‹ Traité de l'amaurose ou De la goutte-sereine ouvrage [electronic resource]Chapitre 23 sur 35 · VARIÉTÉS ÉT10L0GIGUES · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS ÉT10L0GIGUES

probable seulement. « On peut affirmer, dit-il (1), dans » les considérations qui en précédent le développement, » que la nature du rhumatisme , le tissu intime qui en » est le siège nous sont à peu près inconnus , en sorte » que si aujourd'hui même , où tant de voix menteuses » proclament les étonnants progrès de la science, on po- » sait cette question au praticien le plus instruit, le » plus exercé: Qu'est-ce qu'un rhumatisme? il répon- » drait, s'il est sincère : Je n'en sais rien. »

Bien que cette assertion soit vraie dans un grand nombre de cas, dans une hémiplégie faciale, par exemple , à la suite d'un simple courant d'air, je crois toutefois que, dans d'autres (et nous ne parlons ici que de ce qui a trait à la pathologie ophthalmique ), l'échange spontané d'un mouvement fluxionnaire , qui , abandonnant violemment l'organe cutané, envahit impétueusement aussi l'œil et souvent le cerveau, explique suffisamment le phénomène. C'est ainsi qu'après avoir porté, par les plus grandes chaleurs de l'été, une charge de linge à la rivière et avoir plongé, toute mouillée de sueur, ses bras dans l'eau, une jeune fille dont parle Arrachart (2), saisie soudainement parle froid, fut frappée de cécité en moins d'un quart d'heure. Il cite encore l'exemple d'un jeune homme qui, ayant séjourné dans une pièce fortement chauffée par un poêle, en sortit tout en sueur; la transpiration fut arrêtée par l'impression de l'air froid; il se coucha avec un violent mal de tête, et le lendemain il se réveilla aveugle. Je trouve , dans la publication de

(1) Bulletin de thérapeutique, t. IX, p. 41.

(2) Arrachart, Mémoires, dissertations et observations de chirurgie. Paris, 1805, p. 201.

*V» Tft^lïl d\ù l'a.uauhom,.

Kleiaert (1), le fait d'un gapçôîj aux yeux délicats,, qui, un quart d'heure après s'être frotté la face avec de la neige, fut atteint d'un tel trouble de la vision, qu'il ne pouvait reconnaître les objets , qui lui semblaient obscurcis par un nuage épais. Celui-ci et la céphalalgie qui l'accompagnait commencèrent à se dissiper au bout de quelques heures par le séjour au lit et sous l'influence de boissons chaudes , qui provoquèrent une diaphorèse abondante ; il ne resta plus qu'une forte photophobie, qui s'évanouit graduellement à son tour.

. La pauvreté des éléments fournis par l'anatomie pathologique, eu égard à la variété amaurotique qui nous occupe, a dû laisser une ample carrière aux conjectures.

Elle dépendrait, d'après Rosas, d'une lésion de la gaine du nerf optique, d'où l'interruption d'une libre relation entre l'œil et le foyer cérébral de la vision. Les phénomènes qui en émanent diffèrent, d'après ce professeur, suivant que l'amaurose apparaît comme souffrance seule du nerf optique , ou suivant qu'elle est unie à une affection rhumatismale des parties tendineuses et aponévrotiques des muscles oculaires et des membranes fibreuses et séreuses du bulbe. L'affaiblissement ou la cessation de la vue, un ralentissement dans les mouvements de l'œil et de la pupille , un sentiment de plénitude au sein du globe, caractérisent la première de ces formes morbides. En ce qui concerne la seconde, il faut ajouter à ces symptômes une grande sensibilité à la lumière, du larmoiement, des douleurs qui s'irradient parfois jusque dans les mâchoires ; il existe, assez souvent alors, un peu de strabisme, notamment vers la tempe, et souvent aussi

(à) Kxeinert's Hcperlorium. Leipzig, 1836.

