PATHOGÉNIE
glottique. Voici comment Beau s'exprime : « Lorsque le produit muco-purulent sécrété par la membrane enflammée vient à tomber sur la glotte, il détermine des accès de suffocation semblables à ceux qu'on éprouve lorsqu'on a avalé de travers. Tout à coup, la glotte se resserre, et il en résulte un sifflement aigu à l'inspiration ; puis il se fait un mouvement de toux quinteuse et saccadée à l'expiration, et cette toux donne lieu au rejet d'une assez grande quantité de liquide pituiteux extemporanément sécrété, dans lequel la goutte muco-purulente, cause de tous ces symptômes, est délayée et entraînée. » Mais il est des cas où il a été impossible de constater l'inflammation des régions sus-glottiques, et ce mécanisme admis par Beau ne saurait alors être invoqué.
La théorie suivant laquelle la coqueluche n'est autre qu'une forme de la bronchite vulgaire, se fonde sur les constatations laryngoscopiques auxquelles nous avons fait allusion à propos de la symptomatologie, et sur les résultats de certaines autopsies. Certainement le catarrhe laryngo-trachéo bronchique existe dans la coqueluche, mais il ne suffît pas à tout expliquer. La coqueluche est inconnue dans certains pays, comme le Texas, où la bronchite est extrêmement fréquente; elle sévit dans tout climat, à toute saison, d'une manière à peu près indifférente, alors que la bronchite règne surtout dans les climats froids ou humides, la mauvaise saison; elle est épidémique, contagieuse, ce qui n est pas le fait de la bronchite. Oue dire enfin de l'évolution cyclique de la coqueluche, de l'immunité qu'elle confère? Non, l'étiologie et la symptomatologie protestent également contre l'opinion qui veut identifier ces deux maladies et qui, soutenue jadis par Watt et Marcus, défendue plus récemment par Loschner et Oppolzer, ne compte plus guère de partisans.
II. La coqueluche névrose. — La théorie nerveuse de la coqueluche est peut-être celle qui ralliait, naguère encore, les plus nombreux suffrages. La coqueluche aurait poiu- origine une altération appréciable à l'œil, soit une modification dynamique de certaines parties du système nerveux. Pour les uns, ce sont les nerfs (pneumogastrique, phrénique, etc.) qui sont malades; pour d'autres, ce sont les centres (bulbaires ou cérébraux); quelques-uns incriminent le grand sympathique. Certaines trouvailles d'autopsie ont paru propres à légitimer l'opinion qui fait dépendre la coqueluche d'une lésion nerveuse ; mais les altérations observées sont, les unes douteuses, les autres fortuites et inconstantes. Il n'y a pas lieu de discuter les théories qu'elles ont servi à édifier.
L'hypothèse d'une névrose provoquant et le catarrhe et les phénomènes spasmodiques serait moins inadmissible; toutefois, elle est loin d'être satisfaisante; elle ne permet pas d'expliquer la contagiosité, l'évolution régulière de la coqueluche, l'immunité qui résulte d'une première atteinte.
III. Théorie infectieuse. — C'est à cette théorie qu'il faut, suivant toute vraisemblance, désormais se rallier. Tout prouve en effet le caractère infectieux de cette maladie, qui procède par épidémies et se montre nettement contagieuse, qui présente une marche cyclique manifeste, et qui confère l'immunilé par une première atteinte. Cette théorie est loin d'être nouvelle, et dès 1788, on voit Bœhme considérer la coqueluche comme l'effet d'un miasme se portant spécialement sur les nerfs; plus près de nous, Frank, Neumann, Rokitanski, Volz, Trousseau se rattachent à l'idée d'infection.
L'avènement des doctrines modernes sur les agents infectieux ne pouvait
[LE GENDRE
m ■ COOLELUCHE.
manquer de susciter des recherches bactériologiques sur la coqueluche. Il était naturel de supposer que le microbe pathogène siégeait dans les premières voies respiratoires; aussi l'a-t-on recherché dans le mucus des fosses nasales, du pharynx, du larynx et dans les glaires filantes rejetées après les quintes.
