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BRONCHES

Par A.-B. MARFAN

Médecin de:^ liôpilaLix, in-ol't'sseur ai;réi;c à lu Faculté de Médecine.

i BRONCHITES

Synonymie : Catarrhe bronchique, rhume de poitrine, trachéo-bronchite.

Historique. — Le terme bronclùle, qui sert aujourd'hui à désigner Tinflamniation de la trachée et des bronches, n'est pas très ancien; il paraît avoir été employé pour la première fois, en 1814, par Badham. Il a été vulgarisé sous l'inlluence des travaux de Pinel, de Bichat et de Broussais, qui, les premiers, ont démontré la localisation des maladies sur les organes et les tissus. Auparavant,

j la bronchite, c'était le catarrhe du poumon, et ce mot impliquait vme doctrine dont l'origine se retrouve dans les livres hippocratiques, qui a régné sans |)artage jusqu'au xvi'^ siècle, et qu'on peut résumer comme il suit. A l'état normal, le cerveau attire l'humidité du reste du corps et la renvoie aux glandes qui la rejettent; tant que l'humidité attirée par le cerveau n'est pas trop abondante et (jue le reflux vers les glandes se fait normalement, la santé se maintient. Si l'humidité de l'organisme devient trop considérable, la maladie apparaît; elle trappe le cerveau si le cerveau retient toute l'humidité; mais si le cerveau la renvoie aux glandes, les glandes seront atïectées de catarrhe, c'est-à-dire de tlux abondant (xaxa, en bas; ôew, je coule); le nez, la gorge et le poumon sont les parties le plus souvent frappées par le catarrhe.

Cette doctrine, universellement acceptée jusqu'au xvi" siècle, fut attaquée en 1564 par Jérôme Cardan, qui émit l'hypothèse que les liquides rejetés par la muqueuse sont peut-être sécrétés par celle-ci. Un siècle plus tard. Van Helmont porta les coups les plus rudes à la vieille doctrine humorale (1648), et, en

i 1664, Schneider établit définitivement que la sécrétion morbide du coryza, de l'angine, du catarrhe pulmonaire, est un produit séparé du sang et transsudant à travers les membranes muqueuses qui tapissent les parties où l'on observe ces diiîérentes maladies.

Dès lors, la doctrine hippocrati(jue a vécu; mais le mot catarrhe survit à la doctrine. En 1798, Pinel place les catarrhes dans le groupe des phlegmasies, et le mot catarriir devient et reste synonyme de phlegmasie aiguë ou chronique des membranes muqueuses.

Ainsi, à l'heure présente, catarrhe bronchique est synonyme de bronchite.

[ Cependant, même de nos jours, on a cherché à réserver un sens spécial au mol

! catarrhe. Virchow appelle catarrhe toute inflammation superficielle ou épithéliale des muqueuses. D'autres veulent faire du mot catarrhe l'équivalent de

, sécrélion abondante, d'hypercrinie des nnupieuses. Quand on dit bronchite

[MARFAN 'i

MALADIES DES BRONCHES

cataiTliale, Virchow enlend bronchite superficielle, épithéliale, et les autres, bronchite avec sécrétion abondante. Toute l'histoire des bronchites que nous allons retracer montre que ces distinctions n'ont, à l'heure présente, qu'une médiocre utilité.

Dans l'histoire de la bronchite, l'œuvre de Laënnec tient une place importante. Sans se préoccuper de discussions doctrinales, Laënnec garde le mot catarrhe bronchique pour spécifier toutes les bronchites. A l'aide de l'auscultation et de l'anatomie pathologique, il en décrit les caractères, en sépare les variétés, et apprend à les distinguer des maladies qui peuvent être confondues avec elles.

Après Laënnec, on a un peu modifié'les classifications; mais, en vérité, on ne peut pas dire que, jusqu'à l'avènement des doctrines microbiennes, la question ait fait de très grands progrès. Il faut citer cependant, parmi les essais intéressants, les leçons de Lasègue, la thèse d'agrégation de M. Hayem (1869), les livres de M. G. Sée (1885-1886), et les leçons de M. Ferrand (1888).