WUIKTÉS ÉTIOLOGlOjUES. 203

une aertaine diminution en hauteur de la l'ente palpébrale, par suite de l'anesthêsie de l'élévateur du voile supérieur. Le mal est-il récent, ne consiste-t-il que dans une simple amblyopie, l'affection rhumatismale n'estelle pas profondément enracinée dans l'organisme, la guérison peut être obtenue , parfaite et durable. Le rétablissement de la vision peut ne point avoir lieu [dans les circonstances opposées ou ne se constituer que partiellement ; en supposant môme l'obtention d'un résultat heureux, il y a crainte de rechutes.

Jungken professe que l'amaurose rhumatismale paraît avoir pour base un état inflammatoire du névrilème des nerfs oculaires, auquel s'associe quelquefois une condition semblable dans l'hyaloide et dans la membrane de Descemet.

On a prétendu que la membrane de Jacob jouait un rôle important dans la localisation de la forme morbide dont il s'agit, opinion qui cadre avec la pensée qu'on attache généralement au rhumatisme, mais dont la vérité doit être fort sujette à contestation, puisque l'existence de l'organe en question est contestée elle-même par des anatomistes du premier ordre.

« La membrane séreuse que Jacob a décrite, dit Blan- » din (1), et qui serait intermédiaire à la choroïde et à la » rétine, est une fiction fondée sur le développement sé- » reux qui a lieu en ce point , dans une variété d'hydro- » pisie oculaire. »

Ajoutons toutefois que M. Giraldès, qui paraît s'être livré à des recherches minutieuses sur la membrane de Jacob (Thèse inaugurale, Paris, 1836), dit l'avoir ren-

(t) Blandin, Anatomie descriptive. Paris, 1838, t. I, p. 757.

TRAMS DÊ LAMAUROSK.

contrée sur des reptiles et sur des poissons (morues, bars, squales, etc.); il pense qu'elle existe aussi dans les mollusques céphalopodes. Dans les mammifères, on la trouverait chez le bœuf, le lion, le chat, la baleine; elle serait surtout très distincte sur le cheval.

Quelle que soit, d'ailleurs, l'idée qu'on voudra bien se faire du rhumatisme, voici ce qui résulte de mon expérience en ce qui concerne la fariété amaurotique qui s'y rattache.

Je suis fréquemment consulté par des rhumatisants qui se plaignent d'un trouble plus ou moins considérable de la vision, affectant tantôt le type sthénique, tantôt, et c'est ce qui arrive le moins souvent, le type asthénique. Je trouve assez communément une pupille contractée ; je l'ai vue dilatée dans quelques cas ; elle est parfois à bords irréguliers. On a dit qu'elle était, le plus habituellement, verticalement ovalaire, ce qui m'a paru loin d'être exact. Il n'est pas rare que la marge pupillaire de l'iris adhère à la cristalloïde correspondante, par suite d'une irido-périphakite sourde et latente. Ces sortes de sujets souffrent notamment et voient plus mal à l'abaissement de la température, et quand le temps est humide et brumeux; baromètres vivants, ils signalent les vicissitudes de l'atmosphère. Notons que les douleurs rhumatismales se font principalement sentir la nuit. Le plus grand nombre de nos malades ont accusé un sentiment de froid à la tête, qu'ils couvraient beaucoup, et répugnaient aux applications réfrigérantes. L'invasion de Tamaurose rhumatismale peut être rapide, ce qui a lieu surtout quand le sujet a éprouvé la brusque impression de l'influence qui lui a donné lieu; c'est notamment chez les vieux, rhumatisants que la maladie s'établit avec

YAKIKTKS ÉÎ10L0GIQUES, 205

lenteur. Je l'ai plus fréqueiiGûnmt rencontrée aux deux yeux à la fois que dans un seul de ces organes.