Aux premières recherches s'attachent les noms de Poulet {Acad. des Sciences. 1867), de Letxerich {Wirc/ioiv's Arclài\ 1870-74), de Tschâmmer {Jahrb. fin- Kinderheilk., 1876), décrivant divers microorganismes qu'ils rapprochent des parasites du maïs ou de la moisissure des oranges, mais qu'ils ne démontrenl pas pathogènes; de Rossbach, de Moncorvo, qui croient le parasite localisé au niveau des cordes vocales.
On a accordé plus de créance aux résultats des expériences d'Afanasiefr('). Cet auteur trouve dans les crachats des sujets atteints de la coqueluche, el dans les foyers broncho-pneumoniques de ceux qui y succombent, une bactérieanalogue à celle que Burger avait signalée en 1883, et considérée comme appartenant en propre à la coqueluche, mais qu'il n'avait pas inoculée. Ce bacillus tussis convulsivee est un bacille court, mince, très mobile, dont l'injection dans la trachée d'un jeune chien détermine une inflammation bronchopulmonaire et peut même donner lieu à de vrais accès de coqueluche. Ouand les animaux succombent, on retrouve le microbe dans les voies respiratoires : on l'a même constaté dans le sang. Semtschenko, élève d'Afanasieff, dit qu'à une recrudescence de la maladie, ainsi qu'aux complications broncho-pneumoniques, l'épond une abondance plus grande du bacille pathogène.
Ritter disait à la Société de médecine berlinoise (2 nov. 1892) avoir trouvé dans les crachats d'enfants coquelucheux un diplocoque, en chaînettes ou en amas, cultivant entre 56° et 58". Ce diplocoque, inoculé dans la trachée d'un chien Irachéotomisé, a provoqué une pneumonie mortelle et chez un autre chien a fait naître une toux qui a duré cinq semaines. C'est aussi un diplocoque que trouve Gallier [Lyon médical, 1892) et avec les cultures duquel il aurait transmis la maladie à divers animaux, notamment le chien et la poule.
Michel Cohn et H. Neumann {Arc/i. f. Kinder., 1893) n'ont trouvé ([uc du streptocoque vulgaire non spécifique.
Deichler (65'= Congrès des naturalistes allemands, Brème, 1890) a mis en doute le rôle spécifique des microorganismes décrits par Afanasiefî. Il décrit, lin', des protozoaires ciliés ayant la forme arrondie ou ovale, ou en croissant, et les dimensions des cellules lymphoïdes, pourvus de cils vibratiles; d'autres ayant des mouvements amiboïdes. Kourlovs^ {Wratch, 1896) confirme l'existence d'une amibe ciliée à oscillations rapides dans les mucosités filantes et claires du début . Plus tard dans les crachats purulents on voit des corps réfringents, concentriquement stratifiés comme des grains d'amidon et pouvant émettre des spores par rupture de leur enveloppe ; ce seraient les étapes de l'évolution du même parasite.
De tous ces microbes quel est le vrai? Des recherches de contrôle sont encore nécessaires pour fixer à cet égard notre conviction.
Quoi qu'il en soit, la coqueluche doit être regardée comme une maladie infectieuse. Griffiths (.-lc«(i. des Sciences, 1892) a signalé dans l'urine des coquelucheux une ptomaïne, qu'il considère comme un produit de sécrétion du microbe pathogène ou de réaction de l'organisme.
(') Vralrh., 1887, et Saint-Pétersb. mcd. Woch., 1887, n" 50 à -42.
PATHOGËNIE.
Il reste à savoir s'il s'agit d'une infection purement locale ou d'une infection générale, avec invasion de l'organisme tout entier. Elle serait, dans la première hypothèse, analogue à la blennorrhagie, par exemple; toutefois on sait que la blennorrhagie peut par exception affecter les allures d'une infection généralisée; elle serait comparable, dans la seconde hypothèse, aux fièvres éruptives. On pourrait enfin la comparer à la diphtérie, dont le microbe ne pénètre pas dans la circulation, mais agit sur l'organisme par ses produits de sécrétion absorbés au niveau des surfaces malades. En tout cas, beaucoup des dangers de la coqueluche découlent d'infections secondaires par les streptocoques et autres parasites toujours prêts à envahir les organismes déljilités.
