B. — BRONCHITES PSEUDO-MEMBRANEUSES PRIMITIVES
i. Forme aiguë. — La bronchite fibrineuse aiguë (croup bronchique primitif) débute par des signes de bronchite simple ; puis une dyspnée survient qui s'accroît jusqu'à l'asphyxie et cesse brusquement par le rejet des fausses membranes. La même crise se produit tous les jours,, tous les deux jours, tous les trois jours. L'affection est parfois mortelle ; elle peut tuer par asphyxie en très peu de temps (5 à 6 jours) ou au bout de quelques semaines par le fait d'infections ou d'intoxications secondaires. Dans d'autres cas, après une durée de quelques jours, elle guérit définitivement.
Dans un cas mortel observé chez un enfant de 11 ans, M. J. Magniaux a isolé dans les fausses membranes un diplobacille de Friedlander très virulent ; il le considère comme l'agent de la maladie (^). M. Dufour dans un cas suivi de guérison, ne put isoler ni le bacille de Klebs ni le pneumocoque {^). MM. Landrieux et Triboulet C), M. P. Claisse C) ont trouvé le pneumocoque dans des cas de bronchite pseudo-membraneuse aiguë sans pneumonie. J. Glover(^) et Soko-
(') Expérimentalement, en irritant la muqueuse bronchique avec l'ammoniaque, OErtel et Charcot ont reproduit une fausse membrane fibrineuse semblable, comme structure, à la membrane diphtérique. (Charcot, Œuvres complètes, t. V, p. 33.)
(^) Darier, De la broncho-pneumonie dans la diphtérie, Thèse de Paris, 1883. — Mosny, Etude sur la broncho-pneumonie; Thèse de Paris, 1891.
('>) Société de biologie, 1891, séance du 28 novembre.
(4) Thèse de Paris, 1895. * (^) Société anatomique, février 1894, p. 183.
(G) Journal des Praticiens, 15 fév. 1890, n" 7, p. 97. C) Société de biologie, 28 mars 1896.
(5) Ann. des maladies de l'oreille et du larynx, mai 1896, n" 5, p. 452.
FORMES CLINIQUES DE LA BRONCHITE
lowski(')ont rencontré dans Texsudat des staphylocoques blancs et dorés. M. Grillon y a isolé le streptocoque (^).
La bronchite fibrineuse aiguë a été observée comme complication delà tuberculose, de la rougeole, de la fièvre typhoïde, des lésions du cœur, de l'herpès labial, de la bronchite vulgaire. M. Picchini l'a vue survenir consécutivement à la respiration des gaz d'une fosse d'aisances (^).
Dans la bronchite fibrineuse aiguë, les moules bronchiques ne proviendraient pas toujours d'une exsudation phlegmasique des bronches. Dans quelques cas, il faudrait admettre, avec Frœntzel, cjue les polypes bronchiques représentent des concrétions sanguines;; le sang proviendrait des alvéoles; l'hémorragie serait suivie d'un dépôt de fibrine sur les parois bronchiques ; cette fibrine se coagulerait et le sang continuerait à s'épancher dans les moules fibrineux ainsi formés. M. Jaccoud a accepté cette origine dans un cas de bronchite pseudo-membraneuse, survenue comme épisode final chez un tuberculeux et qu'il a décrite comme une « broncho-alvéolite fibrineuse hémorragique » ; dans les moules bronchiques, on reconnut la présence du pneumocoque à l'état de pureté (*).
II. Forme chronique. — Indiquée par Clarke en 1697, décrite par Valleix et Jaccoud, Thierl'elder, Peacock, Lebert, et Biermer, la bronchite pseudo-membraneuse chronique a été bien étudiée par Paul Lucas-Championnière (").
Anatomie pathologique. — Un peu de rougeur et d'épaississement de la muqueuse bronchique, telles sont les seules lésions que l'on constate à l'œil nu. Les fausses membranes paraissent se développer de préférence à partir des troisième et quatrième subdivisions bronchiques ; mais on peut les rencontrer dans les bronches principales et même jusque dans la trachée. Elles forment une production arborescente dont les plus fines divisions semblent parfois se prolonger jusque dans les alvéoles pulmonaires.
