‹ Traité de médecine ... [electronic resource] (volume 2)Chapitre 33 sur 77 · B. — BRONCHITES INFECTIEUSES NON SPÉCIFIQUES OU BRONCHITES COMMUNES · texte numérisé non relu

B. — BRONCHITES INFECTIEUSES NON SPÉCIFIQUES OU BRONCHITES COMMUNES

Bactériologie. — Les bronchites non spécifiques sont dues à des microbes qui peuvent engendrer les affections les plus diverses, microbes à tout faire, comme disait Peter; on rencontre, en effet, dans l'exsudat de ces bronchites le streptocoque, le pneumocoque, les staphylocoques, la diplo-bactérie de Friedlânder, le bacterium coli commune, etc. Ces bactéries sont rarement isolées, elles sont souvent associées deux par deux, trois par trois. Probablement, ioutes ces espèces n'ont pas la même importance ; mais il est difficile de déterminer celle qui joue le rôle prépondérant. Pour arriver à cette détermination, il ne faut pas se borner à isoler des bactéries par l'examen microscopique et les cultures ; il faut aussi étudier leur virulence chez l'animal et même chercher à reproduire expérimentalement des bronchites.

Par l'examen microscopique et les cultures, on peut isoler des bactéries, soit dans les crachats expectorés par le vivant, soit dans l'exsudat bronchique recueilli peu de temps après la mort, soit enfin dans la paroi bronchique elle-

(') Arr.hivet; de méd. expériiii., nov. 1890. Voyez aussi A. Ollivier, Note sur un cas de

charbon interne chez un enfant de cinq mois. Revue mens, des maladies de l'enfance, 1891, p. 193.

(-) De Lignerolles, Soc. anal., 18G6. — Mader, Wien. mcd. Woch., 188^2.

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même. Les crachats expectorés par le malade, dans leur progression à travers les voies aériennes, se mélangent à l'air qui peut les souiller; ils peuvent en outre être contaminés à leur passage dans la bouche; aussi, malgré les précautions qu'on prend (deux ou trois lavages des crachats à l'eau stérilisée dans des boîtes de Pétri), il arrive très fréquemment qu'en les examinant, on trouve des espèces assez nombreuses ('). On en trouve moins dans les sécrétions bronchiques recueillies très peu de temps après la mort ou dans la paroi bronchique, et lorsqu'il existe de la bronchite capillaire ou de la broncho-pneumonie, il arrive souvent qu'on n'isole dans le pus des bronchioles qu'une seule espèce. Ces derniers faits, joints à quelques recherches expérimentales vont nous aider à dresser la liste des bactéries connues qui interviennent directement dans les bronchites.

Nous trouvons d'abord avec une fréquence qui leur donne le premier i^ang le pneumocoque et les pyogènes, surtout le streptocoque, soit isolés, soit associés entre eux, soit associés à d'autres bactéries.

Il est très fréquent de rencontrer le pneumocoque dans l'exsudat des bronchites. Parfois même, on le rencontre à l'état de pureté. Pendant une épidémie de grippe, où la maladie était suivie de bronchites purulentes tenaces, je l'ai rencontré en abondance dans l'expectoration de presque tous les malades, et dans plusieurs cas, l'inocvdation à la souris vint montrer qu'il était très virulent. Il paraît d'ailleurs certain que dans les infections bronchiques consécutives à la grippe, le pneumocoque joue le rôle principal. Le fait a été déjà noté en 1886 par Ménétrier (^); il a été relevé depuis par MM. Bouchard, Netter, Weichselbaum et d'autres.

Dans les bronchites purulentes observées à la suite de l'épidémie de 1891 (^), MM. Comby et Netter ont trouvé les crachats purulents remjDlis de pneumocoques; dans leurs cas, les autopsies ont démontré qu'il n'y avait que de la bronchite et pas de broncho-pneumonie. Il résulte de mes recherches personnelles que le pneumocoque existe fréquemment dans les crachats des phtisiques. MM. Duflocq et Ménétrier (*) ont décrit une bronchite capillaire s'observant comme accident terminal dans la bronchite chronique et la phtisie pulmonaire; dans leurs cas, le pus des bronchioles renfermait le pneumocoque à l'état de pureté. Orthmann (*) a vu un fait analogue dans la diphtérie et Claisse chez des nourrissons atteints d'affections diverses.

