‹ Traité de l'amaurose ou De la goutte-sereine ouvrage [electronic resource]Chapitre 30 sur 35 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ARTICLE PREMIER

Médication des amauroses sthéniques en général.

La thérapeutique des amauroses sthéniques comprend les moyens les plus propres à dissiper le mouvement congestionnel, source du trouble de la vision.

Les émissions sanguines occupent le premier rang. Leur application est soumise à certaines règles, capitales dans l'espèce, et dont l'inobservation peut conduire cà un but diamétralement opposé à celui qu'on se propose d'atteindre.

Observation 121. — Un malheureux employé du ministère de l'intérieur se trouvait au début d'une am-

W TRAITÉ DE L AMALROSE.

blyopie, faible encore, quand unorul.sle WQmWm& de I ans lui prescrivit, entre autres ressources, l'application de quinze sangsues au fondement. Le sang coula beaucoup, et avec cette effusion coïncida une détérioration extraordinaire de la faculté visuelle. Elle ne s'était relevée que de bien peu, au moment où il demanda me, conseils, car cet homme ne pouvait lire et était à la veille de perdre sa place, qu'on ne lui conservait que par condescendance pour d'anciens et loyaux services

Observation 122. - Madame Lecomte, amblyopique, nous a dit que sa vue éprouvait un abaissement notable a chaque époque du flux menstruel , qui s'effectuait,' d'ailleurs, régulièrement chez elle.

Observation 123. - Arthur Margotot, organiste, âgé de trente ans, était affligé, depuis près d'une année, d'une double amblyopie, offrant le type congestif, et pour laquelle il avait reçu les soins d'Auguste Bérard. Sa vue était très émoussée, bien qu'il pût distinguer encore les caractères d'impression assez forts ; la lecture le fatiguait au bout de peu de temps ; il apercevait souvent des mouches et des étincelles, qui apparaissaient même à l'ombre delà nuit.

Le 20 juillet 1846, il était apte à se conduire et à vaquer à ses occupations, quand il lui prit fantaisie de se délivrer d'une étoile qu'il portait au front, au-dessus de la racine du nez. Or celle étoile résultait d'un tatouage effectué depuis plusieurs années. Pour cela, il s'enivra, s'arma d'un canif et se mit résolument cà l'œuvre. Mais, une hémorrhagie survint; personne n'était là pour l'arrêter, et Margotot perdit connaissance. Le lendemain, il était aveugle.

Le 3 août 1846, jour où il fut amené à mon dispen-

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saire, il ne distinguait que le jour delà nuit; son regard était fixe, comme celui des aveugles atteints depuis longtemps de goutte-sereine ; il avait les pupilles dilau'rs, les yeux cernés et plombés, le visage pâle ; en proie à une faiblesse extrême, il fut pris d'une lipothymie à la consultation. J'ordonnai, sans grand espoir de succès, l'arnica et le fer à l'intérieur, et des excitants, pour l'usage externe, dans la région oculaire. Je ne l'ai plus revu depuis lors.

Ce n'est pas la lésion des branches frontales de l'ophthalmique de Willis qui me paraît avoir engendré la cécité, dans le fait que je viens de relater. L'hémorrhagie en fut la cause déterminante , l'amblyopie la cause prédisposante. Rien n'est plus nuisible que les déplétions sanguines exagérées , dans les troubles visuels de ce genre ; une saignée abondante peut tout perdre. De mes observations, je déduirai ces corollaires :

Saignez largement, et adoptez de préférence la phlébotomie du bras ou celle du pied, lorsqu'une amaurose est liée à un état congestionnel violent , qui menace de produire , dans la texture des parties où se passe l'acte de la vision, des désordres qu'il vous serait impossible de maîtriser plus tard, dans les gouttes-sereines à invasion brusque, par exemple. L'amblyopie procède-t-elle sourdement, insidieusement, ce qui arrive presque toujours, évitez les saignées spoliatives; n'usez des émissions sanguines qu'avec réserve.

Le docteur Bélivier, ancien chirurgien de l'hôpital des Quinze-Vingts, a recueilli plusieurs observations faites suides aveugles de cette maison, qui le devinrent par suite de saignées intempestives. « C'est donc , dit M. Guillié, » une erreur bien funeste aux malades que celle des pra-

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» lioiens qui croient les évacuations sangûines indiquées » au début de toutes les araaiîroses. »

Maintes lois encore, j'ai été à môme de me convaincre que rien n'était fatal à la faculté visuelle comme les saignées exagérées dans la chlorose, cet expédient pouvant accroître une amaurose, quand elle existe, ou la faire naître quand elle n'est point encore établie. J'ai cité , dans le Bulletin de thérapeutique , le fait d'une femme de Pantin , qui , jouissant d'une fort bonne vue, mais tourmentée par des palpitations, par de l'essoufflement, par des hémicranies , par des maux d'estomac, et insuffisamment réglée, se fit saigner par une sage-femme. La malade , qui prétendit qu'on lui tira une quantité énorme de sang, eut une lipothymie. « Le lendemain et » les jours suivants , ajoula-t-elle , j'avais les yeux telle- » ment brouillés, qu'il m'aurait été impossible de recon- » naître une personne placée près de moi. » L'anesthésie rétinienne persistait , cà l'époque où cette femme se présenta tà ma consultation ; elle se conduisait , il est vrai , mais pouvait à peine se livrer à la couture , et avait besoin de dix minutes, disait-elle, pour enfiler une aiguille.

Dans les cas opportuns, au contraire, il pourra arriver qu'une ou plusieurs saignées ramènent les perceptions visuelles abolies.

Observation 124. — Aveugle depuis deux jours, par suite d'une congestion cérébro-oculaire, madame Fernet, âgée de cinquante-cinq ans , qui vint à mon dispensaire le 5 août 1847, éprouvait une céphalalgie violente, des vertiges, des bourdonnements d'oreilles, et de l'engourdissement dans la langue. La veille, elle s'était déjà fait appliquer, de son chef, quelques sangsues.

Je recommandai qu'on pratiquât aussitôt que possible

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une saignée du pied, el je conseillai, pour les jours suivants, les sangsues au fondement, des purgatifs énergiques, des pédiluves irritants, des cataplasmes sinapisés aux membres inférieurs, des allusions réfrigérantes.

La vision était rétablie le 16 du même mois, à un point tel que la malade distingua une épingle, ce qui ne m'empêcha pas de prescrire de nouveau les sangsues à cause de la persistance du mal de tète, lequel finit par disparaître.

Un précepte auquel il faut avoir égard dans le traitement des maladies congestives ou inflammatoires de l'œil, précepte applicable d'ailleurs à bien d'autres lésions de l'organisme, et qu'il est presque inutile de rappeler, c'est de poser les sangsues dans la région où préexistait un écoulement sanguin, pathologique ou normal, à la suppression ou à l'insuffisance duquel on a quelque raison d'attribuer l'invasion du trouble des fonctions visuelles. Se décide-t-on pour l'application de ces annélides au fondement, on y procédera avec ménagement , n'oubliant pas le précepte de Demours (page 255), et les faits d'insuccès précédemment signalés. Il vaudra toujours mieux, dans les amblyopies à allure lente, en conseiller un petit nombre, et souvent, plutôt qu'un très grand nombre à la fois.

Un mode d'émission sanguine .très usité à Naples dans les lésions congestionnelles de l'organe visuel, mode auquel a fréquemment recours un chirurgien belge fort distingué, M.Hairion, consiste dans l'application d'une ou deux sangsues derrière l'oreille du côté compromis. On en fait largement saigner les piqûres avec un cataplasme ou avec une éponge imbibée d'eau chaude ; quand le sang est arrêté, on en pose de nouveau une ou deux autres,

°** TRAITÉ l»K .. ^il'ROSE.

k l'éBiatl <les(1ucllcs on agit comme pour les premières, et ainsi de suite pendant dix ou douze heures. Dans l'iritis et dans quelques autres alleelions gravés de l'œil, < h expédient a paru plus avantageux à quelques eeulistet que l'application des sangsues en masse.

J'use assez fréquemment des ventouses scarifiées ; je ponnais des femmes qui préfèrent ce moyen si expéditi{, quand on le met habilement en usage comme nos ventouseurs, aux sangsues qui les agacent. Travers pense que les ventouses scarifiées ont une supériorité marquée sur les sangsues, opinion que partage un habile oculiste de Nantes, M. Guépin, qui préfère même les ventouses à la saignée générale, dans presque toutes les affections oculaires. Dans la pratique ophtalmologique, c'est à la nuque ou entre les épaules qu'on met le plus habituellement les ventouses scarifiées, qui offrent le double bénéfice de la déplétion sanguine et de la dérivation, de la saignée et du vésicatoire.

D'autres anticongestifs, d'application externe ou interne, seront invoqués avec fruit contre les amblyopies sthéniques ; et même, dans bien des cas, ils suffiront sans qu'on ait besoin de recourir à l'intervention des saignées.

Les bains de pieds chauds, avec ou sans addition de farine de moutarde, de cendres, de sel de cuisine, de vinaigre, etc., appellent, presque instantanément, une forte masse de sang vers les régions inférieures. Leur durée sera de quelques minutes ; prolongés davantage, dil le docteur Briand, ils donnent, lieu à une augmentation d'activité dans la. circulation, et à des elïèls opposes a ceux qu'on se propose d'obtenir. Despralicieus peii-enl accroilre rellicacité de l'immersion, en lui associant une ligature

à la jambe, au-dessus des malléoles. J'ordonne fréqiienïr ment, et avec succès, le soir, au moment du coucher, des bains de pieds irritants , pendant la durée desquels le malade conserve sur les yeux, le front et les tempes, une compresse imprégnée d'eau froide; cela, fait, on applique, aux extrémités inférieures, des cataplasmes sinapisés, qui ont le double avantage de soutenir l'effet de la dérivation qu'a engendrée lepédiluve, et d'empêcher une réaction vers la tète. Les bains de pieds et de jambes, additionnés de 250 grammes de farine de moutarde et de 125 grammes de savon noir, méritent d'être conseillés comme fort énergiques.

La présence de varices aux jambes ou de quelque autre condition , dont on a lieu de redouter l'aggravation par les pédiluves, milite pour qu'on leur substitue les manuluves, auxquels on peut également ajouter des ingrédients irritants. « A la faveur de ces bains, dit l'abbé Desmon- » ceaux (1), j'ai souvent obtenu, dans les maladies des » yeux, des succès au delà de mes espérances. »

Il est peu d'amblyopies ou d'amauroses sthéniques dans lesquelles je ne recommande pas les affusions fréquentes, avec de l'eau froide, sur la région oculaire et les parties limitrophes. La plupart des sujets se sont loués de leur effet salutaire; rien n'est plus efficace encore, dans les congestions simples des yeux , occasionnées , entre autres causes , par les efforts excessifs de la vue. Boerhaave rapporte que l'eau froide suffit pour le délivrer d'une tache noire, qu'il apercevait de l'un de ses yeux, après un voyage à cheval, par un soleil brûlant et dans des lieux sablonneux. Si quelque idiosyncrasie ne permet

(1) Desmonckaux, Traité des maladies des yeux et des oreilles. Paris, 17S6, t. I.

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pas la tolérance des applications humides , il faut s'en abstenir ; on s'en abstiendra encore, bien entendu, qunnd la peau est en transpiration;

Les purgatifs salins ou autres (pilules d'Andersen , eau-de-vie allemande, etc.) sont un élément important de la thérapeutique des amauroses de ce genre. Le phosphate de soude est un purgatif fort doux ; je le donne souvent clans de la limonade, d'après le conseil de M. Orfila. Il vaut fréquemment mieux faire prendre l'eau de Sedlitz , l'eau de Pullna , par verres de Bordeaux , et de quart d'heure en quart d'heure , plutôt que par grands verres, qui chargent et fatiguent quelques estomacs irritables. Trop longtemps continuée, la crème de tartre est susceptible de causer de la gastrite et de l'inappétence. On s'attachera à éviter la constipation , seule cause de l'amblyopie, chez bien des sujets. Une femme de mon dispensaire, qui en est atteinte, éprouve un amendement très considérable dans le trouble de la vue, quand elle prend des lavements ; sans leur secours , huit ou neuf jours se passeraient sans qu'elle allât à la garde-robe. Une pilule composée de 10 centigrammes de rhubarbe et de vingt centigrammes d'aloès, et dont on fait usage, de deux soirs l'un, au moment du coucher, obvie souvent a l'inconvénient signalé. L'aloès peut être pris, en faible • quantité, au commencement du repas; il active, dit-on , alors les fonctions digestives. La graine de moutarde blanche, à la dose d'une à trois cuillerées tà bouche par jour, a vaincu des constipations opiniâtres chez plusieurs de mes malades ; une cuillerée, délayée dans un peu d'eau et ingérée dans l'estomac avant le dîner, a fréquemment suffi. M. Pelaud, sujet aux congestions cérébrales par suite de constipations habituelles, ne s'en est délivré

TRAITEMENT, m cjtte pat- La moutarde blanche. Il vient de mourir octogénaire.

Les conditions d'irritabilité du tube digestif seront susceptibles de modifier le plan thérapeutique, eu égard aux purgatifs. Il faudra combattre les digestions mauvaises et pénibles, car rien n'est plus nuisible aux yeux. L'eau de Vichy, la solution de bicarbonate de soude , une prise de magnésie et de rhubarbe au début des repas, les infusions aromatiques après ces derniers, pourront être indiquées.

L'enduit limoneux de la langue , l'amertume de la bouche, la soif, le désir des boissons acides, l'anorexie, le malaise , le brisement des membres , la céphalalgie , dénotent un embarras gastrique , auquel les évacuants remédient avec efficacité, et pour lequel on peut employer le tartre s tibié à closes vomitives. L'amaurose , toutefois, m'a apparu rarement comme symptôme d'un état saburral des premières voies.

Considéré par Giacomini comme l'un des hyposthenisants artériels les plus précieux, le tartre émétique, à doses fractionnées et associé à la crème de tartre, nous a rendu des services signalés. Nous employons peu la limonade sulfurique et l'eau de Rabel, que plusieurs oculistes conseillent dans les cas de ce genre.

Il est, dit Celse, des gens affligés de goutte-sereine, qui ont recouvré la vue à la suite d'une diarrhée survenue spontanément. Quidam, sine iilla manifesta causa, subito obcœcati su?it ; ex quibus nonnulli, cum aliquandiù nihil vidissent , repentina profusione alvi, lumen receperunt.

C'est dans le groupe des amauroses sthéniques qu'il faut placer le mercure , que Delpech considérait comme

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le moyen le plus èffifcaee d'abaisser l'intensité de la fie et dont Travers a dit qu'il l'avait vu trop souvent arrêter soudainement l'amaurose, pour ne pas l'estimer beaucoup plus hatït qu'aucune autre substance de la matière médicale. Il paraît fonctionner ici en procurant la résolution d'obstacles divers , d'épanchements crâniens ou autres qui créent et entretiennent mécaniquement le trouble de la vision. Qui ne sait que le mercure est l'agent le plus puissant, dans les inflammations actives ou productives, celles qui tendent à engendrer des organisations anormales, telles que fausses membranes, concrétions lymphatiques, etc? Langenbeclc , qui réussit à guérir plusieurs amauroses parles hydrargyriques, admet que les congestions rétiniennes doivent s'accompagner, au bout de quelque temps de leur durée, d'un suintement lymphatique, d'une sorte de sugillation, contre lesquels le mercure est le remède le plus salutaire. L'opacité, que nous constatons au fond du globe, dans quelques amauroses, ne confirme- t-elle pas cette opinion? Le docteur Wedemeyer (de Hanovre), qui parvint également à triompher de quelques gouttes-sereines , qu'il qualifie de rhumatismales , par les exutoires à la nuque et par le calomel poussé jusqu'à une salivation abondante et longtemps prolongée, avance que, dans son opinion, les désordres semblaient constitués par une affection rhumato-inflammatoire des méninges, et particulièrement de la dure-mère, ainsi que par la présence probable d'exsudations lymphatiques ou d'une collection séreuse entre le nerf optique et sa gaine (1). Les amauroses opb-

(I) KuiiNiiiiT'ïi Repertorkm. Leipzig, 1830, 9" mmin<>. p, ;».;.

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thahuiques, les cristalloïdites antérieures , qui viennenl parfois compliquer les gouttes-sereines , seront , entre autres formes, utilement combattues par les hydrargyriqnes. Nous en dirons autant des troubles visuels liés à une inflammation encéphalique, h une hydropisie aiguë ou chronique du cerveau. L'un des premiers qui insista sur les avantages des frictions mercurielles et de l'administration interne du calomel, contre ce genre de lésions, fut Percival, célèbre médecin anglais.

Relater toutes les observations d'amauroses, dans lesquelles le mercure nous à prêté un concours utile, dépasserait les bornes que nous avons assignées à ce travail. L'un des exemples les plus récents, où il nous a merveilleusement secondé , concerne Élie Maury, âgé de vingtcinq ans , habitant la commune de Bercher-Lamaingot , aux environs de Chartres. Il fut amené, pour la première fois, à notre dispensaire, le 21 décembre 1850. A l'œil droit, muni d'une pupille oblitérée par des exsudations, de staphylômes de la choroïde et du corps ciliaire, de lésions , en un mot , au-dessus des ressources de l'art, la cécité a persisté ; mais , au globe gauche , tout à fait aveugle également par une amaurose , associée à quelques adhérences entre l'iris et la cristalloïde correspondante et à quelques dépôts plastiques vers la périphérie de celte dernière membrane, la vision s'était assez rétablit!, le 17 mars 1851, sons l'influence des émissions sanguines, des purgatifs , de l'onguent napolitain, du calomel, etc., pour que ce jeune homme se conduisît librement et distinguât tons les objets.