Parmi les auteurs qui ont assimilé la coqueluche à une fièvre éruptive, il faut citer G. Sée, qui a développé un parallèle entre la coqueluche et la rougeole, et s'est attaché à montrer les caractères communs des deux maladies ; la bronchite de la coqueluche répondrait à une sorte d'exanthème ou plutôt d'énanthème fixé sur les voies respiratoires.
Au contraire. Trousseau, Rilliet et Barthez, etc. voient dans la coqueluche, suivant l'expression du premier de ces auteurs, un « catarrhe spécifique avec névrose », l'infection demeurant purement locale.
Cette définition admise, il s'agit encore de déterminer la cause prochaine qui imprime à la toux les caractères qu'on lui connaît. On peut supposer que le microbe spécifique est doué, par lui-même ou plutôt par ses produits de sécrétion, de propriétés particulières capables d'engendrer une toux réflexe d'un mode spécial.
On peut se demander si une localisation de l'agent pathogène, ou une affinité élective d'un poison sécrété, détermineraient l'altération, non seulement des extrémités nerveuses sensitives, mais des troncs nerveux ou des centres qui concourent au phénomène de la toux.
Nous avons exposé plus haut la théorie ingénieuse que Guéneau de Mussy a empruntée à Romberg et Friedleben, et habilement développée. Cet auteur se rattache à la théorie qui fait de la coqueluche une sorte de fièA-re éruptive à détermination bronchique. A la suite de l'énanthème, les ganglions qui avoisinent les bronches se tuméfient, compriment et irritent les pneumogastriques, et cette irritation des pneumo-gastriques détermine la toux spéciale. Malheureusement pour cette théorie, on trouve le plus souvent, à l'autopsie des sujets qui meurent en état de coqueluche avec les poumons sains, des ganglions bronchiques de volume normal; inversement, il n'est pas rare de rencontrer chez les enfants des engorgements ganglionnaires péribronchiques, sans que la toux spasmodique ait pour cela existé pendant la vie. A la théorie de Guéneau de Mussy on pourrait d'ailleurs opposer des arguments tirés de la physiologie pathologique même : le nerf de la toux par excellence, c'est le laryngé supérieur; une atteinte portée au pneumo-gastrique au-dessous de l'émergence de ce rameau ne paraît guère capable de provoquer les phénomènes spasmodiques de la quinte de coqueluche.
Nous devons citer une autre théorie d'après laquelle il s'agit d'une infection localisée dans les fosses nasales (Michaël, Hack, etc.); de là partiraient les réflexes provoquant la quinte. Certains succès obtenus par les procédés thérapeutiques inspirés de cette théorie et le fait que certains enfants se frottent énergiquemenl le nez peu avant la quinte parce qu'ils y éprouvent un chatouillement, sont les arguments invoqués à l'appui.
TRAITÉ DE MÉDECINE, 2" édit. — VI. 18
[LE GENDRE
COQUELUCHE
On peut résumer de la façon suivante les théoi'ies proposées :
1" La coqueluche n'est pas une espèce morbide, mais vme forme symptomatique de laryngite ou de bronchite, nullement spécifique.
Les phénomènes spasmodiques sont des phénomènes réflexes.
2" La coqueluche est une maladie nerveuse :
A. Névrose.
B. Relevant de lésions nerveuses des nerfs (surtout pneumogastriques)
ou des centres (surtout bulbe).
5" La coqueluche est une maladie spécifique infectieuse :
A. Générale, avec détermination locale sur les voies respiratoires.
B. locale : a, du larynx et des bronches, — 6, du nez.
Les phénomènes spasmodiques tiennent à ;
a. Action spécifique de l'agent infectieux sur le 'système nerveux : soit localement, sur les extrémités sensitives dans la muqueuse altérée, soit au niveau des troncs nerveux ou des centres.
p. Engorgement ganglionnaire consécvitif au catarrhe, et comprimant le pneumogastrique.
Traitement. — I. Prophylaxie. — On ne peut avoir aucune confiance dans les moyens préconisés comme prophylactiques de la coqueluche; la vaccination, la belladone, n'ont à ce point de vue aucune valeur.