Le pneumocoque peut engendrer une bronchite pseudo-membraneuse, accompagnant ou non la pneumonie. C'est surtout dans l'affection étudiée par M. Grancher sous le nom de pneumonie massive que le pneumocoque provoque la formation d'vin exsudât fibrineux à la surface des bronches; il y a dans ces

(') Lorsqu'on prie un sujet sain de tousser et de cracher, le produit de l'expectoration, examiné au microscope avec les méthodes convenables, contient : 1° des cocci isolés, des cocci en grappes (staphylocoques), des diplocoques (quelques-uns lancéolés et encapsulés), des streptocoques, des spirilles, des leptothrix, des bâtonnets flexueux et segmentés, des sarcines, des bacilles divers (fins ou gros, courts ou longs), des zooglées de fins microcoques; 2' des leucocytes mononucléaires et polynucléaires, des cellules pavimenteuses, des cellules épithéliales jeunes, du mucus granuleux ou filamenteux. (L. Le Roy, Thérapeutique, clinique et bactériologie de l'appareil respiratoire, Paris, 1900.)

(^) P. MÉNÉTRIER, Grippe et pneumonie en 1886. Thèse de Paris, 1887.

(5) J. Comby, Les infections bi'onchiques. La Médecine moderne, 1893, p. 1189.

(*) Duflocq et Ménétrier, Bronchite cap. à pneumocoques chez les phtisiques. Arch. gén. de médecine, 1890, juin et juillet.

(^) Orthmann, Arch. f. path. Anat. und Physîol. Avril 1890.

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cas une bronchite pseudo-membraneuse pneumonique, probablement ascendante ('). M. P. Claisse a observé un cas de bronchite membraneuse aiguë, indépendant de la pneumonie, dans lequel les moules bronchiques renfermaient le pneumocoque (-). M. Griffon a relaté une observation de bronchite pseudomembraneuse chronique dans lac{uelle les moules bronchiques renfermaient également le pneumococ{ue à l'état de pureté et très virulent (^).

Lorsque le pneumocoque n'est pas seul, lorsqu'il est associé à d'autres bactéries, il est difficile de préciser la part qui lui revient dans la genèse des accidents. Mais les cas où on l'a trouvé à l'état de pureté et doué d'une grande virulence permettent d'affirmer qu'il est capable de créer la bronchite. Un argument qui plaide dans le même sens se peut tirer de la bactériologie des broncho-pneumonies; la pneumonie épithéliale est la conséquence de la propagation d'une infection bronchique; or, les cas sont nombreux où il est prouvé que l'infection alvéolaire dépend du pneumocoque.

Gamaleia a pu d'ailleurs reproduire expérimentalement la bronchite à pneumocoques ; l'injection de virus pneumonique dans la trachée du mouton entraîne un état catarrhal des bronches dont le mucus, sécrété en grande quantité, renferme des diplocoques lancéolés nombreux et virulents. Cette bronchite est bénigne et guérit toujours. Mais si, avant de faire pénétrer le virus, on injecte par la trachée du tartre stibié, on provoque alors une broncho-pneumonie grave et parfois mortelle

Les streptocoques sont, avec les pneumocoqvies, les microbes pathogènes le plus fréquemment rencontrés dans l'exsudat des bronchites. D'après Pansini, les streptocoques existent toujours dans le mucus bronchique, aussi bien à l'état de santé que dans la bronchite. Mais ils ne sont virulents que dans certaines formes de catarrhe ; d'où découle la nécessité d'étudier la virulence des streptocoques isolés dans l'exsudat bronchique en les inoculant aux animaux. Ce n'est que lorsqu'ils se montrent pathogènes qu'on peut leur attribuer un rôle dans la genèse de la maladie. L'action du streptocoque est bien démontrée par les faits où on le rencontre à l'état de pureté et doué d'une grande virulence. Tels sont ceux étudiés par M. P. Claisse. Dans les bronchites capillaires des enfants du premier âge, observés à l'hôpital des Enfants Assistés, dans le service de M. Ilutinel, cet auteur a trouvé ordinairement un streptocoque très virulent, parfois en culture pure; ces bronchites s'étaient développées à la suite des j causes les plus diverses (rougeole, syphilis, cachexie gastro-intestinale). Dans la bronchite purulente et la broncho-pneumonie consécutives à la diphtérie, on trouve le plus souvent le streptocoque (Lœffler, Darier, Netter, Prudden, Mosny) (■>). Le streptocoque a été rencontré dans la bronchite pseudo-membraneuse, aussi bien dans la forme aiguë (Griffon) que dans la forme chronique '(P- Claisse) (").