M. Marefour de Privas, médecin espagnol, qui exerce a la Havane , a fait connaître un procédé , à peu près ignofé parmi nous, pour constituer une salivation rapide

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sans fatiguer l'estomac : il consiste à exposer pendant quatre ou cinq minutes la face du malade , en lui recommandant d'ouvrir la bouche, à des fumigations mercunelles , qu'on obtient après avoir versé gros comme un pois de mercure sur des charbons ardents contenus dans une tuile creuse. La tête du sujet sera garnie , pendant l'opération, d'une couverture de laine. Une grande partie du métal coulant sur la tuile, la quantité de mercure qui se volatilise est bien inférieure à celle qu'on dépose sur les charbons. Le docteur Chavériat annonce qu'il a fréquemment dirigé ces fumigations dans le service de M. Bonnet, à Lyon, et par ordre de ce chirurgien; trois ou quatre, en en faisant deux par jour , suffirent pour amener une salivation copieuse. Celle-ci une fois établie, il n'y a, pour la maintenir, qu'à répéter l'opération, une fois par jour d'abord , pendant trois minutes, puis tous les deux jours.

Les propriétés hyposthénisantes de la belladone ont été invoquées contre les amauroses sthéniques ; on l'a administrée cà l'intérieur , combinée parfois avec le calomel, et à l'extérieur. Le docteur Sichel formule souvent partie égale d'extrait de belladone et de cérat , avec quantité suffisante d'huile, pour faire une pommade homogène, laquelle est destinée cà des frictions sur la région frontstemporale. La belladone m'a paru principalement indiquée, quand une vive photophobie et des photopsies dénotaient un état d'éréthisme de la rétine. M. Mackenzie dit avoir eu lieu de s'en louer, lorsque des symptômes amaurotiques étaient associés à des douleurs s'irradiant dans les ramifications de la cinquième paire. Quelques l'ois encore, la belladone s'est montrée utile, dans le cas de trouble amaurolif|iie de la vision persistant après l'ope-

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ration de la cataracte par abaissement, malgré la netteté de la pupille.

Juge-t-on l'intervention des vésicatoires efficace dans le traitement des aumauroses stbéniques , il ne faudra jamais les poser trop près de l'organe malade. Ils seront notamment avantageux, si l'on se trouvait en présence d'une complication inflammatoire de l'œil , primitive ou secondaire. La période transitoire des amauroses, de l'état sthénique à l'état torpide, se prête à leur emploi. Je n'ai jamais expérimenté , et j'avoue que je ne suis nullement disposé à le faire , un moyen dont on a attribué la priorité à un savant professeur de notre école , et qui consiste dans l'application d'un ample vésicatoire sur le devant de l'orbite et sur toute la peau des voiles palpébraux. « Woolhouse, dit Guérin (de Lyon) (1), conseille » de mettre les vésicatoires sur les paupières mêmes; » j'ai trop de raisons de suspecter une telle pratique pour » la suivre ; je crois qu'il suffit de placer les vésicatoires » derrière les oreilles ou à la nuque. » Telle a été aussi, jusqu'à ce jour, ma manière d'agir, dans les irritations ophthalmiques. En supposant que cet expédient offrît les bénéfices qu'on lui a assignés, rien ne serait assurément plus difficile que de le faire accepter dans la pratique civile. Le docteur Fallot en fit l'essai, mais il ne tarda pas à y renoncer. « Au lever de l'appareil, dit-il (2) , au » lieu de trouver l'inflammation enlevée , nous la vîmes » considérablement augmentée. »

Dérivatif plus puissant que le vésicatoire , en raison de la grande étendue des surfaces en suppuration , tant à la peau que dans le tissu cellulaire , le séton produit

(1) Guérin (de Lyon), loc. cil., p. 205.

(2) Annales d'oculislique, t. XXI, p. 73.

ôllb TRAITÉ Ut LAMAI JROSE.

avec plus â'éïiergie la résolution des èïïg#gërttèfttfi cl,.-/,. ^ niques. C'est surtout dans quelques amauros^ d'origine ' cérébrale qu'il a rendu des services signalés; y avoir recours dans la goutte-sereine torpide , c'est augmenter l'asthénie visuelle. Pourquoi un révulsif, dit M. J'éi requin, quand il n'y a aucune irritation à révulser? Il v aura avantage à en user dans les inflammation- profondeet invétérées du bulbe, dans les choroïdites, par exemple, qui montrent de la tendance au glaucome. Ambroise Paré cite un orfèvre aveugle par une ophthalmie chronique, et chez qui tous les moyens s'étaient montrés stériles, quand le séton reconstitua la vue; sa soustraction ramena les accidents primitifs, et son rétablissement les fit disparaître de nouveau.

Boyer était grand partisan du séton dans l'amaurose. Je l'ai entendu relater, à sa clinique , le fait d'un jeune homme qui était affligé de cette maladie, quand il fut frappé d'un anthrax à la partie postérieure du cou. Sous l'influence de la suppuration que ce mal provoqua, la vue s'éclaircit d'une manière remarquable ; elle s'obscurcit de nouveau à mesure que s'effectua la cicatrisation de la plaie cervicale.

Observation 125. — Chez Levasseur, âgé de neuf ans, pour lequel je fus consulté le 1er septembre 18/19, la vision était radicalement abolie à l'œil droit depuis cinq mois, et très affaiblie dans son congénère. De la claudication et une hémiplégie incomplète régnaient à droite. Or un séton , qui fut conseillé par le docteur Guersanl. lils, changea fort heureusement la face des choses: (liste, morose, et dans un étal à peu près désespéré , l'enfant fut délivré de ses maux de lète, et reprit de la gaieté el de l'appétit. Je dus prescrire la continuation de

l'exuloire; j'y ajoutai les pédiluves, les cataplasmes sinapisés aux membres inférieurs , les affusions réfrigérantesi l'onguent napolitain sur le front, lecalomel associé à la rhubarbe et au soufre doré d'antimoine. Les conditions s'améliorèrent encore par ce traitement , à un point tel que , le 18 octobre de la même année, le jeune malade se conduisait et distinguait de l'œil gauche des objets minutieux. La cécité persistait à droite.

J'ai quelquefois substitué au séton, et pour les mêmes cas, le cautère établi avec le caustique de Vienne dans le creux sous-occipital , vis-à-vis de l'espace qui sépare l'occiput de la vertèbre axis. « Là, dit M. Velpeau (1), il » repose sur une masse cellulo-fibreuse , qui se trouve » elle-même très rapprochée de la dure-mère, et il pro- » duit ainsi une révulsion qui, on le conçoit, peut ne pas » être indifférente à l'organe contenu dans l'orbite. »

J'ai vu des amauroses résister aux ressources que nous venons d'indiquer, et s'améliorer par l'emploi d'expédients d'un autre ordre, bien que conservant le caractère sthénique , en apparence du moins. Ce qui a lieu alors peut être assimilé à ce que l'observation nous a montré dans quelques inflammations invétérées , dans les kératites notamment. Nous avons donné des soins à des malades dont les cornées , frappées d'une opacité presque absolue, avec continuation de conjonctivite et de photophobie, n'étaient plus susceptibles de recevoir aucun secours des mercuriaux, des antiphlogistiques , des dérivatifs, etc., quand, changeant de médication, et prescrivant l'introduction de pommades à l'oxyde rouge de mercure, nous avons vu les yeux revêtir un tout autre

Ij Jkanski,me, Manuel des maladies des yeux. Paris, 1840, p. (553.

'^o TRAITÉ DE LA M Al ROSE.

aspect, et la cornée s'acheminer peu à peu vers sa diuphanéité primitive. Nous ne saurions assez insister sur la recommandation de ne tenter les stimulants, dans ces amblyopies , qu'avec les précautions les plus minutieuses.

Mais il est juste de dire aussi que nous avons vu bien plus fréquemment des amauroses congés tives, in tempestivement traitées par des excitants, passer à d'autres conditions, quand on leur opposait une médication plus rationnelle.

Observation 126. — Marguerite Pigeart, domiciliée dans le département de l'Ain , et logée provisoirement à Mousseaux , vint à mon dispensaire le h juin 18/ià. Cette femme, d'une trentaine d'années, d'un tempérament sanguin et normalement menstruée , avait entrepris le voyage de Paris pour y consulter sur l'état de son œil gauche, qui lui inspirait de vives inquiétudes; après l'avoir, à juste titre, déclarée amaurotique, les médecins de sa contrée avaient largement usé des excitants; madame Pigeart avait la peau du front rouge et farineuse, par suite de l'action des topiques dont elle avait fait un long usage. L'origine de la lésion remontait à cinq mois.

Comme symptôme objectif, je ne constatai qu'un peu de contraction pupillaire ; mais les signes subjectifs ne me laissèrent aucun doute sur la nature de la maladie pour laquelle on demandait mes conseils. Les étincelles, les traînées lumineuses étaient fréquentes; la perception de ces scotomes était à peu près constante , quand la malade toussait ou baissait la tête ; il y avait , de temps à autre, des vertiges et des tintements d'oreilles. Or, sous l'influence des principaux moyens relatés dans cet article , une grande amélioration ne tarda point à s'établir. « Au début du traitement , me dit cette femme, le

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» 9 juillet suivant , je ne pouvais , en bouchant l'œil » droit, distinguer mon œil gauche dans une glace; au- » jourd'hui je le vois bien. » Satisfaite de ce résultat, et bien qu'elle ne fût pas encore tout à fait délivrée de ses photopsies , elle me témoigna , peu de temps après , le désir de retourner en province ; j'eus le regret de ne pouvoir la retenir plus longtemps ; elle partit , me promettant de se conformer à certaines indications que je lui traçai. Un homme du même pays m'annonça depuis que madame Pigeart était guérie. Sans accorder une croyance absolue à ses assertions, je ne noterai ici qu'un fait : l'heureux résultat suggéré, au bout d'un mois, par la substitution des hyposthénisants à la médication , en sens opposé, dont on avait invoqué le secours.

On peut admettre en principe que les boissons et les aliments que l'on permettra aux amaurotiques seront pris dans la classe de ceux qui coïncident le plus avec les moyens médicaux mis en usage. Ceux donc qui seront affectés d'amblyopie ou d'amaurose sthénique se soumettront à un régime léger, choisiront de préférence des mets de digestion facile, et s'abstiendront d'aliments salés et épicés, de vin , de café purs. L'exercice sera recommandé après le repas. Les malades éviteront l'éclat d'un jour vif et celui trop intense des lumières artificielles. L'appartement qu'ils habitent est-il exposé à recevoir une clarté trop forte , ils auront recours aux jalousies , aux persiennes , aux carreaux de verre dépolis ou à d'autres moyens équivalents. Ils gradueront, le matin, le passage de l'obscurité à la lumière. La photophobie rend souvent utile l'emploi d'une visière ou de conserves azurées. Les porter garnies, sur les côtés, de taffetas vert ou bleu , est chose nuisible, cet appareil contribuant à

350 TRAITÉ (H? LAUAIKOSË.

tenir les ycu.v dans une atmosphère ehaude, humid.- . d'où l'augmentation du mouvement rongestionnel dont l'organe est déjà le siège. Lesvoilesd'm, tissu fin, comme le crêpe, la gaze, sont très convenables, chez les femmes, comme associant à l'avantage de l'atténuation des rayons lumineux celui de la tamisation de l'air, dont les corpuscules ne viennent point ainsi irriter la conjonctive. L'ouvrier , l'artiste, qui ne peuvent faire trêve à leurs occupations, laisseront au moins reposer leurs veux par de fréquentes suspensions de leur travail.

Sous l'influence d'un traitement énergique, auquel je soumis madame Serve tte, du 13 octobre au 15 novembre 1846, elle fut délivrée d'une amaurose complète, survenue tout à coup à l'œil droit, il y avait quinze jours. Même accident se manifesta dans cet œil le 7 avril 1847, par suite de l'imprudence qu'avait eue cette femme de travailler longtemps au soleil. Dupin , scieur de long , a été traité par moi de trois amauroses congestives, dans l'espace de quatre années. Une fois donc leur guérison établie, les sujets devrontprendre toutes les précautions possibles pour éviter les effets de la tendance de l'amaurose aux récidives.

ARTICLE II

Médication tles amauroses astliéniques en général.

Les stimulants, les antiparalytiques proprement dits sont applicables à cette catégorie nombreuse d'affections amauro tiques.

Une grande circonspection doit être apportée dans le choix et dans le mode d'administration de ces agents, de ceux surtout qui oui le plus d'énergie, pour ne pas donner

lieu à une réaction Lcpp forte yers la membrane sensitive, et n'y point anéantir un dernier reste d'excitabilité. Graduer la stimulation, c'est-à-dire, commencer par des excitants faibles pour s'élever peu à peu à d'autres plus énergiques, est une règle dont il ne faut pas se départir, si l'on veut obtenir des succès dans le traitement des amauroses astbéniques. Une amélioration très considérable surgit-elle instantanément sous l'empire d'une médication très puissante, il y a plutôt lieu de la déplorer que de s'en féliciter, d'après la remarque de Wallher; l'observation démontre, dit-il, qu'elle est de courte durée, et peut être suivie de la plus grande et de la plus permanente de toutes les détériorations visuelles. Par une vive excitation, en effet, l'organe, frappé de torpeur, est susceptible de se congestionner, de s'enflammer même, et de devenir le siège d'une complication très pernicieuse qui n'existait point auparavant.

Les stimulants du degré le plus faible que nous employons sont les alcoolats de romarin, de lavande, de mélisse, le baume de Fioraventi, avec ou sans addition de campbre, d'éther sulfurique, d'huile essentielle de girofle ou de menthe. Le malade en verse une cuillerée à café dans la paume de la main, pour frictions sur le front et les tempes, si les deux yeux sont affectés, sur le front et la tempe, du côté compromis, si un seul organe est envahi ; puis les yeux ou l'œil sont exposés à la vapeur du môme remède. Jugeons-nous que la lésion demande une impulsion plus énergique, nous ajoutons aux agents mentionnés, à la teinture alcoolique de noix vomiqueou à toute autre, une certaine quantité, d'ammoniaque, en général, au début, d'un demi-gramme à un gramme de cet alcali pour 30 grammes de véhicule. A

;î52 TRAITÉ hr. i/amai husf..

m degré plus avancé, la strychnine peut entrer dans la composition des mômes mélanges. La dose est généralement de 10 à 30 centigrammes de cet alcaloïde pour 30 grammes d'excipient. On peut faire raser le sommet de la tête, sur une étendue d'un pouce et demi à deux pouces, et faire frictionner, deux ou trois fois par jour, cette partie du cuir chevelu, avec une liqueur spiri tueuse! Demours dit s'être bien trouvé de cette pratique. Pellier conseille d'ajuster à une bande qu'on attache au front, pour la nuit seulement,deux compresses arrosées de baume de Fioraventi, et qu'on laisse flotter devant les yeux.

Un degré plus avancé de stimulation consiste dans les vaporisations ammoniacales. Le malade, à cet effet, promène plus ou moins souvent dans la journée l'œil ou les yeux au-dessus d'un flacon débouché d'ammoniaque. Il nous arrive souvent de prescrire un mélange d'ammoniaque et d'éther, de chaque de 2 à h grammes pour 45 grammes d'alcool à hO degrés. On en verse quelques gouttes dans une œillère, et l'organe affecté est soumis à la vapeur qui s'en exhale. Le collyre gazeux de Leayson, aux émanations duquel on expose également les yeux, est un mélange, dans un flacon bouché à l'émeri, de sel ammoniac, de chaux éteinte, de cannelle en poudre et d'huile essentielle de girofle.

Comme Marc-Antoine Petit, nous avons quelquefois prescrit l'application d'un sachet de camphre arrosé d'éther. D'autres fois, le sachet est à moitié rempli de chaux et de chlorhydrate d'ammoniaque. En se dégageant lentement, l'ammoniaque, à l'état naissant, agit continuellement sur l'œil. Ce sachet devra être renouvelé tous les quatre ou cinq jours.

On peut présenter les yeux à la vapeur d'une infusion

de Heurs d'arnica montatta, avec addition, au moment de son emploi, d'une certaine quantité de sous-carbonate de soude et de chlorhydrate d'ammoniaque. Ou peut encore, suivant le conseil de Demours, l'aire un mélange d'oliban, de myrrhe , de benjoin , de sucre , dont on jette quelques pincées sur de la braise allumée, audessus de laquelle on place un entonnoir de fer-blanc, la base en bas. L'œil fermé est exposé à la vapeur qui se dégage, l'organe étant tenu à deux ou trois pouces de l'orifice de l'entonnoir. S'agit-il de diriger la fumigation vers les deux yeux en même temps, le tuyau de l'entonnoir, dit Ikniours, peut se diviser en deux branches.

Je prescris les frictions sur le front avec la pommade «le strvchnine, rarement avec celle de vératrine. Turnbull a notamment insisté, dès 183Zi, sur l'efficacité de cette dernière substance contre la maladie qui nous occupe. Je l'ai vu employer , dans celte même circonstance, par Auguste Bérard et par M. Velpeau.

