TROUBLES DE COORDINATION DES MUSCLES DU LARYNX
J'ai déjà signalé les troubles des mouvements laryngés respiratoires dépendant d'une perversion momentanée de Finnervalion motrice, et déterminant, chez des personnes saines mais nerveuses et impressionnables, le « type respiratoire inverse», c'est-à-dire le rapprochement anormal des cordes vocales à l'inspiration, pendant l'examen laryngoscopique. Ce phénomène, ainsi que nous l'avons vu aussi, peut s'observer d'une façon constante, chez les malades atteints de parésie ou de paralysie des dilatateurs, et notamment chez les tabéliques.
TROUBLES NERVEUX
Chez certains ataxiques on observe aussi des troubles moteurs laryngés particuliers, répondant assez bien à ce que Prosser James a décrit sous le nom de « bégayement des cordes vocales ». Lorsque, pendant l'examen laryngoscopique, on invite le malade respirant tranquillement à émettre un son, les cordes vocales, au lieu d'exécuter un mouvement d'adduction continu pour prendre la position médiane, n'y arrivent qu'après une série d'oscillations asymétriques et irrégulières, c'est-à-dire d'écartements et de rapprochements successifs. J'ai observé également ce phénomène chez deux paralytiques généraux, et chez un malade de M. Dejerine atteint de pseudo-paralysie générale syphilitique.
Dans les formes graves de chorée de Sydenham, le larynx n'échappe pas aux •troubles moteurs qu'on constate ailleurs. Mais il est difficile de dire ce qui appartient particulièrement au larynx dans les troubles vocaux observés en pareille circonstance, et de distinguer les symptômes laryngés de ceux qui relèvent des convulsions du diaphragme et des muscles thoraciques.
Les troubles de coordination des muscles laryngés les plus intéressants sont ceux qui atteignent certains sujets névropathes ou de souche névropathique en affectant des formes cliniques particulières leur donnant la physionomie de .névroses spéciales. Telles sont ïaphonie spasmodique dont la forme atténuée prend le nom de dysphunie spasmodique, la dysplionie nerveuse chronique, la voix eunurhoïde.
Aphonie spasmodique. — L'aphonie spasmodique (ou spasme plioniqui?) s'observe presque exclusivement chez des institutrices ou des professeurs, des prédicateurs, des orateurs ou des comédiens, et, en général, chez des personnes obligées par leur profession à faire journellement de leur voix un usage prolongé. Mais il n'atteint guère que des personnes nerveuses, et souvent des hystériques. Le trouble laryngé consiste en une impossibilité plus ou moins constante et absolue d'émettre un son vocal, parce qu'au moment où le malade veut parler, le larynx se contracte en totalité et se ferme énergiquement. Le laryngoscope montre qu'en pareil cas il ne s'agit pas seulement d'une adduction et d'une tension exagérées des cordes' vocales, mais encore d'une constriction de l'entrée du larynx semblable à celle qui se produit normalement dans Yeffort : les muscles de Riidinger siégeant dans l'épaisseur des cordes supérieures se contraclent énergiquement et déterminent le contact de la partie moyenne des bords libres de ces diaphragmes musculo-membraneux : en même temps que les muscles thyro-ary-épiglottiques rapprochent l'un de l'autre l'épiglotte et la région aryténoïdienne et réalisent l'occlusion complète du vestibule glottique. Non seulement aucun son n'est émis, niais il n'y a même pas de chuchotement; l'air ne sort pas, et tant que le malade continue son effort d'émission vocale, les choses restent dans le même état, à tel point que la face rougit et se cyanose. Dès que l'effort vocal cesse, le larynx se relâche, et la respiration se fait librement. Dans quelques cas, pendant le spasme phonique, on observe quelques légers mouvements convulsifs des muscles innervés par la branche externe du spinal, et parfois aussi des muscles de la face, et le tableau se rapproche alors notablement de celui qu'on observe chez certains bègues, mais ces convulsions manquent le plus souvent.
Dans les cas moins sévères (dysphonie spasmodique), le spasme phonique est moins marqué et moins généralisé; il porte seulement sur les adducteurs et les tenseurs des cordes vocales; la voix peut être possible, et seulement faible et
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MALADIES DU LARYNX
sourde,. OU au contraire stridente {spasme des tenseurs de Morell-Mackenzie) : mais le malade ne peut parler longtemps sans fatigue, même à voix chuchotée. Certains malades enfin ne souffrent pas de ces accidents d'une faQon constante: ils peuvent tenir assez convenablement, ou même normalement une conversation interrompue ordinaire, et les troubles laryngés ne surviennent que pendant l'exercice professionnel de la voix. A peine ont-ils parlé quelques minutes dans ces conditions, qu'une sensation d'étranglement, de constriction gutturale graduellement croissante, apparaît, et les réduit bientôt au silence ('j. Il importe d'ailleurs de remarquer que l'aphonie spasmodique débute en général de cette façon, et ne devient absolue que progressivement; mais les choses peuvent s'arrêter en route, de façon que l'affection réponde à l'un des trois types décrits ci-dessus.