Observation 81. — Allaut, sellier, qui me consulta le 22 octobre 1846 pour une amblyopie aux deux globes, avec perception de scotomes étincelants, était affligé depuis longtemps de rhumatismes qui l'avaient décidé à aller prendre les eaux de Bourbonne-les-Bains. Aux purgatifs, à la teinture de semences de colchique, aux pédiluves irritants, je joignis le conseil de porter une calotte de flanelle couverte d'un bonnet de taffetas gommé, expédient qui eut le double effet de le débarrasser de la sensation de fraîcheur qu'il éprouvait au cuir chevelu, et d'un coryza. La vision avait beaucoup gagné le 17. novembre suivant, époque depuis laquelle il quitta ma consultation.

Observation 82. — Madame Lacoste, borgne, se présenta à mon dispensaire le 16 janvier 1847. Elle apercevait de l'œil gauche, le seul qui lui restât, des mouches fixes, des étincelles et des festons lumineux. Sa faculté visuelle était sujette à des alternatives nombreuses en bien et en mal. «C'est surtout, me dit-elle, quand les glaces «méprennent sur la tête, que ma vue est mauvaise. » Parfois, durant la nuit, les élancements qui surgissaient dans l'œil rhumatisé réveillaient la malade et s'accompagnaient d'un écoulement abondant de larmes. Elle ne souffrait presque jamais quand le temps était sec et chaud; dans les conditions opposées, elle était tourmentée par des douleurs, principalement aux membres supérieurs et dans la région dorsale. Elle portait un cautère au bras, d'après le conseil du docteur Velpeau.

Les frictions sur toute la surface du corps avec une brosse de flanelle, et les autres ressources indiquées au

20b HRAITÉ l»K. !.'a\I,U'ROSK.

malade pjréoédent , parujônl avoir* dans le principe; un effet heureux. L'état, de cette femme était moins satisfaisant le h février ; je ne l'ai plus revue depuis lors.

Observation 83. — Madame Lemoine , aveugle et rhumatisante au plus haut degré, annonça, le 7 février 1848, que, la veille, elle avait horriblement souffert durant plusieurs heures , pour avoir stationné pendant quelque temps, le soir, près du jet d'eau du Palais-National. Il y avait cinq ans que l'œil droit était frappé de cécité chez cette femme. Son œil gauche voyait encore en août 1847, quand la vision y fut anéantie tout à coup. Elle se rétablit quelque temps après , pour s'éteindre de nouveau plus tard.

Observation 84. — Atteinte de rhumatismes depuis quatre années, madame Chapet nous dit, le 25 janvier 1850 , que le bras gauche s'était pris d'abord chez elle, puis la tête, puis l'œil gauche, et ensuite l'œil droit. Elle éprouvait un sentiment de glace sur la tête et dans la région des yeux. Elle annonça, le 15 février, qu'elle avait été en proie , les jours précédents , à des douleurs vives au cuir chevelu , pendant lesquelles sa vision avait gagné beaucoup ; mais , ajouta-t-elle , ces douleurs passées, les yeux se sont brouillés de nouveau.

Observation 85. — Madame Chapelle attribua son amblyopie et ses rhumatismes à ce qu'elle avait occupé un rez-de-chaussée humide. Une grande amélioration avait surgi dans son état, depuis qu'elle habitait un logement plus salubre.

Observation 86. — Chez madame Gorgé, l'œil gauche fut attaqué, après la suppression de douleurs rhumatismales qu'elle portait au bras droit depuis huit années, et qui ne reparurent plus depuis lors. Quelque temps

VARIÉTÉS ÉTIOLQGIQUE&i 301

après, le glojje droit lui à son tour envahi. A une double amblvopie était associée, chez elle, une irrégularité des pupilles, par synéchie postérieure partielle.