Ce qu'il faut rechercher, c'est risolement, aussi complet, aussi 2^^'ompt que possible, des enfants atteints de coqueluche, et cela dans toutes les périodes de la maladie. Les objets qui ont pu être contaminés, les pièces d'appartement où des coquelucheux ont séjourné, seront soumis à une désinfection sévère. Ces mesures seront de rigueur surtout quand il s'agit de préserver des enfants en bas âge, chez lesquels le pronostic est souvent plus grave, ou encore lorsque l'épidémie régnante se signale par une exceptionnelle gravité.
Les coquelucheux paraissent pouvoir se l'éinfecter eux-mêmes (H. Musser) ('), par leur expectoration et par les locaux où ils ont été malades : on doit conseiller pour eux la désinfection des vêtements et du linge, des bains quotidiens, des changements fréquents de chambre, afin de désinfecter CBlle qui était occupée précédemment.
IL Traitement de là première période. — Rien qui diffère du traitement habituel de la bronchite vulgaire : loochs, aconit, révulsion légère, etc.
IIL Traitement de la deuxième période. — Aucune maladie ne peut se flatter d'avoir exercé, autant que la coqueluche, l'ingéniosité thérapeutique. Une liste complète des remèdes appliqués à cette affection équivaudrait, pour ainsi dire, à l'énumération de tous les chapitres d'un traité de matière médicale.
Plus utiles à coup sûr que des prescriptions médicamenteuses, et souveni trop négligées par les familles, sont des prescriptions hygiéniques applicables à toutes les périodes de la maladie et dans toutes ses formes.
(') "Wliooping cough; ils management, ils climatic Ireatement. The climatoloyist, 1891.
TRAITEMEiNT.
Hygiène du coquelucheux. — Il faut avoir soin que la chambre occupée par le malade soit convenablement ventilée, tout en évitant les courants d'air et l'action du froid. On conseille le changement de chambre fréquent (Jurgens, tous les cinq jours; Séjourne!, chambre de jour, chambre de nuit).
Lorsque le temps est beau, il est bon de faire sortir l'enfant au grand air, quelquefois les crises en deviendront plus fréquentes, mais l'état général y gagnera. Bien entendu, ce précepte s'applique aux cas d'intensité moyenne, apyrétiques, et non compliqués d'inflammation pulmonaire ou bronchique.
Toute émotion morale, capable de surexciter le système nerveux et de provoquer la quinte, sera épargnée à l'enfant.
L'alimentation sera l'objet de toute la sollicitude du médecin. Les enfants à la mamelle prendront le sein comme d'habitude, et plus souvent que d'habitude s'il existe des vomissements. Les enfants sevrés recevront une alimentation substantielle, autant que possible sous la forme solide, mais surtout sous une forme favorable à l'absorption rapide. S'il existe des vomissements, on donnera les repas immédiatement après les quintes, et on les multipliera autant qu'il sera nécessaire pour assurer une nutrition suffisante.
Il importe d'indiquer aux parents la conduite à tenir pendant la quinte. Lorsque l'accès survient, on fait asseoir l'enfant, on lui soutient la tète avec la main, ce qui rend la toux moins pénible. Chez les enfants très jeunes, à la fin de l'accès, on peut extraire avec le doigt les mucosités accumulées dans la bouche. Mieux vaut pourtant chatouiller avec une plume ou un pinceau le voile du palais, la luette, la muqueuse des fosses nasales pour provoquer l'expulsion des mucosités par vomissements ou éternuements (Somma). Laënnec recommande de faire avaler au patient, s'il est possible, quelques gorgées d'eau froide ou de tisane; d'après lui, le mouvement de déglutition ainsi provoqué rendrait l'inspiration plus facile et plus profonde. Plusieurs auteurs considèrent en effet cet artifice comme recommandable. Si l'accès, très intense, menace de produire l'asphyxie, on fouettera la figure avec une serviette mouillée, on appliquera des révulsifs sur les membres inférieurs, on pratiquera au besoin la respiration artificielle, surtout au cas de syncope et de mort apparente, dût-on la continuer pendant une heure ou une heure et demie (Baumel loc. cit.), les tractions rhythmées de la langue suivant le procédé de Laborde, l'électrisation des phréniques, les injections hypodermiques d'éther.
