NÉCESSITÉ DE S'ÉCARTE!» DE LA ROUTINE
Remontant à l'origine de l'affection pour laquelle on demandait mes conseils , je découvris que la première apparition du Huk menstruel avait eu lieu, il y avait dix-huit mois; que la période s'était montrée deux fois encore, puis avait cessé tout à l'ait. Bien que le teint restât, coloré, comme celui d'une personne en bonne santé, l'aménorrhée était associée à quelques phénomènes chlorotiques : gastralgie , essoufflement , douleurs névralgiques aux membres, etc. Au bout de quatre mois de l'administration du fer combiné avec l'aloès, la rhubarbe, la cannelle, et associé à une stimulation graduée vers l'appareil visuel, les menstrues se rétablirent pour ne pas discontinuer depuis lors , et la vue. qui avait commencé à se reconstituer, trois mois après le début du traitement, fit des progrès notables. Le 17 août suivant, Héloïse Froux constatait le nombre de doigts qu'on lui présentait , et voyait dans les rues les trottoirs ; le 5 octobre, elle distingua des ciseaux et un verre de cristal, quoique avec un peu de difficulté , à cause de la transparence de ce corps. « J'ai vu hier M. le curé et les tableaux de notre église», me dit-elle le 12 janvier 48ê@. Aujourd'hui, elle se conduit sans peine et se rend sans hésitation à toutes les parties de la pièce vers laquelle on l'invite à diriger ses pas. Bien qu'elle ne puisse pas se livrer à la couture, elle soigne les malades, et s'adonne avec intelligence et facilité à tous les travaux qui ne demandent pas une grande portée de vue.
Observation 2." — Le fait suivant est consigné dans in thèse du docteur Marchai (!) :
(I) Marchal, Considérations générales sur le diagnostic et le traitement des affections amauroliques. Thèse inaugurale, Paris, 1850 .
TRAITÉ DE l'aMAUROSE.
«Madame T a contrât té, il y a cinq ans, une affection syphilitique. A L'époque où elle se présenta au dispensaire de M. le docteur Deval, la vue était entièrement abolie à gauche; elle était très trouble à l'œil droit. Cette amaurose datait de deux années. On avait inutilement employé contre elle des emplâtres vésicatoires de Janin , derrière les oreilles et sur le front , des frictions avec l'onguent napolitain et la teinture de strychnine h la môme région , et , à l'intérieur, la solution de chlorure de barium , des pilules de sublimé et des tisanes sudorifiques.
»Le 28 décembre 18A7, premier jour où nous la vîmes , elle éprouvait fréquemment des maux de gorge et des douleurs dans les membres , s' exaspérant par la chaleur du lit; un ulcère, fournissant un suintement sanieux, existait à l'un des mamelons. Elle avait eu des pustules sur la peau. M. Deval ordonna la tisane de Feltz , l'iodure de potassium et des pilules de perchlorure d'or et de sodium , médication dont plusieurs faits très concluants lui avaient démontré la valeur dans les symptômes tertiaires de la syphilis.
» Le 6 janvier, état stationnaire. Le 2/i, mieux ; l'œil gauche commence à voir. (Continuer le traitement; tous les cinq jours un bain de vapeur. )
» Le 19 février, vue bonne à droite , et assez bonne à gauche pour que la malade puisse reconnaître une personne et tous les grands objets. L'ulcère du sein est cicatrisé; les douleurs ostéocopes ont disparu. Le traitement a été suivi quarante jours. A cette époque, il fut suspendu, sauf les bains de vapeur, qui furent encore continués que.que temps.
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» J'ai vu la malade, pour la dernière fois, le 5 mai 1848. Bile distinguait de l'œil gauche une épingle, et travaillait à la coulure. »
Observation 3. — En entrant, pour la première Ibis, dans la salle de mes consultations, le 2 mars 1850, Godet, âgé de cinquante-deux ans, heurtait de sonhâton les corps dont il approchait, et offrait l'attitude des amaurotiques. Comme ce malheureux ne pouvait plus se livrer à son état de tailleur de pierre , ses ressources étaient épuisées, et il était réduit à la misère. Il avait fait un séjour de quelques semaines à l'hôpital de la Pitié , d'où il était sorti avec un certificat d'incurabilité ; tous les moyens , sangsues aux oreilles , vésicatoires sur le front, etc., s'étaient, chez lui, montrés stériles.