Observation 87. — Chez madame Barbot, à qui j'ai donné des soins depuis le II février 1850 jusqu'au 13 juin de la même année, une opacité pointillée, que nous lo-* calisâmes dans le feuillet cornéal de la membrane de Descemet, était unie dans l'œil gauche, seul malade, à une pupille verticalement ovalaire et partiellement soudée à la capsule antérieure, obscurcie légèrement. L'iris de ce globe présentait une couleur moins vive que celle de son congénère ; il semblait couvert d'un léger brouillard. La vue était trouble et traversée par des scotomes étincelants.

L'aloès, la teinture de colchique, les vésicatoires derrière l'oreille gauche , les frictions stibiées , les bains de vapeur, etc. , eurent pour résultat d'amener un assez haut degré de vision pour que l'œil affecté pût se livrer à la lecture.

Une paralysie de la sixième paire gauche, et une amblyopie double , de nature rhumatismale , ne sauraient être, dans le fait suivant, l'objet d'un doute.

Observation 88. — Le 6 janvier 1848 , madame Chenut, marchande de vin, consulte à l'Hôtel-Dieu M. le professeur Roux, 'qui lui ordonne un séton à la nuque. Répugnant à s'y soumettre, elle vint me trouver et me fournit les renseignements suivants :

Une douleur très for te surgit à l'épaule droite, il y avait six mois ; elle ne dura que vingt-quatre heures , du dimanche au lundi soir. Le mardi , la partie droite du front fut envahie par des élancements qui se perpétuèrent six Semaines ; après leur disparition, des souffrances aiguës

208 ii: un i>k i \m.u kosk.

se manifestèrent ù la mâchoire inférieure, à gauche, In jour que madame Chenutse trouvaitau Jardin dos plantes, il y avait trois mois , la vue se troubla tout à coup, au point que les objets n'étaient presque pas distingués; elle ne ressentit plus dès lors les douleurs de la mâchoire. Son médecin avait eu recours aux émissions sanguines, aux vésicatoires et au calomel.

Je constatai une vision assez obscure pour empêcher la consultante de cheminer seule, sans danger, sur la voie publique. Un strabisme interne, associé à de la diplopie , régnait à gauche. La malade accusait un sentiment de glace sur la tête ; elle était très sensible au refroidissement de la température, et recherchait la chaleur.

Schmucker rapporte qu'un homme de cinquante-deux ans, tourmenté d'une violente douleur dégoutte àl' épaule droite , plaça sur cette région des linges imbibés d'eau froide, d'après le conseil d'un de ses amis. La douleur cessa ; mais, douze heures après, la vision était abolie. Ce chirurgien se hâta de faire appliquer un large vésicatoire sur cette même épaule , administra l'éméfique, et soutint quelque temps l'effet de ces moyens ; deux mois après, le malade avait recouvré la vue.

ARTICLE XIII

Amaurose syphilitique.

Aux ulcères que le virus syphilitique produit sur la verge, à la bouche et à la gorge, aux végétations qu'il engendre sur le gland et à la marge de l'anus, aux adénites qu'il causedans les régions inguinale et cervicale, aux dermatoses, habituellement non prurigineuses, qui peu-

VARIÉTÉS ÉTIOIiOGIQffES. 209 vent ea être la suite, apx UimélaeLions, aux douleurs qui en sont les conséquences du côté des os, il est aisé de reconnaître qu'il est très probablement constitué par un principe matériel qui s'infiltre dans les détails les plus minutieux de l'économie. Rien d'étonnant, dès lors, que l'amaurose syphilitique, dont nous avons déjà relaté deux exemples (pages 3 et 5), soit loin d'être rare. Les médecins surtout qui exercent dans les grands centres de population ne doivent pas manquer de s'enquérir, sous ce point de vue , des précédents de leurs malades.

Lawrence prétend n'avoir jamais constaté que l'infection vénérienne eût donné lieu à la goutte-sereine, même lorsqu'elle avait provoqué des accidents constitutionnels, assertion qui a lieu de nous étonner de la part d'un oculiste en possession d'une vaste pratique.