Les inhalations d'éther ou de chloroforme sont indiquées pour amener la cessation des quintes trop prolongées.
Médications. — H. Roger, Tordeus avaient très soigneusement dressé la liste des remèdes préconisés contre la coqueluche. D'autres encore ont été lancés depuis et chaque jour en voit éclore de nouveaux.
Nous les classerons pour la commodité de l'énumération en antiseptiques, nervins, anesthésiques et anticatarrhaux, sans nous dissimuler que tous ne peuvent prendre place dans ce cadre.
Antiseptiques. — Depuis l'avènement des doctrines nouvelles sur le caractère infectieux de la coqueluche, on a dû naturellement diriger contre elle les agents de la méthode antiseptique, soit en applications locales au siège présumé du développement microbien, soit par l'administration à l'intérieur des substances réputées microbicidcs.
Le soufre, administré sous forme de poudre ou de pastilles à la dose de 10 à
ILE GENDRE
COOUELUCHE.
i5 centigrammes, doit peut-être à ses propriétés parasiticides refficacité qu'on lui a depuis longtemps attribuée contre la coqueluche (Horst, Rilliet et Barthez).
Mohn (de Christiana) a cité des guérisons immédiates par les fumigations sulfureuses de la chambrç et des vêtements du coquelucheux : 25 grammes de soufre par mètre cube. Les sulfureux ont encore été prônés par Schonberg, Kaurin, Schliep, Féréol, Vigier. Bergeon a employé ses lavements d'acide carbonique pur ou chargé d'acide sulfureux.
Le sulfate de quinine a été de longue date recommandé comme Ionique; depuis une vingtaine d'années, on l'a vanté comme un antiseptique très efficace contre la coqueluche (Binz, Dawson, Steffen, Raymond, Keating, Bruen, Ungar, etc.). A l'intérieur : Oe',25 à Os', iO chez les enfants au-dessous de 4 ans: on peut aussi le donner en lavements, à doses plus élevées ou injections sous-cutanées de bichlorhydrate (autant de décigrammes que l'enfant compte d'années) (Laubinger). Enfin, certains auteurs l'appliquent sur la muqueuse de la gorge, soit par des badigeonnages avec une solution d'un sel de quinine (Hagenbach), soit par pulvérisation (Kolover) ou l'insufflation d'une poudre composée de chlorhydrate de quinine, poudre de gomme et bicarbonate de soude.
'L'acide phénique a été employé en inhalations (Ortille, Scheiding, Lee. Pick, Unruh) (solution à 10 pour 100), en pulvérisations (Gerhardt et Burchardl, Thorner, Goldschmitt, Davezac), avec des solutions variant de 1/50 à 1/500, et à l'intérieur (Oltramare, Cury, Suckling et Macdonald). On a proposé le phénol iodé, le phénate de soude. Je considère les préparations phéniquées comme fort dangereuses pour les enfants.
Aubret(') conseille de saupoudrer l'oreiller à' iodo forme pulvérisé.
Les pulvérisations de solutions à'acide salicylique à 2 pour 100, les insufflations de poudre de même substance, les inhalations de mlicylate de soude, auraient fourni des succès à Otto, Lazinsky, Neubert, Gonzalès, Mirande, Perroud et Nodet.
Raubitschek a préconisé les badigeonnages de la gorge et de la base de la langue tous les jours ou tous les deux jours avec une solution de sublimé au 1/1 000^ Hochstetter (^) n'a pas trouvé les mêmes brillants résultat s que l'inventeur.
Le D"" Baroux (d'Armentières) a récemment proposé de faire évaporer dans la chambre du malade de Veau oxygénée à 12 volumes comme antiseptique et peroxydant. Dans deux salles cubant chacune 00 à 75 mètres l'enfant est placé alternativement le jour et la nuit. On verse l'eau oxygénée pure (conservée dans des litres et non dans des touries) au moyen d'une petite mesure d'étain ou de verre (8o grammes toutes les quatre heures) sur deux linges de vieille toile blanchie d'un mètre carré de surface, pliés en plusieurs doubles et placés dans une assiette bien creuse; puis ces deux linges sont placés sur une corde traversant l'appartement dans son milieu. (L'eau oxggénée en évaporation contre la coqueluche. Paris, 1900.)