Les vésicatoires volants promenés sur la région fronto-temporale sont un expédient fort en vogue dans la médication des gouttes-sereines ; placés là, ils stimulent l'organe de la vision par l'intermédiaire des rameaux nerveux qui se distribuent dans le pourtour orhitaire, d'où il résulte qu'utiles dans les amauroses asthéniques, ils doivent être exclus du traitement des amauroses slhéniques et des ophthalmies. On peut prescrire l'emplâtre cantharidé ordinaire, celui de Janin, les mouches de Milan, topiques auxquels on donne le diamètre approximatif d'une pièce de deux francs. On a parfois porté le nombre de ces mouches à vingt, à trente, et même à cinquante ou soixante. Dupuytren était dans l'usage de maintenir chaque vésicatoire en suppuration

NlAITiS DE LAM.U'Iîosi..

pendant trois jours; un second était appliqué plus ou moins loin du premier, et ainsi de suite. Ce praticien traitait la plupart de ses amaurotiques en débutant par une saignée du bras suivie d'un émétique, puis d'un purgatif drastique, et ensuite d'un séton à la nuque; dès que la suppuration de celui-ci était bien établie, il commençait l'application des vésicatoires volants sur le front, les tempes et la région mastoïdienne. Le papier suppuratif d'Albespeyres et le taffetas Leperdriel méritent d'être conseillés pour les cas où l'on désirerait ne pas obtenir la dessiccation immédiate de la plaie.

Nous mentionnerons, d'après M. Mackenzie, le procédé du docteur Pritchard , qui divise le cuir chevelu , depuis le front jusqu'à l'occiput, et remplit de pois l'incision. Un exutoire de ce genre paraît avoir été fort ellicace dans un cas d'ainaurose complète , après la nonréussite des saignées et de la salivation mercurielle.

Parmi les agents de cette classe, l'application de l'ammoniaque, pure ou associée à des corps gras, me parait le plus digne d'être recommandé.

L'établissement des vésicatoires ammoniacaux , dils aux pièces de monnaie, suivant le procédé de M. Lafargue (de Saint-Émilion), se pratique de la manière suivante. On met sur une assiette une pièce de monnaie, habituellement un écu de cinq francs ; on superpose deux rondelles de linge , à demi usé , sur l'aire de la pièce , qui dépa&= sera un peu leur diamètre ; on verse de l'ammoniaque sur les rondelles , jusqu'à ce qu'elles en soient bien imbibées ; puis on se hâte d'appliquer le disque sur la peau, par sa surface garnie du linge; on l'y maintient en pesant sur le corps métallique a\ec la pulpe du doigt. Au

bout de quelques m inu tes , le tégument externe est devenu rouge à la circonférence de l'appareil , phénomène qui indique que le soulèvement de l'épidémie s'est effectué'. M. Trousseau trempe une rondelle dans l'ammoniaque , la place sur un morceau de linge fin, et pose sur elle une pièce de monnaie. Saisissant, en les rabattant les unes vers les autres, les parties du linge qui débordent la pièce, il en forme un nouet qui contient la rondelle logée au fond du sac, puis la pièce. Le nouet ayant été mis en contact avec la peau , on appuie sur la pièce à l'aide de la portion de l'enveloppe, qui, entre les doigts , fait office de manche. On peut, expédient plus simple encore, placer dans un linge la pièce de monnaie ; faire un nouet, comme il vient d'être dit; verser de l'ammoniaque sur la partie du linge accolée à la pièce et opposée à la portion saisie de l'appareil; puis se conduire, pour le reste de l'opération , suivant les indications mentionnées déjà.

Je me sers le plus habituellement, pour l'application de l'ammoniaque liquide, d'un godet d'argent de 2 centimètres et demi de diamètre, et de h ou 5 millimètres de profondeur. Sa cavité reçoit un fragment d'épongé circulaire et aplati que l'on imprègne d'alcali. La capsule posée sur la peau y est assujettie par le chirurgien ou par le patient lui-même , à la faveur d'un bouton que j'ai fait placer au centre de sa face externe. L'ammoniaque, mise à l'abri de l'air, ne peut ainsi se volatiliser, ce qui seconde l'énergie de son action. Il est, de cette manière, aise de promptement obtenir une rubéfaction ou une M si. ation, suivant l'effet qu'on se propose d'atteindre. Si je veux l'ermer la plaie immédiatement, je la couvre d'un fragment de taffetas d'Angleterre ou de m*

TRAITÉ 1)1. l'aJMAUROSE.

pier Payard, qui esl très agglutinatif. fie procédé, sauf quelques QiocliUcationSj a été employé avant moi pinun praticien Fort instruit de Paris, le doc Uni r Hou i l'ace.

La pommade ammoniacale, dite pommade de Gondret, est un expédient justement estimé dans la thérapeutique des amauroses torpides. Lisfrauc y attachait un grand prix. Un tailleur (jui y fut soumis parvint, au bout de quatre mois, à se livrer aux travaux les plus minutieux de son état, tandis qu'il se conduisait à peine lors de son entrée à l'hôpital. J'ai entendu dire à Lisfrauc qu'avant eu l'occasion de revoir cet homme au bout de huit années, il avait constaté que la guérison s'était maintenue. La pommade ammoniacale contribua le plus à rétablir la vision chez madame Grattoir, sujet de notre observation 5e.

C'est au front , aux tempes, aux régions antérieure et supérieure du cuir chevelu, préalablement rasées, et derrière les apophyses mastoïcles, que j'applique la pommade ammoniacale, tantôt jusqu'à rubéfaction ou jusqu'à formation seulement de quelques phlyclènes, tantôt jusqu'à vésicalion complète. Je me sers, à cet effet, d'une rondelle de linge on d'un morceau d'agaric, dont la partie tomenteuse et molle reçoit une couche du corps gras de 3 ou h millimètres d'épaisseur, tandis que la face croûteuse s'oppose à la volatilisation de l'alcali. Un verre de montre, dont on recouvre la rondelle, (end au même but. On peut encore placer sur la peau un morceau de papier enduit du vésicanf , et sur lequel on presse avec une pièce de monnaie. Les deux yeux sont-ils envahis , j'applique soin eut la pommade dans deux endroits à \i Ibis, à chaque tempe, par exemple, ou au-dessus de chaque sourcil. S'il n'y a qu'un seul œil d'atteint, je ne

TRAITEMENT. °v/

l'applique habituellement que dans une seule région , dans la même séance. 11 nf arrive parfois encore de placer la graisse ammoniacale sur la paupière supérieure , avec une spatule,, un pinceau ou un tampon de charpie; dès que la rubéfaction s'est effectuée, j'enlève le caustique avec un linge ou avec un fragment cl' éponge. Dans cette région comme au pourtour de l'orbite, je substitue quelquefois à la pommade l'étber ammoniacal.

L'habitude clinique peut seule déterminer les cas où il faut insister sur l'application du remède porté jusqu'à la vésication ou jusqu'à la rubéfaction , en interrompre l'usage ou s'en abstenir. Il faut, chez quelques malades, provoquer la vésication dans une séance et n'aller que jusqu'à la rubéfaction dans la séance suivante. Les réactions produites seront étudiées avec le plus grand soin , et combattues , si elles sont trop fortes, par des fomentations réfrigérantes, des pédiluves, des purgatifs, des ventouses. C'est un bon signe, disait Lisfranc, quand un œil manifeste de la sensibilité ou de la douleur sous l'influence de la préparation ammoniacale , ce phénomène indiquant que l'innervation se ressent de l'action du médicament et n'y reste pas rebelle. C'est ainsi que des membres paralysés deviennent parfois le siège de souffrances plus ou moins vives , avant de récupérer le jeu de leurs fonctions.

Il faut de cinq à quinze minutes pour que le soulèvement de l'épidémie s'effectue sous l'influence de la pommade ammoniacale. Le phénomène se fait plus ou moins attendre, suivant la délicatesse plus ou moins grande de la peau, et suivant l'activité de la pommade, qui agit d'autant mieux qu'elle est plus fraîche. Sa composition esl sujette à quelques variations légères, dans les traités

303 TRAITÉ DE l'aMÀUROSE.

dé tlïérapeutique et les recueils âë t<mm\&. Après fos expériences faites à l'hôpital Necker, MM. Tronsseati ei Pidotlx ont adopté 16 grammes d'ammoniaque à 22 degrés , autant d'axongè récente , et de 2 à /i grammes dfe suif. «La pommade ammoniacale, disent-ils il) , doit » être d'une blancheur éclatante , et avoir l'aspect gras » de la crème; si elle est grenue, la préparai ion est man- » quée : dans ce cas, l'ammoniaque n'est pas combinée ; » elle s'écoule dès qu'on applique la pommade sur la » peau, ëtFaxonge et le suif restent seuls. L'homogénéité » de la pommade est la condition essentielle de son ac- » livité ; il ne peut y avoir de pommade énergique , si » elle est grumeleuse. » Deux parties d'ammoniaque, une partie d'axonge et une de suif sont les proportions mentionnées dans le formulaire de MM. Milne Edwards et Vavasseur, revu par le docteur Mialhe. M. Gondret a indiqué lui-même, il y a quelques années , 17 grammes d'ammoniaque à 25 degrés, 32 d'axonge et 2 d'huile d'amandes douces. Après avoir fait fondre à un feu doux l'axonge et l'huile, on coule ce mélange dans un flacon à l'émeri, à large ouverture, on verse l'ammoniaque cl l'on agile jusqu'à refroidissement. Quelques uns adoptent pour excipientle beurre de cacao uni à l'huile d'amandes douces, ingrédients avec lesquels M. Grignon, pharmacien distingué, qui emploie ici l'ammoniaque à 28 degré-, obtient un très beau produit. La pommade , d'ailleurs, peut être, dans les temps très chauds ou très froids, tantôt trop liquide, tantôt trop concrète, si l'on n'a point égard à une certaine variabilité dans les proportions de

(I) Trousseau pI Pmmv, Traité de thérapeutique et de matière niédic'àle'.

TRAITEMENT, 35l)

ses éMnBatft A* Keo d'avoir recours à l'une des prépa: pations que nous venons d'indiquer, on arrive à peu près au (neinebiït par l'association de deux parties d'huile d'olives à une partie d'ammoniaque.

Une persistance opiniâtre dans l'emploi des moyens sur lesquels on fonde quelque espoir, est chose capitale dans le traitement des maladies d'une curation épineuse, fej ce précepte doit s'appliquer à l'expédient qui nous occupe. Si j'en ai vu les bons effets se manifester au bout de quinze ou vingt jours, il faut, dans d'autres cas, et comme Lisfranc l'a souvent remarqué, un mois, deux mois et plus. Il n'y eut de l'amendement, par exemple, qu'au bout de trois mois, chez l'un de ses malades, qui finit ensuite par guérir.

Le derme, dénudé par l'ammoniaque, nous sert quelquefois à y déposer de la strychnine. Parmi les chirurgiens qui ont employé celle-ci avec le plus de succès dans la thérapeutique des amauroses, nous citerons le docteur Pél requin; il lui joint , le plus communément -, des frictions près de la région orbitaire avec la teinture alcoolique de noix vomique préparée avec 125 gramme s de poudre de strychnos pour un litre d'eau-de-vie. Nous commençons par la dose quotidienne d'un cinquième de grain de strychnine, dont nous élevons progressivement la quantité à celle d'un demi ou trois quarts de grain par jour, jamais au delà, Tantôt, et comme l'effectue M. Pétrequin, nous faisons saupoudrer le vésicatoire d'un mélange composé de strychnine à la dose indiquée, el de 10 à 15 centigrammes de poudre de noix vomique, appliquant ensuite sur la plaie une rondelle de papier d' Albespevres ou de taffetas Leperdriel ; tantôt-, el comme le faisaient Miquel el Bénwiti * nous presori-

360 TRAITÉ I)F j/aMAUROSH.

vous des paquets contenant la stry-chnine kcopporée à parties égales de beurre et de pommade de garou , mélange qu'on étale sur un fragment circulaire de linge ou de papier brouillard.. Chaque paquet, qpi renferme 30 centigrammes de chacune de ces dernières substances , est affecté à un seul pansement. Bien que, dans l'un ci l'autre cas, les matières vésicantes entretiennent la peau dans des conditions propices pour que l'absorption puisse avoir lieu, il faut encore, lors des pansenienls, détacher et enlever la pseudo-membrane , qui se forme à la surlace de la plaie. Une vésieation nouvelle est établie, dès qu'on juge que l'ancienne est devenue impropre à l'absorption.

Le docteur Verlegh annonce qu'ayant vainement essayé des traitements variés, chez une femme de vingtsept ans , dont l'œil gauche était, dit-il , insensible à la lumière la plus vive, il déposa dans un verre de montre 5 centigrammes de sulfate de strychnine mêlés avec deux gouttes d'eau. Il fit, le premier jour, avec la lancette, douze inoculations, savoir , six au-dessus de l'œil gauche , dans la direction du nerf sus-orbitaire , et autant au-dessous du même œil et sur l'aile correspondante du nez. Ce jour-là, la malade ne ressentit aucun effet du remède; il y avait, le lendemain, quelques frémissements dans la direction de l'inoculation. Deux jours après, il la réitéra, en augmentant de six piqûres, après lesquelles la patiente vit un nuage léger, ce qui encouragea le chirurgien à continuer. A la suite de cinq inoculations successives, qui furent portées à trente piqûres, elle commença à distinguer les objets ; la vue était rétablie après la huitième; la contraction de la pupille .s'était graduellement relevée, et les autres symptômes

avaient disparu, après qu'on eût usé de 25 centigrammes de sulfate de strychnine. M. Desmarres, ayant répété les expériences du chirurgien de Br.éda sans l'ombre d'une amélioration , lit préparer par M. Cadet-Gassicourt du lactate de strychnine, dans l'espoir que ce sel se dissoudrait plus aisément et serait mieux absorbé. De nombreuses inoculations exécutées avec cet agent paraissent avoir amené une bonification notable dans les conditions visuelles d'un amaurotique ; réitérées depuis, chez d'autres sujets, elles n'ont conduit à aucun résultat. J'ai été consulté par un homme radicalement aveugle chez lequel les inoculations avec le sulfate de strychnine, pratiquées par Auguste Bérard, avaient transformé l'obstacle noir, qui couvrait tous les objets, en un voile blanc, qui s'opposait encore à toute perception des corps extérieurs.

Perçy rapporte que Frederick Decker rendit la vue à une fdle aveugle par trois applications successives du cautère actuel sur le sinciput. J'ai peu de penchant pour l'emploi de cet expédient au cuir chevelu, dont M. Gondret use depuis nombre d'années, sans paraître avoir eu d'accidents graves à lui reprocher. Bien qu'il n'ait qu'exceptionnellement produit des effets funestes, on ne saurait disconvenir que la chaleur qu'il transmet à l'encéphale ne soit toujours un inconvénient à redouter.

On lit dans le Bulletin de thérapeutique (tome 1\, page 121) :

« Tout le monde sait qu'à l'hôpital de l'hôtel des » Invalides, M. Larrey ne traite autrement les amaiiro- » tiques qu'en les ventousant à la tempe et en leur brù- » lanl force cylindres de coton à la région rétro-mastoï- » dienne. J'ài vu plusieurs malades traités de la sorte

362 TRAITÉ DE l'aM.UHOse.

» par ce célèbre praticien ; je no confiais aucun cas de » guérison. Mais, à propos des moxas , je dois rappeler » un fait important On persuada un joui- an célèbre « Delpech (dé Montpellier) que les moxas sur le sour- » cil opéraient des merveilles pour redonner la vue aux » amauroticfues'; il céda à cette persuasion et en fit la » t l iste épreuve sur deux malades qui se trouvaient dans » son service, à l'hôpital Saint-Éloi. L'épreuve fut posi- » tive; car, peu de temps après, ces deux individus » périrent, chacun victime d'une ostéo-méningite sup- » purative à l'endroit de l'application du moxa. La fran- » chise avec laquelle Delpech laissa publier ces obsen a- » lions fait honneur à son caractère. Le professeur de » Montpellier n'aurait cependant pas dû oublier, dans » cette circonstance, les expériences de de Haën sur la » conductibilité étonnante dont jouissent les os de la » tète pour le calorique. Le lissu diploïque de ces os, » sur! ont dans la région frontale, une fois échauffé par » un corps incandescent, transmet sur-le-champ son » calorique à l'huile animale qui le pénètre, et, de )) cellule en cellule, passe bientôt jusqu'à la lame vitrée » et aux méninges (1). »

L'oculiste Faure fait observer (2) qu'on voit des malades à qui non seulement on a brûlé la peau du crâne, mais celle encore de la figure, et qui n'en sont pas moins aveugles, étant plus défigurés. Quelques uns même , ajoutc-t-il, sont morts de ces sortes d'applications.

Tayloi' traitait, dit-on, les amauroses par des frotlo-

(1) Le travail d'où cette citation est tirée est signé R., initiale qui révèle un nom bien connu du monde médical.

(2) Faure, Observations sur Viris, les pupille* artificielle* et lu kératony.ris. Paris, 1820, p. 63;

monts exercés sur la cornée avec une pierre ponco ou avec une lame d'or garnie de petites aspérités on forme de râpe. L'inutilité de ce moyen n'est pas son moindre inconvénient dans l'opinion de Boyer ; il peut ajouter à la maladie rétinienne une opacité incurable du miroir. Le docteur Serre (d'Alais) avance, au contraire, crue l'oculiste anglais a dû à ce traitement des résultats merveilleux (1). Partant de là, M. Serre a proposé, non seulement contre la mydriase idiopathique , mais encore contre la goutte-sereine, la cautérisation de la cornée, vers son pourtour, avec le nitrate d'argent fondu. Ce praticien fait observer que la cinquième paire demeurant parfois insensible aux médications portées sur les rameaux épanouis dans le cuir chevelu et à la face, on attaque plus directement certains troubles paralytiques de l'œil, en établissant la stimulation à la surface de cet organe lui-même ; elle se transmet de là , par les nerfs ciliaîrès, aux ganglions ophtbalmiques, puis à l'origine et aux faisceaux principaux du trifacial, comme à la réline, au nerf optique, au cerveau lui-même. Dans sa pensée, le but de cette opération est d'engendrer une réaction, une fièvre nerveuse etvasculaire dans le bulbe, que l'amaurose frappe de stupeur, d'où une surexcitation, qui peut l'en l'aire sortir et ramener la vue. Dès qqe le procédé dont il vient d'être question a fait son apparition dans le domaine médical, il a été essayé cou- Ire les troubles amaurotiques de la vision par quelques praticiens ; mais, soit qu'on n'en ait retiré aucun avantage, soit qu'il n'ait été qu'insuffisamment expérimenté, il esi certain qu'il est tombé, quant à l'amaurose, dans

I Buïïettn de lh(:fa)>mili<i)i<>, i, vu, ji, i->t,

TRAITÉ DE LAMAIRORF..

un oubli à pou près complet, pour ne rester que le procédé capital de la médication de la mydriase. i Foy« chap. X.)