Au nombre des amauroses incurables, Scarpa place celles qui dérivent de la vérole confirmée, et dans lesquelles l'existence d'une ou de plusieurs exostoses sur le front, sur les côtés du nez, sur l'os maxillaire supérieur, peut faire soupçonner une complication semblable dans l'intérieur de la cavité orbitaire. Cette opinion est renversée par des faits de réussite dans des cas de ce genre ; elle ne saurait être soutenue , aujourd'hui surtout que la science est riche en moyens héroïques contre les désordres de la syphilis invétérée.

Demours annonce aussi qu'il n'a que rarement obtenu quelques succès dans l'amaurose reconnaissant une telle origine. « Tout récemment encore, ajoute-t-il, j'ai vu un » jeune homme de vingt-sept ans, de constitution athlé- » tique, complètement aveugle par des amauroses de » ( ('tic nature. J'ai consenti à l'essai des frictions, en

110 ihaii i: DE > 'am vi'uosi:.

» avouant aux parents que je doutais beaucoup qu'il en » éprouvât quelque améliorai ion. »

Jungken me parait ôtre beaucoup plus dans le vrai que les deux derniers auteurs qui viennent d'être cites. L'amblyopie et l'amaurose syphilitiques, dit-il, fournissent un bon pronostic ; un traitement antivénérien rétablit généralement la vision ; la maladie n'est au-dessus des ressources de l'art que quand des mutations organiques importantes se sont opérées déjà dans la profondeur de l'œil.

Le venin morbide est-il susceptible de créer des désordres dans la substance de la rétine, comme il en crée de si remarquables au sein de l'iris ? Y a-t-il lieu d'invoquer ici l'opinion de M. le professeur Lallemand, pour qui le virus vénérien peut exercer une influence directe sur le cerveau? L'amaurose ne proviendrait-elle pas plutôt d'une compression du nerf optique ou d'une partie quelconque de l'encéphale par un obstacle osseux développé à la base du crâne? La rareté des autopsies, entreprises au point de vue de nous éclairer à cet égard, rend cette question indécise encore ; la dernière hypothèse toutefois me paraît la plus probable, à moins d'admettre, avecRosas, que le trouble amaurotique peut provenir, dans de telles circonstances, tantôt d'un vice organique de l'encéphale, tantôt d'une dégénérescence qui a envahi les os crâniens. Boerhaave a vu une gouttesereine uni-oculaire produite par une exostose syphilitique qui comprimait le nerf optique , à l'entrée de celui-ci dans l'orbite; le nerf lui-même et le cerveau jouissaient de leur intégrité normale. Plusieurs auteurs allemands font observer que les sujets qui ont été raelutiques et scrofuleux dans le jeune âge, et qui, par la

VAIUKTÉS KTlOLOf.IQL'ES. ^ •

bîtej '"il été infectes de syphilis, sonl plus particulièrement disposés à l'amaurose par altérations osseuses.

Bieû que la variété morbide douL il est ici question s'aceompagne souvent de phénomènes assignés à la catégorie des accidents secondaires de la vérole, l'observation démontre que c'est dans la période des accidents tertiaires qu'elle doit plutôt trouver place. On sait qu'ils comprennent les nodus, les tumeurs gommeuses, les tubercules profonds, et surtout les affections des os, telles <[ue les périostoses et les exostoses. J'ai vu l'amaurose syphilitique compliquée de surdité ; elle peut être associée à la paralysie de la cinquième paire ou d'autres branches nerveuses, à des accès épileptiformes, etc. Chez une femme que j'ai observée avec les docteurs Delarroque père et Woirhaye, elle était accompagnée de végétations à la marge de l'anus.

