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CHAPITRE Il

MALADIES INFLAMMATOIRES AIGUËS DU POUMON AUTRES QUE LA PNEUMONIE ET LA BRONGHOPNEUMONIE INFECTION PAR CONTIGUÏTÉ, PAR VOIE SANGUINE, LYMPHATIQUE, ETC.

Nous avons consacré de longs développements à l'élude de la pneumonie lobaire et de la bronchopneumonie, ces deux inflammations pulmonaires d'ori-

BRONCHOPNEUMONIE.

gine parasitaire dans lesquelles l'envahissement du poumon se fait par les voies aériennes (').

La pneumonie et la bronchopneumonie ne sont pas les seules inflammations pulmonaires, et pour envahir le poumon les voies aériennes ne sont pas seules à fournir accès aux agents paUwgènes.

Il y a des cas dans lesquels le poumon est pris pjar contiguïté. Telles sont les inflammations qui succèdent aux affections de la plèvre, de la paroi thoracique, de l'œsophage, du péritoine, des organes abdominaux. Dans tous ces cas, l'inflammation pulmonaire ne joue certainement qu'un rôle effacé et il nous paraît mutile de leur consacrer une description spéciale. Rappelons seulement que l'actinomycose thoracique, l'une des localisations les plus intéressantes de cette maladie parasitaire relativement rare en France, procède le plus généralement par ce mécanisme. Par suite d'une fistule œsophagienne, les agents pathogènes envahissent le parenchyme pulmonaire et ultérieurement la plèvre.

En traitant de la pleui'ésie, nous aiu'ons l'occasion de décrire la pneumonie interstitielle qui succède aux épanchements ayant persisté au delà d'un certain temps. Cette inflammation du tissu interstitiel a été imputée au trouble que l'altération pleurale porte à la circulation lymphatique.

Un groupe important d'inflammations pulmonaires peut être rapporté à une infection partant, non des voies aériennes, mais de ï appareil vasculairc si développé de ces organes. Les inflammations chroniques ne ressortissent pas à notre travail et nous n'avons pas à nous en occuper. Les abcès du poumon de la pyohémie sont étudiés dans le chapitre consacré à l'embolie.

On a tenté tout récemment encore de rapporter la pneumonie lobaire à une infection par voie sanguine. Nous avons montré les nombreuses raisons qui nous empêchent d'accepter pour la plus grande majorité des cas cette pathogénie. Nous ne saurions cependant la repousser pour tous les cas et nous pensons que ce mécanisme pourra être invoqué dans certains cas où la pneumonie est précédée d'autres manifestations pneumococciques portant sur les organes éloignés. Nous avons vu ainsi quelquefois une pneumonie à l'autopsie de souris ayant succombé assez longtemps après une inoculation de pneumocoques dans le tissu cellulaire sous-cutané.

On a voulu expliquer les accidents pulmonaires de la fièvre typhoïde par un arrêt du bacille typhique au niveau des capillaires du poumon. Nous avons vu que cette opinion n'est pas, à l'heure présente, appuyée par des faits probants.

Nous serions plus disposés à invoquer l'arrivée par voie sanguine dans le poumon des agents de la fièvre intermittente, du rhumatisme articulaire aigu. Les manifestations pulmonaires dans ces infections ont en effet une allure toute spéciale et en quelque sorte spécifique. Mais il n'existe sur ce sujet aucune observation probante.

Dans un mémoire inspiré par Schûppel, Wiedemann(^) rapporte deux obser-

(') Finkler, dans son traité des inflammations aiguës du poumon, admet l'existence d'une troisième forme, la pneumonie cellulaire (zellige Pneumonie), qui n'est pour nous qu'une bronchopneumonie à streptocoques. Nous devons à M. Grancher la connaissance d'une maladie particulière, la splénopneumonie dont nous ignorons encore l'analomie i)athologiquc. Nous n'avons pas cru pouvoir lui consacrer un cliapitre spécial, mais on trouvera son histoire résumée dans le chapitre consacré à la pleurésie sérofibrincuse.

(-) WiEDEMANN, Komml Lungenseuche bei den Menschen vor ; D. Arch.fûr klin. Medicin, XXV.

