis lors.

Observation 71. — Émile Lecerf, âgé de huit ans et demi, pour lequel je fus consulté au commencement d'août 1847, portait depuis longtemps, au bras gauche, un vésicatoire que l'on supprima, et qui s'était spontanément ouvert de nouveau, il y avait deux mois. La plaie avait envahi une grande partie du membre supérieur. On conseilla, à l'hôpital Saint-Louis, de la fermer ayec une pommade dessiccative; elle se réduisit de beaucoup, en effet, mais le jeune malade, très gai auparavant, devint morose, offrit souvent de la somnolence, «'prouva de la faiblesse dans les jambes, et sa vue subit un grand trouble accompagné de perception de mouches.

17H TRAITÉ DE l'aMAUHOKK.

Par une application de sangsues au fondement, par des pédiluves, par des cataplasmes sinapisésaux membres inférieurs, par des fomentations réfrigérantes, par des frictions entre les épaules avec la pommade stibiée, par la reconstitution du vésicatoire et par quelques aainoratifs., nous eûmes la satisfaction de guérir cet enfant, à un point tel, que le 25 août il lisait sans efforts, tandis qu'auparavant il ne pouvait distinguer les lettres.

J'ai vu des accidents amaurotiques surgir à la suite de la disparition de la gale. Des faits analogues avaient été notés déjà par Beer et plusieurs autres auteurs (1).

Observation 72. — Caron, peaussier, m'annonça, le 20 avril 1846, qu'il jouissait, il y avait cinq jours, d'une excellente vue, quand il s'aperçut, à son réveil, qu'il était atteint d'un trouble considérable de celte fonction à gauche. Ce trouble n'avait fait que s'exaspérer depuis lors, de telle sorte qu'aucun des objets que je présentai ne put être distingué du côté du bulbe affecté.

La répercussion d'une irritation cutanée me parut jouer ici le rôle principal. Caron avait contracté la gale, il y avait trois mois, et n'en était délivré que depuis peu, à la suite de frictions faites avec des pommades soufrées.

J'ordonnai un vésicatoire derrière l'oreille gauche, des onctions hydrargyriques sur le front et la tempe gauche, un bain de vapeur à domicile tous les deux jours, une mixture composée d'eau-de-vie allemande, de vin de colchique, de sirop de fleurs de pécher et d'air

(1) Voyez Annales cToculistique, t. XIV, p. 177. — Journal des connaissances médico-chirurgicales, décembre 1843, p. 2S1. - Bibliothèque médicale, t. XXXIX, p. 363.

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eoolat d'anis, à prendre par cuillerées à bouche, le matin à jeun, trois l'ois par semaine

Quelques jours après, je constatai que la faculté visuelle, bien encore qu'un peu brouillée, s'était rétablie dans l'œil compromis. Le malade ne revint plus depuis lors.

Le dessèchement de vieux ulcères aux jambes est susceptible aussi d'engendrer la goutte-sereine. C'est ce que Beer a rencontré plus de vingt fois dans sa longue et laborieuse pratique (1).

Observation 73. ■ — Gustave Tabarin, tailleur, offrit cela de particulier, qu'une amaurose de l'œil gauche, pour laquelle un oculiste avait conseillé déjà des vésicatoires au voisinage de l'orbite, décrut extraordinairemenl dès qu'un ulcère à l'une des jambes se reconstitua de lui-même. «Ma vue a gagné de moitié », me dit cet homme en novembre 1847. Or cet ulcère, qu'il portait depuis sa jeunesse et qui fournissait de temps à autre une sanie abondante, s'était supprimé il y avait un an. Dés douleurs de reins s'étaient manifestées peu de temps après; le trouble de la vision, à gauche, survint plus tard, et il y avait de fréquents maux de tête.

Les amauroses nées dans toutes ces conditions étaient, jadis expliquées par le transport, vers le siège de la vision, d'un principe spécifique mobile, du virus dartreux, d'une humeur salée et mordicante, comme le dit Saint- Yves. Soumise à l'empire d'un autre ordre d'idées, la médecine moderne invoque le déplacement métastatique de l'irritation.

(1) Beer, Lehre von den Augenkrankheiten. Vienne, 1817, t. II.

TRAITÉ DE l'AMAUROSE.