M. P. Claisse a cherché à réaliser, chez l'animal, une bronchite à strepto-

(') BouLAY, Des al'fecUons à pneumocoques indcpendanLes de la pneumonie. Thèse de Paris, 1X91, p. 57.

(^) Soc. de biologie, 28 mars 1896.

(^) Soc analomique, 24 mars 1899.

(*) N. (t.\jialeia, Sur l'étioloRie de la pneumonie fibrineuso. ^1)»;. de l'Insl. Pasteur, 1888, p. 456.

(*) Netter, Étude baclériologique de la broncho-pneumonie. Arcli. de méd. expérim., janvier 1892.

{") Griffon, Soc. anatomiqxte, 24 mars 1899. — P. Claisse, Presse médicale, 13 mars 1896, a" 39. '

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coques ; il a été obligé de faire intervenir deux facteurs : une irritation préalable de la muqueuse trachéo-bronchique par une solution d'acide sulfurique et l'injection des streptocoques. Chacun de ces facteurs isolés n'aboutit à aucune altération appréciable; pour provoquer une bronchite, il faut combiner les deux actions, c'est-à-dire injecter le virus streptococcique après avoir versé la solution d'acide sulfurique. Ces faits sont intéressants en ce qu'ils repi'oduisent ce qui se passe chez l'homme ; ils nous montrent l'infection bronchique ne se produisant qu'à la faveur d'une cause prédisposante.

Dans la plupart des cas étudiés, le streptocoque trouvé dans l'exsudat bronchique ne paraît se distinguer en rien du streptocoque pyogène vulgaire.

Le streptocoque à virulence particulière qui produit Vérysipèîc peut atteindre la muqueuse des voies respiratoires, soit primitivement (ce qui est fort rare), soit secondairement. Schlumberger a décrit et figuré dans sa thèse l'érysipèle de la trachée et des bronches. La trachéo-bronchite érysipélateuse est une véritable éruption qui reproduit sur la muqueuse les caractères de la lésion | cutanée ('). Elle se complique presque fatalement de déterminations pleuro- j pulmonaires d'ailleurs semblables à celles que provoque le streptocoque ' pyogène. Nous devons dire ici que toutes les complications broncho-pulmonaires observées dans l'érysipèle externe ne sont pas dues au sti'eptocoque; il en est qui sont dues au pneumocoque, comme M. Roger l'a montré (-).

V. ^Babès a décrit des bronchites hémorragiques accompagnées de purpura et d'hémorragies diverses particulièrement dans le duodénum; dans la plupart des cas, ces affections paraissaient relever du streptocoque; sur ces faits, l'auteur ne donne aucun renseignement clinique (•^).

La fréquence avec laquelle on rencontre le pneumocoque et le streptocoque dans l'exsudat des bronchites, le l'ait que ces deux bactéries sont celles qui engendrent le plus fréquemment la broncho-pneumonie prouvent que, dans les bronchites non spécifiques, elles jouent sans doute le rôle le plus important. C'est le plus souvent à l'une ou à l'autre, ou aux deux réunies, qu'il faut attribuer la part principale dans la genèse des infections bronchiques, aussi bien des infections bénignes des grosses bronches, que des infections graves des bronches capillaires. Ce qui crée ces formes diverses, c'est tantôt le degré de virulence du germe, tantôt la nature du terrain sur lequel il s'est développé.