L'œil gauche était malade depuis trois aimées, l'œil droit depuis un an seulement. M. le docteur Willems, que je priai d'explorer avec attention la vue de cet homme, constata qu'elle était radicalement abolie à gauche, et très vague cà droite. L'amaurose présentait quelques uns des caractères du type congestif : photopsie, céphalalgies fréquentes. «Je suis quelquefois comme ivre, dit le malade, et je chancelle. »
Dans ce cas encore, la cause des désordres visuels avait passé inaperçue ; je la trouvai dans deux infections contractées en 1825 et en 1830. Des douleurs se faisaient souvent sentir aux membres ; une énorme plaque de couleur cuivrée, à la jambe droite, dissipa tous les doutes : le docteur Taillefer, dermatologue distingué, y vit le résultat de tubercules qui avaient suppuré. J'ordonnai l'onguent napolitain en onctions sur le front, et à l'intérieur les pilules de sublimé et Fiodure de potassium, avec la tisane de douce-amère. Godet quitta bien-
b TRAITÉ DE L'.Ul.U KOSE.
tôt son bâton, et plus tard reprit sou travail. Il me dit, le h juillet, qu'il sciait La pierre en plein soleil , et sans fatigue. La vue, qui s'est rétablie, même à l'œil gauche, lui permet de distinguer l'heure à une pendule et de lire le journal.
Observation h. — Mademoiselle Rose F...., âgée de soixante-trois ans, qui me consulta le 28 mai 1850, a toujours eu un tempérament très sanguin. Elle s'est réglée à l'âge de dix ans et demi, et l'a été jusqu'à cinquante-deux ans. Elle a eu, dans le courant de sa vie, des hémoptysies fréquentes : « Je vomissais une cuvette de sang, me dit-elle, si je ne me faisais pas saigner tous les mois. » Ses règles étaient fort abondantes. Leur suppression, suivie de congestions vers la tète, a eu pour résultat de détériorer les fonctions visuelles , et de créer dans les globes des désordres graves.
C'est depuis deux années surtout que mademoiselle P. . . souffrait des yeux. L'œil gauche avait été envahi le premier; il commença par apercevoir des mouches, des scotomes étincelants, des corps de toute sorte, qui voltigeaient devant l'organe ; la vue baissa peu à peu dans ce dernier : elle finit par s'abolir. Il y avait en même temps des céphalalgies fréquentes et des douleurs s'irradiant dans le front et la tempe gauche. L'autre œil ne tarda pas à devenir le siège de phénomènes pathologiques identiques, mais à un degré moindre. La vision y avait subi une détérioration notable depuis dix jours.
Je constatai que la pupille gauche était occupée par un amas plastique de couleur blanche et inégalement réparti. Sa position superficielle , et les autres caractères qu'il présentait, militèrent pour que j'en déterminasse la localisation sur la capsule antérieure , quoiqu'il me parût
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difficile que le cristallin Eté lui pas un peu atteint. Une opacité régnai! également à droite; elle laissait libre périphéfiquement une bonne partie de la, prunelle; peu épaisse , elle avait à peu près la forme d'une gourde. Un reste de vision à l'œil droit permettait à la malade de se conduire, bien qu'avec peine. Les conjonctives étaient injectées, d'où un sentiment de gravier derrière les paupières. La photophobie était intense : mademoiselle F ... . portait des conserves d'un bleu foncé.
Au demeurant, je diagnostiquai une amaurose par congestion cérébro-oculaire, laquelle avait eu pour résultat l'inflammation des deux cris talloï des antérieures, d'où les opacités dont il a été question. Un interne des hôpitaux; M. Dugué , partagea cette opinion. Je dois ajouter que mademoiselle F.... avait été, il y a vingt années, pendant trois mois , héméralope.
Je conseillai l'application de sangsues au fondement , des pédiluves irritants et fréquemment répétés, des frictions sur le front et les tempes, avec l'onguent napolitain belladoné , et l'usage périodique de pilules purgatives , suivant la formule d'Anderson.
Il serait trop long de retracer les détails ultérieurs qui se rattachent à cette malade , laquelle vient encore nous visiter de temps à autre. Je dirai seulement que sous l'empire d'un traitement anticongestif et antiplastique, la vue s'est reconstituée à l'œil gauche , naguère frappé de cécité : c'est ce qu'ont constaté, le 25 juillet 1850, MM. Dugué, Hervé, Otto Rœhrig, Roussel et le docteur Delavallade, représentant du peuple, qui nie faisait l'honneur d'assister à ma consultation. Mademoiselle F...., se promenant un jour dans le jardin de l'hobpieedes Incurables, s'aperçut, à son grand étonneinent,
TRAITÉ DE L-'aMAI ROSE.
qu'elle distinguait une fleur de cet œil; plus laid, la vision s'y éclaipeit encore , à un point tel que la malade affirma, en présence des médecins cités plus haut, qu'elle était parvenue, ayant l'œil droit bandé, a cuiller une aiguille. Le globe droit a également éprouvé une amélioration notable. Bien que les opacités pupillaires soient loin d'avoir disparu, elles ont diminué en étendue et en épaisseur ; la tache gauche a pris une forme étoilée. J'ose espérer que, par la continuation du traitement, nous obtiendrons davantage encore.