Ces troubles nerveux peuvent être considérés comme de véritables névroses professionnelles; elles sont, par exemple, tout à fait analogues à la crampe des écrivains. Leur pronostic, au point de vue du retour à la normale de la fonction compromise, est également détestable. On obtient bien, par le repos prolongé et en même temps les antispasmodiques, l'hydrothérapie, etc., des améliorations manifestes, mais les résultats obtenus ne sont que passagers et les récidives presque fatales, en dehors de certains cas se rapportant à des hystériques, et chez lesquels le début des accidents a été brusque, sans que les fatigues professionnelles y aient joué un rôle prédominant.
Dysphonie nerveuse chronique. — Sous le nom de dysplionie nerveuse chronique, M. Brissaud (^) a décrit récemment un trouble de la phonation tout spécial, à physionomie nettement tranchée, et relevant directement d'une prédisposition névropathique presque toujours héréditaire. Le caractère particulier et caractéristique de l'afïection est qu'elle est en quelque sorte congénitale, dure toute la vie, et constitue à proprement parler, plutôt qu'une maladie, une manière d'être de l'individu qui en est atteint. Dès sa première enfance, il a une voix rauque, le plus souvent de tonalité abaissée, à timbre désagréable, cuivré, enroué ou voilé [voix de rogomrne);'\a mue ne fait qu'aggraver momentanément les troubles vocaux, et quand le développement du larynx est achevé, la voix redevient, à l'acuité près, ce qu'elle était dans l'enfance, ou conserve les caractères de la voix de fausset enrouée.
L'examen laryngoscopique montre qu'il s'agit de troubles de l'accommodation musculaire vocale, et donne des résultats variables d'un jour à l'autre et même d'un instant à l'autre chez le même sujet : les cordes se tendent inégalement, mais c'est tantôt l'une, tantôt l'autre, dont la tension se montre insuffisante. De plus, chez les individus à voix de fausset enrouée, l'adduction des cordes, au niveau des apophyses vocales, est trop faible.
Chez un certain nombre de ces sujets, l'éducation de la voix donne quelques, résultats: ils peuvent arriver à déclamer, parfois même à chanter, avec une voix
(') B. Frankel a décrit, sous le nom de mogiphonie, des accidents analogues se produisant dans les mêmes conditions, mais aboutissant à l'aphonie à la suite d'une sensation de fatigue, d'impuissance vocale, graduellement et rapidement croissante. Mais ses malades n'avaient pas de spasme phonique; au contraire, l'adduction des cordes vocales n'était plus qu'ébauchée. Je pense qu'à côté de la mogiphonie de Frankel qu'on pourrait dénommer mogiphonin pjnralytique, il y a lieu de décrire comme une mogiphonie sjianmodiijue le trouble moteur que je signale ici. Plusieurs observations répondant à ce type ont été publiées déjà j.iar divers auteurs, et j'en ai moi-même rapporté un cas (Archives de lanjngologie, 1888).
(-) BuissAun, De la dysphonie nerveuse chronique; Archives de laryngologie, 1890, n° 1.
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à peu près normale, mais la voix parlée ordinaire reste constamment défeclueuse.
Voix eunuchoïde. — Je ne dirai ici que quelques mots de la voix eunuchoïde, parce qu'elle ne reconnaît pas seulement pour cause un trouble de l'accommodation vocale des muscles du larynx dans la majorité des cas, et que le plus souvent elle est le résultat d'un arrêt, d'une insuffisance ou d'une irrégularité de développement du larynx au moment de la puberté. Elle s'observe chez des sujets c[ui n'ont présenté aucun trouble vocal dans l'enfance, mais chez lesquels, à la fin de l'adolescence, la voix n'a pas mué. Au lieu de se modifier et de s'altérer plus ou moins à cette époque, pendant quelques mois, pour prendre ensuite ses caractères définitifs, elle a conservé la tonalité aiguë de la voix de fausset infantile, et elle reste plus élevée d'une octave environ que chez les adultes de même stature et de même sexe que le sujet. C'est chez l'homme surtout que cette condition est fâcheuse, car elle le rend toujours plus ou moins ridicule et lui défend l'exercice d'un bon nombre de professions.
Dans un certain nombre de cas, il ne s'agit que d'une mue tardive; à un mo- <lonné, vers 18 ou 20 ans, la voix se modifie d'elle-même, elle devient d'abord inégale; le sujet parle tantôt en voix de fausset, tantôt en voix de poitrine, et après quelque temps, il finit par prendre une voix normale qu'il conserve ensuite. Chez d'autres, au contraire, laYoixeunuclioïde n'a aucune tendance à se modifier, et persiste indéfiniment.
Bon nombre de ces derniers cependant peuvent acquérir une voix à peu près normale, s'ils sont soumis à une gymnastique vocale spéciale qui a été soigneusement réglée par Bruns, Fournié, et plus récemment par M. Garel (') : ce sont ceux qui possèdent un larynx dont les dimensions ne sont pas exagérément petites, et qui doivent surtout leurs troubles vocaux à un vice d'accommodation phonique de la glotte que révèle l'examen laryngoscopique. Les autres ne retirent aucun bénéfice de ces exercices, qui peuvent même leur donner une voix rauque et inégale plus désagréable encore que celle qu'elle remplace.