A côté de ce premier groupe de micro-organismes, nous en placerons un second qui renferme soit des espèces ordinairement associées aux précédentes, et qu'on n'a trouvées que rarement seules et virulentes, soit des parasites qu'on ne rencontre que très exceptionnellement.

Le diplo-bacille de Friedlânder existe dans le mucus des bronches normales;^ on l'a trouvé fréquemment dans l'exsudat des bronchites; le plus souvent il est associé au pneumocoque ou au streptocoque ; mais on l'a rencontré quelquefois

(') ScHLUMDERGER, Érysipèlc du pharynx et des voies respiratoires. Thèse de Paris, 1872. — Straus, Érysipèle des voies respiratoires. .Soc. méd. des Iwp., 1880. — Luc, Érysipèle du pharynx, de la bouche, de la poitrine, de la face et du poumon. France médicale, 31 mars 1880. — Stackleb, Essai sur la broncho-pneumonie érysipélateuse. Thèse de Paris, 1881. — Denucé, Pathogénie et anat. path. de l'érysipèle. Thèse de Bordeaux, 1885. — Mosny, Note sur un cas de broncho-pneumonie érysipélateuse sans érysipèle externe. Archives de méd. expérimentale, 1890. — Achalme, UÊrysipèle. 1 vol. de la coll. Charcot-Debove.

(^) Roger, Pneumonie dans l'érysipèle. Presse médicale, 189i, p. 75, 10 mars.

Ç") V. Badès, Sur l'étiologie de certaines formes d'infection hémorragique. (Bronchites hémorragiques. Duodénite hémorragique). Arch. de méd. expérimentale, 1893, p. 489.

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isolé et virulent (') dans la bronchite simple (Silvestrini), la bronchite fibrineuse (Magniaux), et la broncho-pneumonie (Friedlânder, Netter). Dans un cas d'ozène trachéal, MM. Wagnier et Surmont (de Lille) ont découvert, dans les sécrétions de la trachée, le microbe que M. Lœwemberg considère comme le parasite pathogène de l'ozène et qui est très voisin, sinon identique, à la diplo- Isactérie de Friedlânder (^).

hc stnphijlocoque pyogènp est très souvent associé aux bactéries précédentes dans l'exsudat des bronchites; les recherches de M. Netter portent à croire que, dans quelques cas exceptionnels, il peut être l'agent pathogène unique de la bronchite.

Le micrococcus tét)-af/enes a été rencontré à l'état de pureté par M. G. Carrière dans l'exsudat d'une In'onchite qui se compliqua de congeslion pulmonaire et de pleurésie purulente En injectant dans la trachée des animaux des cultures de ce microbe, MM. Bosc et Gala vielle ont pu provoquer des lésions de broncho-pneumonie et de pneumonie ('').

Le bacterium coli commune a été rencontré aussi dans l'exsudat des bronchites; il est associé aux bactéries précédentes dans la plupart des cas. Mais il a été trouvé à l'état de pureté par MM. Sevestre et Lesage, par Gaston et Renard, par Marfan et Marot. Comme dans ces faits, il s'agissait de nourl'issons atteints de gastro-entérite aiguë ou chroni({ue, on a pu supposer que le bacleriiiin coli virulent était parti de l'intestin malade et était arrivé au poumon par la voie circulatoire. Mais si cette pathogénie est acceptable pour quelques cas, elle ne l'est pas pour tous. Le bacterium coli pénètre souvent par inhalation; on sait qu'il peut exister dans la bouche normale (Vignal) ; de plus, il peut provenir soit des salles où ont séjourné des enfants diarrliéiques, soit du bol alimentaire dont 'une parcelle peut refluer dans les voies respiratoires au moment d'un vomissement, surtout chez les enfants cachectiques (Parrot).

Le microbe désigné par Pfeifîer sous le nom de cocco-buciJle hémophile, |)arce qu'il ne se développe bien que dans les milieux additionnés de sang, et regardé par cet auteur comme l'agent pathogène de la grippe, a été assez fré- ({uemment retrouvé dans des infections bronchiques n'ayant aucun lien avec l'influenza ; d'autre pari, il fait défaut dans nombre de cas de grippe incontestable (^). Aussi sa spécificité est-elle très discutée. Ce cocco-bacille est peut-èti'e un hôte des voies respiratoires normales. Il paraît en tout cas certain qu'il intervient fréquemment dans les bronchites, quelquefois seul, plus souvent associé au pneumocoque et au streptocoque ("). On le retrouve particulièrement dans la bronchite capillaire ou catarrhe suffocant.