ARTICLE VI

Aniaurose suite de la suppression de la phililrlase.

Le fait suivant, dont nous ne trouvons pas l'analogue dans les fastes de la science, a été relaté par nous, en 1846, dans le Bulletin général de thérapeutique, et reproduit bientôt après dans les Annales d'oculis tique, dans YEncyclographie médicale, et dans plusieurs autres publications périodiques.

Observation lh. — Le 17 octobre 18Z|5, M. Bénazet, ancien fermier des jeux de Paris, m'adressa la fdle de son cocher, Maria Neveu, âgée de neuf ans, qui se rendit à ma consultation accompagnée de sa mère. Celle enfant portait depuis quinze jours, aux deux globes, une affection qui commençait à inspirer des inquiétudes sérieuses à sa famille. De la rougeur, du larmoiement, de la photophobie, et une détérioration considérable de la vue en avaient été les premiers symptômes. Le 3 octobre, la mère transporta la jeune malade à la consultation publique d'un des hôpitaux de Paris. J'ai sous les yeux le bulletin qui lui fut remis, et qui est muet quant au diagnostic. Il y est dit d'instiller, soir et matin, entre les paupières, une solution de 2 décigrammes de nitrate d'argent cristallisé dans 30 grammes d'eau distillée, et de purger l'enfant une fois par semaine avec 15 grammes d'huile de ricin. On se conforma durant quelques jours à l'ordonnance, mais le collyre enflammait tellement les yeux et occasionnait de telles douleurs, que force l'ut d'en suspendre l'emploi. Madame Neveu crut devoir s'adresser alors à un autre médecin, voisin de sa demeure ; il prescrivit aussi un collyre de nitrate d'argent dont on

Variétés étiologiques. J-oi ne jugea pas à propos de faire usage. La cure, jusqu'au 17 octobre, ne se composa que de quelques palliatifs et de remèdes préconisés par des commères.

Telle était, à la date précédemment indiquée, l'into- • lèrance des yeux pour la lumière, qu'il me fut impossible de les soumettre à une exploration suffisante. Des corps de grandes dimensions, présentés à un demi-jour, ne furent point aperçus ; la mère ajouta que mes essais demeureraient infructueux, qu'elle s'était convaincue maintes fois chez elle que sa fille ne voyait rien. Les autres fonctions de l'économie continuaient d'ailleurs à s'exercer librement. Je crus à l'une de ces ophthalmies avec exaltation de la sensibilité rétinienne, altérations si communes dans le jeune âge, et qui, appelées par les auteurs ophthalmies scrofuleuses, conjonctivo-sclérotite, etc., dénotent presque constamment une phlegmasie de la cornée. Je recommandai l'application de sangsues derrière les oreilles, un vésicatoire à la nuque, des frictions sur le front et sur les tempes avec l'onguent napolitain belladoné, des pédiluves à l'eau de cendres, et Ù5 grammes de manne. Je conseillai de diminuer la clarté de la pièce dans laquelle l'enfant avait coutume de séjourner, et de ne pas bander les yeux, mais de les ombrager à l'aide d'un ample garde-vue quand la malade sortirait pour venir à la consultation.

Aucune circonstance digne d'être notée ne survint jusqu'au 6 novembre suivant, époque à laquelle la photophobie s'était évanouie au point de permettre aux yeux de s'ouvrir, même à une lumière assez intense. Pour la première fois, je pus les explorer convenablement. J'y constatai une rougeur modérée de la conjonctive scléro-palpébrale , et quelques taches blanchâtres

182 TRAITÉ DE i/ama' kose.

sw les cornées. Les pupille étaient contractées et immobiles. Bien qu'aucun obstacle sérieux ne s'opposât 4 l'entrée des rayons lumineux dans les deux bulbes, ia cécité restait complète. La malade disait qu'elle' ne voyait que du rouge. L'existence d'une amaurose n'était point douteuse.