Les moules bronchiques rejetés peuvent, tantôt être réduits à de très petits fragments, tantôt avoir de 10 à 12 centimètres de longueur. Ils sont formés d'une substance blanchâtre ou rosée, assez souvent disposée par feuillets concentriques. Dans la plupart des cas, ces cylindres sont pleins et ne présentent pas de lumière centrale, sauf quand les fausses membranes se développent dans les grosses bronches. M. le professeur Grancher, c{ui a fait un examen hisfochimique de ces pseudo-membranes, arrive à cette conclusion qu'elles diffèrent habituellement des fausses membranes de la diphtérie et qu'elles sont surtout composées de mucus concret et d'albumine coagulée (pseudo-membranes mucoalbumineuses). Mais cette composition est loin d'être la règle; dans presque tous les cas publiés depuis quelques années, c'est la fibrine qui formait les fausses membranes. M. Model a cité un fait où ces moules étaient presque com-
(') Deutsclies Arch. f. klin. Med., 1896, LVI, 5-3, p. 476. Société anatomique, 24 mars 1890.
Arch. ital. de clin, medica., avril 1889.
('*) Jaccoud, Clinique de la Pitié, l. II, 1886. — Letellier, Thèse de Bordeaux, 1887. — Souques et Ravaut. Moule bronchique héuioi ragique. Soc. méd. des hôp. G avril 1900, p. 440.
(■') Paul Lucas-Championnière, De la bronchite pseudo-membraneuse chronique; Thèse de Paris, 1876, n" 53. — Voyez aussi Voituriez, Bronchite fiiirineuse primitive. Journal des Sciences méd. de Lille, 17 février 1895. — J. Bruhl, Notes sur un cas de bronchite pseudomembraneuse. La Médecine moderne, 11 janvier 1895, p. 26. — P. Claisse, Bronchite memb. primitive. Ivresse médicale, 15 mai 1896, n" 59, p. 229. — Chauffard, Revue internationale de méd. et de chir., 25 fév. 1899. — V. Griffon, Société anatomique, 24 mars 1899. — Devillers et Renon, La Presse médicale, 2 déc. 1899.
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MALADIES DES BRONCHES
plètement graisseux; mais dans cette observation, la graisse était peut-être le résultat d'une dégénérescence; en tous cas, il nous semble inutile de la faire provenir, comme cet auteur, d'une sorte de chylorrhée bronchique. On a trouvé quelquefois dans les produits expectorés des cristaux de Charcot-Leyden et des cellules éosinophiles.
Étiologie. — Exceptionnelle dans l'enfance, la bronchite pseudo-membraneuse chronique s'observe surtout chez l'adulte et le vieillard. Elle est plus commune chez l'homme que chez la femme. Dans les antécédents héréditaires, on retrouve la fréquence des affections pulmonaires et l'arthritisme.
La bronchite pseudo-membraneuse chronique se produit souvent au cours d'une bronchite chroniqite commune^ ou dans le cours àhine phtiaie pulmonaire.
Dans un cas, M. P. Glaisse a pu isoler des fausses membranes un streptocoque peu virulent; dans un autre, M. Griffon a rencontré un pneumocoque également peu virulent; enfin MM. L. Devillers et L. Rénon ont décrit une bronchite membraneuse chronique due à VasperglUiis furnigatus.