Les sternutatoires , expédient trop délaissé dans les gouttes-sereines torpides , et à juste titre recommande par Wenzel et parWalther, m'ont rendu, dans ce genre d'affections , des services signalés. Ils appellent le sang aux yeux et aux régions voisines, ce qui a fait dire à Cullen que leurs effets s'étendaient à tous les vaisseaux de la tète ; ils impriment aux globes frappés d'anestliésie une stimulation salulaire, par l'intermédiaire d'élémenis nerveux d'une susceptibilité exquise , communs à l'organe de la vue et à la membrane pituilaire. Le cerveau participe à l'ébranlement qu'ils occasionnent, et qui esl tel parfois qu'on a vu des éternuments violents déchalonner des cristallins.

La sensibilité non identique , chez les divers sujets, de la membrane de Schneider peut militer pour des modilicalions dans le choix des poudres à renifler en guise de tabac, et dans le nombre plus ou moins considérable des prises quotidiennes. Le sucre suffit , chez quelques uns , pour procurer un effet sternutatoire. On peut se contenter parfois, surtout au début, de recommander au malade de placer sous l'orifice des fosses nasales le mélange stimulant, et d'en humer seulement l'arôme. Dans les cas où les narines sont sèches, M. Mackenzie prescrit de seconder l'action des errhins par des fumigations préalables avec la vapeur d'eau chaude.

.Te conseille la vératrine unie au sucre candi el à In poudre de Saint-Ange. J'emploie plus fréquemment un mélange de béto.ine, d'asarel et d'ellébore blanc, racine recommandée par Oise. Il ne faut pas pulvériser trop

TÛÀITEMENT.

finement ces dernières substances ; on ne les réduit qu'en poudre grossière , précaution destinée à les empêcher de tomber dans la gorge.

Observation 127. — Madame Detret , âgée de trentesi\ ans, atteinte d'amaurose binoculaire asthénique, a pu reprendre ses travaux de couture, après avoir employé la poudre qui précède , et avoir exposé ses yeux à des vaporisations ammoniacales et éthérées. Cette poudre irritait tellement la pituitaire, qu'elle provoquait quelquefois des écoulements de sang par les narines.

Wave, qui a fait connaître plusieurs exemples d'amauroses dans lesquels les sternutatoires constituaient l'élément principal de la médication, paraissait avoir une prédilection particulière pour le turbith minéral (sulfate jaune de mercure, sous-deutosulfate de mercure). Il prescrivait une partie de turbith pour vingt parties de poudre de réglisse. M. Maunoir a rapporté, dans la Bibliothèque universelle de Genève, l'histoire d'une dame âgée d'une cinquantaine d'années , et amaurotique de l'œil droit depuis douze ans , et de l'œil gauche depuis huit mois. Les exutoires , la pulsatille et d'autres moyens s'étaient montrés stériles contre la cécité complète , qui existait aux deux yeux , quand , encouragé par les succès du praticien anglais , M. Maunoir fit l'essai du turbith minéral associé à une poudre aromatique. L'errhin n'amena qu'une sécrétion peu copieuse de la membrane pituitaire , mais ses effets furent surprenants ; l'amaurose subit à gauche un amendement assez considérable pour permettre à cette dame de lire les gros caractères.

L'introduction de topiques entre les paupières est encore une ressource par trop négligée dans la médication

'M')(' riUITÈ UE 'AvUAUmsi..

des amauroses paralytiques. Maintes fois j'ai observé qu'en vertu de la synergie anatqmiqne qui nuit ions LeS éléments appelés à concourir à l'acte de la vision , la stimulation qui, des tissus externes retentissait vers les lissus internes, constituait une réaction géniale dans l'appareil oculaire, laquelle était d'un puissant secours pour l'amélioration des fonctions visuelles. Si une simple inflammation des parties superficielles de l'œil peut engendrer l'exaltation de la sensibilité rétinienne, d'où la photophobie, pourquoi une irritation artificiellement produite dans ces mêmes parties ne donnerait-elle pas lieu au même résultat? Le docteur Maunoir a rapporte un fait très concluant en faveur de cette opinion. Un jeune Anglais avait été opéré de la cataracte à l'âge de onze ans et à l'aide de la discision , par cet éminent praticien ; le succès avait été complet. Plus tard, ayant alors dix-huit ans, il contracta une double amaurose en Portugal , à la suite d'un refroidissement. Un long traitement subi en Angleterre fut infructueux. Il se rendit à Genève , où M. Maunoir eut recours , sans aucune amélioration, à des expédients nombreux : exutoires, électricité, vomitifs, arnica , etc. Il prescrivit alors une infusion de piment {capsicum annuiim) à instiller soir et matin entre les paupières. Le globe droit resta amaurotique; mais la vue se reconstitua dans le globe gauche, au point que ce jeune homme fut en état d'embrasser une carrière scientifique. Les collyres de strychnine ont été très préconisés par M. Ueyfelder. Le docteur Girault (d'Onzain) fit part, en 1847, à l'Académie de médecine, des bons résultats qu'il obtint de l'emploi de cet alcaloïde, en le faisant absorber par la conjonctive, pour combattre une para-

lysie cpiiséoutive à l'action de la foudre. Ce praticien dit avoir appliqué av^c fruit le collyre strychniné à une gputte-sereine existant depuis plusieurs années.

Le docteur Stœber recommande les pommades de précipité rouge ou blanc , ou de sublimé corrosif, qu'on introduit entre les paupières. C'est sous forme de pommades que nous employons également l'oxyde rouge de mercure, le chlorhydrate d'ammoniaque, le camphre, la strychnine, les agents, en un mot, destinés à porter remède, par cette voie , à l'amaurose asthénique. Leur degré d'énergie devra varier suivant le degré du mal et suivant les susceptibilités individuelles. Il faut , en général, pour le succès, que les vaisseaux capillaires de la conjonctive s'engorgent et que les yeux deviennent larmoyants. Les voiles palpébraux seront fermés à la suite de l'administration du remède , afin que les globes nagent, pour ainsi dire, dans un bain local. C'est un vésicatoire sans soulèvement d'épiderme , me disait un médecin, frappé des avantages de cette méthode.

On a relaté des merveilles de l'application de l'électricité au traitement de l'amaurose. Bien qu'elle ne constitue pas une panacée dans cette circonstance, on ne saurait méconnaître que l'ébranlement qu'elle détermine dans le cerveau , dans les nerfs oculaires et dans leurs aboutissants , n'ait , dans la thérapeutique de cette maladie, une grande importance, comme nous l'avons vérifié maintes fois, et comme l'ont vérifié, avant nous, beaui on)) d'expérimentateurs. Pellier, qui dit lui devoir des succès, cite, à l'appui de son opinion, des exemples li es nombreux lires de la pratique de Hey , de Muret , de Saussure et d'une foule d'uutres. Si nous en crovons

*(,° TRAITÉ LHÎ I.'a.MU KOSK.

M. Fabiié-Palaprat (1), un malade affligé depuis treize mois d'une goutte-sereine complète récupéra a un point tel la sensibilité de la rétine, par la galvano-puncture , qu'il distinguait les aiguilles d'une montre. M. Person (2 parait avoir réussi par le même expédient chez une femme, en implantant une aiguille dans la sclérotique droite, jusqu'au milieu du corps vitré , et une autre à la nucpje, afin d'établir les courants entre les deux points. Un beau fait de guérison par l'appareil de rotation électromagnétique (3) est dû au docteur Hœring (de Heilbronn). Depuis deux ans et à la suite d'une lièvre typhoïde, son malade était inhabile à reconnaître les personnes qui l'entouraient; l'œil gauche, Le plus compromis , ne distinguait que le jour d'avec la nuit. Après la trente-sixième séance , les pièces de monnaie étaient aperçues, tant du côté gauche que du côté droit. Huit autres séances, qui furent surtout consacrées à l'œil gauche, eurent pour résultat de ramener la vue à un degré tel que le sujet pouvait lire les caractères d'un journal.

« L'électricité et le galvanisme , dit Marjolin (à) , doi- » vent être rangés parmi les moyens que l'on peut appli- » quer presque immédiatement sur le système nerveux » de l'œil , pour y réveiller la sensibilité éteinte. L'un et y> l'autre seraient nuisibles , si cet organe était doulou- » reux ou disposé aux fluxions. Quelques praticiens ont

(1) Faiiiuî-Palapiiat, Du galvanisme applique à la médecine. Paris, 1828. — Bulletin de thérapeutique, t. IX, p. 85.

(2) Bulletin de thérapeutique, t. XXV, p. 4(jl.

(3) Annales d'uculislique, l. XVI, p. 220.

(1) Dictionnaire de médecine, article AfiAUnôSE.

» trop vaille l'eMoacité de tes moyens; mais il faut coho venir que beaucoup de guérisons d'amauroses ont été » le résultat de leur emploi méthodique , et que c'est à » tort qu'actuellement la plupart des médecins ont re- » noncé à les mettre en usage. »

Mes premiers essais sur l'application de l'électricité galvanique à lia médication des amauroses torpides datent de 1838; je les entrepris à Vienne, sous la direction d'un illustre maître, dont je me féliciterai toujours d'avoir été le disciple, le docteur Ilosas, professeur d'ophthalmologie à l'université de cette ville; dès cette époque déjà, j'entrevis tout le parti qu'on pouvait tirer de cet expédient dans des maladies d'une curation si épineuse. Nous nous servions d'une pile à colonne, commençant généralement par trois ou quatre couples, pour en porter rapidement le nombre, chez le même malade, à dix, quinze et au delà. A mon retour en France, j'employai divers autres appareils, la machine électro-magnétique, entre autres, des frères Breton, calquée sur celle de Glarck, qui offre une masse d'acier fortement aimantée, près de laquelle sont mises en rotation deux bobines de fil de cuivre isolé, bobines qu'on nomme en physique multiplicateurs. Je me sers avec avantage aujourd'hui d'un appareil qu'a confectionné M. Queslin , et qui, d'un maniement facile et donnant fidèlement l'électricité, fournit au praticien l'a possibilité d'en graduer la dose à sa guise. Il se compose d'une pile à deux liquides (pile modifiée de Bunsen) et d'un multiplicateur. Nous ajouterons que la pile dont il est ici question présente un tube de zinc ouvert aux deux bouts , et plongeant, dans de l'acide sulfurique étendu d'eau et contenu dans un vase de verre; 1111 Vase poreux de terre cuite, non

37" TRAITÉ ÏÏJL LAMAllîOSE.

attaquable par les acides, cuire dans Le cvlimli. métallique, son fond reposant sur celui du vase de verre ; le vase poreux, dans lequel on verse l'acide azotique, reçoit une plaque quadrilatère de charbon, résidu des cornues à gaz (1). Renvoyant pour la question théorique aux traités de physique, et plus particulièrement au récent ouvrage de M. Pouillet (2) , nous dirons seulement que, d'après cet éminent professeur, c'est le zinc qui, dans la pile de Bunsen, constitue le pôle négatif de l'élément; tout corps conducteur touchant au zinc s'appelle aussi pôle négatif, parce qu'il en reçoit le fluide négatif, l'électricité résineuse. Le charbon donne le pôle positif; tout fil, tout ruban métallique mis en contact avec lui se nomme également pôle positif, parce qu'il en reçoit le fluide positif ou l'électricité vitrée. Quoi qu'il en soit, la pile, le multiplicateur et les accessoires ont été placés par nous dans une boîte dont la paroi antérieure se rabat en avant , à l'instar de la partie correspondante d'un carton de bureau ; le malade s'assied devant cette boîte; tout se trouvant ainsi à la portée de l'opérateur, la séance peut être commencée immédiatement et sans perte de temps.

(1) On verse dans le vase de verre 30 grammes d'acide sulfurique, puis on le remplit d'eau, aux quatre cinquièmes de sa capacité. On met dans le vase poreux, et jusqu'à la moitié de sa hauteur environ, parties égales d'eau et d'acide nitrique du commerce ; le liquide y reste pendant la durée de la séance ; celle-ci terminée, on le transvase dans un flacon bouché à l'émeri.

Nous rappellerons que, dans la véritable pile de Bunsen, le charbon, sous forme de cylindre creux, plonge dans l'acide azotique, tandis que le vase poreux contient une plaque de zinc qui baigne dans l'acide sulfurique étendu.

(2) Pouillkt, Notions générales de physique. Paris, 1850, p. 287 et M i .

I UAITI'.UKM . .171

Je nie getvâls, au début1, dans le Irailcmenl des amauroses adynamiques, d'excitateurs métalliques avec ou sans boutons , et montés sur des manches isolants. Muni de deux de ces instruments, préalablement accrochés à deux conducteurs, sous l'orme d'hélices, ou fils de cuivre roulés en spirale et entourés de soie , je les appliquais sur les régions correspondant aux trous sus et sousorbitaires ; je les promenais sur les paupières, au front, aux tempes , aux joues , sur les côtés du nez , derrière les apophyses mastoïdes , dans la partie antérieure de la cavité nasale. Parfois encore, et pour obtenir une galvanisation plus énergique, je garnissais l'extrémité de chaque excitateur d'une éponge mouillée, ou j'avais recours à lagalvano-puncture. Dans quelques cas, le malade tenait d'une main un conducteur tubulaire de cuivre, adapté à l'une des hélices, ou bien encore celle-ci était attachée à une plaque métallique placée à la nuque du patient, tandis que je n'agissais sur la face qu'avec un seul excitateur. Les résultats qu'engendraient ces manœuvres consistaient dans des contractions musculaires violentes, dans du blépharospasme , du nystagme, la perception d'étincelles; les secousses étaient assez douloureuses pour que les malades retirassent fréquemment la tête en arrière , afin de les éviter. Il en est qui , le lendemain encore , se ressentaient de la fatigue subie la veille.

Le procédé dont j'use aujourd'hui m'a paru infiniment plus avantageux ; il est aussi bien moins assujettissant pour le médecin, qui peut conduire plusieurs traitements à la fois.

Deux petites éponges fines, plates, imbibées d'eau simple ou dVau ^;ilce ou acidulée, sont appliquées sut

TKAiïi': hh l'amvlhusk.

leSrpaw-pières feriàées du patient. Elles sont maintenues en place par une pièce de taffetas gqmmé, longue de 18 à 20 centimètres, ëchancrée à l'endroit du nez, et ayant à peu près la forme d'une paire de lunettes; on la fixe à l'aide de deux rubans qu'on noue dans la région occipitale. Chacune des parties, qui correspond aux éponges, présente , vers son milieu , un orifice qui laisse passer une tige de cuivre longue de 2 centimètres; celle-ci , perforée vers son bout antérieur, est postérieurement soudée à une plaque de même métal, circulaire, et ayant un diamètre de 2 centimètres et demi. Cette plaque est intermédiaire aux éponges et au taffetas gommé. Deux éponges , deux boutons de cuivre qu'on retire à volonté, et la bande de taffetas gommé constituent , en résumé , notre appareil , qu'il est aisé de se procurer partout à peu de frais, et qui offre le bénéfice qu'on peut en avoir un pour chaque malade, considération qui n'est point à dédaigner, en ce qui concerne certains sujets qui répugnent à ce qu'on leur applique sur la face des instruments qui ont servi à d'autres.

La mise en œuvré de cet expédient est chose facile.

Les éponges , les boutons , le taffetas gommé ayant été lixés en place , on accroche l'extrémité recourbée d'une des hélices à l'orifice qui termine l'une des tiges de cuivre; puis on approche de la seconde tige le bout de l'autre hélice, pour s'assurer si la dose de l'électricité est trop forte ou trop faible; on l'amoindrit ou on l'augmente, à l'aide du graduateur placé sur l'une des parties latérales du multiplicateur. Dès qu'on a déterminé celle que le patient peut supporter, on fixe l'extrémité île la seconde hélice, et le malade reste en rapport avec la machine pendant tout le temps qu'on le désire. Il y a ,

d'ailleurs, une grande variabilité chez les divers sujets, eu égard à la susceptibilité pour l'électricité. Les uns en tolèrent des doses énormes; d'autres sont impressionnés par les doses les p lus minimes .

Administré suivant le mode qui vient d'être indiqué, le fluide agit d'une manière douce, continue , uniforme , sur la région oculaire et les parties voisines. Toute souffrance est épargnée au malade, qui ne ressent guère qu'un fourmillement , lequel n'est jamais ou presque jamais traversé par l'apparition de scotomes étincelants , qu'il faut éviter autant que possible , suivant le conseil de Walther. Peu à peu les conjonctives rougissent; les yeux deviennent parfois larmoyants. Des sujets ont conservé un ou deux jours une injection conjonctivale légère; d'autres n'ont accusé que delà démangeaison et du picotement aux yeux. L'époque delà séance, soit pendant sa durée, soit dès qu'elle est terminée, sera choisie avec avantage pour l'introduction de préparations mercurielles ou autres entre les paupières. Rien ne favorise l'action résolutive ou stimulante des topiques employés comme le mouvement produit par l'électricité dans l'innervation de l'organe visuel.