Les émissions sanguines, les mercuriaux, la belladone, les révulsifs intestinaux et cutanés firent seuls à peu près, pendant quelques jours, les frais de ce traitement, dont le succès me semblait plus problématique qu'il ne me l'avait paru dans le principe, quand, interrogeant minutieusement la mère sur toutes les causes qui avaient pu amener la lésion à laquelle nous avions affaire, j'appris d'elle, le 13 novembre, une circonstance qui fut pour moi un trait de lumière. Elle me dit que ia tète de la jeune Maria avait été longtemps tourmentée par une masse immense de poux, dont on l'avait brusquement délivrée vers la tin de septembre. Rapprochant ce terme de celui de l'origine de l'affection des yeux, je demeurai convaincu qu'elle se rattachait à la suppression de la phthiriase. Les indications à remplir étaient précises. Je recommandai qu'on rasât aussitôt que possible le cuir chevelu à trois places différentes et à égale distance cà peu près l'une de l'autre, et que l'on pratiquât des frictions stibiées, jusqu'à éruption de pustules. Pensaut, de plus, qu'il ne pourrait y avoir qu'avantage à rétablir dans sou intégrité primitive le mode de stimulation qu'on avait soudainement arrêté, je conseillai à la mère de se procurer des poux, et, d'en mettre une bonne quantité sur la tête de sa tille. Il y avait précisément, dans la maison qu'elle habitait, un garçon abondamment pourvu de ces parasites, circonstance qui vint

YAKIKTKS ET 101(0 CLIQUES* 1^3

^YçiUeuseiïieuî se prêter à L'installation de celle resâ0Urce thérapeutique assez bizarre.

L'enfant est ramenée le 18 novembre. Les prescriptions ont été scrupuleusement suivies, et la tête est le siéoe d'un prurit fatigant, qui force la malade à y porter souvent la main. Les tonsures , vivement phlogosées, sont garnies de feuilles de poirée enduites de beurre Irais. Madame Neveu, ravie de joie, m'annonce que, le 16 du mois, Maria s'est réveillée en distinguant, bien que d'une manière confuse, les objets qui l'entouraient. Cette faculté , ajouta-t-elle , a beaucoup gagné depuis cette époque, et" elle s'accroît de jour en jour. Il était facile, en effet, de s'apercevoir que la physionomie de l'enfant avait changé d'aspect : ce n'était plus le regard vague et sans but des consultations précédentes ; les yeux offraient des mouvements qui se coordonnaient avec l'état de la vision. Je montrai plusieurs objets, qui furent immédiatement distingués. Priée de se rendre dans telle ou telle partie de la pièce où nous nous trouvions et que je désignai, Maria y alla sans hésitation.

11 me parait inutile de transcrire minutieusement les détails ultérieurs de ce traitement jusqu'au 21 décembre, dernier jour où je vis la jeune malade. Mes efforts tendirent à exciter plusieurs fois encore le cuir chevelu par de nouvelles applications émétisées, et, plus tard, je donnai quelques purgatifs. Dès le 2 décembre, Maria lisait les enseignes des boutiques et pouvait enliler une grosse aiguille.

Demours me fournit quelques documents qui se raltiiclieul trop à cette observation pour (pie .je les passe ici sous silence. Consulté par lettre (1) pour un enfant 1) Desoubs, loc. cit., t. Il, p. 30 et 31.

[8h TRAITÉ DE LAMAUHOSi;.

de huit ans habitant Nantes, et qui, après avoir eu la tête couverte de ^poux qu'on détruisit brusquement par la sïaphisaigre, fut affligé d'une opbthalmie douloureuse, Demours répondit qu'il était très probable que la fluxion qui s'était jetée, depuis deux mois, sur la lèvre supérieure, le nez et l'organe visuel, avait été déterminée par k prompte suppression de la vermine. Il prescrivit le petit-lait, avec le sirop de pommes composé, une infusion de fleurs de mélilot pour bassiner les yeux, et un vésicatoire derrière chaque oreille. «Si, après trois » semaines, continue-t-il, le gonflement des paupières » n'est pas entièrement dissipé, le meilleur moyen sera » de lui rendre les poux qu'on lui a supprimés, de les » conserver jusqu'à ce que tous les accidents soient » cessés, et de ne les détruire que peu à peu, par le » moyen du peigne. On purgera doucement l'enfant, » deux fois par semaine. » A la page 92 du tome Ier du même ouvrage, l'auteur s'exprime de la manière suivante : « Les insectes que l'on trouve si ordinairement » sur la tête des enfants agissent-ils seulement par l'irri- » tation que produisent leurs piqûres, ou font-ils l'effet » d'une foule de petites sangsues? Les doigts de l'enfant, » forcé à se gratter pour apaiser le prurit que ces pi- » qûres lui occasionnent, déterminent-ils sur le cuir che- » velu une irritation utile, qui, en se déplaçant, peut se » porter sur les yeux? Ce qu'il y a de certain, c'est que, » très souvent, la disparition subite, même spontanée, de » ces insectes, donne lieu à des phlegmasies de l'œil. » Demours ajoute (même vol., pag. 255) que, dans les inflammations ophthalmiques qui proviennent de la suppression des poux, à différentes époques de l'enfance, il a coutume de remettre sur la tète un certain nombre de