Symptomatologie . — Le mode de début est variable. Dans certains cas, les malades sont atteints d'une bronchite aiguë plus ou moins grave pendant laquelle ils commencent déjà à cracher des fausses membranes; cette expecto- ^ ration persiste ensuite et la bronchite passe à l'état chronique. D'autres fois, on ■ observe encore au début une bronchite aiguë; mais l'expectoration caractéris- H tique fait défaut; ce n'est que longtemps après cette poussée aiguë qu'elle se ™ produit pour persister ensuite. Il peut arriver aussi que l'affection soit chronique d'emblée. Mais on peut dire que dans la majorité des cas, c'est pendant le cours d'une bronchite plus ou moins ancienne que surviennent les premiers | symptômes. [
Une fois établie, l'affeclion procède par accès. Les malades sont pris, à des intervalles variables, d'une dyspnée excessive, avec douleur rétro-sternale, puis d'une toux violente, quelquefois convulsive ; ils expulsent d'abord des matières visqueuses filantes, très abondantes, et finalement, après de longs efforts, rejettent des fausses membranes. Gelles-ci sont rendues, soit sous forme de fragments isolés, soit sous forme de pelotons enroulés, légèrement teintés do sang, qui ne se développent que lorsqu'on les plonge dans l'eau: d'autres fois ce sont des arbres bronchiques tout entiers. Exceptionnellement, la crise s'accompagne d'une hémoptysie abondante ; lorsque l'expulsion des fausses membranes est complète, la dyspnée cesse presque aussitôt, et le calme renaît jusqu'à un nouvel accès. Pendant ces accès, le murmure vésiculaire est affaibli dans certains points. Parfois on perçoit un foyer de râles crépitants limité et pouvant persister pendant des années (Hyde Salter). Dans d'autres cas, on entend un bruit de drapeau qui résulte du décollement partiel d'une fausse membrane. L'accès ne s'accompagne pas de fièvre. Le froid et l'humidité paraissent avoir vme grande influence sur la production des crises.
Mais la maladie ne procède pas nécessairement par accès; certains sujets sont dans la situation de malades atteints de bronchite chronique simple, sans oppression vive, toussant un peu, et expectorant de temps à autre des débris membraneux. Tantôt l'état général est très bon, tantôt les accès, en se répétant fréquemment, épuisent le sujet, le rendent cachectique et peuvent entraîner une consomption mortelle. Enfin le tableau des signes locaux et généraux peut être modifié par l'existence de la phtisie pulmonaire. La durée de la {
FORMES CLINIOUES DE LA BRONCHITE
maladie est pour ainsi dire illimilée. Kisch a cité récemment un cas datant de 25 ans(').
Le pronostic ne diffère pas de celui de la bronchite chronique simple; cependant la bronchite pseudo-membraneuse chronique semble affaiblir plus rapidement Torganisme. Chez les phtisiques, elle hâte la terminaison fatale, surtout lorsque l'expulsion des membranes s'accompagne d'hémoptysies.
Diagnostic. — Le signe caractéristique de l'affection est l'expulsion d'une fausse membrane. Si l'on a le soin d'examiner avec attention les crachats de tous les bronchitiques, les membranes, même pelotonnées ou enveloppées de sang, ne passeront pas inaperçues. L'examen à l'œil nu et au besoin l'examen microscopique permettront de ne pas les confondre avec les débris d'enveloppe d'un kyste hydatique.
En l'absence de l'expectoration de fausses membranes, Andral croit qu'on peut diagnostiquer un polype des bronches si une dyspnée vive survient au cours d'une bronchite simple et si en même temps la respiration cesse d'être entendue dans une certaine étendue du poumon, la percussion continuant de donner un son normal dans le même point. En vérité, si les fausses membranes font défaut dans l'expectoration, il nous semble bien difficile de diagnostiquer la maladie.
L'existence de fausses membranes dans les crachats une fois reconnue, il sera facile de décider s'il s'agit d'une diphtérie, d'une pneumonie ou d'une bronchite chronique.
Traitement. — Le traitement est souvent inefficace : les seuls remèdes dont on puisse attendre quelque chose sont l'iodure de potassium (-) le mercure (calomel ou sublimé corrosif) et le goudron. Au moment des crises, pour favoriser le détachement des concrétions bronchiques, on a vanté les inhalations de vapeur d'eau, ou encore les pulvérisations d'eau de chaux, de carbonate de potasse (1 pour 100), de carbonate de soude (i pour 100), parce que ces substances ont la propriété de dissoudre les matières fibrineuses.
Dans le cas ({u'il a relaté, M. P. Claisse a obtenu une amélioration uotalde par l'emploi du sérum anti-streptococcique de Marmorek.
(') Wiener mcd. Press., 1889, n° 55.
r^) HucHABD, Bronchilc memijraiieuse primitive clironique. Son Irailement par l'iodure de potassium. Soc. méd. des hôpitaux, 20 juillet 1805.
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