Pour retirer de la galvanisation des bénéfices de quelque importance, il faut en réitérer souvent l'application, tous les jours ou tous les deux jours. Les premières séances seront courtes ; on les prolongera plus tard , suivant le degré de tolérance; nous avons l'habitude de laisser reposer , de temps à autre , nos malades , pendant leur durée. Le docteur Crusell, qui rapporte (1) que le galvanisme détermina une fois la perte de l'œil,

(1) Annales d'oculislique, t. XXI, p. 88,

,i74 TRAITÉ l)t L AMAUR0SE.

insiste sur la précaution de ne pas trop en continua l'action et de ne point lui imprimer une trop grande force ; son «application ne dépassera pas , d'après lui , deux minutes, et même elle sera moindre, si le patient se plaint de douleurs et si les conjonctives s'injectent. Je puis affirmer que je n'ai jamais observé de faits où l'électricité, administrée suivant ma méthode , ait entraîné des conséquences de quelque gravité pour l'organe visuel. Elle a constamment été tolérée, pendant dix minutes, un quart d'heure, une demi-heure même, sans inconvénient et sans aucun danger.

Chez quelques uns de mes malades, le brouillard qui obscurcissait la vue diminuait ou disparaissait par l'électricité, pour reparaître au bout d'un temps plus ou moins long. Chez Atzly, par exemple, qui fréquente avec assiduité mes consultations cliniques, la cessation de ce phénomène morbide , qui était d'un quart d'heure ou d'une demi-heure, au début, a fini par être de deux ou trois heures, et, plus tard, de quatre ou cinq heures. Cet homme a reconquis , par l'électricité , la faculté de lire l'écriture manuscrite. « Hier , me dit-il , -le \h fé- » vrier 1851, j'ai fait des chiffres, toute la journée, sans » fatigue. » Il m'annonça, le llx mars suivant, qu'il avait classé , la veille , des insectes de petites dimensions , occupation à laquelle il avait été contraint de renoncer depuis plusieurs années , et qu'il avait lu une vingtaine de pages en petits caractères.

On a proposé , en Allemagne , d'administrer l'électricité, dans l'amaurose , à l'aide d'un godet de cuivre, doré à sa face interne et enduit de laque à l'extérieur. A la portion moyenne de l'appareil est adaptée une tige métallique , isolée par un tube de verre dans lequel elle

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tremitt^ inférieure, un anneau destiné à recevoir l'un des conducteurs. La baignoire ayant été remplie d'eau, le malade y plonge l'œil , et l'on établit la communication.

Dans un autre procédé , auquel j'ai recours quelquefois, le chirurgien se fait conducteur lui-même. Pour cela', celui-ci et le patient s'étant mis en rapport avec l'appareil galvanique, en tenant chacun d'une main un conducteur tubulaire adapté à une hélice, le praticien promène sur les voiles palpébraux. sur le pourtour orbitaire, sur tout le trajet de la cinquième paire, les extrémités du médius et de l'indicateur de la main restée libre, en exerçant sur ces régions une pression légère. Les secousses que le malade éprouve sont généralement beaucoup plus fortes que celles que ressentie chirurgien, à cause de la sensibilité plus exquise des nerfs de la cinquième paire que des éléments nerveux qui se distribuent aux membres supérieurs. J'ai vu des médecins qui donnaient lieu, chez un même sujet, à des impressions plus vives que ne l'étaient celles que lui communiquaient d'autres praticiens , ce qui paraît provenir de la finesse plus ou moins grande de l'épiderme, de la part de celui qui applique l'électricité , et des conditions de moiteur de la peau (1).

On a observé des anesthésies uni-oculaires qui dimi-

(1) J'ai rencontré des malades atteints de névralgie faciale, et que soulageait comme par enchantement l'influence du galvanisme. Nous rappellerons que, dans ces derniers temps, le docteur Duclienne (de lioulognc) a heureusement appliqué cet expédient à quelques névralgies sciatiques. L'appareil qu'a imaginé ce praticien est l'un des plus ingénieur auxquels on puisse avoir recours.

376 TRAITÉ M L AMAUROSI,.

allaient, d'une manière notable, après La perte detfoei! sain, lequel avait supporté seul ou à peu près seul , jusqu'alors, le poids des fonctions visuelles. Cette amélioration dans de telles circonstances ne doit point être perdue pour la pratique. On procède à l'exercice forcé du globe malade en couvrant chaque jour, et pendant un temps plus ou moins long , l'organe non altéré d'un bandeau; un tel mode de gymnastique oculaire demande toutefois un assujettissement auquel peu de sujets consentent à se soumettre avec la régularité qu'exige la réussite. Demours, qui y attachait un grand prix, assigne aux premiers exercices quotidiens un laps de temps d'un quart d'heure à peu près ; on en augmente la durée peu à peu et l'on en vient à faire agir le globe affaibli pendant deux ou trois heures. Cet oculiste ajoute qu'il a souvent commencé par donner à déchiffrer des lettres d'un pouce de hauteur; l'œil put lire quelques mois après le litre d'un ouvrage, puis des mots imprimés en lettres capitales, et, linalement, une impression ordinaire.

L'exercice gradué à l'aide de verres convexes s'est parfois encore montré utile pour réveiller l'action amortie de la membrane sensitive.

Observation 128. — En décembre 1845, une dame conduisit à ma consultation son fils, âgé de dix ans, élève dans une maison d'éducation de cette ville. Chez cel enfant, le globe droit était frappé d'anesthésie rétinienne, a un point tel qu'il ne pouvait discerner grossièremenl que les objets d'un fort volume ; il n'y avait ni myodésopsie, niphotophobie, aucun signe, en un mot, de congestion cérébro-oculaire. On ne put préciser l'époque de l'invasion du mal, qui probablement, me dit-on, était congénital. Un vésicatoire placé au voisinage du bulbe

TRAITEMENT. '->/v

affecté n'avait suggéré aucun effet, ni bon ni mauvais.

Je songeai aux verres de lunettes. Après avoir oblitéré l'œil normal et fait essayer à l'autre plusieurs verres , dont ceux-ci furent trouvés trop forts , ceux-là trop faibles, je m'arrêtai au n° 10 (plan convexe), avec lequel l'enfant voyait l'heure à une pendule et déchiffrait , bien qu'avec peine , des lettres d'impression d'un très gros caractère. Je prescrivis l'exercice journalier avec un verre semblable , l'autre œil étant bandé , recommandant qu'on se conformât, quant au nombre et à la durée des séances, à l'état de tolérance de l'organe ; car cette gymnastique est très fatigante, et occasionne , au bout d'un temps généralement fort court, la rougeur de la conjonctive, du larmoiement et un sentiment de distension pénible dans l'œil et son pourtour. Nous diminuâmes progressivement depuis lors la force des verres jusqu'au n° 24 ; l'organe avait, au bout de deux mois, récupéré assez d'énergie pour distinguer aisément les traits d'une personne à la distance de 5 ou 6 mètres , ce qui n'avait pas lieu auparavant. J'eus le regret de perdre le malade de vue depuis cette époque.

Il y a une hyperbole immense dans les assertions de M. Schlesinger , qui a prétendu qu'avec certaines lunettes, et sans autres secours , on pouvait guérir des cataractes, des pannus , des ophthalmies variées , la presque totalité des lésions oculaires susceptibles de survenir pendant la durée de la vie humaine. On ne saurait, néanmoins, méconnaître que combattre l'inertie de la rétine par son stimulant normal, la lumière , ne soit une idée heureuse et féconde déjà en résultats pratiques d'une haute importance. M. Florent Cunier rapporte qu'un homme en traitement depuis six mois pour une amaurose asthé-

i7S TRAITÉ DL L'A MA L' H OSE.

nique, suite d'excès de masturbation, ne pouvait plus distinguer que les grosses lettres des affiches et ne sortait qu'avec un guide. Bien qu'il eût renouer à sa funeste habitude , la détérioration de la vision avait résisté à tous les moyens mis en œuvre. En quinze jours , Schlesinger lui fit lire du petit-romain, avec le n°24. M.Cunier ajoute que cet homme finit par recouvrer une excellente vue , et il cite des faits analogues extraits de sa propre pratique.

<r Schlesinger, continue l'auteur (1), a obtenu quel- » ques bons résultats incontestables. Mais on peut aussi » l'accuser d'avoir fait bien du mal, en prescrivant l'u- » sage des lunettes à des personnes atteintes de con- » gestions encéphalo-oculaires , de photophobie habi- » tuelle, etc. Ces malades ont vu leur état s'empirer ; force » a été alors de recourir à la médecine, qui n'a pas tou- » jours réussi à détruire le mal qui venait d'être pro- » duit.

» Les verres employés par Schlesinger étaient plano- » convexes.

» 11 commençait par déterminer la portée du foyer » visuel.

» Un amaurotique , par exemple , réussissait-il encore » à déchiffrer le double-canon à trois pouces de distance, » des verres de 3 1/4 pouces lui étaient remis , et il de- » vait , les yeux armés de ces lunettes , s'exercer à la » lecture, une partie de la journée. Une fois que la fati- » gue survenait, l'exercice devait être suspendu.

» Dès que le malade était parvenu à distinguer nette- » ment les lettres , il prenait des verres de 3 1/2 pouces.

1) Annales d'oculistique, t. VII, p. 88.

TIUITKMENT. a/v

» La convexité était ainsi diminuée de 1/4 de pouce en » 1/û de pouce jusqu'au n° 5. C'est par demi-pouce que » la décroissance avait lieu alors jusqu'au n" 9, où elle » commençait par pouce, et, à partir du n° 12, par deux » pouces jusqu'au n" 24 ou 36, dont l'usage devait être » continué pendant longtemps. »

Nous ne passerons pas sous silence quelques autres détails de la pratique de M. Schlesinger, qui nous sont fournis par le docteur Chavériat , lequel a assisté à de nombreux traitements dirigés avec le plus grand succès par l'oculiste allemand , lors de son passage à Lyon, et à quelques essais tentés par M. Bonnet.

Schlesinger applique son procédé à toutes les amauroses , pourvu que le sujet soit capable de lire des lettres d'un gros caractère avec les lunettes qu'il lui fournit. Les verres plans-convexes dont il se sert le plus communément sont parfois remplacés par des bi-convexes. Un œil est-il seul atteint , cas le plus rare , Schlesinger le fait travailler, en tenant l'autre fermé , avec une pelote préparée pour cette destination. Le numéro du verre qui sera le plus à la portée de la vue du malade sera celui auquel on s'arrêtera en premier lieu. Si les deux yeux sont inégaux en force , on cherche , pour chacun d'eux , un numéro approprié. Les premières lunettes une fois choisies, le traitement marche avec simplicité. Dès que l'on est parvenu à lire quelque temps sans fatigue avec un verre, on en adopte un autre d'un numéro plus élevé. On est souvent contraint, au début, de faire déchiffrer des caractères d'une grandeur plus qu'ordinaire ; à mesure que la vision s'améliore , on en diminue les dimensions et l'on arrive insensiblement au caractère usuel. La durée des exercices est subordonnée à la lassitude que

**°° TkAITÉ Dfe L AMkbROSE.

tes organes éprôuvenft ; on doit, au commenfcénfèrflxlti traitement, faire lire à plusieurs reprises, mais peu à la fois. Au bout d'un certain nombre de jours , huit ou dix ordinairement , le sujet peut déjà lire deux heures et quelquefois plus, dans la journée. Il est essentiel qu'il travaille alors avec persévérance. Quant au temps pendant lequel il conservera les mêmes verres, il est subordonné aux progrès que fait la vue , et au plus ou moins de facilité avec laquelle les yeux s'adonnent à la lecture. S'il importe que ceux-ci aient acquis un certain degré de force, avant qu'on leur livre d'autres numéros d'une convexité moindre, on ne doit pas non plus les laisser trop longtemps sur le même numéro ; autrement ils deviendraient paresseux et auraient plus de peine à se servir d'un numéro supérieur. La durée du traitement dépend de l'état plus ou moins avancé de la maladie. Elle est généralement de trois , quatre ou six mois.

C'est par le magnétisme électrique que les verres de lunettes triomphent des affections ophthalmiques , d'après M. Schlesinger ; ils ont la propriété , dit-il (1), de recueillir le fluide électrique, parmi les rayons lumineux, et de le projeter sur l'œil , en même temps qu'ils livrent •passage à ces derniers. Il y a mieux : toutes les maladies chroniques des autres parties du corps, quelles que soientleur nature et leur gravité, guérissent visiblement; les dermatoses, qu'elles existent dès l'âge le plus tendre ou qu'on les ait contractées plus tard, disparaissent toujours radicalement dès la première période du traitement.

M. Schlesinger me permettra d'appliquer à ses asser-

(!) Méthode Schlesinger. Paris, 181o, p. 38.

TRAITEMENT. ->rt «

tions le vieil adage : Qui veut trop prouver ne prouve rien. Tout en révoquant en doute le merveilleux de ses théories , nous ne saurions qu'applaudir à une méthode qui repose sur une loi physiologique dont nous trouvons chaque jour l'application , savoir, que le développement et le pouvoir d'action des organes sont en rapport avec leur exercice. Le docteur Sichel fait ohserver que cet expédient , inutile chez les myopes , ne s'applique en réalité qu'à l'amblyopie et à l'amaurose , suites de la presbytie, ou existant au moins chez les presbytes.

Parmi les remèdes que nous administrons le plus souvent à l'intérieur, contre les amauroses torpides , nous citerons l'infusion d'arnica que nous faisons fréquemment édulcorer avec le sirop d'écorce d'orange , l'infusion vineuse de racine d'angélique , les ferrugineux. Nous prescrivons l'extrait alcoolique de noix vomique en pilules, à la dose de 5 centigrammes par jour, au début ; nous en élevons graduellement la quantité jusqu'à production de quelques secousses. La dose quotidienne de cet extrait, indiquée par MM. Trousseau et Pidoux, est de 5 à 75 centigrammes dans les vingt-quatre heures. C'est au sulfate de strychnine que nous avons généralement recours , formulant 15 centigrammes de ce sel associés à 2 grammes d'extrait de valériane ou d'arnica , pour 36 pilules. On commence par une pilule ; huit jours après, on augmente d'une pilule, et ainsi de suite , jusqu'à ce que le remède donne lieu à quelques effets connus. On soutient ceux-ci avec prudence; s'ils s'exaspéraient par trop, on suspendrait, pour recommencer plus tard par une pilule. Regarder, avec Giacomini (1), la strychnine

(1) La noix vomique et la strychnine sont placées par Giacomini dans la classe des liyposllieïiisnnts spinaux, remèdes, «lit -il , qui abat-

382 TRAITÉ m I.Yumkosi:.

comme IiyposllKMiisM.it,', el Impliquer è la ®èm$tim des amauroses slhéniques, me paraît une théorie dangereuse et peu en harmonie avec les symptômes que de hautes doses de cette substance ont engendrés : roideur, soubresauts dans les membres, secousses convulsives et tétaniques, serrement des mâchoires, opisthotonos , perceptions d'étincelles électriques , etc. MM. Trousseau et Pidoux l'ont observer qu'on a vu , dans des paralysies récentes , les désordres cérébraux qui les avaient causées revêtir, sous l'influence de la noix vomique , une intensité nouvelle. Ils ajoutent , par contre , que dans des paralysies anciennes , symptomatiques d'épanchements sanguins dans le cerveau ou de ramollissements , on en a obtenu des résultats inespérés qu'aucun autre agent n'aurait pu fournir. Ne combattez donc les congestions , dans leur période active , que par les antiphlogistiques et par tous les moyens propres à enrayer le flux sanguin ; plus tard, le système nerveux reste-t-il engourdi, la noix vomique , la strychnine , la brucine , peuvent , comme l'électricité , venir le remuer, le stimuler utilement.

Plusieurs autres remèdes, dont quelques auteurs ont cherché à préciser les indications , ont été recommandés contre la goutte-sereine.

L'aconit est salutaire , d'après Storck, quand la maladie est de nature rhumatismale ou arthritique.

Nous citerons encore la clématite ; la gomme ammoniaque, conseillée par Himly ; les cloportes, auxquels la prééminence doit être accordée, suivant Wenzel, en poudre ou en pilules.

tent directement l'énergie vitule du cervelet et de la partie antérieure de la moelle allongée et delà moelle épinière.

Waitber nid au nombre des pemèdes à employer contre l'amaurose la pulsatille, espèce du genre anémone , dont Storck a conseillé l'extrait et l'eau distillée, jadis connue dans les pharmacies sous le nom d'esprit ma&yrique. Le principe de l'anémone, ditPfafï, est principalement caractérisé par son action spécifique sur les nerfs des yeux , et par ses grandes vertus contre la goutte-sereine (Lœbenstein-Level). Arrachart, qui doute de l'efficacité de ce moyen , cite l'exemple d'une femme amaurolique qui prit chaque jour, pendant trois mois , de l'extrait et de l'eau distillée de pulsatille, sans la moindre amélioration.

Uni aux huiles, aux éthers, le phosphore , agent d'un maniement dangereux, a donné lieu à quelques formules, pour l'usage externe , que nous n'employons pas. On lit dans les Annales d'oculistiquc (tome XIX), que Gonradi a retiré des avantages de l'administration du phosphore, dans la médication de gouttes-sereines survenues par suite de fièvres ataxiques , et que Wolff. cite trois cas de guérison obtenue par ce moyen. Le phosphore, ajoute l'auteur de la même note , a été essayé par un praticien dont il ne mentionne pas le nom , dans une amaurose asthénique , consécutive à la masturbation , et le succès a été complet. Administré d'abord à la dose d'un quart de grain en cinq prises dans la journée , le remède a été porté huit jours après , et progressivement , à deux tiers de grain en quinze doses dans les vingt-quatre heures. La cécité était radicale. Dès le vingtième jour, les pupilles, jusqu'alors immobiles, commencèrent à réagir à la lumière; les objets furent plus tard distingués; les lettres étaient reconnues au boul de cinquante jours. La gymnastique oculaire fut mise en usage à dater de ce

'i8/' TRAITÉ DE l'amAUROSE.

moment, et , ;m bout de cent trente-jours de traitement, là vision était normale., et la santé générale satisfaisante.