Babès a rencontré dans les crachats des protées pathogènes et pyogènes. Le même auteur a donné le nom de mycogènea à des bactéries qu'il a trouvées

(') SiLVESTiiiNi, Bronchile aiguë causée par le dipIo-baciUe de Friedlânder. Lo Spérimen- Ide, Juillet 1895, n"> 19. — Magniaux, Éliologie et palhogénie de la bronchile fibrineuse priniilive. Thèse de Paris, 1895.

(-) Wagnieiî, Ozènc trachéal. Soc. franc, de laryng. et d'olol., Paris, mai 1895.

(') G. CABRiicnE, Presse médicale, 28 oct. 1898.

('') Bosc el Galavielle, .Soc. de liiologie, 29 oct. 1898.

{'■') Pfeiffer lui-même ne l'a pas retrouvé dans lY-pidéinie de grippe de 1899.

{") Henhi Meunier, Dix cas de broncho-|)neumonie infantile. Archii^es yen. de méd., fév. et mars 1897. — André Veillon, Galarrhe sufibcant d'origine grippale. Thèse de Paris, juillel !8!)7. — Elmassian, Note sur un bacille des voies respiratoires Irouvé dans la coqueluche, ti tui)crculose, la pneumonie. Soc. de liiologie, 10 juin 1899. — Jundell, Bactériologie clinique des bronchites. Hygiea, juin et juillet 1898. — Rosenthal, Sur le cocco-bacille hémophile. Suc. de liiol., 17 mars 1900.

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dans les voies respiratoires enflammées et qui ont la propriété de produire dans les cultures une substance muqueuse très abondante ; il leur attribue un rôle dans la formation des crachats de certaines bronchites; il en a décrit plusieurs espèces ; mais certaines d'entre elles doivent être rattachées soit aux protées, soit à la diplo-bactérie de Friedlànder, soit au bacille pyocyanique('), soit à un bacille fluorescent (^), qui paraissent pouvoir acquérir, en certains cas, la propriété mycogène. Ces microbes mycogènes ont été trouvés surtout dans la bronchite de la grippe épidémique et dans certaines formes d'infection bronhique hémorragique.

Gubler a avancé que le muguet peut se développer sur la muqueuse trachéobronchique Parrot nia le fait. Pourtant Rosenhein(*) et Freyan(^) citèrent des cas qui rendaient très probable l'existence du muguet trachéo-bronchique. Schmidt a mis la chose hors de doute; sur cinq cadavres d'enfants, il a pu noter la présence dans l'œsophage, le larynx, la trachée et les bronches, d'une fausse membrane constituée , par une abondante végétation d'oïdh(i)( albicans {^).

Devillers et Renon ont observé un cas de bronchite membraneuse chronique primitive qui était due à Vaspergilli(s fumigatiis le sujet s'occupait à trier des grains de blé pour l'ensemencement de certaines terres peu fertiles ; or, Renon a démontré la présence des spores de ce champignon à la surface des graines et particulièrement des grains de blé et a expliqué de cette façon la contamination des gaveurs de pigeons C).

Nous signalerons en terminant un certain nombre de saprophytes qui se rencontrent parfois dans l'exsudat des bronchites : le bacillus subiilis, rencontré par Claisse associé au streptocoque, le bacteriiim terrno que j'ai trouvé dans un cas de bronchite fétide, des sarcines et des champignons du genre oïdium ou saccharomyces signalés par Pansini(*), et enfin les bactéries chromogènes qui

(') CiiARRiN cl Desgrez, Les bactéries productrices de mucus. Soe. de biologie, 19 février

(^) Ch. Lepierre, Mucine produite par un bacille fluorescent patliogène. Soc. de biol.. 7 mars 1898.

(') Gubler, Étude sur l'origine et les conditions de développement de la mucédinée du muguet {Oïdium albicans). Mém. de VAcad. de ruéd., 1858, t. XXII. (^) Berl. klin. Woch., 1867.