Legroux faisait tendre de la même façon des linges imbibés d'essence de térébenthine.
Citons encore Vacide benzoïque et le benzoate de soude (1 à 4 grammes à l'intérieur) parmi les médicaments les plus recommandables (Tordeus), le thymol,
{') Répertoire de pharmacie, 1891.
Ann. de la Policlinique de Lille, 1895.
TRAITEMENT
l'eucalyptol, benzol, l'essence de lérébenlhine, la quinoléinc, la rcsorcine (applications de solutions de 1 à 10 pour 100 sur la muqueuse laryngée préalablement anesthésiée par la cocaïne, suivant la méthode préconisée par Moncorvo). Pulvérisations de résorcine au 1/50^ dans la chambre (Séjournet, Hedger).
Enfin, mentionnons les vapeurs de goudron, le pétrole, les émanations d'usines à gaz, ces dernières non sans danger.
Jusqu'ici, à vrai dire, on peut se rallier à l'opinion exprimée par Barthez et Sanné : « Comme les autres, la médication antiparasitaire a donné des succès et des revers sans faire preuve, jusqu'à présent, de l'action radicale sur quoi l'on avait compté. »
Médicaments nervins. — Sous ce titre se rangent les narcotiques et les antispasmodiques.
La belladone mérite le premier rang; son usage est très répandu, et c'est à juste titre. Toutefois, cette substance n'est pas sans dangers; administrée sans surveillance, elle a quelquefois causé des accidents cérébraux graves. Aussi faut-il rejeter, malgré l'opinion d'observateurs très recommandables, l'emploi des doses massives. RilHet el Barthez en particulier insistent sur ce point; ils procèdent par doses fractionnées, progressivement augmentées : sirop, 5 à 25 grammes; teinture, X à XXV gouttes; poudre et extrait, réunis suivant la méthode de Trousseau, 0?',01 à 08'',10 centigrammes. Il est plus commode d'employer une solution exactement titrée de sulfate cVatropine (Archambault. Sevestre). Il faut guetter les signes physiologiques (mydriase, érythème scarlatiniforme, sécheresse de la gorge). Dès que se manifestent des symptômes d'intolérance, on doit suspendre, bien entendu, la médication belladonée. Certains sujets sont particulièrement prédisposés à ce genre d'intoxication, sans que l'on en puisse d'ailleurs préciser la raison.
On peut du reste en dire autant des autres narcotiques, et spécialement de V opium, dont l'emploi doit être réservé aux cas dans lesquels la toux est intense, fréquente et opiniâtre. La morphine, la cofiéine, la narcéine (Laborde) peuvent fournir, comme l'opium, quelques bons résultats.
Le rhloral (2 à 6 grammes par jour) ne peut être employé que passagèrement.
Le bromure de potassium, ainsi que les autres bromures alcalins, sont considérés par beaucoup d'auteurs comme d'excellents médicaments à opposer à l'élément spasmodique de la quinte, surtout lorsque l'intensité de ce dernier s'exagère; on l'administre aussi contre les convulsions généralisées et contre les vomissements (une demi-heure avant les repas). Doses : 0s%50 à 4 grammes.
Le bromoforme, préconisé d'abord par Stepp de Nuremberg (1889), par Lowenthal (1890), a été soumis à une étude spéciale par Marfan (1896), qui le considère comme supérieur aux autres antispasmodiques ; il conseille la formule suivante :
Mélanger d'abord le bromoforme et l'huile, agiter fortement, puis ajouter le
Bromoforme
Huile d'amandes douces Gomme adragante. . . , Gomme arabique. . . .
Eau de laurier cerise.. .
Eau
i(. s. pour faire 120 c. c.
48 gouttes.
20 grammes.