ARTICLE III

Traitement spécial rte quelques variétés d'amaiirose.

S'agit-il de troubles visuels liés à la suppression du flux menstruel (chap. VI, art. P?}, 'chez des lémmes exemptes de chlorose ou de quelque maladie organique de l'utérus, et non encore arrivées au temps de la ménopause, il ne faut point conseiller les emménagogues chaque jour, pendant tout le cours du mois. Les moyens ayant pour effet de déterminer le sang à se porter avec plus de force vers la matrice seront employés à l'approche de la période menstruelle. Interprète des idées du professeur Lallemand , que j'ai réalisées avec succès dans cette partie de ma pratique, le docteur Dufour fait observer avec raison (Clinique de Montpellier) que, dans les cas oli la suppression produite par une cause quelconque existe depuis quelque temps , et a donné lieu à une irritation dans un organe, le mouvement fluxionnaire qui entraînait le sang vers l'utérus a été détourné vers l'organe irrité; or, lorsque la nature se livre, tous les mois, à des efforts pour reconstituer le flux normal, une sorte de lutte s'établit entre la matrice et cette irritation, qui l'a toujours emporté, de telle sorte que la première, interrompue dans ses fonctions , a perdu de plus* en plus de sa force , et a besoin d'être stimulée pour reprendre l'empire sur la seconde. C'est par les emménagogues qu'on parvient fréquemment à dominer cette inertie de l'utérus.

Lors donc que j'ai à traiter une amblyopie ou une amaurose de ce genre, et que je donnais l'époque où l<' flux périodique tend à s'accomplir, je trie contente, dans le courant du mois, de conseiller l'aloès, les pédiluves, les allusions froides, l'exercice, etc., et je concentre tout l'appareil des expédients emménagogues dans les quatre ou cinq jours qui précèdent la période. Je lais prendre , chaque jour alors, des pilules où je fais entrer l'aloès, la sabine, la rue, le safran, le seigle ergoté, etc.; chaque jour aussi, ou tous les deux jours, j'ordonne l'application de deux ou trois sangsues à la région interne et supérieure de chaque cuisse ; je fais pratiquer , sur la face interne des membres pelviens , des frictions avec des mélanges stimulants ; je n'oublie pas les fumigations d'armoise ou autres vers les parties génitales. Cette médication est reitérée tous les mois, à la même époque. Parfois encore, après avoir recommandé les remèdes qui viennent d'être mentionnés, sauf les sangsues, je ne fais poser celles-ci, mais au nombre de douze ou quinze, que lorsque le flux n'a point apparu au temps prévu ou qu'il a été insuffisant. A-t-on perdu la trace de l'époque des règles, on choisit indistinctement, dans le mois, un laps de quatre ou cinq jours, et l'on se comporte alors comme il a été ci-dessus indiqué , et chaque mois , suivant le même mode.

Le moyen suivant, que je tiens d'un vieux praticien, a réussi plusieurs fois à ramener les règles. On applique, le soir, deux sangsues à la face interne et supérieure de chaque cuisse ou aux grandes lèvres. Le sang arrêté, on dirige vers le vagin, à l'aide d'un "clysoir, une fumigation provenant de l'eau bouillante, ou d'une infusion aromatique. Dix minutes ou un quart d'heure après, on

38f> TRAITÉ 1» i- \ M M ROSE.

cé§se la fumigation,; on applique sur chaque aine un emplâtre de poix , de Bourgogne, el un cataplasme chaud sur [es parties génitales. La malade sr. couche dans un lit bien bassine , et on lui administre une. infusion de safran ou de tilleul, ou toute autre boisson diaphorétique.

Quelques commères Pont placer de l'absinthe à ta plante des pieds; d'autres y l'ont mettre de la moutarde. L'ail pilé, sur celle même région, était conseille |>ai Sydenhani.

l/électricité , dirigée vers les lombes, le bassin, les membres inférieurs, est considérée par des praticiens distingués comme l'un des moyens les plus puissants que l'art possède pour rappeler ou pour accélérer le cours du sang menstruel.

Une saignée du pied, ou l'application d'un bon nombre de sangsues aux cuisses est indiquée quand une congestion cérébro-oculaire violente vient de s'établir subitement, par l'impression du froid ou par toute autre cause qui a arrêté la période.

Estf on fondé à croire que l'amaurose doive être rapportée à la suppression d'un écoulement hémorrlioïdal habituel, il devient indispensable de rétablir le plus promptemeut possible unebémorrhagie nécessaire, dans ce cas, a la conservation de la santé. Les sangsues en petit nombre, et souvent réitérées, à la marge de l'anus, les ventouses sur la région du fondement, les demi-lavements d'eau chaude, les poudres de soufre sublimé, de carbonate de magnésie , de crème de tartre el de sucre, suivant la ormulede Jaeger el de Kosas(l), et quelques autres

( 1 ) ? Soulïe sublimé. j d c, ,

Carbouale de magnésie ) H

TRAIT KMKN'fi • $87

moyens indiques déjà (elwp. VI, ml, n>, tondront utilement au but désiré.

Une amblyopie lîy^âi'éliîique a-l-elle. surgi à la suite de la disparition d'épistaxis habituelles (ebap. VI, art. un, placez de temps en temps des sangsues sur la membrane de Schneider ; ajoutons que ce lieu d'élection , pour l'application de ces annélidcs, est fréquemment adopté par le professeur Jaeger dans les phlegmasies aiguës ou chroniques des voies excrétoires des larmes; elle s'opère alors, bien entendu, dans la narine qui correspond à la maladie. Je n'ai jamais eu recours aux scarifications de la pituitaire, qu'au rapport du docteur Jeanselme, M. Velpeau a conseillées dans (fuelques cas. Elles sont fréquemment employées par les médecins de l'Orient, comme j'ai été à même de m'en convaincre à Gonstantinople et dans quelques autres localités du Levant , où j'ai longtemps séjourné. Le docteur Deleau m'a dit qu'il posait aussi des sangues dans les narines toutes les fois qu'une surdité avait son point de départ à la muqueuse nasale, par la propagation de l'inflammation de celle-ci à la trompe d'Euslache. Il n'accorde aucune confiance à la scarifia cation de la membrane olfactive, scarification qui ne fournit généralement que peu de sang.

L'amaurose qu'on aura lieu d'attribuer à l'omission d'une saignée habituelle (chap. VI, art. rv) réclamera généralement l'intervention des émissions sanguines , associées aux ressources de l'amaurosc congeslive. L'an-

Crèinede tartre ) . .

Sucre blanc pulvérise j dc 8. grain.

Mêlez.

La dose est d'une cuillerée à café, soir et malin, dans un demi-verre1 d'eau.

♦°)!^ i iî m i i; i>r l'amaurose.

liée «Tapirs, je malade devra se tenir eu garde contre un accident de même nature, qu'il cherchera pcéveuir parties purgations répétées, s'il veut renoncer à se faire saigner tous les ans.

La goutte-sereine consécutive à la suppression d'Une éruption cutanée , et notamment de la scarlatine et de la rougeole (chap. VI , art. vi, demandera presque toujours la médication de l'amaurose cérébrale, (l'est ainsi que, chez un enfant qui, après s'être exposé à un air vif durant la période de desquamation d'une scarlatine, l'ut frappé d'une ainaurose hydrocéphalique, avec délire, convulsions, dilatation des pupilles et cécité , le docteur Camerer obtint la guérison par les ajUiphlogistiques , le calomel , le nitrate de potasse et les sinapismes (1). Les bains entiers , avec addition de farine de moutarde, les bains de vapeur, les frictions irritantes, pourront rendre , dans de telles circonstances , des services signales, car il est de règle, tout en combattant les métastases fâcheuses dansl'organe sur lequel elles se sont opérées, de produire une excitation vive et rapide dans la région que la maladie première a abandonnée. Les troubles amaurotiques sont plus communs par l'effet de la scarlatine que par suite de la rougeole. N'existent-ils qu'à l'état d'amblyopie et sont-ils récents, le pronostic est généralement favorable ; il est grave , au contraire , quand la vision a été abolie.

Dans quelques atnauroses bydrocéphaliques cbroniques , le docteur AVedemeyer dit avoir employé avec avantage, sur le cuir chevelu, les frictions stihiées, à l'aide desquelles une suppuration abondante était entre-

(1) Annales d'oculistiquc, t. IX, p. 60.

tenue pondant plusieurs mois (1). J'ai l'habitude , ilans les cas de ce. genre (voy. obs. 3/i), de remplacer par de l'onguent napolitain une partie de l'excipient de la pommade stibiée , conseillant de 2 à h grammes d'émétique, 8 grammes d'onguent mercuriel et 8 grammes de cérat. On associe ainsi aux effets dérivatifs engendrés par le tartre stibié les effets résolutifs du mercure (2). J'ajouterai, d'ailleurs, que toutes les fois que des lésions oculaires , quelles qu'elles soient , me paraissent avoir pour origine la cessation de gourmes à la tête , je fais raser celle-ci en plusieurs endroits et j'y fais pratiquer des frictions, soir et matin, avec la pommade stibiée. Dès que les pustules ont apparu , la tète est pansée une ou deux fois par jour avec des feuilles de choux ou de poirée enduites de beurre ou de saindoux. Je n'ai jamais remarqué que cet expédient eût entraîné un mauvais effet, quant à la reproduction des cheveux. Il m'a paru surtout jouir d'une efficacité puissante dans les kératites graves. Quelques médecins admettent qu'une partie du tartre stibié est absorbée dans de telles circonstances , et agit comme altérant , comme hyposthénisant .

Un horloger de la Chaux-de-Fond était amaurotique depuis plusieurs années , par suite de la disparition, sous l'influence de lotions répercussives , d'éruptions dar- Ireuses fixées tantôt aux cuisses, tantôt sur le tronc;

(1) KLEiNEm'â lleperloriuni. Leipzig, 1830,9e numéro, p. 93.

(2) Je formule habituellement, pour la pommade d'Autenrieth, de 2 ù A grammes de tartre stibié, et 16 d'axonge. On a cru remarquer que l'addition de 10 à 20 centigrammes de bichlorure de mercure à la niasse rendait l'éruption plus rapide, plus confluente et moins douloureuse. Cette addition n'a jamais donné lieu à la salivation ou à d'autres accidents. Broussais père associait à la pommade stibiée du sulfure île mercure ( 1 2 décigrarnmès de sulfure pour ^2 grammes de pommade).

S™ TRAITÉ Dlî l'aMAUROSE.

les saignées, les évàèllftôts, etc., s'étaient montrés stériles; te malade étaïl épuisé par des céphalalgies el la privation du sommeil (1). Le docteur Châtelain^ bien mie né concevant aucun espoir, conseilla une Infusion concentrée de quinquina et de Heurs d'arnica, et des frictions sur la partie antérieure de la poitrine avec la pommade stibiée. Au bout de cinq mois, pendant lesquels on réitérait les frictions après la chute des croules et sans autre interruption que le temps nécessaire à la dessiccation des pustules, les accidents céphaliques s'évanouirent, et le sujet recouvra la vue. Les onctions furent renouvelées depuis, au printemps et en automne de chaque année, de crainte de récidive.

Un jardinier, dont parle l'abbé Desmonceaux, avait une dartre qui lui couvrait les oreilles et s'étendait sur le visage. «Ennuyé, dit-il (2), de ce désagrément lépreux, » il prit, pour s'en débarrasser, la résolution de se ser- » vir des répercussifs les plus actifs; la dartre disparut, » Trois ou quatre mois se passèrent dans un état de sé- » curité apparente, lorsque fatigué par des maux de tète, » par des tiraillements de cerveau, il fut tout à coup » surpris par la cécité la plus -décidée, par la goutte- » sereine la plus complète. Cet homme, âgé de quarante- .» quatre ou quarante-cinq ans , s'était couché clair- » voyant et se releva aveugle. » L'auteur ajoute qu'il réussit, au bout de plusieurs mois, «à rendre ce malade à la lumière, par un vaste cautère à la jambe, par des révulsions souvent répétées, tantôt à la nuque, tantôt à l'un ou à l'autre hras , par des frictions avec des flanelles sèches et imprégnées de la vapeur de genièvre,

(I) Bibliothèque médicale, t. Lit, p. 68. • '2) DiwMONr.F.AUX, Inc. cit., t. I, p. iî>2.

TRAITEMENT. »WJ

moyens auxquels il associa, entre autres ressources, les vomitifs, les purgatifs, les stemulatoires et la mastication de la racine de pyrèlhre.

Les accidents amaurofiques semblent-ils liés â la suppression d'anciens ulcères aux jambes, voici la conduite à suivre d'après Beer. Des sinapismes très forts ou d'autres irritants très énergiques seront placés sur le siège des cicatrices. Les plaies nouvelles n'entraînent-elles pas une suppuration abondante , on y suppléera par les cautères aux mollets et aux cuisses. On secondera ces moyens par les bains sulfureux, par les anlimoniaux, et notamment, dit-il , par le soufre doré d'antimoine. Les toniques, tels que le quinquina et la canne aromatique, sont indiqués s'il existe une débilité générale.

Les personnes chez lesquelles une amaurose sera considérée comme le résultat probable d'une suppression de la sueur des pieds (chap. VI, art. vu), devront éviter tout refroidissement de cette partie du corps et porter des bas ou des chaussons de laine , extérieurement recouverts de chaussons de taffetas gommé. 11 importe, d'après le docteur Mondière , de ne point appliquer ceux-ci à nu sur la peau , la sensation de froid qu'occasionne le contact du taffetas gommé avec le tégument cutané étant plus susceptible de chasser la sueur que de la rappeler. J'ai l'habitude de faire saupoudrer la partie intérieure des bas ou deschaussons de laine d'un mélange de forme de moutarde et de chlorhydrate d'ammoniaque. Le docteur lluete unit, dans le môme but, deux parties de chaux à une partie de sel ammoniac; du chlorure de calcium se l'orme cl l'ammoniaque qui se ctégâge se porte sur la peau qu'elle stimule.

tes bains de sable ont réussi à M. Mondière, dans des

392, TRAITÉ DP l'a.MAL'ROSE.

cas où d'autres moyens s'étaient montras inefficaces, 11 prescrit à son maïadede se couvrir les pieds et lu région inférieure des jambes de plusieurs doubles d'étoffe de laine; ces parties sont placées dans un baquet qu'on remplit alors de sable aussi cbaud qu'il peut être supporté. Le docteur Mondière fait prendre de préférence ce bain le soir ; il dure d'une demi-heure à une heure ; puis le malade met ses chaussons de laine et ceux de taffetas gommé et il se couche dans un lit bassiné.

Il faudra, dans quelques cas ( chap. VI, art. vm), avoir pour but principal de reconstituer la sécrétion olfactive dont la cessation a pu engendrer le trouble de la vision. Pour rappeler le flux lochial (chap. VI, art ix), on prescrira les vapeurs simples ou aromatiques dirigées vers les organes sexuels, les cataplasmes chauds sur ces mêmes parties , les pédiluves irritants. Désormeaux recommande encore , dans le même but , l'application des sangsues à la région interne et supérieure des cuisses ou à l'intérieur des grandes lèvres ; celle des ventouses ou des vésicatoires aux cuisses , et la saignée du pied. S'agit-il de provoquer la sécrétion du lait qui a tari (chap. VI, art. x), on a conseillé les cataplasmes sur les seins , l'application sur ceux-ci de sachets remplis de plantes aromatiques , sèches , bien chauffées et saupoudrées de camphre (tteer); des frictions douces et fréquentes sur ces organes avec des flanelles chaudes et imprégnées de la vapeur du succin, du mastic , de l'oliban. Le sein sera donné à l'enfant ou à un jeune chien , ou l'on usera de moyens de succion artificiels.

Qui ne prévoit que le traitement de l'amaurose chlon.tique (chap. VI, art. xi) consiste presque tout entier dans l'administration du 1er, justement appelé par

M. Trousseau un médicament reconstituant Son emploi doit être continué longtemps. Il résulte des recherches du professeur Corneliani (de Pavie) que ce n'est , en général, qu'un mois après le début de la médication que la quantité du sérum diminue , tandis que le nombre des globules augmente.

M. Bouillaud et d'autres conseillent le lactate de fer ; le docteur Mialhe accorde une préférence exclusive au tartrate de potasse et de fer, qu'il regarde comme de tous les composés ferrugineux celui qui atteint le mieux le but qu'on se propose , la régénération des globules sanguins. Au fur et à mesure, dit-il, que les éléments de l'acide tartrique sont transformés en d'autres produits par l'oxygène du sang, l'oxyde de fer, mis en liberté, se combine directement avec les éléments albumineux , pour concourir à la reconstitution des globules (1).

Les pilules de Vallet m'ont été utiles. La commission de l'Académie de médecine chargée de leur examen a reconnu qu'elles donnaient le moyen d'administrer le carbonate de fer à des doses constantes , sans laisser à craindre que le médicament ne change de nature dans le cours de son emploi ; que l'excipient parfaitement approprié de ces pilules était des plus solubles , et assurait l'action de la base médicamenteuse.