{^) Ibid., 1891.

i^) Ziegler's Beilràge 3. path. Anal., VIII, p. 73. Voyez aussi les chapiti'es sur la gangrène des bronches et les parasites du poumon.

C) Devillers et Renon, La Presse médicale, '2 déc. 1899.

Le travail de Pansini donne une idée de la variété des microbes qu'on peut trouver dans l'exsudat des bronchites. D'après cet auteur, les streptocoques sont les seuls microorganismes qu'on rencontre constamment dans les crachats, aussi bien dans la bronchite qu'à l'état de santé. Il décrit huit espèces différentes de ces streptocoques. Après eux, par ordre de fréquence, il signale les sarcines et spécialement la sarcina variegata (état normal, bronchite simple ou grippale). Il a noté trois champignons du genre oïdium ou saccharomyces; 21 espèces de bacilles dont 11 ont la propriété de fluidifier la gélatine, 10 espèces de microcoques dont 3 n'ont pas cette propriété. Il a rarement rencontré le streptocoque et le staphylocoque à propriétés pyogènes; mais il a trouvé dans les crachats purulents d'autres bactéries pyogènes. Dans l'expectoration des phtisiques, il, a constaté une grande abondance de micro-organismes de toute espèce. Il n'a jamais observé la présence du micrococcus telragenes.

Il ajoute enfin les bactéries chromogènes dont nous pai'lons plus haut. Ces résultats permettent de se demander si les cultures de cet auteur n'ont pas été, dans nombre de cas, contaminées par accident.

Voyez aussi sur le même sujet : Ch. S.\inz, Les infections broncl)i<iues chez le vieillard. Thèse de Paris, novembre 1895.

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donnent au crachat sa couleur verte ou jaune et méritent une mention spéciale. Le premier, A. Frick(') a étudié des crachats verts de provenances diverses (asthme, dilatation des bronches, pneumonie, bronchite aiguë et chronique, phtisie). Il a isolé et cultivé un bacille spécial, aérobie, et il a pensé que c'était à lui qu'il fallait attribuer la couleur verdàtre des crachats. Combcmale et François ont abordé le même sujet et leurs recherches tendent aussi à montrer que le crachat vert, parfois épidémique, a une origine parasitaire. Si le parasite existe dans le poumon, l'expectoration est verte d'emblée; s'il ne se trouve <[ue dans les circumfiisa d'hôpital, l'expectoration ne prend cette couleur qu'après avoir séjourné dans le crachoir. Les mômes auteurs ont constaté que la désinfection des objets d'hôpital par la vapevu" d'eau sous pression et l'usage de l'acide borique à l'intérieur, la faisaient disparaître Pansini croit que les parasites des crachats verts sont multiples, et que cette coloration peut être produite par le Oacillus pyocyanem^ le bacilltts fluorescens putridus, le jXuorcscens non liqiiefaciens. Frick avait d'ailleurs prouvé expérimentalement que les crachats devenaient verts lorsqu'on les ensemençait avec le bacUlm pyocyaneus (non la variété B), avec le bacUlm fluorescens Uqiiefaciens, le bacUlus virkUs pallescens, le bacilhis virescens, le bacilhts iris et le bacAUus fluorescens. La couleur jaune et orangée des crachats serait due, d'après Pansini, à la présence des bacillux aureics et sf/uamosiis., de la sarcine jaune., oranyée ou variegata.

Les saprophytes que nous venons d'énumérer ne paraissent avoir par euxmêmes une action nuisible. Mais leur présence peut exalter la virulence d'autres microbes.