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ces insectes, expédient qui lui a valu de grands succès.

Dans le fait rapporté tout à l'heure, l'amaurose ou la rétinite a-t-elle surgi d'emblée, immédiatement après la disparition de la plithiriase, ou bien a-t-elle été consécutive à un mouvement phlogistique né dans des parties plus superficielles de l'organe? L'un ou l'autre mode d'invasion peut avoir eu lieu, question d'ailleurs à laquelle, dans l'espèce, il m'est impossible de répondre, n'ayant pas été appelé à donner des soins à l'enfant dès le principe. Les seuls enseignements, au reste, qui dérivent de cette observation, c'est que la préexistence d'une plithiriase doit prendre rang dans le commémoratii' étiologique des affections ophthalmiques , qu'elle doit exercer une influence sur le choix des moyens curatifs à employer, et que ce n'est pas sans quelque circonspection qu'il faut détruire, par les hydrargyriques ou d'autres topiques, la maladie pédiculaire du cuir chevelu chez les jeunes sujets, lorsque les insectes sont très nombreux, et qu'existant depuis longtemps, ils ont, pour ainsi dire, acquis droit de domicile, la prompte suppression de l'irritation cutanée qui provient de leur présence pouvant avoir sur l'appareil de la vision, et bien certainement sur d'autres organes (1), des conséquences analogues à celles delà répercussion des dermatoses.

(1) Les frictions d'onguent mercuriel, mises en usage pour détruire les pediculi capitis, ont produit, assure-t-on, chez plusieurs enfants, des accidents très graves, tels qu'un état comateux et un affaissement' auxquels ont succédé des mouvements convulsifs. (Rayeh, Dictionnaire de médecine, article Phthimase.)

TRAITÉ DE L'àMIUROSE.

ARTICLE VII

Amanrose suite de la suppression d'une transpiration habituelle.

Il est encore quelques autres infirmités qu'il est imprudent de guérir; elles nous aeconroagnent fréquemmenl jusqu'aux limites extrêmes de la vie, et, devenant habituelles, elles deviennent indispensables à la santé.

Élie de Buechner, Krugeïstein, Lobstein, Remmert, le "docteur Mondière, ont insisté sur les dangers de la cessation plus ou moins brusque de la sueur habituelle des pieds, comme pouvant entraîner des maladies de tous genres , parfois fort graves : on a cité des cas de pneumonie, de pleurésie, d'asthme, d'hépatite, de diarrhée, de catarrhe vésical, de blennorrhagie, de coryza, d'otite, d'anasarque, d'ulcères, d'éruptions cutanées rebelles, etc., dus â cette suppression. L'expérience démontre que l'amaurose en est parfois aussi la suite, et cette circonstance pathogénique mérite d'autant plus d'exciter l'intérêt, que peu d'auteurs l'ont signalée à l'attention des ophtalmologistes.

Les quelques exemples de ce genre que nous avons observés ont tous présenté le type congestif. Tel était le cas du nommé Hibert, dont la transpiration, arrêtée depuis peu, était tellement abondante, que ses bas, pomme servir de ses expressions , se pourrissaient dans ses chaussures, et que la garniture intérieure de eelle>-ei était profondément traversée. Quant au fait de la suppression elle-même, elle s'établit tantôt sans cause appréciable, tantôt, et le plus souvent, par le refroidissement des pieds (pédiluves froids; marche sur les dalles, sur le carreau , les pieds nus), ou par l'application de

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topiques astringents , mis m usage dans le but d'éloigner cette incommodité dégoûtante, de guérir des engelures, etc.