L'amaurose syphilitique attaque presque toujours les deux yeux, tantôt en même temps, tantôt successive-' ment; il n'est pas rare que le mal soitcà l'état de gouttesereine complète d'un côté, et d'amblyopie de l'autre. Le type est tantôt congestif, tantôt torpide. L'affection peut contracter l'allure de l'héméralopie (voyez chap. VII. Quelques phénomènes que Jungken a placés dans son cadre symptomatologique, zone radiée péri-cornéenne, iris d'une teinte sale, pupille tirée en haut et en dedans vers la racine du nez, synéchie postérieure partielle, ne sont que des complications exceptionnelles d'une iridopériphakite intercurrente. Les globes ne présentent souvent aucun signe morbide constatable pour l'observateur.

Toutefois l'existence de brides entre la cristalloïde antérieure et l'iris, et la déformation de la pupille, chez un sujet amaurotique , militent pour une investigation

212 TRAITK pjE l'àMÀUROSE.

minutieuse sur les antécédents du malade, l'Miis ayant pu surgir lors des accidents secondaires de la vérole, et l'amaurose se déclarer plus tard, comme phénomène tertiaire. J'ai vu également l'iritis envahir un œil, dans le cours d'une goutte-sereine syphilitique , et céder à La continuation du traitement général , fortifié par les moyens dont l'expérience a démontré l'efficacité contre les inflammations indiennes, et avant tout les émissions sanguines.

Observation 89. — Madame V...., fut conduite par sa fille à mon dispensaire, le 3 juillet 1849. A l'œil gauche, frappé d'atrophie, ne distinguant pas le jour de la nuit , et offrant des désordres au-dessus des ressources de l'art, la pupille, soudée à la capsule antérieure du cristallin, était déformée, tirée vers la racine du nez, et oblique de bas en haut et de dehors en dedans. Cette disposition indiquée par les Allemands, et constatée souvent par moi-même, comme signe habituel de l'iritis syphilitique, éveilla mon attention sur la nature de la maladie de l'œil droit , pour lequel seul on consultait, et mes prévisions se réalisèrent. Cette femme, en effet, qui ne fit aucun mystère du mal dont elle était affligée, et pour lequel elle avait reçu les soins de deux médecins, annonça qu'elle avait eu des pustules à la peau, des ulcérations à la gorge , et des douleurs ostéocopes d'une violence telle qu'elle avait, disait-elle, passé deux mois presque sans sommeil. De plus, elle était en proie, depuis peu, à une incontinence d'urine; depuis peu également la défécation n'était plus soumise , chez elle, à l'empire delà volonté; ces inconvénients la privaient de quitter son domicile. Une grande faiblesse régnait aux extrémités inférieures.

\ A Itl i: I KS KTIOLOGIQUES. 213

M. Haïïfe) et le docteur de l'Isle, que je priai d'examiner soigneusement la malade, rencontrèrent un lichen circumscript118 à la jambe droite, et de l'eczéma au cuir

chevelu. , .

Je constatai que la vue était assez obtuse, h l'œil droit, pour empêcher cette femme de reconnaître des objets, même d'un assez grand volume. Elle affirma qu'elle ne pouvait distinguer, à quelques pas, dans la rue, un homme" d'une femme. Lui ayant présenté les pages d'un livre, elle annonça qu'elle voyait à peine s'il y avait du blanc et du noir. Elle était inhabile cà se conduire. De la photophobie, la perception de mouches et de corps lumineux avaient signalé les débuts de l'amaurose. La malade avait été largement saignée et purgée ; elle n'avait pas cessé, depuis deux mois, de promener des vésicatoires sur la région fronto-temporale.