La question de savoir s'il vaut mieux avoir recours à des préparations martiales , solubles ou insolubles , ne doit point nous occuper ici. J'ai eu recours , avec les plus grands avantages, à la limaille très pure, et qui devra surtout être exempte de cuivre, et au sous-carbonate.

(I) Mialhe, Nouvelles considérations chimiques et thérapeutiques sur le tartrate dépotasse et de fer (Bulletin de thérapeutique, juin 1850),

$94 TRAITÉ DIS l'aMAUROSE.

Un ppiai compose cle 32 grammes de l'un il»1 ces agents, 8 de rhubarbe, :> de cannéUft, 2 d'gloès sucootnn, el quantité suffisante de miel blanc , m'a rendu des services notables, eta parfois ramène les règlesau bout deqùinze ou vingt jours. La dose, est d'uàe â.emi-»cuilieréé à cale deux fois par jour , au début; de deux cuillerées plus lard. J'ai vu cet opiat causer des coliques dans le principe , et être ensuite parfaitement supporté.

Je n'administre pas le fer aux quantités énormes auxquelles plusieurs médecins Je conseillent. Je dépasse rarement 2 grammes par jour. Je le donne au commencement des deux principaux repas; l'estomac en esl moins fatigué; l'assimilation du remède avec les aliments me paraît favoriser avantageusement son action sur l'économie. Je suspends de temps à autre les préparations martiales pOur les reprendre ensuite.

Les contre-indications du fer, dans les cas de phthisie pulmonaire, etc., rentrent dans les données de la médecine générale, et leur examen nous entraînerait trop loin. Occasionne-t-il quelques accidents du côté de l 'estomac, on peut, à l'exemple de M. Trousseau, formuler S grammes de limaille de fer , 1 gramme de cannelle, et quantité suffisante d'extrait mou de gentiane pour 72 pilules. On n'administre d'abord qu'une faible quantité de ce remède, de manière à ne point ingérer à la l'ois plus de 10 centigrammes de limaille, toujours au commencement ou dans le cours du repas.

Quelques stimulants locaux: pourront être recomm.iiidés avec fruit, si l'amaurose clilorotique afl'eete un caractère de torpidité.

Dans l'amaurose rhumatismale (chap. Vï, art. xu), il l'iiiidra associer an traitement de la goul le-sereine , SUÎ-

' traitement.

vanl le type qu'elle préserrte, les moyens clonl l'exprrfciice ;i sanctionné l*éffîcadté dans le rhûiriaitisme.

J'emploie souvent la leiirture .le semences de colclliqiîè, placée par (naeomini dans la classe des hyposthénisants cardiaco-vasculaires. Le docteur Worms , médèciti de l'hôpital du (iros-Caillou , qui L'administré toujours contre le rhumatisme articulaire, à raison de 20 gouttes d'abord, de trois en trois heures, portant ensuite la dose à celle de /|0 gouttes, trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures, a remarqué que l'usage de ce moyen, suivi avec persévérance, amenait la sédalion du pouls (li. Chez les sujets très sensibles, dit-il, il détermine parfois une diarrhée assez marquée et des troubles passagers du sensorium; mais ils n'ont jamais de gravité, et cèdent promplenienl, soit d'eux-mêmes, soit à l'aspiration d'un peu d'ammoniaque liquidé'. Quelques oculistes ont constamment recours à la teinture de semences de colchique dans les ophthalmies éréthistiques accompagnées de beaucoup de photophobie et d'écoulement de larmes abondantes. En supposant, comme plusieurs praticiens le pensent , que cette préparation n'ait point d'action spéciale sur la condition rhumatismale, elle est au moins purgative à certaines doses, et cet effet ne peut être <pie salutaire chez les sujets constipés, et si l'on a affaire à une amaurose hypersthénique.

Les bains de vapeurs, simples ou aromatiques, que je fais prendre, autant .que possible, à domicile, pour éviter le refroidissement, se sont montrés très efficaces, le les ordonne le soir, au moment du coucher; la chaleur du lit entretient ainsi Vers la peau, après leur adminislra-

(!) Gazelle mSdiritlc, nnntfe 13K0, p. 170.

39fi TRAITÉ WS l'aMAJIROSE.

t ion , un mouvement salutaire. Le docteur Hubert me racontait que M. Bretonneau, ayant à traiter un strabisme récent, de cause rhumatique, prescrivit avec succès des fumigations, au lit, avec une infusion de fleurs de sureau ; le malade plaçait une couverture sur sa tète, et recevait la vapeur sur la face. Les bains sulfureux ne seront pas négligés dans quelques cas. J'ai observé, à Naples, des sujets qu'on avait amenés, perclus de rhumatismes, et qui guérissaient miraculeusement par l'effet des eaux thermales, si puissantes et si abondantes aux environs de cette ville.

Je ne saurais assez recommander une calotte de flanelle, recouverte d'un bonnet de taffetas gommé. J'ai encore vu cet expédient utile dans quelques cas de surdité.

Les frictions sur toute la surface du corps, avec une brosse de flanelle ou avec une main de crin, pourront être conseillées. Les vésicatoires derrière les oreilles, etc., sont très recommandés par Beer.

Les malades éviteront les applications réfrigérantes, qui ne pourraient point, d'ailleurs, être supportées; ils séjourneront dans un logement sec et exposé au soleil. Habitent-ils un pays humide, et où régnent souvent des brouillards, une ressource héroïque consisterait à les diriger vers des climats chauds : c'est, malheureusement, un moyen auquel peu de gens consentent à se décider.

La thérapeutique de l'amaurose rhumatismale comprend encore , suivant quelques auteurs , le gaïac , la salsepareille, l'aconit, le soufre, le camphre, les poudres de Dower, l'esprit de Mindererus. Walther conseille le tartre stibié à doses vomitives.

La puissance antisyphilitique du sublimé corrosif,

quelle que soit 'îl périddë de la maladie, a été trop souvent appréciée pour que je néglige d'en l'aire emploi dans Pamaurô&e vénérienne (ehap. VI, art. xiu). Je lui associe l'iodure de potassium, non aux quantités considérables auxquelles certains praticiens le prescrivent, mais à la dose de 1 à 2 grammes par jour (1). Tous les matins, quelque temps avant le déjeuner, le malade prend une tasse d'une décoction de tiges de douceamère ou d'une autre tisane dépurative , avec addition d'une cuillerée à bouche delà solution iodée ; il en prend une seconde tasse au milieu du jour; une pilule de biclilorure d'hydrargyre , ou une cuillerée à bouche de liqueur de Van-Swieten (2) est administrée le soir. Je donne cette dernière liqueur dans un verre d'eau gommée, additionnée d'une ou deux cuillerées à calé de sirop diacode, si des coliques ou des maux d'estomac se manifestent. Le sirop diacode peut être également ajoute â la solution iodée, si elle est supportée difficilement.

Une friction avec l'onguent napolitain est l'aile le soir, ou soir et matin, sur la région fronto-femporale.

Le malade est soumis à un régime doux : laitage, légumes, viandes blanches.

Si ce traitement n'a pas été couronné de succès, si le résultat a été insuffisant, ou si le sujet a déjà usé d'une forte quantité de deutochlorure de mercure, je supprime

(1) M. le docteur Vessièrc m'a dit avoir employé avec avantage, contre les accidents secondaires et tertiaires de la syphilis, les frictions aux aisselles, aux aines, à la plante des pieds, etc., avec la pommade d'iodurc de potassium iodurée.

(2) Van-Swieteu formulait 60 centigrammes de sublimé pour 1 ,000 grammes d'eau-de-vic de grain. Cette liqueur étant une véritable boisson alcoolique, on n'y fait entrer, plus tard, que la quantité d'alcool nécessaire pour bieu dissoudre le composé mcrcuriel.

3i)8 TRAITÉ DU LAMAlîUOSli.

cel ageuf, cl je combine l'iodure de potassium avec La tisane de Keltz, l'aisanl prendre, eu même temps Je percMorure d'or et de sodium en pilules. Je nie pjais à reeoiuiailre~ipie c'est le docteur Delarroque père, ancien médecin de l'hôpital IS'eckcr, qui m'a mis au courant de celle dernière médication, héroïque contre les accidents de la vérole constitutionnelle. La malade don l il a été parlé page 211 lui doit la vue.

J)e même que la tisane de Pollini, de même aussi que celle de Vinache, et la décoction antivénérienne de Lisbonne, etc., dans lesquelles on l'ait entrer une certaine quantité de sulfure d'antimoine naturel, la tisane de Feltz, préparation eflicace et trop souvent délaissée, agit surtout par l'arsenic qu'elle contient. Il faut veiller à ce qu'elle soit laite avec soin et par un pharmacien consciencieux. Rappelons qu'on la prépare, dans un vase de terre, avec 60 grammes de salsepareille, 10 grammes de colle de poisson , et 80 grammes de sulfure d'antimoine, enfermé dans un sachet de linge, pour 2 litres d'eau , qu'on fait bouillir jusqu'à réduction d'un tiers. Les proportions qui viennent d'être indiquées sont celles du Codex; elles sont sujettes à certaines variations dans les formulaires. Quelques pharmaciens changent le nouet toutes les fois. Or, à la faveur de l'ébullition, le sulfure d'arsenic, qui se trouve associé au sulfure d'antimoine naturel, décompose l'eau en donnant lieu à de l'hydrogène sulfuré et à de l'acide arsénieux, qui demeure en dissolution. Dans le but d'avoir une certitude entière sur [es proportions de ragent arsenical , on a proposé de substituer au nouet contenant le sulfure d'antimoine l'addition d'.UU soluté d'arséniale de soude, Nous ne saurions approuver celte modification ; il y il lieu de croire

ïkmïembnt'.

qu'on n'aurait plus te même pédtaaisÉteftt. Il résulte, eu effet; dos recherches de M. Grassi, pharmacien eu chef .le l'hôpital du Midi-, que la tisane de Feltz présente , outre l'élément arsenical, nue certaine quantité d'oxyde d'antimoine. Il faut admettre , eoulinue-t-il (1), que le sulfure d'antimoine traité par l'eau se comporte comme le sulfure d'arsenic, c'est-à-dire qu'il donne lieu à de T hydrogène sulfuré et à de l'oxyde d'antimoine, qui reste eu dissolution.

j'ai employé avec fruit, dans les mêmes circonstances, le sirop de salsepareille, avec addition d'iodure de potassium et de hi-iodure de mercure {.sirop iodhydrargyrique), et les bains de vapeurs.

Le caractère congeslif ou torpide de l'aUectioii oculaire demande souvent encore quelques additions thérapeutiques qu'il est aisé de prévoir.

Toute la classe des anthelnunlliiques, le caloinel notamment, seul ou associé au camphre, au semen-eonlra, etc. , sont applicables à l'amaurose produite par la présence des vers dans le canal intestinal (chap. VI, art. xiyi. Il importe d'y recourir aussitôt que possible; car, à la longue , les parties nerveuses chargées de percevoir la lumière peuvent s'être altérées sans remède, de telle sorte que l'éloignement de la cause morbilique ne suffit plus pour ramener la vue à ses conditions normales* Une jeune fille aveugle depuis trois années, à qui Weller lit rendre une bonne quantité de lombrics d'un énorme volume1, récupéra, au bout d'une semaine, assez de vue pour distinguer les dimensions des objets ; bien que les moyens les plus com «Miables eussent été continués avec

(1) Abeille médicale, l. IV, p. 00.

MO TRAITÉ m l'aMAUROSE.

pevséyéi'aijce , ils ne réussirent à amener aucun atnendei nent ultérieur.

La débilitation générale que riielminthiasis est susceptible de l'aire naître dans L'économie sera utilement combattue par les préparations martiales, très usitées à Naples, dans cette circonstance , et par la gentiane ou d'autres amers , que recommande Walther. Comme tonique et anlhelminthique en même temps, j'ai fréquemment conseillé, avec avantage, le vin de Bordeaux, dans lequel on a l'ait macérer de l'absinthe. Nous avons souvent employé avec le plus grand succès , contre les ascarides vermiculaires qui siègent particulièrement dans le rectum , et sont le point de départ de l'habitude de là masturbation chez beaucoup de jeunes lilles, les l'riclions avec l'onguent napolitain autour du fondement et à l'orifice de l'intestin.

L'amaurose s'est-elle établie par suite de la grossesse (chap. VI, art. xv ), on la traitera avec plus ou moins d'énergie, suivant son intensité et suivant le degré plus ou moins élevé de congestion cérébro-oculaire. La médication des gouttes -sereines hypersthéniques lui est communément applicable, avec les précautions que commande la position spéciale des malades , et que tout médecin instruit doit connaître. Il y a lieu, chez quelques unes, dit Capuron , et notamment chez les femmes pléthoriques et dont la grossesse est avancée , d'ordonner la diète, un régime délayant, les pédiluves, l'application des sangsues, et môme la saignée générale plus ou moins répétée, pour prévenir les accidents dont les névroses ophtbaliui(]ues ne sont que trop souvent les signes précurseurs. La cécité persiste-t-elle, malgré les secours les mieux entendus, force est de ne pas fatiguer la naliuv

rRAJTEMENT. AO'J

par mit' intervention inutile. On se contentera d'entretenir la liberté du ventre pur des lavements et des minoratii's; on combattra les vomissements et les autres symptômes spasmodiques , et l'on attendra le moment de l'accouchement, qui s'est montré si fréquemment le seul remède efficace, dans cette occurrence.

Les narcotiques et les antispasmodiques, qui ont été proposés dans le traitement de l'éclampsie des femmes en couches (chap. VI, art. xvi), paraissent loin de valoir la saignée du bras. Portai cite des faits dans lesquels cette dernière, aidée des bains- tièdes, parvint à triompher des accidents , et à rétablir les contractions utérines (1).

Walther fait observer que l'amaùrose épileptique (chap. VI, art. xvn) , devenue permanente , est presque incurable; toutefois, ajoute-t-il, un traitement d'essai par la valériane, l'huile animale de Dippel, le phosphore, le nitrate d'argent , peut être employé avec circonspection. Je ne connais aucun exemple de goutte-sereine de ce genre guérie par ces moyens ; un puissant exutoire à la nuque, et les mercuriaux seraient préférables peutêtre, au moins dans certains cas. Nous devons ajouter que nous avons entendu le professeur Piorry affirmer qu'il était parvenu à guérir plusieurs épileptiques par le sulfate de quinine à hautes doses.

Que dire de la médication des troubles visuels susceptibles de s'associer à l'hystérie et à l'hypochondrie, si ce n est qu'elle est liée à celle de la maladie principale.

La goutte - sereine , consécutive à une déperdition

(i) Portai,, Observations sur la nature et le Irai tenir»! de l'épilejisie. Paris, 1827, p. 324.

TRAITÉ L àMAUROSE.

trop considérable des liquides de l'économie ichap. VI, art. xxi, xxn, sxm) , réclame presque toujours les ressources de l'amaurose torpide ; nn combattra l'épuisement par les toniques, par un régime approprié , par tous les moyens capables de fortifier l'économie. Le docteur Dufresse Chassaigne me racontait que le sous-carbonate de fer avait réussi , entre ses mains , à dissiper une myodésopsie existant chez un sujet, anémique , après des saignées copieuses. Les frictions , soir et matin , sur la région de l'épine , avec un liniment contenant une forte quantité d'huile essentielle de térébenthine, m'ont paru avantageuses chez un jeune homme de vingt-cinq ans , atteint d'amaurose asthénique, suite d'onanisme, et, plus tard , d'excès avec les femmes. Il offrait le visus incr escens , symptôme dont la valeur a été précédemment signalée. Bien des nourrices , après avoir allaité dix ou quinze mois, parfois pendant moins de temps, sont prises d'une débilité générale, avec maigreur croissante, douleurs entre les épaules , lassitudes fréquentes , malaises de toute sorte ; j'ai vu le retour des époques coïncider avec ces phénomènes. C'est que la nature se refuse alors à la continuation de la lactation; force est de la cesser ; la femme n'y persévérerait qu'au détriment de sa santé. Quant à l'enfant, il sera sevré avec d'autant plus de succès qu-'il aura été habitué de meilleure heure à prendre des aliments en harmonie avec la délicatesse de son estomac.

Dans la grande majorité des cas, l'amaurose saturnine (chap. VI, art. xxiv), disparaît sous l'influence du traitement dirigé contre la colique qui l'accompagne ; celui de la Charité, dont l'efficacité a été sanct ionnée par une longue expérience, me paraît devoir être prélernblement cou-

seillé , comme donnant lieu à une guérison solide , et mettant, peut-être plus sûrement que les autres moyens, à l'abri des accidents consécutifs. Si le trouble de la vision persistait, il faudrait continuer les évacuants, ordonner la strychnine à l'intérieur, les boissons hydrosulfureuses, les bains sulfureux et les expédients locaux de l'amaurose paralytique. La strychnine , par la méthode endermique, et l'électricité ne seront point surtout oubliées. Cette médication serait applicable encore aux cas d'une goutte-sereine surgissant après la disparition d'une colique qui a été traitée méthodiquement. Le sujet sera éloigné de la cause qui a engendré la maladie ; il fera bien même de renoncer à une profession qui peut devenir fatale à sa santé.

L'ébranlement que l'empoisonnement saturnin détermine dans tous les éléments nerveux de l'organisme a dû porter les nosologistes à associer les narcotiques aux agents destinés à éliminer et à neutraliser la substance toxique. Dans le traitement de la Charité, le malade prend tous les jours un bol de thériaque et d'opium. Ce dernier a été préconisé par Stoll, et, plus récemment, par MM. Triberti (de Milan), Bricheteau, Brachet (de Lyon), qui traite tous ses malades par l'opium associé à l'alun ; le docteur Cayol surtout en a nettement précisé les indications cliniques. Le fait suivant, extrait de sa pratique, est trop instructif pour ne point être relaté (I fui s ce travail.