Observation 75. — M. Edouard L..., professeur, domicilié à Montmartre, myope, ne souffrait des yeux que depuis cinq semaines , quand il me consulta le 30 juin 1849. Des étincelles et des mouches le tourmentaient de temps à autre ; quelquefois les objets lui semblaient doubles ; sa vue avait perdu sa netteté habituelle, et se fatiguait aisément par la lecture de quelques lignes ; celles-ci tremblotaient alors , et finissaient par échapper à ses regards. Ce jeune homme attribua de son chef l'origine de son mal à la suppression rapide d'une transpiration habituelle des pieds, sous l'influence de l'immersion de ceux-ci dans l'eau froide : c'était depuis lors, en effet, qu'une révolution avait surgi dans les fonctions visuelles. Consulté avant nous , le docteur Sichel avait conseillé, avec juste raison , des frictions , soir et matin , sur les pieds, avec le liniment volatil du Codex.

Nous prescrivîmes, outre le repos absolu des yeux, la continuation des minoratifs dont le malade, habituellement constipé, faisait usage , des affusions réfrigérantes, des pédiluves irritants ; nous lui recommandâmes de se tenir les pieds très chauds et à l'abri de toute humidité ; de les couvrir de bas de laine épais , et extérieurement protégés par des chaussons de taffetas gommé; de saupoudrer l'intérieur des bas d'un mélange de parties égales de farine de moutarde et de chlorhydrate d'ammoniaque.

M. L... ne revint que le 6 octobre suivant. Il nous annonça que la sueur avait reparu, et qu'au bout d'un mois la vision s'était reconstituée dans ses conditions à

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peu près normales. Comme elle avait de La tendance à se troubler de nouveau, et que de la myodésopsie apparaissait de temps à autre, nous conseillâmes, en l'absence de toute congestion appréciable, quelques frictions auprès des yeux, et quelques vaporisations vers ceux-ci, avec l'alcool de mélisse additionné de baume de Fioraventi.

Il résulte des observations de Remmert que l'infirmité qui nous occupe est rare dans les premiers temps de la vie, et que c'est à partir de la quatorzième année qu'elle se montre le plus habituellement. La disposition à la sueur des pieds serait héréditaire , suivant Krugelstein, et la sueur elle-même contagieuse. On a remarqué qu'elle n'exhalait aucune où presque aucune odeur chez les uns, qu'elle en avait une très fétide chez d'autres, notamment par la marche et dans les chaleurs. Chez les premiers, a-t-on dit, la sueur est le produit d'une perspiration exagérée de la peau , tandis qu'elle dérive des follicules sébacés chez les seconds , qui sont plus nombreux ; c'est, d'après le docteur Tromsdorf (d'Erfurt) , une substance huileuse qui se combine avec la vapeur de la transpiration, et son odeur provient de l'ammoniaque que le produit contient. Quoi qu'il en soit de cette division , et bien qu'on ait avancé que la sueur des pieds, qu'on obtient artificiellement, n'est efficace que quand elle est fétide, il me paraît conforme à la vérité d'admettre, avec le docteur Mondière , que la fétidité résulte, en grande partie , du défaut de propreté , et que le retour de la transpiration, même dénuée de fétidité, ne compromet aucunement les résultats avantageux qu'on a en vue d'atteindre.

Un homme, âgé de vingt-cinq ans, dont parle Demours,

VARIÉTÉS ÉTIOLOGIQUES. 189

avait depuis longtemps des sueurs nocturnes, qui cessèrent dans le courant d'un hiver. Il devint ensuite sujet à des vomissements, et son œil droit, qui s'affaiblit par degrés , finit par être frappé d'une amaurose complète ; déplus, le droit interne fut attaqué de paralysie, de telle sorte que le globe était constamment dévié vers la tempe.

ARTICLE VIII

Amaurose suite de la suppression du mucus nasal.

Mackenzie fait observer qu'une sécheresse inaccoutumée des narines est loin d'être rare dans la rétinite chronique et dans l'amaurose ; on constate généralement, ajoute-t-il, une grande amélioration , quand la sécrétion de la membrane de Schneider se rétablit.

C'est à titre de complication de l'amaurose que nous avons presque toujours rencontré la circonstance qui vient d'être relatée ; elle peut toutefois en être la cause occasionnelle, comme l'a observé Beer, et comme le fait suivant le démontre.