Les principaux remèdes auxquels j'eus recours, jusqu'au 26 octobre de la même année, furent la liqueur de Van-Swieten, l'onguent napolitain en frictions au voisinage de l'orbite, l'iodure de potassium, la tisane de Feltz, les pilules de chlorure d'or et de sodium, les bains sulfureux. J'ordonnai la privation absolue de mets salés et épicés et de liqueurs excitantes. La vision se bonifia avec assez de rapidité pour que , le 9 août , madame V pût lire, bien qu'avec peine, deux lignes

d'un fort caractère; la paralysie du rectum avait disparu à cette époque et celle de la vessie avait subi un amendement notable. Passant sous silence les minutieux détails de cette observation, j'ajouterai que madame V

arriva peu a peu à distinguer les enseignes des boutiques; elle finit par être à même de lire, dans une journée, plus de soixante pages. Conduisant à son tour, à mon dispen-

TKAIT K DK L'AMAI KOSK.

saire, le 11 novembre 1850, un aveugle amaurotiqae, le nommé Deldique , elle annonça que sa gtaérison se maintenait, et qu'elle enfilait sans peine une aiguille.

Observation 90. — C'est à l'insu de la malade et après une consultation que j'eus avec son médecin habituel, que je fis suiv re un traitement antivénérien longtemps prolongé, à madame L , qui attribuait ses maux

à des chagrins provenant de la perte de sa fortune. A l'amaurose complète qu'elle portait adroite et à la même maladie, mais moins avancée, dont elle était atteinte à gauche, se trouvaient associées des ulcérations à la bouche, des douleurs ostéocopes dont l'origine remontait à plusieurs années et delà surdité. « Je souffre quelquefois, » disait-elle, comme si l'on me retournait la cervelle. » Il y avait eu une éruption sur le cuir chevelu , aux aisselles, sur tout le corps, si ce n'est les cuisses. La malade avait perdu ses cheveux. Le h décembre 18/49, jour où je la vis pour la première fois à mon dispensaire, elle ne pouvait se conduire.

Sous l'influence des mercuriaux et de l'iodure de potassium, la surdité était moindre le 3 janvier 1850, mais la céphalalgie persistait. Chose remarquable , le voile qui, à l'œil droit, dérobait la vue des objets, s'était troué vers son milieu, de telle sorte que quelques corps pouvaient être aperçus. Il se divisa quelque temps après en sept ou huit boules noires , fixes par rapport à l'axe de la vision et entourées chacune d'une auréole jaunâtre. La malade affirma plus tard qu'elle distinguait une sorte rie feuille d'arbre desséchée et percée çà et là. La réline se dégageait peu à peu dans cet œil; la vision faisait graduellement aussi des progrès à gauche ; la surdité avait disparu ; parfois encore des douleurs se manilès-

VARIÉTÉS ÉT10L0UIQUES. £10

t;,ioul pendant la nuit dans les membres, quand, à compter du h juillet 1850, la malade ue revint plus à la consultation.

Observé 91. — Atteinte d'ulcères dans la cavité buccale et de douleurs qu'elle qualifiait de rhumatismales, madame V , dont j'avais traité le mari d'une

intis syphilitique, rapportait l'amaurose dont elle était affectée à une violente attaque de choléra. Je lui prescrivis les moyens qui figurent dans l'exemple qui précède, et dont je lui laissai ignorer la nature. La paralysie, qui privait complètement l'œil gauche de la faculté visuelle, se répartit pendant la première phase du traitement d'une manière inégale dans la rétine, de telle sorte que, le 17 juillet 1849, un corps était assez normalement perçu quand oq le plaçait du côté delà tempe, mais n'était que peu distingué lorsqu'il était présenté du côté du nez et vis-à-vis de l'organe. Cet œil guérit, ainsi que son congénère, amaurotique également, mais à un moindre degré.

Observation 92. — Chez une femme de chambre qui me consulta le k janvier 1849, je reconnus qu'un objet situé en face de l'œil gauche était vu en haut et en bas , et ne l'était point vers son milieu. Il était parfaitement distingué sur les côtés de l'organe. Les mêmes phénomènes régnaient à droite , si ce n'est que le corps , au lieu d'échapper à la vue , vers sa partie moyenne , n'y ('lait couvert que d'un voile grisâtre. Il y avait donc double ainaurose centrale , complète à gauche , incomplète à droite. Les désordres dataient de quatre mois pour le globe gauche, de huit jours seulement pour le globe droit. Dans l'un et dans l'autre, l'invasion avait été brusque,

TltMTK DE l.\',iAUiOSK.

