MARFA
MALADIES DES BRONCHES
caractères généraux des moules bronchiques; ce sont des cylindres ramifiés à limites assez rectilignes et dont les branches dichotomes diminuent progressivement de longueur et d'épaisseur. Le tronc principal est ordinairement plus mince que les premiers rameaux et se termine par une extrémité effilée ; aux points de bifurcation, on constate une légère dilatation qui tient probablement à une disposition analogue des ramifications bronchiques. Il y a aussi des dilatations déterminées par l'inclusion de bulles d'air.
Caractères cliniques communs des bronchites pseudo-membraneuses. — Gène de la respiration, variant en proportion des surfaces envahies; efforts de toux répétés, nécessités par l'expulsion de ces corps étrangers; accroissement de la dyspnée quand les fausses membranes se décollent; crises de suffocation quand elles s'approchent de la glotte pour en franchir l'orifice; finalement, expulsion de cylindres membraneux à divisions dichotomiques de plus en plus ténues, et soulagement très marqué après cette expulsion.
Caractères différentiels des moules bronchiques. — 1" Dans la pneumonie et
FiG. 3 — Moules bronchiques expccLorés pyr un malade atteint de bronchite pseudo-membraneuse chronique, grandeur naturelle (d'après P. Lueas-Chanipionniére).
dans la bi'onchite fibrineuse idiopathique aiguë, les moules bronchiques ont une couleur jaune ambré, comme certains caillots agoniques; ils ne sont pas canaliculés, mais offrent des vésicules qui emprisonnent l'air. Au microscope les moules pneumoniques sont constitués surtout par de la fibrine et des leucocytes, ils sont Icucocyto-fibrineux.
2° Dans la diphtérie bronchique, les moules sont blancs, opaques et souvent canaliculés. Au microscope, ils sont constitués surtout par de la fibrine et des cellules épithéliales dégénérées; ils ont une structure fibrino-épithéliale.
FORMES CLINIQUES DE LA BRONCHITE
5" Dans la bronchite pseudo-membraneuse chronique, les moules sont blancs, Iransparents, souvent canaliculés; ils sont muco-albumineiix, ou fibrine/iix, ou graisseux {^).
Au point (le vue clinique, on doit diviser les bronchites pseudo-membraneuses en diphtériques et non diphtériques. Dans le second groupe, on distingue des formes primitives et des formes secondaires, et dans chacune de celles-ci, des formes aiguës et des formes chroniques. Dans l'exposé qui suit, laissant au second plan les formes secondaires, nous étudierons spécialement les formes primitives, aiguës et chroniques.
A. — BRONCHITE DIPHTÉRIQUE ('•=)
Elle succède presque toujours au croup, plus rarement à l'angine ou au coryza diphtérique. Elle est parfois très précoce et peut s'observer dès le 2'" jour du croup; elle est presque la règle après la trachéotomie. Elle est peu grave par elle-même lorsqu'elle est limitée à la trachée et aux grosses bronches. Elle est presque toujours mortelle, quand elle envahit les dernières ramifications bronchiques; alors elle tue par asphyxie en rétrécissant le champ de l'hématose.
L'expectoration d'un tube membraneux ramifié et creux, semblable à du macaroni, est, avant la trachéotomie, le seul signe de cette complication du croup. Après la trachéotomie, on peut la soupçonner cjuand la respiration reste gônée, que le murmure vésiculaire est obscur, ou qu'on entend, aA^ec le bruit canulaire, un bruit de drapeau ou de soupape dû au décollement des fausses membranes.
Parfois la bronchite diphtérique affecte une marche subaiguë ; elle produit alors peu de dyspnée et guérit habituellement; les enfants expectorent de temps à autre des paquets de fausses membranes ramifiées et guérissent au bout de 2 ou 5 semaines (D'Espine et Picot).
Sur le cadavre, on trouve la trachée et les bronches tapissées par une membrane continue, se détachant très facilement (plus facilement que les fausses membranes des régions sus-glottiques), blanchâtre habituellement, quelquefois striée de rouge, ou teintée tout entière en ronge et en noir. Cette membrane est composée de couches concentriques, ce qui démontre sa formation par exsudations successives. Elle peut arriver à oblitérer ]>resque complètement les petits canaux bronchiques; mais elle garde habituellement un petit canal central. Quelquefois la fausse membrane est disposée en îlots plus ou moins confluents, un peu mamelonnés, tranchant parleur couleur blanche avec le fond rouge violet de la muqueuse. La fausse membrane semble se dissoudre avec la putréfaction cadavérique ; son existence passée se reconnaît à une sorte de matière semi-liquide qui recouvre la muqueuse (Peter).
Au microscope, l'exsudat est composé de fibrine dont les fibrilles sont disposées en réseau ; dans les mailles de ce réseau, on trouve des leucocytes normaux,
(') Léon-Pf.tit, De la ijncumonie massive; Thèse de Pari.i. ISSl; et onnolalion à la traduction française du livre de Hcnter-Mackensie : Le rrarkut.
(') MiLLAHD, Du croup, 77)èsc de Paris, 1858. — Peter, Broncliite pseudo-membr. dans le croup; Gaz. hebd., 1805, p. 498. — D'Espine et Picot, Maladies de l'enfance, 6"= édition, 189f). — Sannk, Traité de la diphtérie, Paris, 1877. — • AnciiAMRAULT, Ailicle Croup, in Dictionnaire enci/ctopcdic/uc des sciences rncdicates.
[MARFAN]
MALADIES DES BRONCHES
dégénérés ou graisseux, des fragments de globules rouges et des cellules épithéliales dégénérées. L'exsudat renferme toujours le bacille de Klebs-Lœffler et souvent le streptocoque. Au-dessous de la fausse membrane, la muqueuse trachéo-bronchique présente tous les signes de l'inflammation avec infiltration embryonnaire abondante (').
Les lésions trachéo-bronchiques dans la diphtérie sont presque constantes ; mais elles ne sont pas toujours diphtériques. On peut observer aussi une bronchite aiguë simple, catarrhale ou purulente, due à une infection secondaire par le streptocoque. C'est surtout lorsque celte bronchite existe, combinée ou non avec la bronchite fibrineuse, que l'on observe la pneumonie lobulaire, laquelle est presque toujours à streptocoques. Cependant M. Darier croit que le bacille de Klebs peut descendre dans les alvéoles pour y causer la pneumonie lobulaire. Mais M. Mosny le nie ; pour lui, la pneumonie lobulaire de la diphtérie est presque toujours à streptocoques (^). MM. Dubreuilh et Auché ont aussi combattu l'opinion de M. Darier ; pour eux, la pneumonie lobulaire, qu'elle soit pseudolobaire ou à noyaux disséminés, est provoquée indifféremment par le streptocoque ou par le pneumocoque (^).
Existe-t-il, comme certains auteurs le supposent, une diphtérie bronchique primitive^ C'est une question que les documents del'heui'e présente ne permettent pas de résoudre. Mais, dans un cas donné de bronchite pseudo-membraneuse primitive, la recherche du bacille diphtérique permettra de l'élucider.
Traitement. Voy. Croup.