Dans ces derniers temps, la question des bronchites s'est complètement renouvelée sous l'influence des doctrines microbiennes. En 1889, L. von Besser fait voir que les bronches renferment des microbes à l'état normal; en 1890, Babès établit que, dans les bronchites, le nombre de ces microbes augmente dans des proportions considérables ; Pansini confirme ces recherches et le rôle de l'infection dans les bronchites commence à apparaître. En 1891, j'ai apporté ma contribution à cette étude et dans la première édition de ce Traite, parue en 1892, je me suis efforcé de mettre la pathologie des bronchites en harmonie avec ces données nouvelles. M. P. Claisse a publié depuis un impoi"tant travail sur les Infections bronchiques (1895). Bien qu'il subsiste encore beaucoup de points obscurs, il semble bien que déjà toutes les bronchites puissent être considérées comme liées aune infection des bronches; dans un certain nombre de formes, il est vrai que les bactéries ne jouent pas au début le rôle principal ; mais elles interviennent tôt ou tard et c'est à elles qu'on doit imputer la plupart des accidents de la maladie (').

Nous diviserons l'étude des bronchites en trois parties :

(') Laënnec, Traité de Vauscultation médiate. Édition de la Faculté de médecine de Paris, d'après l'édition de 1826. — Graves, Leçons de clinique médicale. Traduit et annoté par le D' Jaccoud, Paris, 1863, t. II, SO" leçon. — Gintrac, Article Maladies des bronches du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, i. V, 1866. — Barth et Blachez, Article Maladies des bronches, du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. X cl XI de la l" série, 1869. — Hayem, Des bronchites (Pathologie générale et classification). Thèse d'agrégation, Paris, 1869. — Jaccoud, Pathologie interne, 1" édition, t. II, 1883. — Cornil et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique, 2' édition, t. II, 1882, p. 8 et 63, 1884. — Lasègue, Études médicales, t. Il, 1884. — Ferrand, Leçons cliniques sur les formes et le traitement des bronchites, Paris, 1888. — G. Sée, Bronchites aiguës; Maladies spécifiques non tub. du poumon, Paris, 1885; — Bronchites chroniques; Maladies simples du poumon, Paris. 1886. — Cornil et Babès, Les bactéries, 5= édition, 1890, t. II. p. 572. — Eiciihorst, Traité de pathologie interne, trad. franç., t. I, p. 1889; et Traité de diagnostic médical, trad. franç., 1890 (article Crachats). — Strumpell, Traité de pathologie spéciale et de thér., 2° édit. française, 1890. — Von Besser, Sur les bactéries des voies aériennes à l'état normal. Beitrûge zur pathologische Anatomîe von Ziegler, t. VI, n" i, 1889. — Paulsen, Mikro-organismen in der gesunden Nasenhohle und beim akuten Schnupfen. Cantralbl. fiir Dakt., Bd VIII, 1891), p. 544.

— Pansini, Archiv. fiir path. Anat. und Phys. Bd CXXII, Hft 3. — Marfan, Essai sur l'étiologie et la classification des bronchites. Gazette hebdomadaire de méd. et de chir., 1S91, n° 43.

— Paul Claisse, Les infections bronchiques. Thèse de Paris, 1895. — V. Monnier. Les infections bronchiques chez les vieillards. Gazette méd. de Nantes, 12 avril 1894. — Cii. Sainz, Même sujet. Thèse de Paris, nov. 1895. — J. Renaut, Traitement des bronchites dans le Traité de thérapeutique appliquée publié sous la direction d'A. Robin. Fasc, VII, 1896.

PATHOLOGIE GÉNÉRALE DES BRONCHITES

Dans la première, nous étudierons la pathologie générale des bronchites, c'est-à-dire qu'après avoir exposé leur pathogénie et essayé d'en classer rationnellement les causes, nous étudierons les lésions, les symptômes et les indications thérapeutiques communes à toutes les bronchites.

Dans la seconde partie, nous étudierons en particulier les principaux types cliniques de la bronchite aiguë et de la bronchite chronique. Nous ne séparerons pas dans cette étude la trachéite de la bronchite. La trachée et les bronches, ayant la même structure et les mêmes fonctions, les secondes n'étant en définitive qu'un épanouissement de la première, on comprend que leur pathologie soit la même. La trachéite et la bronchite peuvent et doivent être décrites dans le même chapitre. S'il est vrai que, dans une forme de l'inflammation trachéo-bronchique chronique, la trachéite prédomine, en somme, il ne s'agit là que d'une simple variété clinique que nous décrivons plus loin.

Dans la troisième partie, nous nous occuperons de quelques états morbides qui peuvent être considérés comme des complications de la bronchite : la bronchite capillaire, la gangrène des bronches, la dilatation des bronches^ le rétrécisse- ; ment des bronches et la lithiase broncidqiie.

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