[LE GEIVDRE.'i
COQUELUCHE
reste. Une cuillerée à café contient deux gouttes de bromoformo. Au-dessous de cinq ans, commencer par autant de fois 4 gouttes par jour que l'enfant a d'années, de 5 à 10 ans débuter par 20 gouttes. Augmenter progressivement do 2 à 4 gouttes par jour jusqu'à doubler la dose initiale. Au-dessous de 6 mois, commencer par 2 à trois gouttes ; de 6 mois à 1 an, de 3 à 4 gouttes. Fractionner la dose quotidienne en trois prises. Neuman mélange le bromoforme à du jaune d'œuf. On a signalé des cas d'intoxication (Schlieper, Noldau, Nauwelaer, Lange), une éruption d aspect bromique (Millier).
Vantipyrine (Os^OS à 1 gramme) a fourni aux uns (Sonnenberger, Genser, 10 centigrammes par jour pour chaque année d'âge) des succès que d'autres lui ont vainement demandés.
Nous ne citons que pour mémoire un certain nombre d'agents dont les propriétés narcotiques et antispasmodiques ont été mises à contribution : la digitale, l'eau de laurier-cerise et l'acide cyauhydrique (West), la douceamère, la pulsatille, la ciguë, la laitue vireuse, la jusquiame et son alcaloïde l'hyosciamine, l'asa fœtida, le musc, le nitrite d'amyle, etc.
Les associations dé médicaments nervins et antiseptiques ont été essayées : antipyrine et résorcine (Galvagno, de Catane, 1891), le tussol (amygdalate d'antipyrine),rantispasmine (combinaison d'une molécule de narcéine sodique et de trois molécules de salicylate de soude).
On a associé les calmants, comme H. Vetlesen qui préconise l'extrait de cannabis indica associé à l'extrait de belladone, comme J. Simon qui associait l'alcoolature d'aconit et la teinture de belladone. H. Roger associait la digitale, la belladone, la valériane et le musc. On associe encore les bromures, le chloral et l'antipyrine.
Anesthésiques. — A côté des médicaments que nous avons passés en revue doivent se placer les anesthésiques, lesquels d'ailleurs pourraient être pour la plupart classés aussi parmi les narcotiques et antispasmodiques.
Le chloroforme^ et de préférence, peut-être, Véther, mieux toléré par les enfants d'après certains auteurs, sont indiqués en inhalations. Pendant la quinte de toux, on approche des narines un mouchoir sur lequel on a versé quelques gouttes de l'anesthésique. La violence des quintes diminue, et on peut éviter les convulsions qui suivent parfois les accès dans les formes graves.
L'anesthésie locale du fond de la gorge et du pharynx, à l'aide de la cocame, a fourni de bons résultats à plusieurs observateurs, Labric, Barbillion ont employé dès 1885 la formule : chlorhydrate de cocaïne, 50 centigrammes; eau, 10 grammes ; 2 à 4 badigeonnages par 24 heures. — Cadet de Gassicourt l'ecommande de procéder en deux temps; on a l'avantage ainsi d'éviter les vomissements. On badigeonne d'aboi'd le voile du palais avec une solution de cocaïne au vingtième, puis, dix minutes après, on badigeonne l'arrière-gorge profondément, jusqu'à l'épiglotte ; on emploie aussi la cocaïne en pulvérisations. Cette médication ne diminue pas la durée de la maladie, mais atténue le nombre et la violence des crises et souvent prévient les vomissements. Il faut toutefois redouter l'intoxication par la cocaïne, peu étudiée lors des premiers travaux sur ce sujet, actuellement mieux connue et dont l'éventualité n'est pas à négliger.
Anti-catarrhaux. ■ — Le soufre, la terpine, le carbonate d'ammoniaque, les antimoniaux, l'ipécacuanha à dose expectorante (0,10 à 0,50 en infusion), le polygala senega (1 à 5 grammes en infusion), l'oxymel scillitique (10 à
TRAITEMENT
15 grammes) (Netter, Widowitz) sont les principaux agents de la médication catarrhale.
Médications diverses. — Parmi les médicaments dont on a lait des spécifiques de la coqueluche, rappelons le (irosem, sous forme d'alcoolalure (1 à 4 grammes), la bryone, celle-ci eupeptique (Dujardin-Beaumetz), sinon spécifique. Nous clorons la liste déjà trop longue des médications ci-dessus énumérées en citant quelques substances autrefois en vogue, aujourd'hui discréditées : le gui dt chêne, la cochenille, Tammoniaque, les acides minéraux (sulfurique, nitrique), l'alun, le sous-carbonate de fer. — Gay (de Dion) a dit avoir guéri des coqueluches en peu de jours en cautéi'isant au nitrate d'argent l'ulcération sublinguale, et en badigeonnant la bouche avec une mixture de miel et d'acide chlorhydrique.