Un peintre en bâtiments éprouve des tranchées et des \omissemenls; ses parents y voient mie colique de plomb, dont il avait eu déjà des attaques : ils lui administrent 10 centigrammes de tartre stibié, et le surlendemain un pur^ilif. De l'amélioration se manifeste.

MM TRAITÉ Dr LAMAUROSE.

l/es douleurs ayant reparu, au boni de quelques jours , on va chercher un médecin, partisan ardent des doctrines de Broussais : diagnostiquant une gastro-entérite, il ordonne vingt sangsues sur le ventre, des cataplasmes, l'eau de gomme et la diète ; la persistance des accidents milite, les jours suivants, pour de nouvelles émissions sanguines. Le 21 juillet 1829, douzième jour de la maladie, les coliques s'étaient apaisées, mais cet homme, languissant et faible , souffrait dans les jambes , dans les bras, dans le dos et dans la tète, quand tout a coup il perdit la vue et la parole. Apporté, le lendemain matin, à la Charité , dans le service de M. Cayol , il offre l'état suivant : Face pâle , pupilles dilatées et immobiles , cécité ; trismus , léger opisthotonos , agitation des membres, et surtout des extrémités inférieures; pouls serré, petit , d'environ cent dix pulsations à la minute ; ventre rétracté, décubitus dorsal. Les mâchoires ayant été entr'ouvertes de vive force , on fit avaler , dans une cuillerée de tisane, deux ou trois gouttes d'huile de croton , et l'on pratiqua , avec celle-ci , une friction autour de l'ombilic. Il en résulta , pendant la journée et dans la nuit d'après, quatre ou cinq évacuations aqueuses. De plus , on réussit à administrer , du soir au matin , et dans une potion , 15 centigrammes d'extrait gommeux d'opium. Le 23, il y a du mieux; les pupilles sont moins dilatées ; le malade jure , quand Boyer lui introduit une sonde dans la vessie pleine de liquide et qui bombe à l'hypogastre. Le docteur Cayol prescrit 40 centigrammes d'extrait thébaïque, à prendre dans les vingt-quatre heures. Le lendemain, ce jeune homme sort de sa léthargie; il parle, il voit; les pupilles ont recouvré leur contractilité; il ne souffre plus; il se plaint seulement de

THAITEMlilM. àOb

ne pas avoir fermé l'œil de la nuit. L'opium est ordonné aux mêmes doses que la veille. Le 25, le malade dit qu'il n'a point encore dormi ; on diminue la dose du dernier remède, qu'on cesse le 29. A cette époque, sommeil, appétit, convalescence.

Cette observation donna lieu à une belle leçon clinique. Les conséquences qu'il fallait en déduire , d'après le professeur , c'est que la médication antiphlogistique n'avait point été salutaire, pour ne pas dire plus, et que l'opium avait guéri. Les préparations opiacées, continuat-il, dont on n'use jamais à très hautes doses, dans le traitement de la Charité, ne semblent être qu'un secours auxiliaire dans ta première phase de l'intoxication. La réaction des centres nerveux est-elle générale , a-t-elle atteint le degré d'intensité qui constitue la fièvre (fièvre nerveuse , expression qui marque bien sa nature ou sa diathèse) , les expédients sédatifs et antispasmodiques occuperont le premier rang. L'expérience a appris qu'il existait, dans les désordres nerveux de ce genre, une singulière tolérance pour l'opium , en présence surtout des contractions tétaniques des muscles ; mais on ne peut en retirer de bons effets qu'en en élevant fortement la dose. M. Cayol ajouta qu'il l'eût portée au delà de 40 centigrammes par jour , si la diminution du mal ne lui eût pas démontré que la quantité qu'il employait était suffisante.

La cessation de l'habitude de l'ivrognerie est une condition capitale pour la guérison de l'amaurose crapuleuse (chap. VI, art xxvi). Dans le delirium tremens , la saignée, que Ware a préconisée aux dépens de l'opium, s'est montrée très efficace, lorsque le malade était pléthorique et qu'il existait des signes <J 'une forte congés-

aUD TRAITÉ BE LAMACKOSK.

tion encéphalique. Klapp, qui l'a traité par PéMtygift . à doses vomitives , affirme avoir obtenu des guérisons nombreuses et rapides.

L'amaurose consécutive à l'influence d'une substance toxique ne réclame, dans la période âe rëflipôlsofifiô- - ment> que les secours qu'indique la toxicologie, suivant les divers cas. S'agit-il du sulfate de quinine (chap. VI, art. xxvn), et le sujet n'éprouve-t-il pas déjà des vomissements abondants, il faut, pour provoquer l'expulsion de- l'agent délétère, titiller la luette ou donner un émétique; puis on administre des boissons aromatiques 5 et l'on pratique des frictions sur toute la surface du corps, notamment aux membres et à l'épigastre. Les lavements camphrés, les boissons acidulées avec le jus de citron, le vinaigre ou la crème de tartre, et le café sont conseillés, par les auteurs, contre les accidents engendrés par l'opium ; mais la saignée générale peut être indiquée. Mackenzie fait observer qu'elle est souvent d'une grande utilité dans les amauroses produites par les poisons narcotiques , pour remédier à la tendance aux congestions encéphaliques qui les accompagne. Il ert est de même des applications réfrigérantes sur les yeux et la tète. La détérioration de la vue persiste-t-elle après l'empoisonnement, on la traite suivant son intensité et suivant le type qu'elle affecte.

Bien que beaucoup d' amauroses traumatiques (chapitré VI, art. xxx) soient accompagnées de désorganisations rendant stériles les moyens qu'on met en œuvre pour les combattre, il en est d'autres dans lesquelles on .parvient à rétablir la vue dans sa normalité primitive, ou à l'améliorer plus ou moins. Toutes choses égales d'ailleurs, on aura d'autant plus de chances de réussir

TRAITEMENT-. A07 qu'on sera appelé dans un moment plus rapproehé de celui de l'accident. L'observation m'a démontré que la faculté visuelle restait parfois abolie , jusqu'à ce que lé malade ait été soumis à uneou àplusieurs émissions sanguines.

Observation 129. — Le 22 mai 1847, j'ai été consulté par Émile Dobaz , marbrier , dont l'œil droit avait été frappé, il y avait trois jours, par un éclat de marbre. Il m'offrit une ecchymose sous-conjonctivale étendue ; il était le siège de douleurs qui s'irradiaient dans la partie correspondante de la tète. La vue y était confuse; uné grande plaque noire fixe par rapport à l'axe de la vision était aperçue par le malade.

Je prescrivis une saignée du bras, des pédiluves, des sinapismes , des applications réfrigérantes , l'onguent napolitain sur le front, le calomel à dose altérante.

Le 25 , les objets sont distingués plus nettement ; de la céphalalgie persiste (dix sangsues derrière l'oreille droite ; mixture avec eau-de-vie allemande , sirop de fleurs de pêcher et alcoolat d'anis; continuation des autres moyens).

Le 28, état parfait; vue à peu près normale. Le malade ne s'est plus représenté depuis lors. Observation 130. — Quatre jours après avoir été saigné et soumis aux dérivatifs, aux mercuriaux, etc., Chauvin, charpentier, qui me fut adressé en octobre 1846 par M. Page, pharmacien à Paris, put apercevoir de l'œil droit, seul affecté, tous les objets qui lui semblaient couverts d'un nuage , tandis qu'ils lui étaient auparavant dérobés par un voile noir. Chauvin avait reçu, huit jours auparavant, une contusion violente à la l'ace.

Ohscrratinn 131. — Madame Lejeune avait eu , il v

*0S TRAITÉ DiS l'àM^UHOSE.

avaiUrois semaines, l'œil droit atteint par un bouchon rapidement échappé d'une bouteille d'eau de Seltz] quand elle me consulta, le 9 août 1849. Je trouvai là vision assez obtuse. Cette fonction avait été tout à fait anéantie au moment de l'accident ; l'eau froide , l'eau sédative de M. Raspail n'avaient amené aucune amélioration. Les choses en étaient là, au bout de huit jours, quand le docteur Jobert fit poser des sangsues à la tempe droite. L'état resta stationnaire. Une nouvelle application de sangsues ayant été effectuée, la vision se rétablit, bien qu'imparfaitement.

Les émissions sanguines, les fomentations réfrigérantes, les purgatifs , les mercuriaux , sont , en résumé, les principaux moyens réclamés par les amauroses traumatiques. On recommandera le repos et un régime sévère , parfois l'abstinence. Quelques secours chirurgicaux, comme des ponctions, des débridements , pour solliciter l'élimination d'un amas sanguin , extraire des grains de plomb, etc., sont, dans certains cas, nécessaires. Soupçonne-t-on que le cerveau est gravement lésé, on retirera des bénéfices d'un écoulement permanant entretenu dans le voisinage de la tête. L'amblyopie ou l'amaurose traumatique existe-t-elle depuis quelque temps, et paraît-elle exempte de toute complication congestive, les ressources de l'amaurose torpide lui deviennent applicables.

Les eaux minérales, administrées en bains, en douches , en boissons , et prises , autant que possible , aux sources mêmes, ont souvent produit des effets salutaires dans le traitement des affections amaurotiques. Les eaux ferrugineuses seront très utiles, quand il s'agira de fortifier les organes digestifs, de rendre la circulation plus

TUAITEMEIST. AOP

active , de donner du ton à l'économie débilitée par la chloro-anémie , ou épuisée par des évacuations excessives, par l'abus des plaisirs vénériens. On conseillera de préférence les eaux hydrosulfureuses , chez les dartreux, chez les rhumatisants et dans quelques affections nerveuses.

L'éréthisme existant dans les organes sensitifs de l'œil, par suite d'ophthalmies opiniâtres, surtout chez les jeunes sujets, doit mériter quelques instants notre attention , car c'est encore là une sorte d'état amaurotique. Nous voyons chaque jour la photophobie et le blépharospasme se perpétuer chez eux, alors que toute rougeur, que tout signe appréciable d'inflammatiou semblent avoir disparu. Telle est même la force de l'habitude, chez plusieurs d'entre eux , qu'ils courbent continuellement la tête contre la poitrine , et portent les mains aux yeux, pour les soustraire davantage encore, à l'influence des rayons lumineux. L'un de ces organes est-il seul photophobe , l'enfant penche d'ordinaire la tête sur le côté, habitude qui, dans des cas chroniques, a parfois entraîné une courbure vicieuse de la tète et de l'épaule.

Quelques médecins attachent les mains de ces sujets derrière le dos , afin de les contraindre à se servir de leurs yeux.

Le docteur Angelstein (de Berlin) en plonge la tète ,pour un moment, dans un baquet rempli d'eau froide, et il les place ensuite sur le bord d'une table, où l'instinct les avertit qu'ils vont tomber s'ils n'ouvrent pas les yeux . « Nous devons à la vérité de dire, ajoute M. Lebert (1),

( I ) Lebert, Traite pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses .

410 TRAITÉ DE l'aMAUUOSE.

» à qui nous empruntons ce document, (JUë la phûtô- » phobie u quelquefois cessé comme par enchantement, » par l'emploi de ce moyen. » Nous avons toujours préféré l'usage d'amples visières et de conserves azurées. Nous avons eu recours à la solution d'extrait alcoolique de ciguë, à l'intérieur , suivant le conseil de M. Seidel (de Breslau), tout en convenant que sa vertu, contre les phénomènes dont il s'agit, nous a souvent beaucoup laissé à désirer. Le cerfeuil, plante de la même famille, nous a rendu plus de services, comme résolutif et comme antiphotophobique (1) : le docteur Dubois en a usé, d'après quelques documents publiés par nous , et s'est beaucoup loué de ses effets (2). J'ai vu Jaeger recommander, contre le blépharospasme , l'application, répétée de temps en temps , sur les paupières , de cataplasmes préparés avec la mie de pain et les feuilles de ciguë et de jusquiame. La solution d'extrait d'opium, en fomentations sur la région oculaire , nous a paru , de tous les expédients , le plus héroïque : rien de plus efficace pour calmer cet état éréthistique des éléments nerveux de l'organe visuel.

ARTICLE IV

Traitement de l'hénicralople.

Les expédients qui réussissent le mieux contre l'amaurôse se sont montrés stériles dans l'héméralopie produite par l'éclat des rayons solaires. M. Coquerel annonce que les évacuants, préconisés par Scarpa, n'ont procuré

(1) Ch. Deval, De l'emploi du cerfeuil dans le traitement des ophthalmies (Annales d'oculislique, t. XIII, p. 71).

(2) N. Dubois, Thérapeutique de l'ophthalmie des nouveaux-nés, etc. Montpellier, 1846.

aucun avantage dans l'épidémie de la Belle-Poule : ils fatiguaient les malades ; force fut d'y renoncer. Les vésicatoires placés près des yeux, qu'a recommandés Bampfield , n'ont été d'aucun secours dans cette épidémie. Vainement aussi on a posé des sétons dont on a entretenu la suppuration pendant plus de quinze jours. Le principe, sublatâ causâ, tollitur effectus, n'a jamais été plus justement applicable qu'à ce genre de maladie ; le retour en Europe , quand il s'agit d'héméralopes embarqués à bord des navires, est le remède souverain dans cette circonstance. Bampfield a rencontré plus de 300 cas de cécité nocturne, sans qu'il en fût résulté quelque altération permanente de la vision. Même observation a été faite par le docteur Jobit , sur les bâtiments de la station des Antilles ; il n'a vu une héméralopie invétérée aboutir à une amaurose incurable que chez trois vieux marins. Pendant les stations dans les parages où règne l'héméralopie , on prendra toutes les précautions possibles tendant à soustraire les matelots à l'intensité des rayons solaires : tentes sur le pont, recommandées par M.Pleury ; coifîures ombrageant plus les yeux que celles dont nos marins font usage ; diminution, autant que possible, au milieu du jour et au soleil, des exercices qui ne sont pas rigoureusement indispensables.

L'héméralopie liée à la présence d'une goutte-sereine, dont les conditions ont été précédemment exposées, sera combattue d'après son type et ses causes présumées. V amaurose véritablement intermittente réclamera les antipériodiques , qu'il sera toujours utile de faire précéder des évacuants (1). Dans les cas où les préparations

(1) J'ai appris par expérience que le meilleur mode de traitement, des fièvres d'àecès consistait à employer d'abord le tartrè stihié, à doses

lli'Â TttÀlTJS DE L AMAUHUbl,.

de quinquina ont été insuffisantes, Walther et quelques autres oculistes conseillent l'arsenic. Je ne connais aucun fait à l'appui de l'efficacité de cet agent, dans de telles circonstances. Les applications, autour de l'orbite, de vésicatoires qu'on panse avec le sulfate de quinine, ont encore été recommandées.

Les vapeurs azotées jouissent, depuis longtemps, d'une vogue populaire contre l'héméralopie.

Je lis dans le Dictionnaire de l'industrie (Paris, 1795, tome IV ) : « Les Chinois sont très sujets à cette maladie. » On dit que pour la guérir ils font cuire un foie de » mouton enveloppé d'une feuille de nénuphar, après » l'avoir saupoudré de salpêtre ; on met le tout dans un » pot qu'on remue souvent, ayant sur la tête un grand » linge qui pend jusqu'à terre , afin que la fumée qui » s'exhale du foie ne se dissipe point et que le malade la » reçoive entière. Cette fumée fait dissiper l'humeur de » la maladie. »

Dupont rapporte (!) que ce fut un vieux soldat qui indiqua à ses camarades le remède suivant , lorsqu'il y eut, en 1762, une si grande quantité d'aveugles de nuit à Strasbourg.

« Les soldats, dit-il, font cuire une tranche de foie de » bœuf, pesant environ une demi-livre, dans un potde terre » neuf vernissé et de grandeur telle qu'il soit compléte- » ment rempli par quatre livres d'eau. Lorsque le foie est » cuit , comme pour le manger, et que la vapeur est d'une » chaleur supportable , ils portent le pot sur leur lit, et, » inclinant la tête de très près , ils se font jeter une couvomitives, un ou deux jours après un purgatif salin, puis le sulfate de quinine.

(1) Dupont, Mémoire sur la goutte-sereine nocturne épidétnique.

a vèrture par-dessus eux., de manière à y être exacte- » ment enfermés avec le pot. Ils y restent jusqu'à ce que » ce bouillon ne produise plus de vapeurs, ou que la gène » de la respiration les oblige d'en sortir. En général, une » seule application suffit pour les guérir radicalement.

» J'ai connu des soldats entêtés qui n'avaient voulu » rien faire pendant trois semaines : je l'ai même quel- » quefois souffert, afin de savoir si le remède serait aussi » efficace pour une maladie ancienne que pour une ré- » cente. Je n'y ai pas observé de différence ; et à pré- » sent que je crois avoir fait toutes les épreuves néces- » saires à ma conviction , je fais administrer de force le » même traitement. Il existe actuellement au régiment » plus de 250 hommes traités de cette manière. »

J'ajouterai que, lors d'une héméralopie qui sévit à Paris en 18/17, clans deux régiments d'infanterie casernés dans la même localité, je priai le docteur Hubsch de vouloir bien s'enquérir de tout ce qui se rattachait à cette épidémie. Un chirurgien militaire , avec lequel il se mit en rapport , lui dit que le contact des yeux avec les vapeurs de mou de veau ou de mouton faisait disparaître la maladie comme par enchantement. Bien qu'empirique , ce moyen si simple ne doit pas être perdu de vue. Les vapeurs azotées sont également recommandées par le docteur Stœber.

TRAITÉ 01 L il ROSE.

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