INETTER]

MALADIES AIGUËS DU POUMON

valions qui tendraient à établir Vexiste^ice chez Vhomme dhine péripneumonie semblable à celle de Vespèce bovine. On sait que dans cette maladie la lésion essentielle consiste en un développement énorme du tissu inleralvéolaire, qui est infiltré de sérosité et dont les vaisseaux lymphatiques sont distendus. Les alvéoles pulmonaires présentent des lésions moins importantes, inflammation catarrhale et hémorragie. Enfin les artères du poumon sont le siège de thromboses nombreuses.

Chez le malade dont Schûppel a fait l'autopsie et l'examen, toutes ces lésions se trouvaient réunies, en même temps que les plèvres et le péricarde étaient le siège d'une exsudation fibrino-purulente. Ajoutons que les capillaires lymphatiques et les vaisseaux sanguins présentaient des amas de microcoques.

Wiedemann et Schûppel insistent sur l'analogie de toutes ces lésions avec les lésions trouvées chez les animaux, sur les différences qui existent entre elles et celles de la pneumonie lobaire.

Ils insistent encore sur la fréquence de la péripneumonie dans la localité et sur la possibilité de l'introduction du lait de vaches malades dans l'alimentation des deux enfants qui ont succombé.

L'opinion de ces auteurs n'a pas trouvé beaucoup de partisans. Les lésions qu'ils ont rencontrées chez leur malade peuvent toutes apparaître au cours de la pneumonie lobaire, l'infiltration du tissu interstitiel n'y est pas exceptionnelle, la turgescence des vaisseaux lymphatiques s'y rencontre maintes fois et l'on y a noté les thromboses artérielles et surtout les infiltrations hémorragiques. Ajoutons que les amas microbiens y sont de règle et que l'inflammation fibrinopurulente des séreuses du thorax y est commune.

Il n'y a donc pas lieu de créer pour ces deux cas une forme nouvelle et d'incriminer le lait, d'autant moins qu'un enfant nourri avec le lait de la même vache ne présenta aucun trouble de la santé.

L'agent pathogène de la péripneumonie des bêtes à cornes découvert par Nocard et Roux est un petit bacille bien différent du pneumocoque. Les deux maladies sont absolument distinctes, et l'on ne saurait accepter, plus que le cas de Wiedemann, ceux de Lécuyer ('), qui attribue l'origine d'une pneumonie lobaire normale à l'usage du lait d'animaux péripneumoniques.

Nous ne saurions empiéter ici sur le domaine de la médecine vétérinaire. Mais puisque nous sommes amené à parler des affections des voies respiratoires des espèces domestiques, nous croyons bon de dire que quelques-unes de ces espèces peuvent présenter des lésions pulmonaires spontanées très différentes de la péripneumonie de l'espèce bovine et très voisines au contraire de la pneumonie humaine.

Le cheval surtout présente une pneumonie et une pleurésie dont les lésions macroscopiques et microscopiques rappellent assez celles de l'homme, et dans ces lésions, Perroncito, Schiitz et Violet ont trouvé un microbe encapsulé qui prend une grande analogie avec le pneumocoque. Dieudonné(^) a constaté dans l'exsudat nasal de chevaux atteints d'influenza, la présence de microbes encapsulés, conservant le Gram en tout semblables à ceux de la pneumonie humaine. Il s'agissait d'une épizootie qui a frappé les chevaux d'un régiment de cavalerie de Nuremberg. En 1886-1888, l'épizootie a été assez forte et elle a

(') LÉCUYER et DupRÉ, Le lait de vaches atteintes de péripneumonie contagieuse peuL-il transmettre la maladie à l'espèce humaine; Revue médicale du Nord-Est, 1885 et 1887.

{-) DiEUDONNÉ, Zur /Etiologie der Influenza beim Pferde und chrem Caiisalgusammenhang mit der Pneumonie des Menschen. Deutsche militssraerzlliche Zeitschrift, 1892.

MALADIES INlM.AMMATOUîES AIGL liS DU POl MON.

coïncidé avec un grand nombre de pneumonies, 7)5. En 1891, une épizootie moins importante a également coïncidé avec une plus grande proportion dt^ pneumonies.

Kelsch cite des observations du même ordre relevées en 1887 au 10" régiment de chasseurs à Vendôme et dans plusieurs garnisons allemandes (Wandsbeck, Minden, Stettin et Munster). On a constaté chez le îvv/u une pneumonie vraie.

Enfin il est quelques ol)servations de pneumonie spontanée à pneumocoques chez le chien et chez le lapin.