En etï'et, dans la pathogénie des bronchites, les associations nùcrobiennes jouent probablement un grand rôle. Si dans les bronchites capillaires, le pus est souvent monomicrobien, dans les grosses bronches l'exsudat est au contraire presque toujours polymicrobien ; des microbes pathogènes tels que le streptocoque, le pneumocoque, les staphylocoques sont très souvent associés entre eux et à des saprophytes, et ce n'est que par l'analyse bactériologique qu'on pourra déterminer si l'un d'entre eux joue un rôle prépondérant. A l'heure présente, il n'est pas possible de distinguer, même avec l'examen bactériologique, une bronchite à pneumocoques, une bronchite à streptocoques, etc., et jusqu'ici la bronchite vulgaire paraît ôtre due ordinairement à des microbes associés. Ce fait mérite d'(Mrc étudié avec soin; s'il y a des microbes antagonistes, il y en a qui vivent en symbiose, changent ainsi leurs propriétés et d'indifférents peuvent devenir pathogènes. Le bacille diphtérique, le virus scarlatineux dont la nature est inconnue, exaltent la virulence dn streptocoque. Le parasite de la rougeole et celui de la grippe exaltent la virulence du pneumocoque et du streptocoque (^). Roger a prouvé «{ue la symbiose du streptocoque et des bacilles de la putréfaction augmente la virulence du premier. Achalme et Claisse ont démontré l'action stimulante des bacilles de la putréfaction par l'inoculation simultanée du streptocoque et du bacillus sublili.<. M. Mosny a avancé que l'adjonction au pneumocociue du staphyloco<{uc doré exalte la virulence du premier(''). Nencki a fait voir (pie deux microbes dilfé-

Cj A. Frick, Arrh. fiir palh. Anaf. nnd Pli\i>i., Band C.XVT, IIR 2.

(^) Co.MiiFïMALu ot François, Soc. de biologie, 17 mai 1890. — Combemale et Ladrière, De l'acido borique roiUre le crachat vert. Bull. méd. du Nord, 24 juillet.

{■') Mery et BouLLOciiE, Rech. bact. sur la salive des enfants alteinls de rougeole {Revue dex mal. de l'eiifunre, 1891. p.

(') Sor. de IdoL, 29 déc. 1894.

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rents, cultivés dans le même milieu, sont capables de produire une substance soluble qui ne peut être fabriquée par un seul de ces microbes en culture pure. Dans le tétanos, d'après Vaillard, Rouget et Vincent, dans le choléra asiatique, d'après Metschnikofï, l'agent pathogène spécifique ne détermine la maladie que grâce à la présence de microbes inoffensifs. Ces notions devront être appliquées un jour à l'étiologie des bronchites non spécifiques, prises chacune en particulier. Mais ce travail est à peine ébauché et pour le moment nous devons nous borner à retenir ce fait, à savoir que, dans les bronchites communes, les associations microbiennes constituent un facteur important de la virulence.

En résumé, les microbes pathogènes qui interviennent dans la genèse des bronchites non spécifiques, sont au premier rang le streptocoque et le pneumocoque, puis le pneumo-bacille de Friedlander, les staphylocoques pyogènes, parfois isolés, plus souvent associés deux par deux ou trois par trois.

Étiologie et Pathogénie. — Etudions maintenant l'origine de ces infections bronchiques et les conditions qui en favorisent le développement.

Les bactéries qui interviennent ordinairement dans les bronchites non spécifiques ont été rencontrées à l'état normal dans les premières voies respiratoires et dans les grosses bronches; on est donc conduit à admettre qu'elles peuvent acquérir leur virulence dans l'organisme, sous des influences particulières, telles que le refroidissement, et que la bronchite peut naître par auto-infection sur place. Dans ce cas, les microbes ne peuvent la produire à eux seuls; pour qu'ils pullulent et que la maladie se développe, il faut que la muqueuse des premières voies et la muqueuse des bronches aient subi au préalable des modifications qui amoindrissent ou suppriment leurs moyens naturels de défense.

Mais les microbes peuvent avoir acquis leur virulence dans une autre partie du corps, dans le tube digestif, à la peau, et arriver aux bronches par diverses voies (inoculation directe, circulation); ainsi seront réalisées les bronchites par auto-infection à distance (descendante ou métastatique).

Enfin, dans certains cas, on peut démontrer, particulièrement chez les enfants, que les bronchites non spécifiques sont le résultat d'une contagion, que les microbes viennent virulents d'un autre sujet et sont introduits accidentellement dans les voies respiratoires.

Les bronchites non spécifiques peuvent donc naître par auto-infection sur place, par auto-infection à distance et par contagion.

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