Les vomitifs ont été préconisés, tantôt comme médication générale systématiquement et indistinctement appliquée à tous les cas (Cullen, Laennec), tantôt à titre de médication symptomatique, mise en œuvre de temps à autre au cours de la maladie, et destinée à faciliter l'expectoration dans les cas où des mucosités, révélées par l'auscultation, s'accumulent dans les bronches. L'ipécacuanha est le seul vomitif à employer.
Les révulsifs n'ont d'utilité que pour combattre certaines complications. Médication agissant sur la muqueuse nasale. — La théorie pathogénique d'après laquelle la coqueluche serait l'eftet d'un réflexe parti de la muqueuse nasale a inspiré une médication qui en est la conséquence logique. A l'exemple de Michael (de Hambourg), on insuffla des poudres variées, douées pour la plupart d'une action antiseptique, comme le sulfate de quinine, l'iodoforme, le benjoin, l'acide borique, l'acide salicylique, la poudre de café, le tanin, les sels de bismuth, etc., ou de propriétés anesthésiques, comme la cocaïne, le bromure de potassium. Cette médication a donné, entre les mains de l'initiateur et de ses imitateurs, Moizard, Cartaz, Guerder, Guy, des résultats encourageants. La maladie ne guérit pas plus vite, mais les quintes ne tardent pas à diminuer de nombre et d'intensité. 11 faut savoir que dès l'abord la médication par elle-même provoque des quintes ; mais c'est là un effet passager, que l'accoutumance fait disparaître.
IV. Traitement de la troisième période. — Un régime tonique et réparateur, destiné à combattre l'affaiblissement que la coqueluche entraîne ; les anticatarrhaux, dirigés contre le catarrhe des muqueuses qui reparaît au déclin de la maladie, telles sont les prescriptions qui se rapportent à cette période.
Mais surtout il existe, pour hâter la terminaison de la maladie, un moyen dont tous les observateurs ont reconnu l'efficacité fréquente : le changement d\dr. Ce moyen réussira surtout dans les cas où la maladie « traîne » au delà du terme accoutumé. Il faut savoir que ce procédé échoue, si on l'applique avant que la coqueluche soit à son déclin. 11 faut en outre s'informer minutieusement des conditions de climat, d'altitude, de la localité où l'enfant sera transféré. Arcachon a été Irès favorable dans des cas nombreux. (Festal. Congrès de médecine de Bordeaux, 1895).
En résumé, quand on soigne un coquelucheux, il est des prescriptions dont l'utilité est hors de contestation, ce sont celles qui concernent les soins hygiéniques, l'alimentation, le changement d'air au moment opportun.
Quant aux médicaments, de tous ceux qui viennent d'être énumérés, les
[LE GEiVDRE ]
COQUELUCHE
seuls que j'aie retenus pour ma pratique personnelle sont : l'ipécacuanha contre rencombremenl bronchique et les congestions pulmonaires ; — la belladone, l'aconit, certains opiacés, les bromures, le bromoforme, l'antipyi-ine, la quinine, la valériane contre l'élément nerveux et la toux spasmodique ; les pulvérisations et les badigeonnages à la cocaïne; — les insufflations nasales de poudres antiseptiques; — enfin les toniques et les stimulants, parmi lesquels le café, et les eupeptiques.
Contre les complications broncho-pulmonaires, les enveloppements froids du thorax, les bains chauds, le drap mouillé m'ont rendu bien souvent les plus grands services à la condition de les employer avec opportunité et décision.
En attendant qu'on ait trouvé l'antiseptique capable de tuer le microbe encore si peu connu, il faut, je crois, se résigner à faire au jour le jour la thérapeutique des symptômes et des indications avec discernement, sans s'exposer à faire mourir le malade avant le terme naturel de l'affection, résultat plus facile à obtenir, disait ironiquement Frank, que de le guérir avant ce terme.'