Le pneumocoque a été trouvé dans la salive du cheval à ]"état de sanlé par Fiocca (').

Nous devons à M. Sevestre(-) la connaissance d'une forme particulière df bronchopneumonie qui se rencontrerait surtout chez les enfants de I à 2 ans, soumis à une alimentation défectueuse. La maladie commence par une entérile simple avec diarrhée fétide par décomposition des produits intesiinaus:. Cette période de diarrhée dure deux à cinq jours et ne s'accompagne pas de fièvre. Puis la fièvre paraît et en même temps l'enfant se met à lousser. La dyspnée est en général modérée et le chiffre des inspirations ne dépasse pas .lO ou iO. L'auscultation fait entendre dans divers points, et surtout dans la région axillaire, des foyers de râles crépilants ou bien un souffle peu intense expiratoire. Ces signes stéthoscopiques sont très mobiles.

La fièvre, pendant la période des troul)les respiratoires, oscille entre 39 et 40 degrés. Le pouls est fréquent, 120, 140, 160 pulsations.

Le plus ordinairement, les accidents prennent une marche progressive et croissante et la maladie se termine par la mort dans le collapsus.

A l'autopsie, on trouve des noyaux de bronchopneumonie peu étendus et limités à la surface du poumon.

M. Sevestre pense que les lésions pulmonaires sont dues à un processus infectieux et que l'origine de l'infection est dans l'intestin. L'action favorable du calomel dans quelques cas lui paraît fournir un argument sérieux en faveur de sa manière de voir.

Dans une communication plus récente, M. Sevestre et 1\L Lesage("') pensent avoir apporté des arguments tout à fait décisifs. M. Lesage, dans cinq observations, aurait constaté la présence exclusive, dans les noyaux bronchopneumoniques, du bacillus coli communis, qui existe également dans le contenu intestinal.

Si l'opinion de MM. Sevestre et Lesage est exacte, il s'agit dans ces cas d'un< infection pulmonaire par voie sanguine plutôt que d'une véritable bronchopneumonie dans laquelle l'envahissement du poumon a lieu par les bronches.

Nous pouvons rapprocher des observations de MM. Sevestre et Lesage un cas fort intéressant de Lubarsch et Tsutsui(''). Il s'agit d'un enfant de deux jours qui succomba après avoir présenté de la diarrhée et des troubles respira-

(') Fiocca, Siilla presenza di balleri pathogeiii nella saliva di alcuni animale domestici; Annali deW Islilulo d'if/iene sperimentale délia R. Universilà di ftonia, II.

(*) Sevestre, Sur une forme de bronchopneumonie infectieuse d'origine intestinale; Société médicale des hôpitaux, 14 janvier 1H87.

(') Lesat.e, Contribution à l'étude dos entérites infectieuses des jeunes enfants (entérile à bacterium coli); Société médicale des hôpitaux, 22 janvier 1892.

(■*) LuBARscii et TsuTsui, Ein Fall von sepliscbe Pneumonie beim Neugcbornen verursacht durch den Bacillus enteritidis (Gaertner); Arcliiv. fiir patli. nnat., 18ltl, r.XXIII.

TiiAriK m; >n';ni2i:iNE, 2'- édit. — M. 38

iNETTER.'\

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toires et chez lequel on trouva une pneumonie. Tous les organes, mais surtout le poumon, renfermaient en grande abondance un bâtonnet que ces auteurs ont cru pouvoir identilier au bacillus enteriditis de Gaertner, organisme qui a une très grande analogie avec le colibacille, dont il ne diffère guère que par le degré plus marqué de virulence. Lubarsch croit que dans ce cas l infection s'est laite par le poumon.

M. Lesage semble lui-même assez disposé à accepter ce mode d'envahissement du poumon, et ses recherches lui ont démontré la présence du bacillus coli dans l'air des salles de ses malades.

Il ne faudrait, du reste, nullement considérer les complications pulmonaires d'origine intestinale comme toujours liées au colibacille. La thèse de M. Renard, élève de M. Sevestre, montre au contraire que la plupart de ces lésions sont des bronchopneumonies secondaires dues aux mêmes microbes que les autres broncliopneumonies. Dans t'i observations, le bacterium coli n'a été trouvé que 4 fois et 5 fois seulement à l élat de pureté.

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