Croyant à une congestion cérébro-oculaire , d'après les symptômes dont on me lit part, je conseillai quel, ques ressources en harmonie avec cette indication, et qui furent approuvées par un savant et consciencieux professeur de notre école, médecin de la dame cbez laquelle la malade était en service. Au début, cette médication parut couronnée de quelque succès qui ne fut pas durable. Quel fut mon étonnement, quand cette femme, dont l'air modeste et les formes polies n'avaient point laissé pénétrer dans mon esprit le soupçon d'une maladie syphilitique, me communiqua mystérieusement, le 23 mars, qu'elle en était infectée depuis longtemps.

La rapidité avec laquelle s'effectua la guérison dans le fait suivant vient confirmer les paroles du docteur Lagneau, consignées dans l'article : Névroses des sens; surdité, amaurose et aphonie syphilitiques.

« C'est principalement, dit-il (1), contre les symptômes » de cette nature que le sublimé corrosif jouit d'une mer- » veilleuse efficacité, de laquelle j'ai tiré le plus grand » parti dans plusieurs cas vraiment désespérés. Van- » Swieten, de Haen, Storck et beaucoup d'autres célèbres » médecins ne tarissent pas sur les éloges de ce remède, » administré en pareille circonstance. »

Nous ajouterons que M. Langenbeck, qui a préconisé contre l'amaurose l'usage interne du sublimé corrosif, après avoir guéri par cet agent plusieurs malades, n'a peut-être eu affaire chez eux, ou chez la plupart d'entre eux, qu'à des gouttes-sereines syphilitiques (2).

(1) Lagneau, Maladies syphilitiques, 6e édit , t. II, p. 327.

(2) M. Langenbeck fait prendre, soir et matin, une cuillerée à bouche de la solution suivante :

?f Bichlorure de mercure 5 centigr.

VARIÉTÉS ÉTIOLOGIQUES. 217

Observation 93. — Je fus consulté, le 15 mars 1849, par Boudet, âgé de cinquante ans, qui venait d'être traité à l'hôpital de la Charité de Paris pendant quarante jours. La médication s'était composée de quatre saignées, de sangsues posées aux tempes au nombre de vingt-six , d'un séton à la nuque , de six purgations avec l'huile de ricin. Ces ressources avaient été inefficaces.

Les yeux étaient affectés depuis une année. Du trouble de la vue, surtout dans le travail assidu, de laphotophobk\ de la diplopie, s'étaient montrés au début; la détérioration des fonctions visuelles fit graduellement des progrès ; je trouvai l'œil gauche frappé de cécité ; la vision était confuse dans son congénère. Dès le principe, de la céphalalgie tourmentait fréquemment le malade. Rien de saillant quant aux signes objectifs; les pupilles offraient leur ampleur normale.

Remontant aux causes, j'appris que Boudet avait eu des chancres en 1830, et une gonorrhée en 1836. Une angine, des douleurs aux membres s' exaspérant par la chaleur du lit, existaient depuis longtemps ; il y avait eu des taches à la peau ; les cheveux tombaient depuis deux années. Ces assertions étaient plus que suffisantes pour déterminer la nature de la maladie.

Je prescrivis des pilules au sublimé, la tisane de douceamère, l'onguent napolitain sur le front, et les affusions réfrigérantes.

Je fus agréablement surpris , au commencement d'avril suivant, quand je constatai une grande amélioration dans la vision de l'œil droit et le rétablissement

Eau distillée

Gomme arabique. .

Teinture thébaïque

190 gram.

1 2 gram .

12 décigr.

218 TRAITÉ m L'aMAUR08Ë.

dé cette fonction au globe gftlicfie. Celui-ci nporrul u„

Page 1