Observation 76. — Ghassan , âgé d'une cinquantaine d'années, d'un teint brun , d'une petite stature, avait coutume de priser depuis vingt-cinq ans , quand il lui prit fantaisie de mettre fin à cette habitude. Armé d'une résolution inébranlable, il ne faisait aucune infraction a la loi qu'il s'était imposée , lorsqu'un mois après la cessation du tabac , il fut atteint de maux de tête : sa vue se troubla ; des mouches , des étincelles apparurent ; les yeux devinrent sensibles à l'éclat du jour; l'argent, l'acier poli les éblouissaient. Ces accidents portèrent son médecin à lui conseiller l'application de quinze sangsues au fondement et des purgatifs.

iyU TRAITÉ DE [/AMAtROSE.

GoftBtatant, le 24 juin4$50, què les pliénomèties con* gèstifs étaient loin d'être éteints , jë prescrivis l'aloès, la crème de tartre, les moyens, en un mot, destinés à remédier à la poïyaemië cérébro^bcuiâire. Depuis quelques jours , d'ailleurs , le malade avait repris l'usage de la poudre, à la cessation de laquelle il attribuait son affection.

Son état, bien que plus satisfaisant à la consultation du 6 juillet, laissait toutefois beaucoup à désirer. Ghassan paraissait délivré des accidents congestifs, mais sa vue restait obtuse; il apercevait fréquemment, disait-il, des ombres qui passaient devant ses yeux ; une figure blanche, regardée de côté , lui semblait appartenir à un mulâtre. Je mis en œuvre quelques uns des éléments, dont il sera question plus tard, de la médication des amauroses torpides (teinture d'arnica, baume de Fioraventi , ammoniaque, etc.). Le 22 octobre suivant, je m'assurai, devant plusieurs confrères, que Chassan distinguait des petits caractères d'impression, tandis qu'auparavant il n'aurait pu reconnaître l'heure à sa montre; les mouches, les scotomes étincelants , l'altération de la coloration des objets avaient disparu. Il annonça que sa vue était presque aussi satisfaisante qu'avant la maladie qui l'avait conduit près de nous. Il pouvait lire alors plusieurs heures dans la journée, sans fatigue.

ARTICLE IX

Amaurose suite de la suppression des lochies.

Destiné à dégorger la matrice et à la ramener aux conditions dont elle jouissait avant la parturition, l'écoulement des lochies peut, par sa suppression hrusque, en-

VAHIKTKS KTI0L0G1QUES.

gendrer dos accidents fort graves, tels que La métrïte, la péritonite, an mouvement congestionne! vers l'encéphale, etc. Qui ne sait que la suspension de l'action organique qui préside cà la constitution du llux lochial est susceptible de surgir par des influences variables : l'application des astringents sur les organes génitaux, l'impression du froid sur ces derniers ou sur les membres inférieurs, une affection morale vive et instantanée, etc.? Réussit-on à ramener à temps la sécrétion, les désordres sont enrayés chez quelques femmes ; aucune lésion ne survient chez d'autres, soit que la nature rétablisse d'elle-même l'écoulement, soit qu'il cesse définitivement.

Il ne m'a jamais été donné d'observer des affections amaurotiques émanant de la cause que nous venons de signaler, cause invoquée d'ailleurs par Andréa? (1) et plusieurs autres auteurs. Demours dit avoir vu plusieurs fois la goutte-sereine produite après l'accouchement par l'arrêt des lochies, et guérir le plus habituellement par leur retour. Le docteur Hechler, qui habite aujourd'hui Breslau, écrivait dernièrement à M. Otto Rœhrig, qui nous a communiqué ce fait, qu'il eut l'occasion, étant à Varsovie, de donner des soins à madame Kr..., chez qui la vue se troubla, puis s'éteignit tout à fait, à la suite de la suppression de ce flux. Les fonctions visuelles ne se reconstituèrent qu'au bout de deux mois, sous l'empire de moyens médicaux et hygiéniques appropriés.

(1) A. André*, Grmdriss der allgenieinen Augenheilkunde. Magdeburg, 1834.

TRAITÉ DE l'uIAUROSE.

ARTICLE X

Amaurosc suite de la suppression du lait.