Observation 5. — Le 15 avril 1850, époque à laquelle madame Gratton , âgée de vingt-huit ans , me consulta pour la première fois , les objets lui semblaient couverts depuis quatre mois d'une poussière noirâtre, qu'elle comparait à celle du charbon de terre. La malade prétendit qu'elle avait commencé par voir deux espèces de ruches blanches, qui gênaient sa vue, tant à droite qu'à gauche; après être devenus de plus en plus volumineux, ces corps avaient été remplacés par des plaques noires bordées de blanc, lesquelles s'étaient converties en une fumée brunâtre. Je ne découvris aucun mouvement congestif à la tête et aux yeux ; exempte de photophobie et de photopsie , l'amaurose semblait tout à fait torpide. Je lui assignai pour causes l'état chloro-anémique de la constitution , le travail assidu auquel cette femme s'était livrée, et surtout les troubles nerveux qui venaient de signaler une grossesse pénible, pendant laquelle tous les aliments étaient vomis , et qui aboutit , le sixième mois, à une fausse couche.
Je prescrivis l'administration interne du sous-carbonate de ter, associé à la valériane, et de quelques toniques ; je lis pratiquer plusieurs fois clans la journée, sur
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la région eircumoièi taire , dos trictious avec dos mélanges stimulants, à la vapeur desquels tes yeux étaient s,»umis; on outre, la malade prisa une poudre composée de bétoine, d'asaretet d'ellénore blanc. J'effectuai plus tard, et de deux jours l'un, des vésications sur le front et les tempes avec la pommade ammoniacale. La poussière noire se transforma graduellement en un nuage blanchâtre , qui finit par s'évanouir. Cette femme jouit aujourd'hui d'une vue assez bonne pour avoir pu , à la consultation du 7 février 1851, en présence de M. le docteur Visinier, Queslin, opticien , rue de la Bourse, 1, etc., enliler une aiguille fine , celle connue dans le commerce sous le nom de n° 12.
Il importe de déterminer avec soin l'espèce d'amaurose à laquelle on a affaire , le type qu'elle affecte , les complications qui lui sont unies , les causes qui lui ont donné lieu ; de cet examen découlent des éléments précieux de thérapeutique. Ne condamnons que dans les cas où tout démontrel'inefficacitéde nos ressources : gouttessereines congéniales déjà anciennes, avec abolition complète des perceptions visuelles, gouttes-sereines liées à des conditions morbides du cerveau dûment connues comme incurables; cécités associées à des désordres oculaires visibles, dont la guérison ne saurait être obtenue. On peut établir, comme règle générale , que nos moyens sont insuffisants , toutes les fois que le malade ne distingue pas la lumière solaire ; qu'une amélioration, que la guérison môme sont possibles , au contraire , quand le sujet perçoit encore la lumière , abstraction faite dos objets extérieurs. Kxiste-t-il quelque lueur d'espoir; s'agit-il de cas analogues à ceux (pie nous venons de mentionner; soupçonne-t-on la présence de vers dans le
1U tkaitk m<: l'amai iiosi;.
canal intestinal; y a-t-il «a suppression d'une dermatôse , d'un Hux habituel ; l'.amaurose est^elte dur à l'abus des émissions sanguines, à une lactation prolongée , a des excès de travail, à l'emploi de verres concaves ou convexes trop forts , etc. , traitez , niais attaque/, le mal d'après les vrais principes qui doivent dominer la médication, dans chacune des catégories nosologiques ; ne recourez pas banalement au séton et aux vésicatoii es ; n'appliquez pas surtout à l'amaurose sthénique les ressources destinées à l'amaurose asthénique, et vice verm. Les excitants sont-ils indiqués , souvenez-vous que l'art possède des secours précieux pour porter la stimulation au cœur même de l'organe frappé d'inertie : l'action simultanée de l'électricité et de quelques moyens locaux nous a rendu maintes fois, dans cette dernière circonstance, des services signalés.
Si des médecins ne font pas assez, dans le traitement des amauroses , d'autres en font assurément beaucoup trop. Tel était ce docteur, homme instruit d'ailleurs, qui, mandé pour visiter une dame alors âgée de soixantedix ans, prescrivit un séton à la nuque contre un trouble léger de la vision, avec perception de quelques étincelles, conditions liées à un peu de polysémie cérébro-oculaire. La malade allégua la délicatesse de sa constitution et sa susceptibilité nerveuse peu en harmonie avec l'énergie du moyen proposé. L'homme de l'art insista. Or le séton ne fut point placé, ce qui n'empêcha pas la guérison de s'établir, au bout de quelques jours , par les minora tifs et une médication anodine.
L'exploration du mode de vie antérieur du sujet, de ses habitudes, de ses occupations, fait découvrir très fréquemment les inlluences qui ont sévi comme causes pré-