Admise par Andréa), par Walthcr, par Weller et parquelques autres oculistes, cette variété étiologique n'a été constatée qu'un très petit nombre de fois.

Rarement, dit Demours, l'amaurose surgit parce que le lait a cessé de couler par les mamelles, soit à l'occasion du sevrage, soit par une" suppression pathologique de cette sécrétion.

Reer, qui a décrit cette forme avec détail, lui attribue, comme phénomènes symptomatologiques, ceux de l'amaurose par pléthore cérébro-oculaire : mal de tete violent, aversion pour la lumière, photopsie, détérioration de la vue qui peut aboutir à la cécité, contraction des pupilles , trouble léger dans les milieux réfringents, injection des vaisseaux de la conjonctive; les seins, naguère gonflés par le lait, sont vides, flasques, pendants, exempts de douleur. Les quelques faits rencontrés par cet ophthalmologiste l'ont amené à cette conclusion générale, que le pronostic est très défavorable , lorsque les milieux réfringents du bulbe sont le siège d'une altération manifeste et que la cécité est complète. Il a vu, dans de telles circonstances, des malades rester aveugles, bien que la sécrétion du lait eût été reconstituée au boni d'un laps de temps fort court et avec toute l'abondance désirée. Les topiques, appliqués sur les seins, occasionnèrent chez l'une d'elles des accidents inflammatoires et des abcès pendant la durée desquels la faiblesse de la vue parut s'amender légèrement.

VARIÉTÉS ÉTIOLOGIQ.URS. 193

.h> dois La communication du fait suivant à P amitié de

M. Otto Rœhrig.

Madame Crechman, concierge, rue de l'Ecole, femme brune, d'une complexion forte, native du midi de la France, et âgée d'une trentaine d'années, vit tout à coup le lait tarir chez elle, le 15 mai 1850, quinze jours après l'accouchement. Cette suppression fut suivie d'une céphalalgie intense, de bourdonnements d'oreilles, et d'une grande diminution de la faculté visuelle. « .T'aper- » cevais, disait-elle dernièrement, des corps lumineux » pendant la nuit, et dans la journée des étincelles et des » taches noires. » Le trouble des perceptions visuelles lit des progrès rapides ; madame Crechman devint presque aveugle. Or ces désordres duraient depuis quelques jours, quand le lait recommença à couler et il reprit en peu de temps sa quantité physiologique. Les accidents du côté de la tête et des yeux se calmèrent dès lors. La vision, toutefois, demeura faible ; madame Crechman ne peut ni lire, ni coudre, mais elle s'adonne sans aucune peine aux occupations du ménage.

ARTICLE XI

Amaurose clilorotiqtie.

Le trouble que la chlorose apporte dans toutes ou presque toutes les fonctions organiques se révèle, dans l'appareil delà vision, sous la forme d'une variété amaurotique d'autant plus digne d'intérêt, qu'un cortège de symptômes graves peut s'évanouir complètement sous L'influence d'une médication des plus simples. Vainement tenterait-on d'en triompher sans l'intervention des an tiehloro tiques. Ajoutons toutefois que, non traitée à

temps par. les remèdes opportuns-, Pamaurose qui noue occupe peut à la longue devenir organique cl résiste* aux ressources de l'art. Ainsi s'e^Uqùe La persistance de la cécité observée chez quelques malades, même après la guérison de l'affection générale.

Aujourd'hui, d'ailleurs, toutes les questions qui se rattachent à cette dernière ont été parfaitement élucidées par l'analyse chimique et par l'expérimentation clinique. On ne pense plus qu'elle dépend de l'inertie des organes de la digestion, comme le croyait Hoffmann, de l'asthénie du grand sympathique invoquée par Copland, du défaut d'action des organes génitaux, comme lé croyait Cabanis ; ces idées ne sauraient prévaloir sur la théorie, généralement admise, que la chlorose est liée à une altération primitive ou consécutive du sang. Rappelons que, livré à l'impression de l'air atmosphérique, ce fluide, fraîchement extrait de la veine, se divise en deux parties : 1° le sérum, qui fournit de l'albumine, de la cholestérine , quelques autres substances grasses et des sels ; 2° le caillot, qui donne de la fibrine et des globules, constitués eux-mêmes par de l'albumine et par un principe colorant, ou hématosine, dans lequel on rencontre plus de 7 pour 100 de fer. 1,000 grammes de sang contiennent, en général, d'après MM. Berzelius, Prévost et Dumas : eau, 790 grammes; matériaux solides du sérum, 80 ; fibrine, 3 ; globules, 127. Or, suivant MM. Andral et Gavarret, le caractère fondamental de la chlorose et de l'anémie, qui se développe lentement, réside dans la diminution de la masse des globules, qui, de la moyenne ci-dessus énoncée, peuvenl desrendre à 60, 50, 30, et môme à près de 20. En même temps que la quantité des globules décroîl . celle du

Y.UilKTKK ÉCOLOGIQUES.' £&B

sérum augmente. Il résulte de ees altérations', que le sang appauvri ne saurait plus, dans un assez grand nombre de cas, convenablement exciter l'appareil de la fonction visuelle.

La pâleur verdàtre, la bouffissure de la face, la décoloration des gencives et des lèvres , les migraines , le bruit de souffle aux vaisseaux carotidiens, la gastralgie, les palpitations , l'essoufflement , la leucorrhée , l'aménorrhée ou la dysménorrhée, l'œdème des extrémités inférieures, etc., sont-ils associés à l'extinction ou à un trouble de la vision ? Rien n'est aisé comme d'assigner à la maladie oculaire son caractère véritable ; mais il n'en est pas toujours ainsi. L'expérience prouve qu'une fille peut avoir le teint fleuri , et être cependant affligée de chlorose ; si celle-ci est si souvent méconnue, c'est qu'elle ne se révèle parfois que par un petit nombre des désordres fonctionnels qu'elle engendre. Dans les leçons cliniques que le professeur Trousseau faisait, il y a quelques années, à l'Hô tel-Dieu de Paris, et dont le souvenir nous a plus d'une fois guidé dans l'exercice de notre art, ce praticien faisait observer qu'il en était de la maladie d'ensemble, de la maladie protéiforme, appelée chlorose, comme de la syphilis : un ou deux symptômes peuvent en trahir l'existence , de même qu'il suffit d'un seul chancre pour faire reconnaître une affection vénérienne.

L'amaurose chlorotique s'est présentée à moi , tantôt avec le type asthénique, tantôt avec le type congestif, associée , dans le dernier cas , à une fausse pléthore, à une pléthore par un sang séreux.

A l'observation déjà relatée page 2, je suis en mesure d'ajouter plusieurs laits du même genre.

Observation 77 (recueillie par le docteur Marchai ,

"6 PRA1TÉ DE l'aMAUROSE.

'flirse citée, p. 23). — « Mademoiselle Virginie, Âgée de vingt ans, femme de chambre chez l'un des plus célèbres homœopathes de Paris, était affectée , depuis deux ans , d'un trouble considérable de la vue , pour lequel elle préféra les ressources de l'allopathie à celles que lui offrait son maître , zélé sectateur d'Hahnemann. Elle se présenta, le 16 juillet 1849, aux consultations cliniques de M. Deval.

» Inhabile à se livrer à des travaux de couture , elle était souvent tourmentée par des étincelles et des mouches ; de la diplopie survenait de temps à autre. Les phénomènes chlorotiques étaient très manifestes chez cette jeune fille. Ses règles étaient irrégulières, peu abondantes ; le sang était pâle et pauvre ; elle avait, en outre, des migraines, de la gastralgie, de l'essoufflement et des palpitations de cœur , de la leucorrhée et des appétits bizarres : il lui arrivait parfois de boire du vinaigre. On constatait aussi un bruit de souffle continu très marqué dans les vaisseaux carotidiens. Elle avait été saignée plusieurs fois , ce qui l'avait momentanément soulagée ; mais les symptômes amaurotiques avaient ensuite augmenté d'intensité.

» L'idée d'une amaurose chlorotique dut dominer la médication. M. Deval ordonna des pilules ferrugineuses, un régime tonique , des lotions froides sur les yeux et les parties voisines , et la suspension complète de tout travail assidu.

» Les 23 et 30 juillet, même état.

» Le 6 août , vue stationnaire ; conditions générales meilleures ; moins de maux d'estomac , moins d'essoufflement.

» Le 13. Les règles ont paru hier ; elles sont peu ahon-

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